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28/03/2016

Un détecteur de pollution original : la Truite

truite-fario_logo-200.jpgUn détecteur de pollution original : la Truite

 

par Jean-Louis Huvé[1]

 

La truite pourra-t-elle un jour détrôner les méthodes analytiques classiques appliquées à la détection des micropolluants d'eau douce ? Posé en ces termes, le problème de la surveillance des eaux destinées à la consommation apparaît très surprenant. En effet, pourquoi et comment un vertébré aquatique serait-il capable de rivaliser sérieusement avec des techniques analytiques modernes à haut pouvoir de résolution, parfaitement adaptées au contrôle des eaux potables ?

 

Truite-fario_Ervin-Matevzic-450.jpg

Cliché © Ervin Matevzic

 

L'idée n'appartient cependant pas au domaine de la fiction car, parallèlement aux techniques de laboratoire, certaines compagnies des eaux utilisent des truites pour détecter des vagues de pollution pouvant toucher les prises d'eau (ou zones de pompage). Le test (ichtyotest) consiste à maintenir quelques truites dans une veine d'eau à courant constant. Dans ces conditions, les poissons restent orientés face au courant et maintiennent une position relativement fixe par rapport aux bords du canal étroit dans lequel ils sont placés. Il suffit alors de surveiller électroniquement le recul éventuel du ou des animaux. Ce recul peut être considéré comme le reflet d'une modification physiologique induite par un micropolluant.

 

Cette méthode d'analyse comportementale présente l'avantage de la simplicité sur le plan de la mise en œuvre, mais ne tire pas parti de l'ensemble des possibilités sensorielles offertes par le poisson. En effet, la réaction motrice de fuite n'est pas nécessairement associée à la détection olfactive d'un micropolluant par l'animal. Il paraît donc plus fiable d'utiliser le poisson comme "biocapteur" en prélevant les informations électriques issues des structures olfactives pour caractériser directement le micropolluant présenté au niveau des fossettes olfactives, qu'il induise ou non une réaction de fuite. L'idée est simple, mais son application l'est moins car elle nécessite une technologie avancée. Cependant, les travaux expérimentaux de ces dernières années, effectués par le laboratoire de neurophysiologie ontogénétique de l'université Pierre et Marie Curie, à Paris[2], laissent penser qu'une telle entreprise peut actuellement dépasser le stade expérimental pour devenir un instrument de routine au service des hydrologues.

 

La truite détecte de nombreuses molécules.

 

Il a été largement démontré, depuis les études réalisées au Japon par Hara, Gorbmann[3] et Ueda[4], que l'activité électrique des bulbes olfactifs (électrobulbogramme ou EBG) est profondément modifiée lorsque les fossettes olfactives de l'animal sont stimulées par des molécules naturelles comme les acides aminés. Il existe d'ailleurs une hiérarchie relativement précise dans les niveaux de détection de ces acides aminés en fonction de leur structure chimique. D'après certains auteurs, il semblerait que la stimulation de la muqueuse olfactive de l'animal qui déclenche secondairement une modification de l'EBG puisse se faire à des concentrations extrêmement faibles, de l'ordre de quelques molécules isolées.

 

Il s'agitd'ailleurs de la confirmation d'un fait élémentaire que n'importe quel plongeur peut vérifier en milieu marin lorsqu'il observe la rapidité surprenante avec laquelle de nombreuses espèces de petits poissons sédentaires se précipitent sur un oursin qui vient d'être brisé. Les gradients de concentration en matières protéiques émises à cet instant sont pourtant très faibles. Une autre confirmation indirecte, aussi anecdotique que la précédente et aussi riche d'enseignement est apportée lorsque l'on constate que les poissons migrateurs, et particulièrement les saumons, ne remontent pas une échelle à poissons où l'homme s'est lavé les mains. L'eau de lavage contient en effet un acide aminé élémentaire, la L serine, qui est relargué au moment du lavage de la peau. Il intervient comme un répulsif ("repellent" en terminologie anglosaxonne) chez le poisson.

 

Cette sensibilité se retrouve-t-elle pour des molécules de synthèse ? Certaines d'entre elles, classiquement regroupées dans la catégorie des micropolluants par les hydrologues et les pharmacologistes, peuvent en effet se retrouver dans les eaux continentales.

 

Au congrès franco-suisse de Thonon sur la pollution du lac Léman (1978), notre groupe, chargé des problèmes de pollution par le mercure, avait montré que la sensibilité olfactive de l'animal à des molécules issues de synthèse industrielle, et d'une façon générale à des résidus de synthèse, est identique à la sensibilité olfactive à des molécules naturelles[5]. Pourquoi ne pas tenter alors — l'hypothèse est séduisante — d'utiliser le poisson comme instrument de contrôle de qualité de l'eau potable en tirant parti des modifications électriques des bulbes olfactifs lorsque ce poisson est soumis à certains micropolluants ?

 

Une truite électronique.

 

Pour ne pas perturber l'animal sur le plan comportemental, tout en récupérant l'activité électrique d'une partie de son cerveau (les bulbes olfactifs), un émetteur miniaturisé a été conçu. Il est capable de transmettre des niveaux électriques de 10 à 150 µV dans une bande de fréquence de 1 à 25 Hz. L'utilisation de circuits intégrés CMOS, montés en technologie hybride, a permis de résoudre le problème. Actuellement, les truites sont équipées d'émetteurs pesant 15 grammes et alimentés par une pile au lithium facilement remplaçable, dont la durée de vie est d'un mois environ. Ils travaillent en modulation de fréquence sur une fréquence centrale de 100 KHz.

Truite-fig.-1-450.jpg

Fig. 1 : La truite peut être utilisée comme "biocapteur" des micropolluants d'eau douce en prélevant les informations électriques issues des structures olfactives de l'animal. Techniquement, le procédé est le suivant: on implante un émetteur miniaturisé relié à deux électrodes posées sur les bulbes olfactifs (A). Un décodage permet de restituer l'activité électrique des bulbes (B) ((voir fig. 2). L'électrobulbogramme ainsi recueilli est soumis à une analyse spectrale (C).

En l'absence de toute stimulation, l'énergie spectrale se répartit selon un spectre d'activité spontanée, caractérisé par une prédominance énergétique dans la zone 2 Hz - 10 Hz (courbe n° 1). L'adjonction de différents polluants dans le milieu où vit l'animal conduit à une perturbation profonde du spectre spontané, à la fois dans son amplitude et sa fréquence (courbe n° 2 : un insecticide, l'éthyl parathion ; courbe n° 4 : un insecticide, le lindane ; courbe n° 3 : un désherbant l'atrazine).

 

Techniquement, le processus d'implantation peut se résumer de la façon suivante : la truite, qui pèse entre 200 et 400 g, est anesthésiée puis immobilisée dans un stand d'opération où les conditions d'oxygénation et de température sont rigoureusement contrôlées. Une surveillance cardiaque et respiratoire est assurée pendant toute la durée de l'intervention, soit deux à trois heures. Au cours de cette intervention, une ouverture de quelques millimètres carrés est pratiquée dans le crâne du poisson. Par cette ouverture, sont introduites deux électrodes de platine iridié d'un diamètre nominal de 75 µm. Ces électrodes sont posées sur les bulbes olfactifs, puis raccordées à l'émetteur qui est lui-même rendu solidaire du crâne du poisson. À partir de cet instant, l'animal est placé dans un aquarium équipé pour recueillir l'émission. Un décodage utilise le principe des boucles en phases asservies (P.L.L.) permet de restituer l'activité électrique basse fréquence des bulbes olfactifs de l'animal. L'électrobulbogramme ainsi recueilli est soumis à une analyse spectrale par transformée de Fourrier rapide (FFT) dans une bande de 0 à 25 Htz.

 

Une répartition différente de l'énergie spectrale.

 

L'étude comparative des diffétents spectres d'énergie, traités par F.F.T obtenus pour différentes molécules d'origine naturelle ou artificielle, montre que des variations importantes de la répartition de l'énergie électrique en fonction des séquences d'émission de l'électrobulbogramme. On assiste ainsi à une redistribution de l'énergie globale de l'EBG qui semble caractéristique de la nature du produit et de sa concentration.

 

Truite-fig.-2-450.jpg

Fig. 2. : L'émetteur miniaturisé est relié à deux électrodes posées sur les bulbes olfactifs (A). Un décodage permet de restituer l'activité électrique des bulbes (B).

 

Au stade actuel du développement de la la méthode, un certain nombre d'acides aminés ont été testés. Deux d'entre eux, la L serine et la cystéine, servent d'ailleurs d'éléments étalon permettant de vérififier le bon fonctionnement de l'ensemble de la chaîne de mesure. En ce qui concerne les micropolluants, les résultats que nous avons obtenus portent essentiellement sur un désherbant du groupe des triazines (atrazine) et sur deux insecticides (un organochloré, le lindane, et un organophosphoré, l'éthyl parathion). Le choix de ces produits se justifie par le fait qu'ils sont utilisés en grande quantité en agriculture comme pesticides et deviennent finalement des micropolluants des eaux de ruissellement. Qualitativement, les résultats peuvent se résumer par les constatations suivantes. En l'absence de toute stimulation, l'énergie spectrale fournie par l'EBG se répartit selon un spectre d'activité spontanée. On relève une prédominance énergétique dans la zone 2 Hz — 10 Hz. L'adjontion d'éthyl parathion dans le milieu où vit l'animal conduit à une perturbation profonde du spectre spontané. Un pic énergétique centré sur la zone 6,5-7 apparaît. Son amplitude relative est en moyenne de 150 à 200 % par rapport à l'énergie spectrale spontanée considérée comme valeur 100%. La stimulation de l'animal par l'atrazine induit par contre un pic énergétique dans la zone 4,5-5, dont l'amplitude relative se situe aussi aux environs de 150 à 200 %. Enfin, le lindane se distingue par un pic centré sur la zone 4,5-5,5 Hz, mais dont l'amplitude est toujours plus faible que celle du pic énergétique déclenché par l'éthyl parathion (voir figure 1).

 

Ces résultats, qui en réalité sont semblables à quelques autres procédés d'analyse statistique non rapportés ici pour alléger l'exposé du principe général de la méthode permettent de caractériser un certain nombre de produits. Il est souhaitable bien évidemment de compléter ce type d'étude par d'autres investigations, afin de diversifier le nombre de familles chimiques pouvant être reconnues par le poisson.

 

Trouver un gramme dans 100 000 m3 d'eau en moins d'une demi-seconde.

 

C'est en ces termes que l'on peut caractériser les réactions sensorielles de la truite. En effet, non seulement l'animal peut détecter un produit à un tel niveau de dilution (10 ng/l), mais, en plus, ses réponses électrophysiologiques apparaissent 500 ms après le début de la stimulation.

 

Une telle acuité olfactive n'a rien de surprenant lorsque l'on sait qu'en 1957, Teichmann, un chercheur allemand[6] montra que l'anguille détecte 1 ml d'un dérivé aromatique dilué dans 58 fois le volume du lac de Constance ! Sur le plan quantitatif, les molécules qui ont été testées, selon la méthode exposée plus haut sont détectées de façon reproductible jusqu'à 10 ng/litre.

 

On constate d'ailleurs, au cours des essais de reconnaissance, un apprentissage de l'animal dont les performances s'améliorent très rapidement en quelques heures. Parallèlement, un phénomène de mémorisation à long terme semble apparaître. C'est ainsi qu'une molécule organo-minérale comme le rnéthyl-mercure, devenu célèbre après l'accident de Minamata au Japon[7], est reconnue par l'animal à des concentrations de 10 à 15 ng/litre plusieurs mois après lui avoir été présentée. Ce processus de mémorisation à long terme, qui a fait l'objet d'études importantes, notamment par Gleitman et Rozin[8], présente un intérêt non négligeable dans la mesure où il peut être utilisé pour conditionner olfactivement l'animal à certaines familles chimiques de natures très diverses.

 

La truite système d'alarme.

 

En fonction de ce qui vient d'être exposé, on peut raisonnablement envisager d'utiliser la truite comme biodétecteur à haute résolution. D'une part, la sensibilité en valeur absolue de ce poisson paraît être très proche de celle que l'on obtient par des méthodes analytiques classiques.

II est important, à ce sujet, de noter que les valeurs de concentration avancées dans cet exposé ont été vérifiées systématiquement par chromatographie en phase gazeuse, par l'Institut d'hydrologie et de climatologie (laboratoire de chimie analytique) de l'université Pierre et Marie Curie.

 

D'autre part, la truite fonctionne en temps réel. Comparativement aux méthodes analytiques classiques d'échantillonnage, cet avantage non négligeable conduit à une détection précoce d'un éventuel micropolluant. Enfin, l'ensemble de l'infrastructure électronique, d'une mise en œuvre facile, est transportable sur le terrain.

 

Dans certains cas, ceci représente un aspect intéressant de la méthode qui est alors sans commune mesure avec les contingences imposées par un laboratoire d'analyses.

 

En savoir plus :

 

[1] J.-L. Huvé (1982). — Un détecteur de pollution original - la truite, La Recherche, n° 129, vol. 13, 108-110.

[2] F. Borie, N. Chantrier, J.-L. Huvé, M.A. Thomson (1981). — C.R. Acad. Sc. Paris, 292, 235.

[3] T.J. Hara et A. Gorbmann, (1967). — Comp. Biochem Physiol., 21, 185.

T.J. Hara (1973). — Comp. Biochem. Physiol.. 44A, 407.

T.J. Hara, Y.M.C. Law et B.R. Hobden (1973).Comp. Biochem. Physiol., 45A, 969.

[4] K. Ueda, T.J. Hara et A. Gorbmann (1967). Comp. Biochem. Physiol., 21, 133.

[5] Congrès franco-suisse de Thonon, (1978), G.E.P.P.E. (Groupe d'études pluridisciplinaires sur la pollution des eaux, Université Pierre et Marie Curie).

[6] H. Teichmann (1957). — Naturwissenschaften, 44, 242.

[7] A. Katz. (1972). — CRC, 2 (4), 517.

[8] H. Gleitman et P. Rozin (1971). — Leaming and memory. in Fish physiology, vol. VI, W.S. Hoar and D.J. Randall (eds.). Académie Press.

01/11/2014

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26/09/2014

Le Martin-pêcheur d'Europe

 

Martin-pêcheur_01(Lukasz_Lukasik)-1.jpgLe Martin-pêcheur d'Europe

Alcedo atthis (Alcédinidés)

 

par André Guyard

 

Ce petit oiseau porte bien son nom. Il pêche dans des eaux calmes, propres, peu profondes et… poissonneuses, plutôt en des lieux abrités du vent et des vagues. Il aime les ruisseaux et rivières avec une ripisylve bien fournie dont les arbres et arbustes lui fournissent des branches perchoirs.

 

Martin-pêcheur_01(Lukasz_Lukasik)-1.jpg
Cliché de L. Lukasik

 

Aucune confusion dans la détermination : un plumage d'oiseau exotique le caractérise. Le mâle adulte possède un front, un capuchon, une nuque et des moustaches barrés de bleu-vert et de bleu brillant. Le menton, la gorge et la nuque affichent une couleur blanche. Le bec est noir, l'œil brun foncé. Les ailes présentent une couleur verte avec des extrémités bleu vif qui contraste avec la teinte bleu cobalt métallique du dos et du croupion. La queue est bleu foncé. La poitrine  et les pattes sont roux orangé.

 

Le vol est acrobatique, rapide, direct à 40-45 km/h, au ras de l'eau, dissimulé par son plumage vert métallique.

 

L'oiseau arrive, se pose sur une branche surplombant le ruisseau d'une hauteur n'excédant pas trois mètres. Sa proie repérée, il plonge verticalement deux, trois fois, ressort avec un poisson en travers du bec, regagne sa branche perchoir, secoue sa proie pour l'assommer et enfin l'avale.

 

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Le plongeon du Martin-pêcheur
(Série de clichés dus au talent de F. Polkins)
 
Ses proies sont de petits poissons tels que vairons, épinoches, chabots, truites, vandoises, chevaines, perches, brochets et loches franches. Le Martin-pêcheur consomme également insectes, crustacés (gammares et petites écrevisses) et batraciens.

 

Martin-pêcheur_11-1.jpg
Cliché de L. Lukasik

 

Les martins-pêcheurs présentent de nombreux comportements intéressants : toilettage du plumage, régurgitation de pelotes d'arêtes de poissons et de carapaces d'insectes, disputes entre les jeunes commençant à voler, dissimulation à l'approche d'un rapace, hérissement des petites plumes blanches de leur nuque dans le moment de surexcitation qui précède le plongeon, ou encore quand ils adoptent une attitude menaçante pour défendre leur terrritoire contre un intrus. Ils poussent des cris distinctifs, émis surtout en plein vol, qui permet de les repérer. La nuit, ils dorment isolés dans la végétation riveraine, les roseaux ou les arbres creux.

 

La nidification est précédée par la parade nuptiale qui comporte de bruyantes poursuites aériennes. La parade peut durer de longues heures et s'achève lorsque le mâle présente un site à la femelle. Les martins nichent dans un terrier qu'ils creusent avec leur bec dans la berge d'un cours d'eau, les pattes servant à évacuer la terre déplacée.

 

La femelle pond six ou sept œufs. La ponte intervient d'avril à juillet et un couple peut mener à terme deux ou trois couvées. Les deux adultes couvent à tour de rôle et nourrissent les jeunes qui naissent nus. Au bout de 4 semaines environ, les petits quittent le nid et sont rapidement aptes à se nourrir seuls.

 

poissons,alcedinidae,eau douce

 

Source :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/martin-pecheur.d.europe.html

 

Une vidéo sur le martin-pêcheur

29/01/2013

Les poissons et la qualité des cours d'eau

Brochet.jpgLes poissons et la qualité des cours d'eau douce

 

par André Guyard

Professeur honoraire d'Hydrobiologie et d'Hydroécologie de l'Université de Franche-Comté

 

 

INTRODUCTION


Dans les conditions naturelles, les caractéristiques écologiques et biologiques d'un écosystème co-évoluent dans l'espace et dans le temps. Tout système aquatique possède une structure dont les modifications s'inscrivent dans une évolution qui n'est guère perceptible à l'échelle d'une vie humaine. C'est ainsi que l'étude des cours d'eau a permis de mettre en évidence une structure longitudinale d'amont en aval. En ce qui concerne les systèmes d'eau courante d'Europe, les conceptions d'Huet puis d'Illies ont été affinées par la mise en évidence par Verneaux d'une succession de dix groupements socio-écologiques d'espèces ou biocénotypes dont sept comportent des Poissons, les premiers groupements en amont (zone non piscicole d'Huet) correspondant au crénon d'Illies (fig. 1).

Poissons_Amplitude_typologique-450.jpg

Chaque espèce est caractérisée par son preferendum, son degré d'euryécie et sa polluosensibilité (Tableaux 1 et 2). Ainsi, les espèces sténoèces seront caractéristiques d'un niveau typologique particulier, d'autres plus euryèces présenteront une amplitude écologique chevauchant plusieurs biocénotypes avec un preferendum pour l'un d'eux.


Tableau 1 : Répertoire des espèces et caractères écologiques généraux

Répertoire-des-espèces.jpg

 

Tableau 2 : Typologie potentielle des peuplements ichtyologiques des cours d'eau

Tableau-2-typologie-peuplements-poissons-450.jpg
(1) : les indications d'abondance sont relatives à chaque espèce ; cette abondance spécifique est fonction du coefficient intrinsèque d'accroissement des populations ou capacité d'expansion d'une espèce dans des conditions écologiques optimales (r).
(*) zones estuariennes exclues
(a) : indication socio-écologiques : espèces d'ordre, d'alliance ou de sous-alliance
(4,5) : indices de sensibilité générale à la dégradation du milieu.

 
Les Poissons sont des consommateurs primaires ou secondaires qui constituent le niveau supérieur de l'édifice trophique des eaux douces. L'étude du peuplement ichtyologique permet d'avoir une vision synthétique du réseau trophique puisque les poissons, ultime étape de la chaîne alimentaire, intègrent le bilan des relations trophiques du milieu aquatique.


I. LE PEUPLEMENT ICHTYOLOGIQUE INTÉGRATEUR DU NIVEAU TYPOLOGIQUE


Les peuplements ichtyologiques présentent une variété spécifique et une abondance qui sont fonction de la qualité des milieux aquatiques. Des systèmes oligotrophes seront pauvres en poissons. Il en est de même des systèmes dégradés ou pollués mais pour d'autres raisons : homogénéisation de l'habitat par redressement de cours d'eau, disparition de ressources par pollution, effluents néfastes ou toxiques… En revanche, un milieu dont les caractéristiques sont favorables : mosaïque d'habitats variée, apports trophiques divers, peut héberger un peuplement abondant en individus et riche en espèces.


Cependant les poissons, organismes les plus complexes du point de vue morphologique et physiologique  de la faune strictement aquatique, sont susceptibles de résister à des conditions écologiques défavorables. Certaines espèces comme le Gardon, le Chevesne ou la Truite sont capables de survie prolongée dans des eaux fortement contaminées par une charge organique si d'autres facteurs comme la température, l'écoulement de l'eau, l'oxygène dissous permettent aux individus d'exercer des réactions compensatoires au sein de leur spectres écologiques.


De sorte qu'il est nécessaire de considérer non pas le comportement de quelques individus ni même celui d'une espèce mais le peuplement ichtyologique dans son ensemble si l'on veut mettre en évidence les relations qui existent entre le type écologique du site considéré et son peuplement électif.
Ainsi, le peuplement ichtyologique représente une expression synthétique non particulièrement sensible mais évidente de l'état de santé d'un système d'eau courante. En particulier, la richesse spécifique d'un peuplement constitue une indication essentielle pour permettre d'apprécier la qualité d'un site relativement à son type écologique. Pratiquement, il convient d'établir dans quelle mesure un peuplement donné correspond ou diffère au peuplement qui devrait normalement coloniser le site considéré.


II. QUALITÉ BIOGÈNE D'UN MILIEU ET PEUPLEMENT ICHTYOLOGIQUE


Un site apte au maintien d'un peuplement doit présenter dans toutes ses composantes morphologiques (lit, berges), physico-chimiques (qualités de l'eau et du substrat) et dynamiques (courant), des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de nutrition, de reproduction, d'abri et de circulation des espèces du peuplement. Ces aptitudes s'exercent à une échelle en rapport avec la taille des organismes : de quelques mm pour les petits invertébrés à plus de 1000 km pour les poissons migrateurs.


Ainsi les caractéristiques essentielles d'un site aquatique reposent sur les deux composantes majeures : le substrat et la masse d'eau, éléments susceptibles d'être fortement dégradés par les activités humaines, soit par pollution de l'eau et des sédiments, soit par modification de l'habitat (redressements, recalibrages, barrages, navigation), etc.…).


Les divers paramètres qui conditionnent le développement des organismes aquatiques peuvent être réunis dans trois groupes de composantes : thermiques, morpho-dynamiques et trophiques. Une catégorie supplémentaire est constituée par les composés toxiques ou inhibiteurs qui perturbent les processus biochimiques de transformation de la matière (rejets industriels, détergents et pesticides).


III. INFLUENCE DE LA DÉGRADATION DU SITE SUR LE PEUPLEMENT ICHTYOLOGIQUE


La dégradation du milieu se traduit au niveau des organismes consommateurs par des modifications (proportions relatives des espèces) puis des simplifications (disparitions successives d'espèces) du peuplement initial.


Cependant, les espèces réagiront différemment à la dégradation selon leur position typologique et leur gamme de tolérance.


Trois principes fondamentaux gouvernent la réaction des organismes à la dégradation du milieu :


- correspondance entre tolérance et position typologique des espèces. Une espèce est d'autant plus tolérante que son préférendum typologique est distal (proche de B9) et que son amplitude typologique est forte.

- compensations inter paramétriques. Des phénomènes de compensation s'exercent au sein de complexes de facteurs dont la dynamique conduit à définir la loi de tolérance de Shelford : lorsqu'une espèce est située dans son preferendum écologique, elle est capable de résister à des changements défavorables d'un ou de quelques paramètres. Réciproquement, lorsque la même espèce vit dans un milieu dont de nombreux paramètres sont à la limite de tolérance, elle est susceptible de disparaître à l'occasion d'une dégradation relativement faible. Ainsi une espèce se comporte comme euryèce au centre de son preferendum et sténoèce à la périphérie de son aire de répartition.


- sensibilités inégales des espèces au sein d'un même groupement écologique. Les espèces d'un même biocénotype peuvent montrer des polluosensibilités différentes dues aux modalités de la fraye, aux types de pontes, à l'habitat, aux exigences trophiques…, les plus sensibles étant celles qui disparaissent les premières en cas de dégradation du milieu.


IV. DÉTERMINATION DES NIVEAUX TYPOLOGIQUES THÉORIQUES À PARTIR DES DONNÉES MÉSOLOGIQUES


Les études de Verneaux permettent de déterminer à partir de données mésologiques le niveau typologique théorique auquel correspondent ces données. Les données les plus importantes étant la pente et la largeur du lit (règle des pentes d'Huet), le débit et la température.


Après exclusion des paramètres associés aux stations polluées et après réductions de paramètres redondants, Verneaux a conservé trois facteurs synthétiques expliquant 50 % de la variance d'un système d'eau courante.


Il s'agit :


- d'un facteur thermique : la température maximale moyenne en °C du mois le plus chaud

Facteur thermique.jpg


- d'un facteur géotrophique intégrant le phénomène général de succession :

facteur géotrophique.jpg

produit de la distance aux sources d0 en kilomètres par la dureté totale D en mg/l ;


- d'un coefficient de similitude hydraulique, résultante de trois composantes morphodynamiques, présentant une signification typologique plus nette que le débit, afin que la température se confirme comme étant le facteur essentiel de la succession typologique.

Ce coefficient est :

similitude hydraulique.jpg

rapport de la section mouillée Sm à l'étiage en m2 au produit de la pente P en ‰ par le carré de la largeur l du lit en m2.


Les variations des trois facteurs synthétiques sont exprimées par les équations suivantes qui correspondent aux régressions (une fonction linéaire et deux fonctions exponentielles) :Equations.jpg

Ces données permettent de déterminer le type écologique théorique T ou potentiel typologique :

type écologique.jpgdans lequel chaque facteur est affecté d'un coefficient d'intervention correspondant au pourcentage de sa contribution relative au plan F1F2 d'une analyse factorielle des correspondances.


V. REPÉRAGE DES APPARTENANCES TYPOLOGIQUES À PARTIR DES PEUPLEMENTS ICHTYOLOGIQUES


Réciproquement, le principe d'analogie permet de déterminer à quel niveau typologique appartient un peuplement ichtyologique.


La structure longitudinale d'un cours d'eau peut être figurée par un axe le long duquel se répartissent les groupements socio-écologiques. Un organigramme (figure 2) dû à Verneaux permet de déterminer pratiquement l'appartenance d'un peuplement ichtyologique à un niveau typologique en fonction du classement socio-écologique des espèces et de leur richesse spécifique.

Poissons_groupements_socioecologiques-450.jpg


CONCLUSION


Une discordance entre les appartenances typologiques théoriques (formule) et ichtyologique (organigramme) peut être imputable à différentes conditions perturbant les peuplements aquatiques électifs du niveau typologique considéré :


- conditions historiques : biogéographie, paléogéologiques ;
- conditions écologiques : géomorphologie, climat, température ;
- conditions mésologiques anormales : pollution, altération des habitats.


Ainsi, la confrontation des appartenances typologiques théorique (potentielle) et ichtyologique (actuelle) constitue une base utile pour la pratique d'une économie rationnelle des ressources aquatiques, en particulier pour la définition d'objectifs et de critères de qualité des eaux courantes et pour l'aménagement piscicole des cours d'eaux.

 

Sources :

Guyard A. (1997). - Cours d'hydrobiologie DESS Eaux continentales, pollution et aménagement, Université de Franche-Comté.

 

Verneaux J. et al (1973-1997). - Différentes publications du laboratoire d'Hydrobiologie et d'Hydroécologie de l'Université de Franche-Comté.

20/07/2012

L’Université de Franche-Comté et la fédération de pêche du Doubs au chevet de la Loue

L’Université de Franche-Comté

et la fédération de pêche du Doubs

au chevet de la Loue

(18/07/2012)

 

 

Classée comme l'une des plus belles rivières d'Europe pour la pêche à la mouche, la Loue se fraie dans le massif du Jura une reculée creusant d'abruptes falaises calcaires, au pied desquelles moucheurs locaux et touristes aiment venir titiller la truite et l'ombre.


"La vallée a connu un tourisme de masse lié à la pêche à la mouche, avec des personnes qui avaient les moyens et venaient de toute l'Europe. Mais depuis le début des années 2000, les pêcheurs fuient cette rivière dans un état lamentable, où ils voient les poissons mourir", constate Alexandre Cheval, garde-pêche dans la Vallée de la Loue. "Aujourd'hui, ils préfèrent aller en Slovénie ou en Roumanie sur des cours d'eau comparables à la Loue il y a 30 ans", ajoute-t-il. Le nombre des cartes de pêche enregistrées par la fédération sur le secteur de la Loue est passé de 2000 il y a dix ans à près 400 l'année dernière.

 

Mais depuis 1973 "la population piscicole a diminué de 70 à 80% sur certains secteurs de la Loue" qui s'écoule d'Ouhans dans le Doubs à Parcey dans le Jura, affirme Thomas Groubatch, chargé de mission à la Fédération de pêche du Doubs. Néanmoins, il pense qu'il "reste quelques secteurs refuges, mais ils sont rares. Il faut agir vite pendant que ces zones existent encore".


Des polluants d'origines diverses (population humaine, agriculture ou industrie), ainsi que l'aménagement des rivières (seuils et barrages) sont notamment mis en cause.

 

"Ce n'est pas une pollution ponctuelle, mais chronique. La rivière se dégrade de plus en plus et les milieux naturels ont de plus en plus de mal à supporter la pollution. La situation est plus qu'alarmante", s'inquiète Alexandre Cheval, qui redoute qu'un "point de non-retour" ait été atteint.

 

Pour lutter contre cette pollution, les services de l'État ont engagé une série d'actions comme le renforcement des règles d'épandage du lisier, l'installation de passes à poissons ou un effort de sensibilisation des industriels.


La Loue va être auscultée sous toutes les coutures. Les chercheurs du Laboratoire de Chrono-environnement viennent de commencer leurs travaux. Annoncée depuis au moins un an, cette vaste étude prévue sur cinq ans a enfin commencé dernièrement. D'après François Degiorgi, l’un des coordinateurs de cette étude, “Il s’agit d’un travail pluridisciplinaire qui porte aussi bien sur le bassin versant que sur la rivière. L’objectif est de localiser les causes du mauvais état de la Loue puis de chercher à les relier à une spacialisation des effets dans la rivière”.

 

Pendant une première phase de trois ans, une quinzaine de chercheurs va travailler sur le terrain pour cette étude. Une équipe pluridisciplinaire formée de chimistes, biologistes, géologues, pédologues. La plupart d’entre eux sont rattachés au laboratoire de chrono-environnement mais le laboratoire de géographie Théma, le Muséum d’Histoire naturelle de Besançon, l’Université de Neuchâtel, le laboratoire d’analyses de Poligny prêteront également main-forte à l’équipe.

 

Déjà des universitaires ont  prélevé des larves et des insectes adultes au bord de la Loue pour pouvoir évaluer la qualité du milieu de façon beaucoup plus précise que les indicateurs utilisés habituellement pour classer les rivières.

 

Autre partenaire de taille, la Fédération de Pêche du Doubs. Dès lundi, une soixantaine de pêcheurs est mobilisée chaque jour de la  semaine pour réaliser des pêches électriques afin d’effectuer de nouveaux inventaires piscicoles sur au moins huit stations de la Loue. Toutes les associations de pêche de la vallée, les fédérations de pêche des départements de Bourgogne et de Franche-Comté, le département de l’Ain ainsi que des bénévoles sont mobilisés la semaine prochaine.

 

Tout les amoureux de la Loue ont encore en tête les images des relevés piscicoles effectués, eux aussi à grand renfort de moyens et de médias par l’Onema en 2010. Alors, pourquoi recommencer et ne vaudrait-il pas commencer à agir concrètement pour diminuer les sources de pollution ?


« Pour que les politiques se bougent encore plus, il faut des preuves sur les origines de la pollution, explique Alexandre Cheval, garde pêche de la fédération du Doubs, cette étude va permettre d’affiner le tir, il nous faut des connaissances les plus fines possibles pour réajuster le tir. En 2010, l’Onema n’avait travaillé que sur quatre stations ».


Les politiques se sont déjà bougés en finançant cette étude qui coûte 360 000 euros pour la première phase. Environ 80% de  cette somme est prise en charge par l’Agence de l’Eau, le conseil général du Doubs et le conseil régional de Franche-Comté ; le reste étant financé par l’Université de Franche-Comté.

 

De nombreuses études ont été réalisées ces vingt dernières années, pas forcément coordonnées. Tout l’enjeu de ce travail va être de savoir capitaliser les résultats déjà publiés et surtout d’identifier beaucoup plus précisément l’impact des activités humaines sur le bassin versant de la Loue. En 2015, la directive européenne sur l’eau devra être renouvelée. Les premiers résultats  de cette étude sur la Loue pourraient bien être examinés de près.  De ses malheurs, la Loue pourrait ainsi en tirer un petit bénéfice. La rivière, connue dans toute l’Europe par les pêcheurs à la mouche, pourrait se faire aussi une réputation auprès des milieux scientifiques en étant devenue un véritable laboratoire à ciel ouvert.

 

En Franche-Comté, le Doubs franco-suisse, dont la Loue est à la fois un affluent et une résurgence, le Dessoubre et le Cusancin sont confrontés à un même problème de pollution et de mortalité piscicole.

 

Isabelle Brunarius

(France 3 Franche-Comté)

Source :

Blog.france3.fr/vallee-de-la-loue

 

Voir également dans ce même blog :

 

- Ces Saprolegnia qui parasitent les poissons

- La santé du Doubs mise à prix

- La Loue en avril 2011

- Mortalité des poissons dans le Doubs

- l'alerte lancée par Pascal P.

- Menaces sur le Doubs franco-suisse

- Proliférations algales dans la Haute vallée du Doubs

- Prolifération de Cyanobactéries dans la Loue

- Pathologie des poissons d'eau douce

 

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02/06/2012

Saprolegnia parasitica : une unique souche parasite les poissons

poissons,maladies,pathologie des poissons,doubs,doubs-franco-suisse,montbéliardUne unique souche de Saprolegnia parasitica parasite les poissons du Jura


par André Guyard

(Dernière mise à jour : novembre 2012)


Une unique souche de Saprolegnia parasitica serait à l'origine de l'attaque des poissons des rivières jurassiennes : c'est la conclusion à laquelle est arrivé un laboratoire suisse.


Mandaté par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), le laboratoire neuchâtelois dirigé par le docteur Lassaâd Belbahri a mis en évidence une seule et même souche d’un agent pathogène, infestant les truites, ombres et loches du Doubs, de la Loue et de la Sorne. Un résultat qu’il faut probablement s’attendre à retrouver du côté de l’Ain et de la Bienne mais aussi de l’Areuse et de la Birse, en Suisse, où, les symptômes qui frappent le Doubs et la Loue depuis 2009 ont été relevés cette année.

 

Cet agent pathogène est un oomycète Saprolegnia parasitica, fréquent dans les piscicultures. Le voici maintenant envahissant nos rivières. Il s'agit d'un agent pathogène opportuniste qui s'attaque aux poissons soumis à des stress et/ou déjà affaiblis par des sources de pollution atteignant nos rivières. Autrefois classé parmi les champignons, les études phylogénétiques placent désormais cet organisme parmi les Straménopiles, un clade particulièrement compliqué rattaché aux Algues (voir l'article sur Saprolegnia dans ce même blog).

 

Une opinion partagée par le collectif SOS Loue et rivières comtoises : « La saprolégniose n’est qu’une cochonnerie de plus, une maladie qui achève des poissons déjà très faibles », avance Jean-Michel Blondeau, un membre fondateur. « Les éclusées (lâchers d’eau des barrages), l’ouverture hors crues des vannes de fond, les stations d’épuration inexistantes ou pas aux normes, les nitrates et phosphates présents dans des algues jamais analysées, voire certains alevinages. Un cocktail explosif. […] Reconnaissons notre responsabilité collective et agissons avant que ne survienne un problème de santé publique. »

 

Le laboratoire neuchâtelois établit que la souche de Saprolegnia a été introduite récemment et se caractérise par sa virulence des souches pathogènes déjà présentes dans les milieux observés. Mais son origine reste inconnue, probablement anthropique : lâchers de poissons d'élevage contaminés, contamination par les bottes d’un pêcheur, la coque d’une embarcation, l'utilisation de vifs contaminés comme appâts, introduction d’espèces exotiques, exploitations aquacoles… D'autres vecteurs de la contamination peuvent être soupçonnés comme les écrevisses américaines.

 

En effet, aux États-Unis, une écrevisse loge un tueur de grenouilles. Il s'agit également d'un champignon qui provoque la  chytridiomycose décimant les amphibienset qui est aussi hébergé par les écrevisses ! C'est ce que révèle Tegan McMahon, de l'université de Floride du Sud. Dans le Colorado et en Louisiane, près de 30 % de ces crustacés sont contaminés par Batrachochytrium dendrobatidis. Des expériences en laboratoire montrent que des spores du pathogène, déposées dans l'eau, se logent dans la paroi intestinale des écrevisses, d'où elles peuvent ensuite contaminer les grenouilles. Ces réservoirs biologiques expliqueraient la virulence et la persistance de l'infection, en partie responsable du déclin des amphibiens.

 

En définitive, on ne peut que recommander pour éviter la propagation de Saprolegnia à d’autres cours d’eau de procéder à la désinfection du matériel ayant été en contact avec les eaux contaminées avec une solution javellisée ou alcoolique.

 

Rappelons que, dès mai 2011, la préfecture du Doubs avait demandé au laboratoire vétérinaire de Poligny (Jura français) d'étudier le problème de la saprolégniose, une maladie qui se manifeste par l’apparition d’un champignon sur le corps du poisson et qui n’occasionne en général qu’une faible mortalité. Les conclusions du labo : « Les poissons présentent des lésions dues à des surinfections externes cutanées par des saprolegnia banales. Aucun autre agent pathogène n’a été trouvé en quantité suffisante ».


Selon le blog animé par Isabelle Brunnarius sur le site de France 3 Franche-Comté, la Bienne est également sévèrement touchée.


23 mars 2012


L’AAPPMA La Biennoise souhaite interdire la pêche sur 24 kilomètres, pour une durée indéterminée, à la suite de la forte mortalité de poissons découverte à la mi-mars dans cette rivière jurassienne. Sur son blog, le pêcheur jurassien précise que « les limites du secteur fermé à la pêche sont pour l’amont, la  confluence du Tacon avec la Bienne à St Claude et pour l’aval, la  confluence du Merdançon et la Bienne à Dortan« . Cette décision intervient alors que les analyses réalisées par l’ONEMA sur les poissons morts ne sont toujours pas connues. Aujourd’hui encore, Charles Varenne, le président de l’AAPPMA, récupère des poissons morts au bord de cette rivière. Et pourtant, selon l’association de pêche, des pêcheurs continuaient de pêcher et de manger leurs prises. La Biennoise veut également sauvegarder les truites encore bien portantes.

 

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La Bienne est également touchée

par cette mortalité pisciaire

 

15 novembre 2012


Daniel Berthet, le président de  la société de pêche de Morez, prépare méticuleusement les truites mortes prélevées la semaine dernière dans la Bienne. Ces prélèvements vont partir ce jeudi dans un laboratoire d’analyse de Valence dans la Drôme. Ces analyses révéleront peut-être le nom du produit toxique à l’origine de la mort d’au moins 300 truites la semaine dernière à Morez. Mais il se peut que plus de poissons soient morts car les fortes pluies de ces jours-là ont augmenté le débit de la Bienne ; des poissons ont pu être entraînés loin rapidement. Avantage de cette météo, la pollution a été diluée.

 

Le président de cette AAPPMA souhaite déposer plainte à la gendarmerie, mais, pour l’instant, les gendarmes n’ont pas voulu prendre sa plainte en expliquant qu’ils attendaient le procès-verbal de la police de l’eau, l’Onema. Mais Daniel Berthet ne s’avoue pas vaincu, il retournera à la gendarmerie pour tenter de déposer plainte. Les enquêtes sur les pollutions aquatiques aboutissent difficilement car il est compliqué de prouver l’origine du déversement.

 

Voir également dans ce même blog sur le même sujet :


 - État sanitaire de la faune halieutique du Dessoubre, de la Loue et du Lison

- La santé du Doubs mise à prix

- La Loue en avril 2011

- Mortalité des poissons dans le Doubs

- l'alerte lancée par Pascal P.

- Menaces sur le Doubs franco-suisse

- Proliférations algales dans la Haute vallée du Doubs

- Prolifération de Cyanobactéries dans la Loue

- Pathologie des poissons d'eau douce

- Ces Saprolegnia qui parasitent les poissons du Jura

15/04/2011

Mortalité des poissons dans le Doubs

poissons,maladies,pathologie des poissons,doubs,doubs-franco-suisse,montbéliardMortalité des poissons dans le Doubs

La maladie s'étend sur le pays de Montbéliard et ne touche pas que les salmonidés

 

par Patrice MALAVAUX,

Garde-Pêche AAPPMA "La Franco-Suisse"

 

Voir la vidéo de Patrice Malavaux

Voir également une vidéo qui date de… 1973 et dénonçant la pollution du Doubs.

En février 2014, ça continue encore et encore : voir l'émission de France 3 Franche-Comté !

 

Quand j'ai signé à la Franco-Suisse pour être garde-pêche, je ne pensais pas que je finirais croque-mort. J'espère que vous avez passé une bonne journée car moi, je l'ai passée à ramasser des cadavres de poissons.

 

Ce matin sur le troncon Le Plain à la Sauçotte côté suisse j'ai ramassé une quinzaine de poissons dont 1/3 de truites et 2/3 d'ombres. Je n'ai plus envie de les compter précisément ni de les mesurer, les photos parlent d'elles-mêmes.

 

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Hécatombe d'ombres et de truites

(Cliché Patrice Malavaux)

 

Côté malades, j'ai aussi abandonné l'idée de les compter, je dirai qu'il y en a au moins 1 tous les 50 mètres en moyenne. 6 malades sur la même photo dans le bras mort de la Sauçotte :

 

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(Cliché Patrice Malavaux)

 

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(Cliché Patrice Malavaux)

 

 Cet après-midi, côté français entre la Verrerie et Moulin Jeannottat, même constat désolant : un mort et un malade sur la même photo :

 

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(Cliché Patrice Malavaux)

 

Je vais devancer les plus perspicaces d'entre vous qui vont inévitablement me dire que c'est normal car les ombres viennent de frayer. Oui, mais les truites ? Si elles ne sont pas remises de la fraie 3 ou 4 mois après, il y a peut-être un souci, à moins que ce ne soit une souche nouvelle de truites qui frayent en même temps que les ombres !

 

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Ombre rongé par la mycose causée certainement par des Saprolégniacées

(Cliché Patrice Malavaux)

 

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Truite rongée par la mycose causée certainement par des Saprolégniacées

(Cliché Patrice Malavaux)

 

À l'approche de la réunion SCT du 14 avril, prévoyez une courte cérémonie au cours de laquelle je remettrai personnellement un échantillon de ma pêche du jour à M. Gaudot qui aura l'amabilité de faire remonter le tout à Mme la Directrice de la DDT. La triste réalité du terrain ne doit pas rester que sur les bords du Doubs...

 

Cordialement,

 

Patrice MALAVAUX,

Garde-Pêche AAPPMA "La Franco-Suisse"

 

 Autres clichés désolants dans le Pays de Montbéliard :

 

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Brochet touché au museau

 

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Chevesne atteint

 

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Ombre malade

 

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Ombres malades

 

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Truite littéralement disséquée

 

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Ombres et truites malades

 

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Truites malades

 

La Télévision Suisse Romande rapproche de cette mycose à Saprolégniales qui affecte la faune piscicole dans notre région de la pollution des rivières proches par les munitions entreposées dans le gouffre de Jardel après la première guerre mondiale :

http://www.pleinair.net/detail_48_46087-L-inquiétant-repo...

 

Le 16 juin 2011, la Radio Suisse Romande (RSR) consacre un entretien à la santé du Doubs :

 

http://www.rsr.ch/#/la-1ere/programmes/impatience/?date=1...

 

Voir aussi dans le même blog,

 

- l'alerte lancée par Pascal P.

- Menaces sur le Doubs franco-suisse

- Proliférations algales dans la Haute vallée du Doubs

- Prolifération de Cyanobactéries dans la Loue

- Pathologie des poissons d'eau douce

 

Vous pouvez également visionner des vidéos très fouillées au sujet des problèmes du Doubs à l'adresse ci-dessous :
Le lien: http://www.pronatura-ju.ch  et choisir le fichier Doubs.

 

Les pollutions agricoles et domestiques sont mises en cause pour expliquer l'état lamentable de nos rivières. Or un petit tour de passe-passe a été commis pendant les vacances de Noël 2011 par le Ministère de l'Agriculture !


À peine croyable : c'est en pleine période de fêtes de Noël et du Nouvel An que le ministre de l'agriculture a choisi de "consulter le public" sur un projet de modification de la réglementation relative aux zones d'excédent structurel de lisier ! Chacun le sait, en cette période de fêtes, les citoyens surveillent assidument les projets de textes mis en ligne sur le site internet du ministère de l'agriculture...

 

Une pétition à signer :

http://www.cyberacteurs.org/cyberactions/elevages-deregle...

05/12/2010

L'Apron du Rhône

L'Apron du Rhône,

un poisson en danger d'extinction

Autrefois dans le Doubs, se trouvait un petit poisson appelé le "Roi du Doubs" ou "Sorcier" dont le nom officiel est Apron du Rhône. En Franche-Comté, cet hôte très discret n'est plus présent aujourd'hui de manière significative que sur la Loue. C'est l’un des quatre poissons d’eau douce, avec l’Esturgeon commun ou encore l'Anguille, déclarés "en danger critique d'extinction" sur le territoire français.

 

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16/06/2010

La pêche électrique

Description du dispositif de pêche. Principe de fonctionnement. Précautions d'utilisation. Applications à la pêche scientifique.

 

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11/06/2010

Principaux lacs du Jura

Caractéristiques des principaux lacs du Massif du Jura

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08/06/2010

Poissons des lacs du Jura

Les poissons des lacs du Jura. Échantillonnage et courbes de croissance

Lire la suite

07/06/2010

Proliférations de Cyanobactéries dans la Loue

Une pollution de la Loue a entraîné une prolifération de Cyanobactéries toxiques. Ces organismes émettent des toxines mettant en danger la vie aquatique et notamment les populations de truites

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05/02/2010

La Vandoise du Doubs

Vandoise1_logo.jpgLa Vandoise

Leuciscus leuciscus (Linné), 1758

Famille des  Cyprinidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse à la Vandoise qui se complaît dans des cours d'eau ainsi que dans les lacs.

Vandoise001-1.jpg

La Vandoise ressemble au Gardon, mais le corps est plus élancé. Les yeux sont jaunâtres, jamais rouges. L'iris montre de petites taches sombres. Le dos est sombre à reflets vert bleu, les flancs jaune argenté, le ventre blanc. Les écailles sont grandes : 47 à 55 le long de la ligne latérale, celle-ci est souvent bordée de noirâtre. Le bord de l'anale est concave. Les nageoires pelviennes et pectorales sont jaune-orangé. La nageoire dorsale porte 10 à 11 rayons. Les dents pharyngiennes sont sur 2 rangs.

 

Taille : de 15 à 30 cm à l'âge de 2-3 ans ; rarement plus de 25 cm et de 200 g (à environ 10 ans).

 

 

Vandoise-1.jpg

 

La Vandoise se rencontre essentiellement dans les cours d'eau rapides à fond sablonneux ou graveleux. Il s'agit d'un poisson grégaire qui nage près de la surface. La Vandoise vit dans des eaux fraîches, vives, et dans les lacs, ou dans les eaux saumâtres à l'embouchure des fleuves.

 

C'est pourquoi il n'est pas étonnant de rencontrer cette espèce dans le cours inférieur du Doubs.

 

Vandoise.jpg

Répartition de la Vandoise parmi les différentes stations

 

La Vandoise se nourrit de larves et d'insectes aquatiques et aériens de toutes espèces, de vers, de petits mollusques ainsi que de débris végétaux.

 

La reproduction a lieu de mars à mai parmi les pierres et la végétation. Les mâles sont alors ornés de petits tubercules nuptiaux sur tout le corps. Les bancs passent deux semaines sur les places de fraie avant de redescendre les cours d'eau. Les femelles pondent de 15 000 à 30 000 gros œufs (2 mm) qui adhèrent au substrat.

 

Au bout d'un an, le jeune mesure de 6 à 7 cm et de 10 à 20 cm à 2 ans. La maturité sexuelle est atteinte à 3-4 ans.

 

La Vandoise est commune dans la plupart des régions françaises et plus rare dans le Sud-Ouest et le Sud-Est (Blanchard, 1866 ; Roule, 1904 ; Spillmann, 1961 ; Grégoire, 1983). Présente dans la Durance au début du siècle (Caillol, 1913), elle n'y est plus signalée.

 

 

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

14:03 Publié dans Poissons | Tags : vandoise, doubs, poissons, pêche | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

La Truite du Doubs

truite fario1_logo.jpgLa Truite de rivière

Salmo trutta fario Linné, 1758

Famille des Salmonidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse à la Truite fario dont le secteur se trouve normalement en amont des cours d'eau (zone de la Truite).

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La Truite est une espèce très polymorphe dont les variations accompagnent souvent les changements d'habitats qu'est susceptible d'accomplir cette espèce. À côté de la Truite de rivière, on distingue en Franche-Comté la Truite de lac Salmo trutta lacustris, une forme que l'on rencontre dans les lacs du Jura (en particulier à Saint-Point).

 

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Truite fario

 

Bien que le Saumon soit absent totalement du bassin rhodanien, comme il est facile de confondre Truite et Saumon, nous donnons ici quelques caractères distinctifs.

 

La Truite a le corps plus massif que le Saumon, la tête est plus camuse et relativement plus grosse. La bouche est plus largement fendue, le maxillaire supérieur dépassant nettement le bord postérieur de l'œil. Les mâchoires sont armées d'une rangée de dents coniques. Sur le premier arc branchial, 2 à 5 des branchiospines inférieurs et supérieurs sont coniques, les autres sont cylindriques. Le pédicule caudal est plus élevé. La caudale est moins concave, souvent coupée presque carrément. Le nombre d'écailles contenues dans une ligne oblique, allant en arrière et vers le bas, de l'adipeuse jusqu'à la ligne latérale (écaille de la ligne latérale comprise) est de 14 à 19, généralement 16.

 

La coloration de la robe et le patron des ponctuations varient avec l'âge et le milieu de vie des individus. Il existe chez certaines truites une tendance naturelle à se déplacer vers des secteurs où le volume d'eau est important (lac ou grande rivière), là, les individus perdent complètement leur robe tachetée pour prendre une parure très homogène avec le dos souvent gris bleu et le ventre blanc.

 

La Truite fario est largement répandue sur l'ensemble du territoire. Elle fréquente aussi bien les cours d'eau de haute altitude que les lacs. En plaine le facteur le plus limitant de sa répartition est la température plus que la qualité des eaux (espèce d'eau fraîche). C'est pourquoi dans le Doubs, on la rencontre dans le cours supérieur et plus rarement dans le cours inférieur, uniquement localisée dans des biotopes où l'eau est vive : déversoirs de barrage, en particulier, qui constituent naturellement des zones de réserve de pêche. Comme notre échantillonnage évitait les réserves, il n'est pas étonnant que la Truite fario n'ait été trouvée que dans le Doubs à Orchamps (voir graphe ci-dessous).

 

 

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Répartition des truites échantillonnées dans le Doubs

 

Dans nos régions, la taille dépasse rarement 80 à 100 cm (10-15 kg), les plus gros spécimens étant des truites de lacs ou de larges cours d'eau. L'âge habituel est de 4-5 ans.

 

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Il apparaît donc que la Truite de rivière Salmo trutta fario est une forme naine sédentaire qui passe toute sa vie dans les eaux courantes. Elle ne devient pas claire comme la Truite de lac, mais passe directement de la livrée juvénile rayée transversalement, à la livrée adulte. Dans les petits cours d'eau, elle atteint souvent une longueur de 15 à 20 cm, et arrive à maturité à l'âge de 2 ou 3 ans. Dans ce cas, les œufs sont en petit nombre de 100 à 300. Dans les plus grands cours d'eau, elle peut atteindre 50 cm (1 à 1,5 kg) et à 4-5 ans.

 

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La Truite de rivière est très casanière, ce poisson individualiste préfère avant tout des gîtes à l'abri du courant, derrière des racines ou des pierres.

Dans le cours supérieur du Doubs et dans la Loue, la livrée de la Truite fario présente une coloration caractéristique avec des bandes sombres latérales : on l'appelle la truite zébrée (voir ci-dessous).

 

Truite fario.jpg

Truite fario de la Loue

 

Par suite d'empoissonnements répétés, la Truite fario cohabite souvent avec une cousine américaine, la Truite Arc en ciel.

 

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Truite fario en haut et Truite Arc en ciel en dessous

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

La Bouvière du Doubs

Bouvière1logo.jpgLa Bouvière

Rhodeus amarus (Bloch), 1785

Famille des Cyprinidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse à la Bouvière dont la répartition est conditionnée par la présence des bivalves qui abritent sa ponte.

 

Bouvière001-1.jpg

La Bouvière est un petit poisson au corps haut et comprimé latéralement. Le dos est gris vert, les flancs sont argentés parcourus d'une bande bleue de la caudale au milieu du flanc, le ventre blanc rosé. Les écailles sont grandes (34 à 38 dans une ligne longitudinale). La ligne latérale est incomplète et n'a que 5 à 6 écailles.

 

La taille varie de 5 à 8 cm. La Bouvière atteint au maximum un âge de 5 ans.

 

La Bouvière vit en bancs dans les eaux lentes peuplées de mollusques bivalves (des genres Unio et Anodonta) fréquentant la ceinture végétale des petits lacs et étangs et la zone littorale végétale des cours d'eau à courant lent. La nourriture est surtout végétale.

 

Le processus de ponte est tout à fait étonnant. En période de fraie (avril-juin), le mâle est teinté de rouge sur la gorge, la poitrine et le ventre  et de vert bleu sur le dos. Il se choisit alors un territoire qui contient une moule.

 

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Bouvière mâle en parure de noce
(cliché P. Spaans)

 

La femelle voit se développer un tube de ponte cutané (ovipositeur) de 6 cm de long qui part de l'ouverture sexuelle. Le mâle conduit la femelle pourvue du plus long tube vers des moules d'eau douce. Ces bivalves se nourrissent du plancton qu'ils filtrent de l'eau qu'ils aspirent ; ils sont à demi enfoncés dans la vase, avec leur coquille ouverte. Au moyen de son ovipositeur, la femelle dépose ses ovules (une quarantaine) dans la cavité palléale du bivalve. Le mâle libère alors sa semence à proximité du mollusque, le siphon inhalant de ce dernier entraîne les spermatozoïdes avec l'eau filtrée. Les ovules sont alors fécondés.

 

Piet Spaans_RhodeusAmarusfemelle-1.jpg
Bouvière femelle en période de ponte
L'ovipositeur est bien visible (cliché P. Spaans)

Cette manière de faire est répétée chaque fois par le même couple, ou bien le mâle trouve une autre partenaire pour utiliser le mollusque choisi, qu'il défend toujours énergiquement contre les autres mâles. Une femelle dépose au total 40 à 100 œufs. Ils mesurent environ 3 mm et sont bien protégés dans la moule jusqu'à leur éclosion, 2 à 3 semaines plus tard.

 

Bouvière-stefan-pahl-1.jpg
Couple de bouvières à proximité d'un Unio (cliché S. Pahl)

Le jeune poisson quitte son hôte au bout de 2 jours, lorsque la vésicule a disparu. Le bivalve ne semble souffrir en aucune manière lorsqu'il sert d'hôte au jeune. On a observé en aquarium que la livrée de noces du mâle et que le tube de ponte de la femelle ne se développent qu'en présence de bivalves. Sans bivalves, le tube disparaît.

 

La défense par le mâle, contre les autres mâles, d'un certain territoire, et la parade nuptiale, rappellent le comportement des épinoches, et ont fait l'objet de recherches détaillées en psychologie animale, ceci grâce au fait que la Bouvière est facile à garder en aquarium.

 

Ce processus de ponte permet aux œufs d'être protégés dans les bivalves durant l'incubation et, en période de sécheresse, les moules sauvent les œufs en s'éloignant des bords.

 

La Bouvière était signalée au XIXe dans la Seine, la Marne, la Moselle, la Saône (Valenciennes, 1848 ; Gehin, 1868 ; Gensoul, 1908). Elle aurait gagné le bassin de la Loire par le canal du Nivernais (Roy, 1952). Spillmann (1961) et Grégoire (1983) la considérait comme absente au sud d'une ligne allant de la Charente au Massif central.

 

Des captures ont eu lieu en Camargue en 1980, l'espèce se serait étendue vers le Sud par le Rhône et les canaux de Provence (Kiener, 1985). Son aire de répartition apparaît actuellement comme très fragmentée.

 

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Répartition des populations de la Bouvière dans le Doubs

 

Comme le montre  le graphe précédent, la Bouvière est localisée principalement à Saint-Vit et à Orchamps où les bivalves sont abondants.

 

Bouvière_échantillon-moyen_Doubs-1.jpg

Échantillon moyen des populations

de la Bouvière dans le Doubs

 

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

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04/02/2010

La Tanche du Doubs

Tanche1_logo.jpgLa Tanche

Tinca tinca (Linné), 1758

Famille des Cyprinidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse à la Tanche que l'on rencontre dans la zone des brèmes.

 

Tanche001-1.jpg

 

Le corps et le pédicule caudal sont élevés, le dos vert-brun, les flancs plus clairs ont des reflets cuivrés, le ventre est blanc-jaune. Un fin barbillon est disposé de chaque côté de la bouche. Les écailles, profondement incrustées dans l'épiderme, sont très petites : 95 à 110 le long de la ligne latérale. La peau est épaisse et très visqueuse. Les nageoires sont arrondies. Chez le mâle, les nageoires pelviennes plus longues ont un deuxième rayon plus épais visible dès l'âge de 2 ans (environ 12 cm). Chez la femelle, les pelviennes n'atteignent pas l'orifice uro-génital.

 

 

tanche01-1.jpg

 

À 3-4 ans, la Tanche atteint 25-30 cm et pèse 250 g ; elle dépasse rarement 50 cm et 2 kg.

 

La Tanche fréquente les cours d'eau lents et les étangs peu profonds à la végétation abondante. Il s'agit d'un poisson de fond, plutôt timide, qui vit dans les eaux peu courantes (zone des Brèmes) et dans les lacs, marais et étangs marécageux, riches en végétation et à sol mou. C'est un poisson solitaire et actif à la tombée de la nuit.

 

tanche02-1.jpg

 

Elle se nourrit de larves d'insectes, principalement de diptères et de divers mollusques. En hiver la Tanche hiberne dans un état passif. C'est un poisson très résistant et supporte mieux que la plupart des autres poissons (y compris la Carpe) de faibles quantités d'oxygène. Elle survit assez longtemps hors de l'eau.

 

La période de reproduction est située entre les mois de mai et de juillet. La fraie a lieu en eau peu profonde, pourvue d'une riche végétation, et par 19-20°C. Les œufs (250 000 à 800 000 par femelle), fixés à la végétation, incubent 5 à 8 jours selon la température. Ils mesurent de 0,8 à 1,0 mm de diamètre et sont déposés par groupes sur les plantes ou sur le fond, durant 2 mois, et à environ 2 semaines d'intervalle. Selon la température (100-120 degrés/jours sont nécessaires), les œufs éclosent au bout de 3-6 jours.

 

 

tanche03-1.jpg

À l'éclosion, les alevins dotés d'un organe adhésif sur la tête se fixent sur les plantes jusqu'à la résorption du sac vitellin.

Après 10 jours, la vésicule a disparu et l'alevin commence à manger le petit plancton animal, plus tard des larves de moucherons, des ostracodes, jeunes gastéropodes et moules. La croissance est lente.

 

Avec la 2e année, le dimorphisme sexuel apparaît, et c'est à l'âge de 3 ou 4 ans que la Tanche fraie pour la première fois.

 

La Tanche, espèce autochtone, est répandue dans toute la France ; elle serait moins commune dans la Loire (Boisset, 1948 ; Spillmann, 1961) et absente des Alpes maritimes (Kiener, 1985). Elle fut introduite dans les lacs pyrénéens entre 1956 et 1957 (Chimitz, 1960).

 

 

Tanche_échantillon-moyen_Doubs-1.jpg
Échantillon moyen de la population de la Tanche dans le Doubs

 

L'histogramme ci-dessus représente les différentes classes de taille de la population de la Tanche dans la rivière.

 

Tanche-stations-effectif-1.jpg
Répartition de la population de la Tanche parmi les stations

 

Espèce résistant à la pollution, sa population est répartie entre Doubs et canal.

 

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

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Le Sandre du Doubs

 

Sandre01_logo.jpgLe Sandre

Stizostedion lucioperca (Linné), 1758

Famille des Percidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse au Sandre que l'on rencontre dans la zone des brèmes.

 

Sandre001-1.jpg

Le corps du Sandre est élancé et la tête allongée. La bouche est assez largement fendue et présente une dentition fortement développée avec de fortes "canines". L'opercule est dépouvu d'épines. Les deux nageoires dorsales sont séparées par un faible espace, la dorsale épineuse a de 13 à 15 rayons, et elle est marquée de points foncés disposés en bandes horizontales. La coloration générale du corps est gris verdâtre pour la partie dorsale, avec des bandes verticales foncées. Le ventre est blanc. À 5-6 ans le Sandre a une longueur de 35 à 55 cm et pèse environ 1 kg. Le maximum est de 120 cm pour un poids de 12 kg et un âge de 20 ans.

 

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Le Sandre
(cliché de P. Spaans)

 

Le Sandre fréquente les secteurs inférieurs des grands cours d'eau ainsi que les eaux calmes (lacs, étangs et réservoirs). À cause de plus grandes exigences concernant le milieu, le Sandre n'a pas une distribution aussi vaste que celle de la Perche. Il se trouve surtout dans des lacs grands, ou assez grands, plutôt chauds, ayant de bonnes conditions d'oxygénation (au moins 3,5 mg au litre). Il prospère surtout dans les eaux troubles, où il n'est pas en compétition avec le Brochet, et où il peut s'emparer de ses proies sans être vu. Il fréquente la masse d'eau libre, et évite les endroits envahis de végétation. Le Sandre vit soit en petits bancs soit en solitaire.

 

Le régime alimentaire est essentiellement ichtyophage, la taille des proies ingérées est limitée par la relative étroitesse de l'oesophage.Il se nourrit surtout de brèmes, de gardons, de perches et de corégones. Sa bouche est plus petite que celle du Brochet, et le Sandre est incapable d'avaler une proie qui dépasse 12 % de son propre poids.

 

Sa reproduction a lieu du mois d'avril au mois de juin, lorsque la température de l'eau est voisine de 15°C. Les places préférées ont un sol dur, sableux ou graveleux et se trouvent à une profondeur de 1 à 3 m. Les sandres choisissent souvent un fond pourvu de racines. Les œufs sont pondus dans des cavités peu profondes et ils se collent aux pierres et racines. Les sandres s'unissent par paires, et les deux parents gardent très courageusement les œufs. Ceux-ci mesurent seulement de 1 à 1,5 mm et leur nombre est de 150 000 à 200 000 par kilo de femelle. Ils naissent au bout d'une semaine (110 degrés/jours). La ponte a lieu sur un nid, protégé pendant la période d'incubation (10 à 15 jours), par le mâle.

 

La larve nouveau-née mesure environ 6 mm. Pendant que la vésicule disparaît, la bouche et des dents minuscules se forment et les alevins se dispersent en surface où ils mangent des Puces d'eau. À l'âge d'environ 2 mois la nourriture consiste en larves de diptères et en jeunes d'autres poissons. La croissance est rapide, et en automne les jeunes mesurent de 6 à 10 cm. Le mâle est mature à 2-4 ans, ayant une longueur de 33 à 37 cm. La femelle croît généralement mieux que le mâle, mais n'atteint la maturité sexuelle qu'à 3-5 ans, atteignant alors 40 à 44 cm.

 

Le Sandre est un poisson de valeur qui convertit un lot de poissons de peu de valeur en une chair appréciée. Pour cette raison, il est introduit dans beaucoup de lacs, et utilisé comme poisson secondaire dans les étangs à carpes, où il contrôle le stock de poissons sauvages.

 

Le Sandre est originaire de l'Europe centrale (Lac Balaton (Hongrie)), sa première capture dans le Rhin est signalée en 1888 (Armengaud, 1962). En 1912, il passe dans le canal de la Marne au Rhin. Il est signalé dans le Doubs en 1915 et dans la Saône en 1920. Il atteint l'étang de Vaccarès en 1930. La maîtrise de la reproduction et du transport des pontes (frayères et boîte Korchus) à partir de la pisciculture de Sylvéréal sont à l'origine de son extension, par les Sociétés de pêche, à l'ensemble du réseau hydrographique (Goubier, 1975).

 

Sandre_échantillon-moyen_Doubs-1.jpg
Échantillon moyen de la population
du Sandre dans le Doubs

Sandre_échantillon-moyen-canal-1.jpg
Échantillon moyen de la population
du Sandre dans le canal

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Répartition de la population du Sandre
parmi les différentes stations

 

D'après le graphe ci-dessus, le Sandre se répartit dans toutes les stations avec une plus nette abondance dans la partie aval de la rivière.

 

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

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Le Rotengle du Doubs

Rotengle1_logo.jpgLe Rotengle

Scardinius erythrophtalmus (Linné), 1758

Famille des Cyprinidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse au Rotengle que l'on rencontre dans les eaux calmes, libres ou stagnantes (zone des brèmes).

Rotengle001-1.jpg

 

Le corps est comprimé latéralement, le dos bombé est brun-vert, les flancs sont cuivrés, le ventre argenté. Les nageoires dorsale, anale, et pelviennes sont rouge vif. On le distingue du Gardon, espèce dont il est très proche par le fait que la nageoire dorsale est insérée en arrière des pelviennes. Ses yeux rouges à reflets dorés le distingue également du Gardon. La bouche est étroite et oblique. Les écailles sont grandes (40 à 43 le long de la ligne latérale).

 

La taille est de 15 à 45 cm pour un poids de 200 à 400 g et pour un âge de 10 ans. Rarement 30-35 cm (0,5 à 0,8 kg). Max. 45 cm (1,7 kg).

 

 

rotengle01-1.jpg

 

Le Rotengle vit dans les eaux calmes à fond boueux, parmi la végétation, dans des lacs chauds et peu profonds ou dans des eaux à courant lent, dans la zone des Brèmes. Il hiverne en eau plus profonde. Il erre en petits bancs, quelquefois mélangé à d'autres Cyprinidés, et il mange les feuilles des plantes des marais, Myriophyllum, charas et autres végétaux, aussi bien que des insectes, des mollusques et des œufs de poissons. La croissance est lente.

 

 

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La reproduction a lieu d'avril à juin parmi les pierres et la végétation qui borde le rivage. Le Rotengle a la réputation de se croiser durant la fraie avec les autres espèces, et il s'hybride avec la Brème bordelière, le Gardon et l'Ablette. Cette particularité entraîne des difficultés de détermination entre le Gardon et le Rotengle. Les œufs (90 000 à 200 000 par femelle) incubent pendant 8 à 15 jours. Ils mesurent 1,5 mm, sont très visqueux, et sont déposés sur les plantes aquatiques. L'éclosion dépend de la température, et se produit au bout de 3 à 10 jours. L'alevin reste fixé passivement aux plantes jusqu'à résorption de la vésicule, et durant les premières semaines qui suivent, il se nourrit de plancton animal. La maturité sexuelle est atteinte à 2-3 ans.

 

rotengle03-1.jpg

 

Autochtone en France, Spillmann (1961) le signalait comme absent du Sud-Est : il semble maintenant y avoir colonisé les retenues hydroélectriques à la suite de réempoissonnement.

 

Rotengle_échantillon-moyen_Doubs-1.jpg
Échantillon moyen de la population
du Rotengle dans le Doubs

 

L'histogramme ci-dessus montre les différentes classes de taille de la population du Rotengle dans le Doubs.

 

Rotengle_stations-effectif-1.jpg
Répartition de la population du Rotengle
parmi les différentes stations

 

D'après le graphe ci-dessus, la population de rotengles se localise davantage dans le Doubs et notamment dans sa partie aval.

 

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

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Le Poisson-chat du Doubs

Poisson-chat1_logo.jpgLe Poisson-chat

Ameiurus nebulosus (Le Sueur), 1819

Ictalurus melas (Rafinesque), 1820


Famille des Ictaluridés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse au Poisson-chat que l'on rencontre dans les eaux calmes, libres ou stagnantes. Il s'agit d'un poisson importé d'Amérique du Nord qui s'est répandu en Europe. Ce n'est que récemment (Spillmann, 1967) que l'identité de cette espèce a été déterminée avec précision.

 

 

Poisson-chat001-1.jpg

Le corps est moyennement allongé, la peau est nue. Il existe une nageoire dorsale adipeuse. La tête est large et aplatie, la bouche est grande et entourée de 8 barbillons. Les premiers rayons épineux des nageoires dorsale et pectorales sont légèrement denticulés. La coloration du corps est assez homogène, le dos est brun plus ou moins foncé et le ventre jaune.

 

La taille des individus dépasse rarement 33 cm et un poids de 245 g pour un âge de 8 ans. Le maximum est de 45 cm pour 2 kg.

 

Le Poisson-chat est une espèce d'eau calme. C'est un poisson de fond, avec des habitudes nocturnes. Il vit dans les marais, les lacs ou les eaux peu courantes, à fond mou. C'est une espèce omnivore et vorace. Il se nourrit de larves de chironomes et de mouches de mai, de mollusques, et aussi d'œufs et alevins d'autres poissons.

 

Le Poisson-chat est une espèce particulièrement résistante à la pollution. On le trouve jusque dans des eaux polluées et pauvres en oxygène (lacs et étangs eutrophes). Il n'est pas apprécié dans les étangs d'élevage où il est difficile à pêcher, car les poissons s'enfouissent dans la vase.

 

 

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Le Poisson-chat

(cliché G. W. Sneegas)


Il fraie en eau peu profonde, en juin-juillet, et par une température de 18 à 20°C. La reproduction se déroule sur un nid préparé par le couple géniteur disposé sous une berge surplombante, une racine ou un autre abri semblable. Les œufs de 500 à 3500 sont plus ou moins nombreux selon la taille de la femelle, ils sont pondus en paquets et naissent au bout de 8 jours La ponte est protégée et entretenue par le mâle. Cette protection se poursuit après l'éclosion, les alevins restant groupés en boule caractéristique pendant plusieurs semaines.

 

Originaire de l'Amérique du Nord, le Poisson-chat a été introduit en France en 1871. Les premiers individus se sont échappés du Muséum vers la Seine toute proche en empruntant le réseau des égouts (Lavauden, 1905).

 

Après cet épisode, cette espèce fut "oubliée" et ce n'est qu'au début du siècle que sa dispersion s'est étendue : En 1901 introduction dans des étangs en Loire Atlantique (Labarletrier, 1901), en 1904 des déversements ont eu lieu dans la Seine et la Dordogne (Pion-Gaud et Lavauden, 1904). Son introduction a même été favorisée par les sociétés de pêche dans les secteurs les plus pollués (Lavollée, 1906).

 

En 1951, Vivier montre que le Poisson-chat a colonisé l'ensemble du réseau hydrographique, cette espèce ayant peu de prédateurs.

 

Cette espèce est considérée comme susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques sans qu'aucun argument ne confirme cet aspect particulier de son comportement (Boët, 1981). Encore largement répandu le Poisson-chat semble cependant en régression du fait de la pollution et peut-être de maladie.

 

 

Poisson-chat_échantillon-moyen_Doubs-1.jpg
Échantillon moyen de la population du
Poisson-chat dans le Doubs


Poisson-chat_échantillon-moyen-canal-1.jpg
Échantillon moyen de la population du
Poisson-chat dans le canal Freycinet

L'examen de la répartition des populations du Poisson-chat dans le Doubs et dans le canal appelle les conclusions suivantes : Contrairement à la majorité des espèces pisciaires, le Poisson-chat est plus abondant dans le canal que dans le Doubs. Cette considération est surtout valable pour les classes d'âge jeunes et moyennes.

 

 

Poisson chat-stations_effectif-1.jpg
Répartition de la population du Poisson-chat
parmi les différentes stations

 

D'après le graphe ci-dessus, le Poisson-chat se complaît dans les zones où l'eau est la plus stagnante, c'est-à-dire au niveau du canal, en particulier dans sa partie supérieure.

 

Sources :


- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

 

 

03/02/2010

La Perche soleil du Doubs

Perche-soleil1_logo.jpg

La Perche soleil

 

Lepomis gibbosus (Linné), 1758

Famille des Centrarchidés

 

Par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse à la Perche soleil que l'on rencontre dans les eaux calmes, libres ou stagnantes.

Perche-soleil001-1.jpg

 

La Perche soleil est un poisson de forme discoïdale, la bouche est petite, oblique vers le haut. Les deux nageoires dorsales sont fusionnées. L'opercule est recouvert d'écailles et se termine par une pointe molle. La couleur du poisson est souvent très vive à dominante bleu et vert sur le dos, les flancs étant jaunes orangé. La partie postérieure de l'opercule présente, chez les mâles, une tache rouge écarlate bordée de noir, elle est souvent plus terne ou même absente chez les femelles.

 

La croissance est variable suivant les conditions du milieu : les poissons dépassent rarement 15 cm, et il semble que les tailles maximales augmentent suivant un gradient nord-sud (sujet de plus de 20 cm dans le Bas-Rhône).

 

La Perche soleil est un poisson d'eau calme en rivière ou en étang. Elle vit dans les eaux peu profondes des lacs envahis de végétation, et dans les cours d'eau à courant lent. La nourriture consiste en insectes aquatiques, en petits crustacés et jeunes poissons.

 

 

Lepomis-gibbosus-1.jpg

 

Le comportement de ponte est voisin de celui des autres centrarchidés : la reproduction a lieu au printemps en mai-juin, lorsque la température de l'eau est proche de 18 à 20° C. Les ovules sont pondus dans un nid préparé par le mâle, plusieurs femelles pouvant pondre dans le même nid. La ponte est ensuite farouchement protégé par le mâle pendant toute la durée d'incubation (60 heures à 22 °C après fécondation artificielle (Folliot, 1975)). La vésicule vitelline est totalement résorbée en 5 jours lorsque la température est comprise entre 25 et 27°C.

 

Espèce originaire de l'Amérique du Nord, la Perche soleil a été introduite en France en 1877 (Gensoul, 1908). Sa reproduction artificielle a été réalisée pour la première fois en 1887 (Bertrand, 1890). Son extension s'est poursuivie au cours de la fin du XIXe et du début du XXe siècle : Sud-Est en 1886 (Roule, 1925), Sologne en 1888 (Lefort, 1906), dans l'Isle en 1895 et 1897 (Maingaud, 1900). Elle semble actuellement absente des cours d'eau du Nord de la France, ainsi que de ceux de la pointe occidentale de Bretagne.

 

 

Perche-soleil_échantillon-moyen_Doubs-1.jpg

Échantillon moyen de la population de

la Perche soleil dans le Doubs

 

L'histogramme ci-dessus montre les différentes classes de taille de la population de la Perche soleil dans le Doubs.

 

 

Perche soleil_réparttion par station-1.jpg
Répartition de la population de la Perche soleil
parmi les différentes stations


D'après le graphe ci-dessus, la Perche soleil se répartit principalement dans le Doubs.

 

Sources :


- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

La Perche du Doubs

Perche1_logo.jpgLa Perche

Perca fluviatilis Linné, 1758

Famille des Percidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse à la Perche que l'on rencontre dans les eaux libres et stagnantes.

 

Chez les Percidés, la nageoire dorsale est divisée en deux parties : une antérieure à rayons épineux, et une postérieure à rayons mous. L'opercule comporte une ou plusieurs épines. Les écailles sont rudes au toucher. La ligne latérale est présente et la vessie natatoire est dépourvue de canal pneumatique.

Perche001-1.jpg

 

Le corps de la Perche est haut, le dos, un peu bossu, est gris-vert, les flancs plus clairs portent 6 à 9 bandes transversales sombres et le ventre est blanc-rouge. En général le mâle a des couleurs plus vives.

 

Les nageoires pelviennes et anale sont rouges. Les deux nageoires dorsales sont séparées, la première porte une tache noire et 13 à 16 rayons épineux, la seconde 1 à 2 rayons épineux et 13 à 16 rayons branchus. Le bord antérieur de l'opercule forme un aiguillon.

 

La taille varie de 20 à 50 cm. À 8-10 ans, la Perche mesure 25 cm et pèse 0,2 kg ; très rarement elle atteint 50 cm pour un poids de 3,5 kg.

 

La Perche est susceptible d'être rencontrée dans toutes les eaux libres et stagnantes à une altitude inférieure à 1000 m et qui présentent de bonnes conditions d'oxygénation (plus de 3 ml d'oxygène au litre).

 

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C'est un poisson sédentaire, qui vit souvent en bancs comprenant des individus d'âge et de taille différents. En gros, on peut distinguer la Perche richement colorée des eaux peu profondes et riches en végétation, et la Perche peu colorée des eaux profondes à fond nu, où elle atteint une profondeur de 50 m, pour peu que l'oxygène soit suffisant. Dans les plus grands lacs, on trouve des Perches qui mènent une vie pélagique.

 

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La Perche se nourrit de larves d'insectes, de crustacés d'eau douce, de jeunes écrevisses et occasionnellement d'œufs de poissons. Les grandes perches sont des chasseurs solitaires qui mangent de petits gardons, des brèmes, etc. À cause de sa grande abondance, la Perche elle-même sert de nourriture au Sandre et au Brochet. Les perches fortement colorées en jaune rouge doivent cette teinte à une nourriture elle-même colorée en rouge par des caroténoïdes contenus dans les crustacés et ont migré à l'intérieur des cellules cutanées des perches.

 

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Avant la fraie, des emplacements sont souvent choisis en eau peu profonde et dans une riche végétation abondante, ou sur des emplacements pourvus de racines, de fascines ou de petites branches, mais elle peut avoir lieu en eau plus profonde, surtout sur sol pierreux. La fraie a lieu d'avril à juin dans une eau de 7 à 8°C. Les ovules (1,5 à 2 mm) sont déposés en longs rubans gélatineux dans la végétation des eaux peu profondes. Ils sont au nombre de 4 000 à 300 000 selon la taille des femelles. Ils sont tous pondus au même moment, et éclosent au bout de 2 à 3 semaines.  L'incubation dure de 15 à 20 jours. Les jeunes vivent en bancs alors que les adultes sont plutôts solitaires. Après la disparition de la vésicule, les jeunes se nourrissent de zooplancton, c'est pourquoi ils gagnent les strates supérieures des lacs. Lorsqu'ils ont de 15 à 20 mm, ils rejoignent la zone littorale, où ils se rassemblent en grands bancs.

 

Les mâles sont matures à 2 ou 3 ans, et les femelles de 1 à 3 ans plus tard, lorsqu'elles ont une longueur de 15 à 25 cm.

 

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La Perche est autochtone dans le Nord de la France, elle s'est étendue ensuite vers le Sud et l'Ouest à la faveur des canaux : elle a notamment colonisé l'Hérault par le canal du midi (Moreau, 1881) puis le bassin de la Garonne (Spillmann, 1961). Elle semble actuellement absente du Finistère.

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Échantillon moyen de la population de

perches dans le Doubs

Perche_échantillon-moyen-canal-1.jpg

Échantillon moyen de la population de

perches dans le canal Freycinet

 

La comparaison des deux histogrammes ci-dessus permet de constater que les populations de perches sont trois fois plus nombreuses dans le Doubs que dans le canal.

 

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Répartition des populations de la Perche
parmi les différentes stations

 

D'après le graphe ci-dessus, les populations de perches se répartissent entre Doubs et canal avec une nette préférence pour la rivière.

 

Sources :


- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

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Le Hotu du Doubs

 

Hotu1_logo.jpgLe Hotu

Chondrostoma nasus (Linné), 1758

Famille des Cyprinidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse au Hotu que l'on rencontre dans la zone du Barbeau.

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Le Hotu ou Nase est un poisson élancé, qui se caractérise par sa bouche rectiligne en position infère (chez l'adulte). Le museau est proéminent, la lèvre inférieure est cartilagineuse. Les lèvres sont cornées, avec des bords tranchants, et servent à arracher les algues et les petits animaux des pierres et des plantes. Les dents pharyngiennes sont aiguisées en lames. On compte 57-62 écailles le long de la ligne latérale. Péritoine noir.

La coloration du corps est homogène, gris-bleu et brillante, les nageoires sont souvent orangées.

La taille est variable suivant les milieux, elle dépasse rarement 45 à 50 cm pour 1,5 kg. La durée de vie est de 15 ans environ dans les rivières françaises (Nelva-Pasqual, 1985).

 

Chondrostoma_nasus2-1.jpg

Le Hotu est un poisson grégaire qui affectionne les eaux courantes au fond de petits galets et graviers. Son comportement est essentiellement benthique. Son alimentation, est constituée principalement de diatomées raclées sur les substrats.

 

Le Hotu vit dans les zones moyennes des rivières (zone du Barbeau) et préfère les eaux de profondeur moyenne avec un bon courant et un sol pierreux ou sableux. Il séjourne souvent près des digues et des chutes d'eau, aux endroits où les affluents amènent des débris comestibles dans la rivière. Il se nourrit surtout d'algues qui tapissent les pierres et le bois, mais aussi de larves de diptères, de vers et autres petits animaux vivant parmi les algues. En hiver il forme des bancs épais dans des creux profonds ou sous les pierres.

 

Chondrostoma nasus-1.jpg

 

La reproduction a lieu au printemps entre mars et mai. Elle semble être déclenchée par des températures supérieures à 8 à 9° C. Le Hotu remonte les cours d'eau, ou gagne les petits affluents pour frayer dans un fort courant sur fond graveleux. Les deux sexes présentent des tubercules de fraie sur la tête et sur la partie antérieure du corps. La fécondité est voisine de 40 000 ovules par kilo de femelle. Les oeufs de 1,5 mm de diamètre sont déposés en masse sur le substrat sans aucune protection. La durée de 1'incubation peut varier de 5 jours pour une température de 17°C à 23 jours pour une température de 10°C. Le Hotu est mature vers 2-4 ans.

 

La répartition et la colonisation du réseau hydrographique par le Hotu ont été particulièrement étudiées par Nelva-Pasqual (1985) qui a mis en évidence l'importance de la création des canaux au siècle dernier. Actuellement cette espèce est présente dans le bassin du Rhin, du Rhône, de la Seine et de la Loire. Elle semble absente des cours d'eau bretons et normands ainsi que ceux du bassin de la Garonne et de l'Adour. Le Hotu est très sensible au phénomène de pollution ce qui peut expliquer sa régression dans plusieurs régions où il avait eu tendance à se développer d'une façon explosive.

 

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Échantillon moyen de la population du Hotu dans le Doubs

 

 

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Répartition des populations du Hotu
parmi les différentes stations

 

D'après le graphie ci-dessus, le Hotu manifeste un net préférendum pour la rivière, surtout dans son cours aval.

 

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

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La Grémille du Doubs

Grémille1_logo.jpgLa Grémille

Gymnocephalus cernua (Linné), 1758

Famille des Percidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse à la Grémille que l'on rencontre dans la zone des Brèmes.

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La Grémille ou Perche goujonnière ou Goujon-Perchat a un dos bombé, un front large et un museau mousse.Le dos et les flancs sont vert gris parsemés de taches noires; les nageoires caudale et dorsale portent des macules sombres alignées. L'opercule est terminé par une épine dure, le préopercule est finement dentelé. La Grémille ressemble à la Perche, mais ici, les deux nageoires dorsales ont fusionné : la partie antérieure est soutenue par 12 à 16 rayons épineux et la partie postérieure par 11 à 16 rayons branchus. Le corps est souvent recouvert de mucus épais et la tête porte des fossettes remplies de mucus.

 

Sa taille dépasse rarement 12 à 15 cm à 5 ou 6 ans. Avec de bonnes conditions de croissance, elle atteint 25 cm et 400 g.

 

La Grémille vit dans en bancs dans les eaux profondes des secteurs inférieurs des cours d'eau (zone des Brèmes), ou sur le sol nu des lacs : en été, elle pénètre  aussi dans les petits cours d'eau.

 

La Grémille est un poisson de fond. Elle est active de jour, et se nourrit de larves de diptères et d'autres insectes, de gammares, de mollusques, d'œufs de poissons et d'alevins. De nuit elle reste passivement sur le fond.

 

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La Grémille est un poisson de fond

(cliché Steffen Zienert)

 

Sur fond nu, elle entre en compétition avec la Brème et d'autres poissons de plus grande valeur. En beaucoup d'endroits, avant la fraie, elle remonte les rivières et ruisseaux en bancs épais, et ne redescend qu'en automne.

 

À la saison de la fraie, en avril-mai, la Grémille forme des bancs. La fraie a lieu en eau peu profonde, par 10 à 15°C, et les œufs de 1 mm sont déposés sur les pierres et les plantes. Les œufs au nombre de 1 000 à 6 000 sont pondus en rubans, près des rives, sur les pierres et la végétation, l'incubation dure de 10 à 12 jours.

 

La larve, transparente, naît au bout de 8 à 10 jours, elle a une taille d'environ 4 mm, et est pourvue d'une grosse vésicule vitelline. La croissance est assez lente et la Grémille atteint l'âge adulte en 1 à 2 ans.

 

 

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Échantillon moyen de la population
de grémilles dans le Doubs
Grémille_échantillon-moyen-canal-1.jpg

Échantillon moyen de la population
de grémilles dans le canal Freycinet

 

La Grémille est installée dans les deux types de systèmes. L'examen des effectifs de populations de la Grémille montre que cette espèce est plus nombreuse et davantage installée dans différentes classes de taille dans le Doubs que dans le canal.

 

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Répartition des populations de la Grémille

parmi les différentes stations

 

D'après le graphe ci-dessus, si l'on excepte le canal de Dannemarie où elle abonde, la Grémille se répartit de façon homogène entre les deux types de milieux.

 

Originaire d'Europe centrale et orientale la Grémille est d'abord cantonnée aux départements de l'Est de la France. Elle gagne dès le début du XIXe siècle le bassin de la Seine (Seine, Aube, Yonne) et de la Loire (Vallot, 1837 ; Valenciennes, 1848 ; Ray, 1851 ; Marchand, 1897). À la faveur des canaux, son aire de répartition s'étend : Moselle, Orne, Nied, Meurthe, Seille, Sarre, Meuse, Chiers, Somme, Rhin, Doubs, et Rhône (Blanchard, 1866 ; Gehin, 1868). En 1925, elle est encore inconnue dans le sud-ouest (Chevey, 1925) alors que Spillmann (1961) la signale en Bretagne, dans le Puy de Dôme, l'Allier, le Cher, la Haute-Vienne, et le Tarn (où elle a été introduite). Yvemault (1972) signale sa présence en Charente-Maritime. Kiener (1985) la cite dans la Durance, l'Arc, et les Canaux d'Aix en Provence.

 

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

grémille,poissons,doubs,pêche

Grémille photographiée par Michel Cottet à Lavancia le 8 août 2014

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02/02/2010

Le Goujon du Doubs

Goujon1_logo.jpgLe Goujon

 

Gobio gobio (Linné), 1758

Famille des Cyprinidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse au Goujon que l'on rencontre dans les eaux courantes et lacustres.

 

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Le Goujon est un petit poisson de fond qui vit près des rives dans les cours d'eau rapides, à fond sableux ou graveleux (zone des Ombres) et également dans les lacs à eaux claires dont les plages sont garnies de sable ou de gravier. On le trouve de plus en plus souvent dans des eaux calmes et riches en matières organiques y compris les lacs.

 

Le corps est allongé, le dos est vert bleu, les flancs sont plus clairs avec une rangée longitudinale de taches bleues et violettes. La nageoire caudale et la nageoire anale sont ornées de taches noires.

La mâchoire supérieure porte 2 courts barbillons, la tête est longue, les yeux sont grands. Il y a de 40 à 42 écailles le long de la ligne latérale. Il atteint en général la taille de 8 à 14 cm à l'âge de 2-3 ans ; le maximum est de 20 cm.

 

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Le Goujon est un poisson de fond

 

Le Goujon est un poisson de fond, qui se nourrit de larves d'insectes, de vers, crustacés et occasionnellement d'œufs de poissons, qu'il aspire au moyen de sa bouche protractile. Il se nourrit également en hiver. Les goujons vivent en bancs au fond de l'eau.

 

La reproduction s'effectue en mai-juin parmi les pierres et la végétation des eaux courantes sous quelques centimètres d'eau. Le mâle arbore alors un tubercule nuptial sur la tête. Les œufs qui mesurent 105 mm de diamètre (de 1000 à 3000 par femelle) incubent pendant 2 à 3 semaines et éclosent au bout de 10 à 30 jours, selon la température. Les jeunes restent sur le fond, en bancs, près de la place de fraie. Le Goujon atteint probablement tout au plus un âge de 3 ans.

 

D'après Spillmann (1961), le Goujon, espèce autochtone, est largement répandu dans toutes les eaux suffisamment claires et fraîches ; Brunet (1972) le situe entre 42 et 62 degrés de Latitude Nord (isotherme de juillet entre 15 et 27 °C). Il a été introduit dans le lac d'Annecy (Vivier, 1939).

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Échantillon moyen de la population
de goujons dans le Doubs

 

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Échantillon moyen de la population
de goujons dans le canal

En ce qui concerne la répartition de l'espèce entre Doubs et canal, l'examen des deux histogrammes ci-dessus montre que la population de goujons est dix fois plus nombreuse dans le Doubs que dans le canal Freycinet.

 

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Répartition des populations du Goujon
parmi les différentes stations


D'après le graphe ci-dessus, on se rend compte que les populations de goujons sont relativement réduites partout, sauf dans le Doubs à Saint-Vit, station qui regroupe la majeure partie de l'effectif.

 

Sources :


- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

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Le Gardon du Doubs

Gardon1_logo.jpgLe Gardon

Rutilus rutilus (Linné), 1758

Famille des Cyprinidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse au Gardon que l'on rencontre dans les eaux courantes et lacustres.

 

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Le corps du Gardon est aplati latéralement, le dos plus ou moins haut est vert-bleu, les flancs argentés ont quelques reflets dorés; le ventre est blanc-rouge, les nageoires pelviennes et anale sont rouges. Les nageoires ventrales se situe au-dessous du bord antérieur de la dorsale. L'arête du corps entre les ventrales et l'anus n'est pas tranchante comme chez le Rotengle. La bouche est étroite, les écailles sont grandes (42 à 45 le long de la ligne latérale), les yeux sont rougeâtres. Les dents pharyngiennes sur un seul rang, la postérieure seule est faiblement dentelée. La taille atteint 25-30 cm.

 

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Le Gardon se déplace en bancs


Le Gardon est l'un des poissons les plus communs et les plus répandus dans les eaux stagnantes et lentes où il se trouve en bancs dans la bordure végétale, les plus gros individus s'éloignent davantage de la rive.

 

Le Gardon est une espèce très résistante à la pollution des eaux. Dans les lacs pollués (eutrophes) il occupe toute l'étendue du lac.

 

La nourriture du Gardon est en partie animale : larves d'insectes, mollusques, crustacés, et en partie végétale : plantes flétries, débris d'Elodea et de Myriophyllum, Lentilles d'eau, Charas, ou "gazon" de Diatomées qui recouvre les roseaux, les souches ou les pierres. En eau saumâtre, Coriphium et larves de diptères forment aussi une part importante de la nourriture. En hiver, celle-ci est très réduite, et les bancs en hivernage vivent en eau profonde.

 

Le Gardon fraie d'avril à juin, quand l'eau atteint une température d'au moins 10°C. La fraie a lieu sur des bas-fonds tranquilles, près des rives, souvent sur un sol pierreux. Les mâles se parent de tubercules nuptiaux. La fraie dure une semaine, avec souvent des jeux nuptiaux apparents et bruyants. Les mâles séjournent un certain temps sur les places de fraie, et y restent quelque temps après la fin de celle-ci. Les ovules (50 000 à 100 000 par femelle) sont pondus dans la végétation des eaux peu profondes. Les œufs ont environ 1 mm de diamètre, sont légèrement visqueux, et se fixent aux pierres et aux plantes. L'incubation dure de 4 à 10 jours, et dépend de la température.

 

La larve nouveau-née mesure de 4,5 à 6,5 mm. Elle vit passivement durant 2 à 5 jours jusqu'à ce que la vésicule soit résorbée. Passé ce stade, l'alevin se nourrit de plancton animal, près du rivage. Les écailles apparaissent quand le poisson a une longueur d'environ 30 mm. La femelle aurait une croissance généralement un peu plus rapide que celle du mâle, mais la croissance est toujours lente. La maturité sexuelle est atteinte à 3 ans.

 

Le Gardon joue un rôle important dans la chaîne alimentaire, en convertissant des aliments animaux et végétaux du fond, il constitue un poisson fourrage pour de nombreux poissons de valeur : Brochet, Sandre, Perche et même Anguille.

 

Le Gardon est autochtone en France à l'exclusion des Alpes-maritimes (Spillmann, 1961) où il est cependant présent.

 

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Gardon_échantillon-moyen_Doubs-1.jpg
Échantillon moyen de la population
de gardons dans le Doubs

Gardon_échantillon-moyen-canal-1.jpg
Échantillon moyen de la population
de gardons dans le canal

À l'examen des deux histogrammes représentant les populations du Gardon dans le Doubs et le canal, on s'aperçoit que cette espèces prolifère presque aussi bien dans le canal que dans le Doubs.

 

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Répartition des populations du Gardon
parmi les différentes stations

 

D'après le graphe ci-dessus, on constate que le Gardon prolifère aussi bien dans le canal que dans le Doubs.

 

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

15:15 Publié dans Poissons | Tags : gardon, poissons, doubs, pêche | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

Le Chevaine du Doubs

Chevesne1_logo.jpgLe Chevaine

Leuciscus cephalus (Linné), 1758

Famille des Cyprinidés

 

par André Guyard

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse au Chevaine (ou Chevesne) que l'on rencontre dans les eaux courantes.

 

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Chez le Chevaine, le corps est fuselé, de section presque ronde, le front est large et plat. Le dos est brun-vert, les flancs sont doréargenté, la face ventrale est blanche; les nageoires pelviennes et la nageoire anale sont rouges. La bouche est large, les écailles, bordées de noir, sont grandes (44 à 46 le long de la ligne latérale) ; la dorsale porte 11 à 12 rayons. Le bord postérieur de l'anale est convexe vers l'arrière, plus nettement chez les vieux poissons.

 

À 7-10 ans il atteint une longueur de 30 à 40 cm pour un poids de 600 à 1000 g ; il dépasse rarement 60 cm et 4 kg.

 

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Le Chevaine : les écailles sont grandes et bordées de noir

 

Le Chevaine est un poisson d'eau courante se déplaçant en grands bancs près de la surface. Il préfère les cours d'eau à fort courant, mais se trouve aussi dans quelques lacs. Pendant l'hiver, il émigre en eau profonde, dans les lacs, et retourne au printemps dans les cours d'eau.


Il se nourrit d'insectes aériens, toutes sortes d'insectes aquatiques, de vers, de mollusques, d'œufs de poissons et souvent de plantes et de graines. En prenant de l'âge, le Chevaine devient un poisson prédateur qui mange uniquement des alevins de truite, des vairons, des grenouilles, etc.
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La période de reproduction s'étend d'avril à juin, elle a lieu parmi les pierres et la végétation des eaux lentes. Le mâle arbore alors des tubercules nuptiaux. La ponte est de 50 000 à 200 000 œufs de 0,7 mm de diamètre. Ces œufs adhèrent aux pierres, morceaux de bois ou plantes et éclosent au bout 6 à 8 jours. La croissance est lente. Les mâles sont matures à 3-4 ans, et les femelles à 4-5 ans, avec environ 22 cm de long. Les vieux individus sont solitaires.

 

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Le Chevaine est présent dans toute la France, à l'exception du Finistère où il n'est pas signalé.

 

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Échantillon moyen de la population
de chevesnes dans le Doubs

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Échantillon moyen de la population de
chevesnes dans le canal Freycinet

En ce qui concerne la répartition des populations dans le Doubs inférieur et le canal du Rhône au Rhin, on constate que chaque classe de taille est représentée dans les deux systèmes mais avec une abondance plus grande dans le Doubs.


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Répartition des populations du Chevesne
parmi les différentes stations

 

D'après le graphe ci-dessus, on constate que le Chevaine se répartit entre les deux systèmes d'une façon homogène.

 

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

01/02/2010

La Carpe du Doubs

Carpe2logo.jpgLa Carpe commune

Cyprinus carpio Linné, 1758

Famille des Cyprinidés

 

par André Guyard

 

 

Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse à la Carpe que l'on rencontre dans les eaux calmes.

 

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Le corps est allongé et plus ou moins haut, la carpe est généralement brune sur le dos, dorée sur les flancs et jaune sur l'abdomen. Les écailles sont grandes : 33 à 40 le long de la ligne latérale (chez les carpes pourvues d'écailles). La bouche protractile est munie de 4 barbillons sur la lèvre supérieure (2 longs et 2 courts). Les carpes dites "miroirs" ont une écaillure incomplète, les carpes "cuir" en sont dépourvues. Taille : de 25 à 100 cm. Les Carpes sauvages de 3 à 4 ans mesurent de 20 à 40 cm et pèsent de 300 à 1000 g. Le maximum dépasse rarement le mètre, le poids atteint 25 à 30 kg pour un âge de 40 ans.

 

 

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La Carpe commune

 

On trouve la Carpe en étang ou dans les cours d'eau à  courant lent (faciès lentique), avec fond vaseux et végétation dense. C'est un animal timide, de mœurs surtout nocturnes.

Originellement, la Carpe est un poisson asiatique qui se trouve dans une zone s'étendant de la Mandchourie aux affluents de la mer Noire. Depuis 2000 ans, c'est un important poisson de pisciculture.

 

La Carpe est surtout active à partir du crépuscule. Elle se nourrit de daphnies (puces d'eau), de larves de diptères et d'autres insectes aquatiques, de vers et de divers petits mollusques. Des graines de plantes ou des algues sont comprises dans la nourriture. Occasionnellement, la Carpe mange des grenouilles, des épinoches ou des alevins.

 

La Carpe perd durant l'hiver de 5 à 15 % de son poids. Elle est très résistante et tolère une eau pauvre en oxygène (0,5 mg d'oxygène par litre). La Carpe est mature à 3-4 ans, les mâles plus tôt que les femelles.

 

La reproduction a lieu de juin à juillet dans la végétation des eaux très calmes et peu profondes, par exemple dans des prairies inondées, en mai, ou plus tard, par une température de 17 à 20°C). La fraie a lieu dans une eau très tranquille et peu profonde, Cette température élevée est nécessaire, et explique pourquoi la Carpe sauvage ne se reproduit que rarement en Europe centrale et septentrionale. Le mâle présente alors des tubercules nuptiaux. Les œufs (100 000/kg de femelle) incubent pendant 3 à 8 jours. Les œufs de 1 mm se gonflent dans l'eau jusqu'à 1,6 mm. Ils s'attachent aux plantes, et éclosent au bout de 3 à 8 jours selon la température (environ 100 degrés/jours sont nécessaires).

 

Originaire de l'Asie mineure, Gervais (1897) situe son introduction sous François 1er (XVIe siècle) alors que Gadeau de Kerville (1897) signale déjà sa présence au XIIIe siècle; elle fut en fait vraisemblablement introduite par les Romains durant l'occupation de la Gaule (Pellegrin, 1943 ; Spillmann, 1961 ; d'Aubenton et Spillmann, 1976 ; Grégoire, 1983). La pisciculture de la carpe très répandue au Moyen-Âge, a permis la sélection de nouvelles souches (Vallois 1901). Elle est largement répandue sur le territoire à l'exception des zones de montagnes (Alpes, Pyrénées) et de la côte nord-bretonne.

 

Les formes sauvages sont plus élancées que les formes domestiques, lesquelles ont souvent un corps élevé.

 

Sur la base de facteurs héréditaires, la couverture écailleuse de la Carpe varie selon les 4 principaux types suivants :

  1. Carpes écailleuses, couvertes de petites écailles semblables.
  2. Carpes miroir, avec de grandes écailles miroitantes, irrégulièrement disposées, et de tailles différentes.
  3. Carpes à rangs, avec une série de petites écailles le long du dos, et une rangée de grosses écailles uniformes le long de la ligne latérale.
  4. Carpes cuir, qui sont presque dépourvues d'écailles.

 

 

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Carpe à rang

 

 

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Carpe cuir (au-dessus) et Carpe miroir (au centre)

 

 

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Carpe miroir (à gauche), Carpe cuir (au centre) et Carpes miroir (au bas)

 

 

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Répartition des populations de la Carpe
dans les différentes stations
 
 
D'après le graphe ci-dessus, on constate que la Carpe choisit un biotope à faciès lentique : eaux calmes du Doubs inférieur, canal à l'Isle sur le Doubs.

Sources :

 

- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.

 

- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

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Le Brochet du Doubs

Brochet1logo.jpgLe Brochet

Esox lucius Linné, 1758

Famille des Esocidés


 

par André Guyard

(Dernière mise à jour : 15 novembre 2013)


Au cours d'une campagne d'échantillonnages du peuplement ichtyologique du cours inférieur du Doubs entre Voujeaucourt et Crissey (Doubs), nous avons été amenés à étudier les populations de poissons les plus représentatives de ce peuplement, aussi bien dans le cours du Doubs proprement dit que dans la partie du canal du Rhône au Rhin (canal Freycinet) qui le jouxte dans cette partie. Le présent article s'intéresse au Brochet que l'on rencontre dans la zone des brèmes.

 

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Le corps est allongé, le dos est brun vert, les flancs plus clairs possèdent des bandes transversales, et le ventre est blanc jaune. Le museau est plat et large, la mâchoire inférieure est proéminente. La langue, l'os palatin et les deux mâchoires possèdent de très fortes dents.


Les nageoires portent des taches sombres. Les jeunes ont souvent une teinte vert pâle. La dorsale et l'anale sont semblables et placées loin en arrière.


Les mâles ne croissent pas aussi vite que les femelles, et lorsqu'ils atteignent leur maturité à l'âge de 2 ou 3 ans, ils pèsent 1 livre et ont une longueur de 25 à 40 cm. Ils atteignent rarement 90 à 100 cm, pour un poids de 5 à 8 kg et un âge de 10 à 14 ans. Les femelles mûres ont généralement 40 à 55 cm de longueur et pèsent 1 à 2 livres à l'âge de 3 à 5 ans. Elles peuvent toutefois devenir géantes, mais ne dépassent que rarement 1,5 m pour 35 kg, à plus de 30 ans.

 

 

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Le Brochet préfère les eaux claires à fond graveleux et aux berges riches en végétation (hélophytes et hydrophytes). Il chasse à l'affût, embusqué, immobile, dans l'attente de sa proie, il est bien camouflé dans la végétation littorale en lisière des roseaux. D'un puissant coup de queue, il bondit sur sa proie. Cependant, sur une longue distance, il est un mauvais nageur. Dès la première année, la nourriture consiste uniquement en poissons : Vandoise, Gardon, et Rotengle. Durant toute sa vie, il pratique un cannibalisme très actif.

 

 

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La fraie a lieu par 2 à 12°C de la fin mars en mai, les ovules (30 000 à 60 000 par femelle) sont pondus en eau peu profonde parmi la végétation et souvent dans l'herbe des prairies inondées. Les mêmes brochets retournent année après année aux mêmes places de fraie. Les mâles arrivent les premiers, les femelles suivent, et en fraie les brochets ne s'occupent de rien d'autre que d'eux-mêmes. Les réflexes habituels pour la capture des proies, ou pour fuir le danger, ont presque complètement disparu.

 

 

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Tête du Brochet
Le museau est plat et large, la mâchoire inférieure est proéminente

 

L'incubation dure de 2 à 4 semaines. Normalement la larve éclôt au bout de 10 à 15 jours (110 à 130 degrés/jours sont nécessaires). Les alevins nouveau-nés sont dépourvus d'ouverture buccale. Ils possèdent un organe adhésif sur la tête qui leur permet de se fixer à la végétation jusqu'à résorption de la vésicule vitelline et apparition de la bouche (2 à 3 semaines). Ils se nourrissent alors de petits animaux planctoniques.


Le brocheton ressemble aux adultes quand il a 25 mm de longueur, et quand il atteint 4 à 5 cm, il chasse les alevins qui apparaissent en mai-juin, c'est-à-dire juste au bon moment (Rotengle, Vandoise, Brème, etc.).


La maturité est atteinte généralement à l'âge de 3 à 4 ans. La croissance varie beaucoup, mais en règle générale, elle est très rapide. Après une année, le Brochet mesure de 9 à 20 cm ou plus, et après 2 ans (rarement 1) le mâle est mature. Il faudra deux ans de plus à la femelle pour être mature. Le poids de 1 kg est atteint d'ordinaire en 4-6 ans, parfois en 2-3 ans.

 

Le Brochet peut atteindre une taille considérable. Témoin ci-dessous ce spécimen qui affiche 117 cm de longueur, capturé dans le Léman par Bernard Cottet le 8 mai 2013.

 

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Le Brochet est une espèce indigène de nos eaux douces. Dans la première moitié du XXe siècle, il est commun dans la France entière à l'exception toutefois des Pyrénées orientales, du Var, des Alpes maritimes, et des fleuves côtiers méditerranéens (Moreau, 1881 ; Spillmann, 1961 ; Morruzzi,1975 ; Grégoire, 1983). Il a été introduit dans les Vosges (lacs de Longemer, Retournemer, Gérardmer) et réintroduit en 1934 dans le lac d'Annecy (Hubault, 1955).


Après la première guerre mondiale, la pêche abusive des brochetons et les épidémies provoquent une nette régression du Brochet (Brou, 1953 ;Chimits, 1956 ; Spillmann, 1961) ; s'en suivirent alors les premiers réempoissonnements en vue du repeuplement et du développement de la pêche sportive (Chimits, 1947b). Son aire de répartition s'étend ainsi progressivement aux départements méditerranéens.


Bien que le Brochet soit présent sur l'ensemble du territoire, la disparition plus ou moins complète de ses zones de reproduction (zones inondables, prairies humides...) met en danger la survie de l'espèce.

 

 

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Répartition des populations du Brochet
dans les différentes stations

 

D'après le graphe ci-dessus, on s'aperçoit que le Brochet fréquente davantage les rives du Doubs plus hétérogène que les rives du canal.

 

Remarque : le Brochet est une espèce vulnérable inscrite sur la liste rouge des espèces menacées. Voir à ce propos la fiche réalisée par l'Onéma.

 

Sources :


- Allardi J. & Keith Ph. (1991). - Atlas préliminaire des poissons d'eau douce, 234 p.


- Guyard A. et coll. (1992) - Inventaire du peuplement ichtyologique du cours du Doubs et du canal du Rhône au Rhin entre Voujeaucourt et Crissey. Rapport d'étude pour le compte de la CNR (73 pages + annexes).

 

- Muus B. J., Dahlstrom P. (1968). - Guide des poissons d'eau douce et pêche, 248 p. Delachaux et Niestlé Ed.

 

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