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08/03/2013

Retour du Loup dans les Vosges

Loup-Vosges-logo.jpgRetour du Loup dans les Vosges

 

 

par André Guyard

 

 

(dernière mise à jour : 03/09/2014)

 

 

Au cours des dernières décennies, les journaux s'étaient fait l'écho de la possible présence du Loup dans le Massif vosgien, "la Vôge" et dans le sud du Plateau lorrain. En 1977 déjà, les récits sur "la bête des Vosges" étaient rapportés sans que les investigations ne puissent statuer définitivement sur l'identité de l'animal en question.

 

Le début des années 90 marquait le retour du loup en France par le sud-est avec des observations visuelles dans le Massif du Mercantour, mais aussi la découverte d'une dépouille dans les Hautes-Alpes, correspondant probablement à un loup qui occasionnait des dégâts depuis plusieurs mois. La colonisation était donc déjà en marche, et déjà le Massif vosgien n'était pas en reste puisqu'un loup, de souche italienne, était abattu en novembre 1994 à Senonges, localité située à l'ouest du département des Vosges sur le Plateau lorrain, dans la région de Vittel.

 

Alors que le Loup a fait sa réapparition dans le massif du Jura (voir Le Loup de retour dans le massif jurassien), il s'est donc à nouveau installé dans les Vosges. Combien d’individus sont aujourd’hui présents ? Le Groupe d’Étude des Mammifères de Lorraine (GEML) et le groupe "massif vosgien" de l’association FERUS concluent à la présence "d’au moins trois loups dans les Vosges, deux à l’Est sur le territoire de La Bresse, et un à l’Ouest sur le secteur de Grand et cela depuis le printemps 2001 si l'on fait état de quelques témoignages, des clichés réalisés par piège photographique et des attaques sur des troupeaux d’ovins dans les Vosges. Des conclusions confirmées par les expertises de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

 

Ainsi, quinze années après le retour du Loup dans le Mercantour, suite au développement de ce processus de colonisation essentiellement axé du sud vers le nord, le loup s'installe en Zone de Présence Permanente (ZPP) dans les Hautes-Vosges dans un secteur de moyenne montagne principalement à cheval sur les départements des Vosges (88), du Haut-Rhin (68), de la Haute-Saône (70) (Cf carte ci-dessous).

 

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Désormais en 2014, la présence du Loup est avéré dans les départements voisins des Vosges, Meuse, Moselle, Haute-Marne…

 

VOSGES

 

Année 2011

 

En avril 2011, au Ventron dans les Vosges, un ou plusieurs prédateurs ont tué 23 moutons, en trois attaques. Sur les lieux, un loup avait été photographié par un appareil photo automatique (voir cliché ci-dessous).

 

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Loup des Vosges (juillet 2011) (Cliché DR)

 

La photo prise en juillet 2011 montre bien un loup mâle et les agressions de troupeaux se poursuivent. Rien encore cependant permettant de trancher sur le nombre de grands canidés. Selon le GEML et FERUS, la présence d’un nombre important de proies faciles d’accès entraîne un réflexe chez les carnivores de "sur-chasse" ou "over-killing". Le plus important consiste donc à évaluer la quantité de viande consommée et non le nombre d’animaux attaqués. D’après les analyses, elle restait ici assez faible, environ 5 kg en moyenne, soit la ration d’un seul loup.

 

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Loup des Vosges (juillet 2011)

(Cliché DR-Républicain Lorrain)

 

Désormais, le bilan est le suivant : depuis le début du mois d'avril 2011, des attaques répétées sur troupeaux domestiques sont enregistrées sur huit communes situées en périphérie de la vallée de La Bresse (88). Au total, 15 exploitations différentes sont concernées, pour 136 victimes constatées. La dernière attaque a eu lieu le 05 décembre 2011, sur la commune de Thiéfosse (88), alors  que la majorité des autres troupeaux étaient déjà rentrés en bergerie depuis deux mois.

 

Année 2012

 

Les premières chutes de neige ont permis de détecter à nouveau la présence de l'espèce : fait nouveau, à au moins trois reprises, des dédoublements de piste sont observés ainsi que des déplacements parallèles qui confirment cette fois la présence de deux individus. Ainsi, le 13 décembre 2011, une piste de loup traverse le versant ouest du massif du Ballon d'Alsace ; le 27 décembre 2011, sur le versant alsacien, des chasseurs de la vallée de Munster (68), découvrent la présence d'une jeune biche consommée en totalité. Les indices relevés sur la carcasse, les empreintes et les pistes suivies sont caractéristiques du loup. Le lendemain matin, une autre piste fraîche retrace le déplacement du loup sur environ huit kilomètres, à proximité de la crête sommitale. Des conditions météo favorables s'installent enfin, avec une stabilité du manteau neigeux, qui permettra de suivre entre le 14 et le 16 janvier 2012, une nouvelle piste située au sud du massif de la forêt du Bonhomme (88). Sur plus de six kilomètres, les empreintes bien marquées mais qui datent probablement de 24 à 48 heures, comportent tous les critères qui correspondent à une piste de deux loups. Après avoir chassé sans succès, dans une zone de régénération forestière dense, les animaux se sont déplacés vers l'est et c'est finalement le manque de neige à basse altitude qui a interrompu le suivi. (A. Laurent / ONCFS Animateur Réseau LL massif vosgien).

 

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Cliché A. Laurent ONCFS 16 janvier 2012

 

Cette piste de deux loups suivie dans la neige, toujours sur le massif vosgien des traces rectilignes caractéristiques du déplacement lupin contrairement au déplacement en zigzag du chien. Selon le GEML et FERUS, « Lorsque plusieurs loups se déplacent ensemble, chacun met ses pattes dans les empreintes de celui qui le précède, ce qui ne forme qu’une seule piste. De temps à autre, un loup peut quitter cette piste commune, ce qui forme un aiguillage et ainsi renseigner sur la présence de plusieurs individus. D’où la conclusion qu’un deuxième loup, au moins, est arrivé pendant l’hiver, vraisemblablement au cours de décembre. »

 

Le 21 janvier 2012, une nouvelle attaque aurait eu lieu dans les Vosges à Baudimont sur les hauteurs de Saulxures-sur-Moselotte. Alors que les moutons passent engénéral l'hiver dans les bergeries, certains élevages laissent les ovins vaquer à l’extérieur avec un seul abri pour la nuit. C'est ainsi qu'une brebis gestante aurait été victime de deux loups. En effet, deux traces distinctes ont pu être identifiées dans la neige, preuve irréfutable de la présence de deux canidés. En recoupant ses propres observations et les différents signalements de la présence des grands canidés, un naturaliste passionné : Jean-Luc Valérie, a établi l'aire de répartition des loups dans les Vosges. La zone couvrirait 55 000 ha du col du Bonhomme à Fresse sur Moselle et de la route des Crêtes, côté alsacien jusqu'à Rochesson. (voir l'ouvrage "le Retour du Loup en Lorraine", par Jean-Luc Valérie, Ed. Gérard Louis, octobre 2010 et suivre la progression du Loup en Vosges-Lorraine sur le blog de Jean-Luc Valérie).

 

Au printemps 2012, ont lieu des attaques sur des troupeaux d’ovins dans le secteur de Grand, toujours dans les Vosges, mais à plus de 100 km de là où les loups avaient été repérés. Pour le GEML, on peut "supposer qu’il s’agit d’un jeune individu encore inexpérimenté dans la chasse, puisque l’over-killing est très fort". Un troisième individu donc, arrivé récemment, "tandis que les agressions toujours recensées dans le secteur de La Bresse font penser que les deux autres individus sont toujours ensemble".

 

Désormais, on en sûr : l’un des deux loups est une louve : le typage génétique réalisé sur les excréments, poils et urines récoltés sur le terrain identifie une femelle, par ailleurs jamais détectée auparavant dans la base de données nationale de suivi du loup, explique Anthony Kohler de l’association FERUS, qui, avec le Groupe d’étude des mammifères de Lorraine (GEML), se penche sur la réinstallation du grand canidé dans la région.

 

À l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) dans les Vosges, Benoît Clerc confirme l’information. "En janvier dernier, dans la neige, nous avons eu la certitude qu’un deuxième loup avait rejoint le premier", poursuit le spécialiste de l’ONCFS. Lorsque plusieurs loups se déplacent ensemble, chacun en effet met ses pattes dans les empreintes de celui qui le précède, ce qui ne forme qu’une seule piste. De temps à autre, un animal peut la quitter, ce qui forme alors un aiguillage et renseigne ainsi sur la présence de plusieurs individus. Benoît Clerc indique que c’est sur cette piste qu’ont été prélevés des échantillons d’urine, envoyés dans un laboratoire spécialisé, près de Grenoble, aux fins de séquençage. Cet examen a permis de confirmer non seulement qu’il s’agissait bien d'un loup, mais surtout d’une louve !

 

Pour FERUS et le GEML, "cela signifie qu’il y a potentiellement un couple dans les Vosges. Mais ne sachant pas si ces loups se sont reproduits, on ne peut pas encore affirmer la présence d’une meute sur le massif, une meute étant constituée d’un couple mature et reproducteur".

 

Benoît Clerc, à l’ONCFS, estime que c’est aller un peu vite en besogne. "À l’heure actuelle, la seule certitude, c’est qu’en janvier dernier, il y avait bien deux loups, dont une femelle. Rien ne dit qu’ils sont toujours ensemble, faute de nouvelles analyses ou de constatations sur le terrain. Et pour le premier, nous n’avons à ce jour aucune analyse génétique établissant qu’il s’agit d’un mâle. Les prélèvements d’excréments réalisés n’ont pas abouti à un résultat. Le seul indice faisant penser à un mâle, c’est la photo prise au col du Bonhomme en 2011."

 

Pour FERUS et le GEML, il ne fait aucun doute que "la présence de loups durant deux hivers consécutifs est avérée, permettant de mettre en place une Zone de Présence Permanente". Laquelle devrait entraîner l’activation de plusieurs dispositifs prévus par la réglementation, dont le Réseau loup constitué sur le même modèle que le Réseau lynx, géré par l’ONCFS, avec correspondants formés à la biologie et à l’écologie, mais aussi capables d’identifier les indices de présence de l’animal dans la nature afin de suivre au mieux l’évolution de la population dans le massif", disent les deux associations de protection de la nature, FERUS ayant demandé par ailleurs d’intégrer le Comité départemental loup.

 

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Un des derniers clichés réalisé en juin 2012

à Avranville (88) par un piège photographique,

installé dans le cadre

du dispositif de surveillance déployé

par FONCFS SD88, dans le département des Vosges.

Photo ONCFS SD88 - CROC ©

 

Les clichés réalisés grâce au suivi par pièges photographiques montraient la présence d'un mâle (observation du pinceau pénien). Il est cependant encore trop tôt pour parler de « meute » dans la mesure où l'on ne sait pas si ces animaux sont tous deux matures. Le suivi estival 2012 sera donc une priorité pour le réseau dans ce massif pour suivie l'éventuelle évolution de cette ZFP en meute ("Quoi de neuf ?" n° 27).

 

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Enfin, l'année 2012 révèle de nouveaux éléments au travers des constats d'attaques et autres indices de présence collectés à l'ouest du département des Vosges (Cf. Carte plus haut). En effet, un nouveau foyer de dommages apparaît au printemps et les attaques se succèdent sur les troupeaux d'ovins dans différentes communes situées à l'ouest de Neufchâteau, à 90 km en ligne droite des Hautes-Vosges. Des échantillons biologiques (excréments, poils) ont été collectés et sont en cours d'analyses. Trois clichés différents, pris à l'aide de pièges photographiques attestent de la présence de Canis lupus sur les communes de Midrevaux (88) et Avranville (88).

 

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La mise en place conjointe de la cellule de veille avec l'ensemble des partenaires, services de l'État, monde agricole et cynégétique, concourt à l'efficacité du dispositif de vigilance qui vise à collecter et à vérifier toutes les informations disponibles en matière de présence du loup.

 

Hautes-Vosges (83 - 68 - 70) : L'enneigement assez régulier au-dessus de 1000 mètres d'altitude au cours de l'hiver a permis un suivi soutenu. Au total, 16 indices de présence ont été collectés principalement sur les contreforts ouest/sud-ouest, et sur le versant alsacien des Hautes Vosges. Un animal a été suivi durant 27 km, entre les communes de Ventron (88) et Le Bonhomme (68).

 

C'est en deuxième moitié d'hiver que la présence de deux individus a été documentée sur le sud du massif Vosgien. Plusieurs analyses génétiques confirment la présence de l'espèce en zone limitrophe des trois départements des Vosges, de la Haute-Saône et du Haut-Rhin. Un échantillon d'urine collecté en janvier 2012 a également permis d'individualiser une femelle, en plus donc du mâle mis en évidence par photographie. Par conséquent, les Hautes Vosges sont classées en Zone de Présence Permanente (ZPP).

 

Aucun relevé de terrain ne fait état de plus de deux animaux détectés ensemble, le statut de ce groupe (meute potentielle ou pas) reste à documenter dans la mesure où ou ne connaît pas l'état des individus détectés en terme de maturité sexuelle.

 

En conclusion, les deux hivers consécutifs (2010-2011 et 2011-2012) de présence de l'espèce dans les Vosges attestent d'une territorialisation de l'espèce sur ce massif. Les limites de territoire restent cependant encore floues dans la mesure où cette nouvelle ZPP n'est encadrée par aucune autre meute concurrente. Il ne sera donc pas étrange de trouver des indices à distance du cœur connu de cette ZPP, centrée autour des communes de Ventron, Corimont et La Bresse.

 

Chiens patous vs loups

 

Jean-Yves Poirot, éleveur de moutons à la Bresse, président du syndicat ovin des Vosges est le porte-parole des agriculteurs des Hautes-Vosges victimes du retour du loup. Son exploitation a subi de nombreuses attaques : l’an dernier, Jean-Yves Poirot s’est fait dévorer trente-neuf bêtes et un poulain. Afin de protéger ses troupeaux, il a donc décidé, comme deux autres éleveurs, de prendre un chien patou. (Est Républicain Lorraine, 31/07/2012)

 

Au cours de l’automne dernier, il a suivi une formation pour pouvoir s’en occuper. Le chien, ou plutôt la chienne, est arrivée quelques mois plus tard, en mai dernier. Il a fallu débourser 475 € pour l’acheter à un agriculteur du Territoire de Belfort, 80 % du prix est pris en charge par les pouvoirs publics. Et jusqu’à présent l’investissement s’est révélé rentable. Le troupeau de plus d’une centaine de moutons sous la surveillance de son patou n'a subi aucune attaque. En revanche, les trois autres troupeaux de Jean-Yves Poirot ont de nouveau été la cible du loup. L’éleveur a recensé 8 ou 9 attaques depuis le printemps. "Après chaque attaque, j’ai retrouvé le cadavre d’une ou deux bêtes. J’en ai également une vingtaine qui ont disparu", comptabilise l’agriculteur de la Bresse qui n’exclut pas d'acquérir d'autres patous. Sans se faire d’illusion toutefois : "Quand le loup aura proliféré et qu’il y en aura à profusion, les chiens ne suffiront plus. Plus aucun moyen de protection ne sera efficace".

 

Le bilan en 2013

 

Trois loups, dont un couple qui a donné naissance l'été 2013 à des louveteaux, ont été identifiés depuis avril 2011 dans le massif forestier des Vosges. Fin août 2013, suite à une opération de comptage de loups « par hurlements », l'Office national de la chasse et de la faune sauvage a confirmé la présence de louveteaux dans le massif. Ces derniers se trouvaient dans la zone de présence permanente des Hautes-Vosges, plus précisément dans le département du Haut-Rhin. C'est donc en toute logique que le préfet a annoncé que quatre traces bien distinctes de loups ont été trouvées ces derniers jours, toujours du côté alsacien, en pleine forêt. Il s'agit certainement du couple et de ses deux louveteaux.

 

Dans les Vosges, les loups auraient tué 139 ovins en 72 prédations en 2011, puis 80 en 40 attaques l'année suivante. Seuls des tirs de défense ont été autorisés par le préfet en 2013.

 

Au niveau national, le nouveau "Plan loup" 2013-2017 entré en vigueur au printemps prévoit que 24 loups pourront être prélevés sur une population de 250 animaux.

 

Voir également dans le même blog, l'article : se protéger des attaques du loup.

 

Année 2013-2014

 

MEUSE

 

24 janvier 2013

 

Pour certains spécialistes, avec les empreintes relevées le 24 janvier dans la neige, l’animal signe son retour.  Le loup serait-il en Meuse ? (Philippe Marque, Est Républicain Meuse)

 

Jean-Luc Valérie est formel. Les empreintes qu’il a relevées le 24 janvier dernier, dans la neige, sur les hauteurs de Ligny-en-Barrois, sont celles d’un loup : « Je suis parti d’un témoignage d’une personne qui s’entraînait sur ce secteur avec des chiens de traîneau et affirme avoir été suivie par un loup. En remontant les traces de son attelage, je suis tombé sur une piste différente, sur environ 30 mètres. Le reste avait été effacé par le vent. Sur les empreintes, j’ai pu distinguer que les postérieurs étaient posés dans les antérieurs et qu’il y avait une marque tous les 30 centimètres. Pour moi et les spécialistes avec qui j’en ai discuté, il s’agit d’un loup. »

 

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Passionné par l’animal et auteur d’un livre sur la question, ce naturaliste lorrain, qui agit sous un pseudonyme, est très loin de faire l’unanimité. Y compris au sein même de son propre milieu. Son blog et ses jugements souvent qualifiés de « légers et à l’emporte-pièce » agacent.

 

Une dizaine de témoignages

 

Face à ces affirmations, l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage), qui n’a pu voir à temps les traces évoquées par le naturaliste, conserve la plus grande prudence : « Nous savons qu’on n’échappera pas au passage du loup dans notre département. Sa présence est avérée à quelques kilomètres de notre territoire, dans l’ouest vosgien. Nous nous sommes formés pour faire face à cela et nous sommes en vigilance. Mais à l’heure actuelle, nous n’avons réalisé aucun constat pouvant conclure à la présence du loup en Meuse », assure Frédéric Rozet, responsable départemental de l’ONCFS.

 

Depuis la fin de l’année 2011, l’Office a enregistré une dizaine de témoignages d’observations visuelles mais rien de très probant. En mai dernier, l’affaire d’un veau, tué puis dépecé dans un champ, à Contrisson, avait déjà laissé planer un voile de suspicion. Mais là encore, l’ONCFS n’y croit pas : « Cela fait plusieurs années que la présence de bandes de chiens errants sur ce secteur est avérée. Par ailleurs, les spécialistes n’ont pas été missionnés assez tôt pour pouvoir mener des analyses efficaces sur le cadavre. »

 

À l’heure actuelle, en Lorraine, les sources officielles ne reconnaissent que deux foyers. Le premier se situe dans le massif vosgien où la présence de deux individus a été attestée. Le second dans la plaine vosgienne, non loin de Neufchâteau, où sévirait un seul loup. Alors que ce naturaliste, souvent accusé de brûler les étapes, évalue pour sa part au nombre de six les foyers de loups dans l’Est de la France. Il y ajoute la Meuse, au sud de Bar-le-Duc ; le Haut-Rhin à l’ouest de Mulhouse ; la Haute-Saône au nord de Lure ; et enfin la Haute-Marne, au nord-ouest de Chaumont. Et promet un printemps sanglant dans les élevages lorrains, bourguignons et champenois.


6 mars 2013

 

Genaro Garcia dit avoir vu le loup en effectuant une promenade en chiens de traîneau au-dessus de Ligny-en-Barrois. (Sébastien GEORGES, Est Républicain Meuse).

 

La question est tabou dans la Meuse. Les chasseurs n’en parlent pas même si certains affirment l’avoir cherché autant que les sangliers dans les forêts frontalières des Vosges. Selon l’Office national de la chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), il n’y a pas de présence avérée du loup et les faits suspects sont attribués à des chiens errants.

 

Genaro Garcia a un autre regard. Employé d’une entreprise de Bar-le-Duc, ce père de famille est passionné de nature, de faune et de chiens. Il connaît les animaux de la forêt, aime les observer sans faire une fixation sur le loup malgré les rumeurs.

 

Le 21 janvier, alors qu’il effectuait une sortie en chiens de traîneau avec son mâle, un malamute et sa femelle, un husky, il affirme avoir vu le loup. Il n’a aucun doute. « Cette année, avec la neige abondante, j’ai pu sortir régulièrement mon traîneau avec mes deux chiens sur le plateau de Ligny-en-Barrois. Je pars seul avec une lampe frontale sur des champs et des chemins forestiers. J’ai un circuit, toujours le même et mes chiens le connaissent par cœur. Les seuls bruits sont le glissement du traîneau, ma respiration et celles de mes chiens. Ce soir-là, en lisière de forêt, j’ai entendu craquer dans le bois. Ma femelle s’est arrêtée aux aguets, dans un comportement inhabituel et mon mâle a voulu repartir. Il avait peur. Cela s’est reproduit plusieurs fois après être reparti. Dans un champ, c’est la glace derrière moi qui a craqué. Je me suis retourné et malgré la portée limitée de la lampe frontale, j’ai pu distinguer un animal qui n’était pas du gibier. »

 

Genaro Garcia se sent suivi. « Plus loin, quand je me suis mis à courir pour aider mes chiens, j’ai senti que la bête se rapprochait. Mon mâle avait toujours peur et ma chienne très intriguée s’est encore arrêtée en se retournant. Je suis allé au devant et j’ai vu le loup fuir vers la forêt. Nous avons rejoint ma voiture et mes chiens étaient toujours très nerveux. J’ai mis les pleins phares vers la forêt. Un peu plus loin, j’ai vu un loup d’une trentaine de kg avec son nez pointu, sa queue droite, ses yeux brillants faire des allers-retours ».

 

Le lendemain, Genaro Garcia y est retourné avec plusieurs lampes. Il a fait des photos des traces sans revoir le loup. Sa conviction a été renforcée par la comparaison des traces avec celles laissées par ses chiens. « Plus grosses, plus larges. Nous avons de nouveau senti sa présence quelques jours plus tard dans les bois de Chanteraine. Le loup est dans la Meuse. Ce n’est pas vraiment normal qu’un loup nous suive comme cela, mais ma chienne est allaitante et le loup l’a sans doute senti. Avec la neige, il a aussi peut-être faim. En tout cas, cela fait une drôle d’impression. On se pose des questions et on a un peu peur. J’ai senti le loup dans mon dos et je me sentais impuissant car on ne sait pas comment il va réagir ». Genaro Garcia n’est pas mécontent de sa rencontre fortuite. Il n’en fait pas une fixation et continue à aller en forêt avec ses chiens. Pour courir ou faire du VTT. Avec le secret espoir de croiser à nouveau le loup.

 

9 décembre 2013

 

Dans la région de Milly-sur-Bradon, un couple d'automobilistes a cru apercevoir un loup. En fait, le loup en question ne serait qu'un chien-loup. En effet, Pascal Roman raconte qu’un de ses deux chiens-loups tchécoslovaques s’est échappé le dimanche 1er décembre et s’est fait heurter par une voiture.

 

Au cours de ce mois de décembre, on note en Meuse des cas de brebis égorgées : Montigny-lès-Vaucouleurs, Vouthon-Bas, Vouthon-Haut, Mandres-en-Barrois et Luméville-en-Ornois : la liste des communes meusiennes où des brebis ont été égorgées ces dernières semaines ne cesse de s'allonger. Les experts de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage sont venus examiner les cadavres afin de déterminer l'identité du prédateur. Dans leur rapport, ils mentionnent que le loup n'était pas exclu. Une cellule départementale de veille du loup se réunit le 9 janvier 2014, à la demande de la préfète. Cette instance devrait préfigurer le comité départemental loup, dans le cas où ce dernier s'installerait durablement sur le territoire.

 

Janvier 2014 : présence d'un couple et de ses deux louveteaux confirmée

 

La nouvelle a été confirmée vendredi 17 janvier par le préfet des Vosges, Gilbert Payet. À l'occasion de ses vœux à la presse, le représentant de l'État est revenu sur la présence du loup dans le département. La poursuite des travaux sur la mise en place de moyens de protection pour les troupeaux ovins est plus que jamais d'actualité... Un point sera fait en préfecture au début du printemps.

Depuis plusieurs mois, les associations de défense de la nature sont vent debout contre un arrêté émis par la Préfecture des Vosges. Cet arrêté donne l’autorisation à un éleveur de la Bresse d’avoir l’autorisation de tirer sur le loup qui a repris son territoire dans le massif vosgien. Rappelons que le Préfet avait donné l’autorisation le 19 août 2013 à l’éleveur de faire usage d’un fusil à canon lisse pour protéger ses bêtes.

 

22 avril 2014 (Article de l'Est Républicain)

 

Bar-le-Duc. Depuis plusieurs mois, les éleveurs ovins du sud du département de la Meuse tendent le dos. En effet, depuis octobre 2013, dans des communes limitrophes avec les Vosges, plusieurs brebis et béliers ont été sauvagement tués par un prédateur.

 

Au fil de ces derniers jours, dans le monde ovin meusien, la nouvelle s’est progressivement répandue : le loup a été pris en photo. Enfin ! Loin d’être une consolation pour la bonne dizaine d’éleveurs qui a perdu au total près d’une trentaine de bêtes en plusieurs mois, cette photo vient finalement confirmer leurs certitudes de toujours. Tous, sans exception, ont en effet toujours accusé le loup d’être l’auteur des attaques de leurs troupeaux.

 

Tout a commencé en octobre dernier, à quelques kilomètres à vol d’oiseau de la plaine des Vosges, là où ont eu lieu les premières prédations il y a plusieurs années, un secteur considéré depuis 2012 comme zone de présence permanente du loup. Un animal qui semble ignorer les frontières départementales puisqu’aujourd’hui c’est dans la Meuse qu’il sévit.

 

Sauf qu’après avoir concentré ses attaques dans l’extrême Sud meusien, l’animal ou ses congénères se sont déplacés vers l’Ouest pour arriver à 20 kilomètres de Bar-le-Duc, la ville préfecture, dans un parc situé à Ville-devant-Belrain et propriété d’un jeune éleveur de Nicey-sur-Aire. Le 1er avril, il a sorti ses 250 brebis et ses béliers, dans la nuit suivante son troupeau était victime d’une première attaque qui a été suivie par deux autres la même semaine. Excédé, il en était arrivé à installer un appareil photo à déclenchement nocturne ainsi qu’un canon effaroucheur. Sans effet, puisque jeudi dernier deux nouvelles bêtes ont été tuées et ce malgré les clôtures électriques mises à sa disposition par la direction départementale des territoires( DDT). « J’ai accepté ces filets à condition qu’ils installent aussi des appareils photos. Mes bêtes étaient parquées la nuit dans cet enclos électrifié, je les ai relâchées jeudi vers 8 h. » Un peu plus d’une heure plus tard, les agents de l’ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage) sont venus relever les cartes des appareils.

Plus aucun doute

En arrivant dans le champ, ils ont vu le loup en train de dévorer un bélier. Dès lors, la présence du prédateur ne faisait plus aucun doute, d’autant plus que l’appareil des agents de l’ONCFS a pris en photo le fameux loup.

 

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Plus question maintenant d’utiliser la terminologie de « loup non exclu » dans les rapports des experts. Dans un communiqué, la préfecture de la Meuse s’est autorisée à employer le terme de « présence avérée du loup en Meuse. » Au vu des indices relevés sur les ovins tués, la suspicion de la colonisation du département par le loup était de mise depuis le début de l’année. En janvier, la préfète de la Meuse avait réuni une « cellule de veille loup ». Dans le prolongement, une étude sur la vulnérabilité du système pastoral à la prédation du loup en Meuse était lancée, et les conclusions ne sauraient tarder.

 

Quelles que soient ces conclusions, ce n’est pas encore demain que les chasseurs seront autorisés à tuer l’espèce protégée qu’est le Canis lupus. Il faut en effet deux années de présence avérée du loup dans un département pour qu’un arrêté ministériel soit potentiellement pris et autorise de façon dérogatoire les tirs sur les loups.

 

D’ici là, les éleveurs ont deux solutions : laisser leurs troupeaux à la bergerie ou utiliser les clôtures électriques mises à leur disposition par la DDT.

Karine Diversay

 

Téléchargez le communiqué de la préfecture de Meuse

 

Mai 2014 : Meuse : sans doute deux loups  (Est Républicain, 08/05/2014)

 

Le loup rôde et attaque en Meuse. Face aux inquiétudes, les services de l’État se mobilisent pour lutter : équipements en matériel, enquêtes, indemnisation et tirs d’effarouchement.

 

Le sujet est ultra-sensible. Les syndicats agricoles dénoncent sa présence et réclament sa mise à mort. La Chambre d’agriculture de la Meuse critique une situation qui n’est « plus supportable par les éleveurs » et demande « une adaptation de la législation ». Depuis la recrudescence d’attaques en avril dans deux secteurs de la Meuse, certains dorment avec leur troupeau et d’autres menacent d’arrêter l’activité ovine. Les politiques s’en mêlent à l’image de Gérard Longuet qui appelle à « trouver les solutions les plus adaptées à notre environnement et à la mission des agriculteurs ».

 

Depuis le 14 octobre, le loup est officiellement en Meuse. C’est le 21e département français recolonisé depuis 1992, année de sa réapparition en France. « Contrairement à une idée reçue, le loup n’a jamais été réintroduit en France mais il est revenu par l’Italie et ils sont désormais entre 250 à 300 dans notre pays. Depuis les Alpes, ils colonisent le pays en passant d’un massif à l’autre et en trouvant des lieux d’accueil favorables : présence de gibier et proies faciles avec les élevages ovins. Le loup est intelligent et s’adapte. Lorsqu’il ne peut pas s’en prendre à des moutons enfermés ou protégés par des clôtures électriques, il se retourne vers le gibier sauf le sanglier », explique la Direction des Territoires de la Meuse.

 

Tout laisse à penser que deux loups rôdent en Meuse et multiplient les attaques sur deux zones : celle du Sud meusien (côté Bonnet) non loin des Vosges où le loup sévit aussi et celle de Nicey-sur-Aire où les attaques se sont multipliées (cinq fois chez un même éleveur). « Nous n’avons pour l’heure qu’une seule photo et un prélèvement d’excréments en cours d’analyse. Il est probable que nous ayons affaire à deux animaux. Une attaque à Nicey en avril a été concomitante à une autre à Grand dans les Vosges juste à côté de la Meuse. Celui du Sud semble plus mature car il attaque pour se nourrir. Autour de Nicey, c’est sans doute le fait d’un loup plus jeune puisqu’il y a beaucoup de victimes d’un coup et peu de consommation de viande », observe la DDT de la Meuse qui réfute le terme de meute.

 

Des tirs d’effarouchement

 

Les agriculteurs sont sur les dents. La DDT, consciente du traumatisme, rappelle que son « rôle est aussi de défendre l’activité des éleveurs ». Depuis octobre, elle a pris de multiples mesures : fourniture de clôtures électriques et indemnisations pour les attaques avérées par les spécialistes de l’ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage). En revanche, pas question de faire des battues comme le réclament les syndicats agricoles. « Le loup est une espèce protégée par quatre textes dont trois internationaux. La battue est le dernier recours du plan national loup 2013-2017 ».

 

Ce plan est le cadre législatif d’intervention face aux loups. Jugé efficace en montagne, il montre ses faiblesses en Meuse car le loup s’installe pour la première fois en plaine où les troupeaux sont éparpillés. « Nous sommes un peu pionniers. Nous discutons avec les ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture de notre situation spécifique ». En Meuse, si les battues ne sont pas autorisées et ne sont pas près de l’être, la préfecture a décidé depuis le 20 avril dans le secteur nord de Nicey-sur-Aire et depuis quelques jours dans le sud, de permettre les tirs d’effarouchement. L’étape suivante si ce n’est pas suffisant sera le tir de riposte. « Chaque nuit, des lieutenants de louveterie surveillent les troupeaux et tirent en l’air lorsque les troupeaux s’agitent où lorsqu’ils voient le loup ce qui est arrivé. L’idée est de l’éloigner des ovins. Pour le moment, c’est plutôt efficace », indiquent les services de l’État. D‘autres mesures respectant le statut d’animal protégé sont envisagées et seront discutées la semaine prochaine lors de rencontre avec les acteurs du dossier et notamment du monde agricole.

 

Sébastien Georges

Août 2014 (Est Républicain du 3 août 2014)

 

Le loup frappe encore en Meuse

 

35 attaques commises par le loup depuis octobre 2013 en Meuse. Les chiffres deviennent catastrophiques. L'hécatombe débutée en avril se poursuit, le loup venant d'attaquer deux nuits de suite  sur la commune de Lavallée où jusqu'alors il n'avait encore jamais sévi. La première agression a eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi, faisant cinq nouvelles victimes et trois bêtes blessées. Puis dans la nuit de vendredi à samedi, le loup a tué et blessé à nouveau.

Un nouvel acte qui vient un peu plus accentuer l'exaspération et le découragement des éleveurs qui ont été touchés à plusieurs reprises. Certains se demandent si plusieurs loups ne rodent pas dans le secteur au vu du nombre d'attaques commises ces derniers jours.

D'après l'Est Républicain du 7 août 2014, l'authenticité d'une photo d'un loup prise à 18 h le 26 juillet 2014 près de l'étang de Kœur-la-Petite par une photographe animalière a été mise en doute par Aurélie Schmidt, chargée de mission environnement qui a retrouvé ce même cliché référencé en 2008 sur plusieurs sites allemands et russes.

 

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Cliché Christiane Herké prétendûment pris en Meuse

 

Septembre 2014 :(Est Républicain du 3 septembre 2014)

 

Meuse : le loup a encore frappé

 

Bar-le-Duc. Alors que les lieutenants de louveterie ont été aperçus, dans la nuit du 1er au 2 septembre, dans le secteur de Baudrémont (55), le loup a frappé, la même nuit, à Lavallée (55), dans le pré de Francis Aubry. L'éleveur d'ovins ayant constaté, à 7 h hier matin que sur les onze brebis présentes dans son enclos, une avait été tuée et deux autres gravement blessées. Ces nouvelles victimes de Lavallée montent à plus de 140. le nombre total d'ovins tués, euthanasiés et blessés depuis le début d'année en Meuse.

 

NDLR : aucune certitude qu'il s'agisse d'un loup !

 

HAUTE-SAÔNE

 

En décembre 2011, à quatre jours d’intervalle, un prédateur a tué trois moutons à Beulotte-Saint-Laurent et à La Rosière en Haute-Saône selon un mode d’attaque qui laissait supposer qu'il pouvait s'agir d'un loup. Une crotte et des poils recueillis sur place par des agents de l’ONCFS 70 ont été expédiés aussitôt à un laboratoire d’analyse spécialisé. Les résultats sont revenus récemment et ont confirmé qu'il s'agissait de laissées lupines. Le loup est donc bien passé par là en décembre. Il pourrait s'agir d'un loup erratique séjournant dans les Vosges. Des analyses ADN sont en cours pour tenter de faire parler davantage les excréments découverts dans le secteur des Mille étangs.La présence du Loup est détectée dans ce département dès l'année 2012. Voir l'article de Vosges-matin du 17 mai 2012.

 

En conséquence, depuis le 7 mai 2012, le département de Haute-Saône a été intégré par arrêté ministériel à l’aire de répartition géographique concernée par le loup, soit douze départements français dont les Vosges. Ludovic Bonnot, patron de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) en Haute-Saône,  explique : « cet arrêté permet d’abord de mettre en place dans le département une unité d’action » prévue dans le plan loup. Avec sept agents de l’ONCFS nommés correspondants du réseau loup, dont la mission est de récolter le maximum de renseignements sur l’aire de répartition du mammifère. Et aussi de constater, si nécessaire, les dégâts causés par ces grands carnivores afin de mettre en branle les processus d’indemnisation aux éleveurs. « Si la présence du loup devait se développer en Haute-Saône, un volet prévention est prévu », appuie Ludovic Bonnot. Avec des dispositifs comme des aide-bergers, des filets de protection, des systèmes d’effarouchements, et des chiens patous. Ludovic Bonnot se veut rassurant en direction des éleveurs : « Tout est prêt. Le dispositif est en place et est très réactif. Notamment pour les indemnisations. »

 

L’animal s’est manifesté à nouveau en février 2012 du côté de Vouhenans, avec le prélèvement d’un ovin. À la même époque, des empreintes ont été observées dans le secteur de Plancher-lès-Mines. Ludovic Bonnot souligne : « Un loup peut couvrir 40 km en une nuit. Sa zone d’habitat peut s’étendre de 15 000 à 25 000 ha et bien plus quand une meute existe. » Son passage par la Haute-Saône peut n’être qu’une étape vers d’autres territoires.

 

 Plus récemment, entre le 31 décembre  2013 et le 2 janvier 2014 à Montureux-lès-Baulay et Cendrecout dans la région de Jussey en Haute-Saône, deux troupeaux ont été attaqués : six moutons dévorés, quatre blessés. Selon l'Est Républicain (Éléonore Tournier, Est Républicain, Hte-Saône du 4/01/2014), le loup est évoqué.

 

L’ONCFS a installé un système photographique sur l’exploitation de Christophe Marion (photo Bruno Grandjean, Est Républicain) et celle de Cendrecourt, à 6 km de là.

 

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En allant voir ses animaux le matin du 1er janvier, Christophe Marion, éleveur ovin à Montureux-lès-Baulay, a découvert trois cadavres de brebis. "En regroupant les bêtes, nous avons découvert que deux autres étaient également blessées", ajoute l’éleveur pour qui le coupable de l’hécatombe ne fait guère de doute : "Vu les blessures au cou, on pense que c’est un loup."

 

Le 2 janvier, à 6 km de là, à Cendrecourt, un autre éleveur ovin a également découvert  trois cadavres de brebis et deux animaux blessés. Comme à Montureux-lès-Baulay, toutes ont été saisies à la gorge. Là encore, le loup est évoqué.

 

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Pour l’instant, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) préfère parler de "grand canidé", sans exclure la possibilité d’un loup. Pour démasquer le prédateur, des techniciens de l’Office ont placé sur les deux exploitations des pièges photographiques, en espérant que le "grand canidé" revienne sur les lieux. Un scénario qui n’est pas impossible selon Thierry Billey, animateur du réseau Férus en Franche-Comté. "Dans les Alpes-Maritimes, on a vu les mêmes troupeaux se faire attaquer plusieurs fois."

 

À Montureux-lès-Baulay, les techniciens ont relevé des empreintes de pattes de 10 cm sur 8,5 cm. Mais elles seront sans doute insuffisantes pour mettre en cause un quelconque loup. "Il en faudrait plusieurs pour être sûrs car les empreintes de chien et de loup diffèrent très légèrement", explique Ludovic Bonnot, chef du service départemental de l’ONCFS. Le seul moyen de déterminer précisément la nature du prédateur ? "Du poil, des excréments ou une photo".

 

S’il n’exclut pas la possibilité du loup, Ludovic Bonnot évoque la possibilité de gros chiens : "On a déjà vu des labradors manger d’aussi grosses quantités de viande", assure-t-il avant d’ajouter : "En Haute-Saône, on a connaissance de loups tchèques et de Saarloos. Ce sont des chiens des pays de l’Est croisés avec des loups, qui leur ressemblent énormément physiquement et qui, s’ils sont lâchés, peuvent retrouver leur instinct de prédateurs".

 

Thierry Billey, de l’association Férus, préfère attendre les conclusions de l’ONCFS. "Une meute installée dans les Hautes-Vosges serait rassemblée actuellement un peu au sud de La Bresse. Si la présence du loup était avérée en Haute-Saône, vu la distance avec les villages où ont eu lieu les attaques, cela me semble un peu loin pour être un des membres de la meute. Ça ressemblerait plus à un individu en dispersion."

 

MOSELLE

 

Janvier 2014

 

Plus de cent ans après sa disparition dans le département, un loup a été repéré fin janvier 2014 en Moselle.D'après Ferus, la première alerte fut donnée par un témoin qui dit l’avoir observé le 26 janvier, à Abreschviller (entre Strasbourg et Nancy, voir la carte ci-dessous). Et seulement 4 jours après, le 30 janvier, l’information est confirmée par une photo qui ne laisse aucun doute. Alors que l’ONCFS avait installé des pièges-photo dans le cadre d’une mission de suivi des populations de lynx, c’est un loup qui est apparu sur l’un des clichés. Cela faisait plus de 100 ans que l’espèce avait disparu du département ! Une nouvelle qui fera la une du Républicain Lorrain et qui sera répercutée par Lor'Actu.fr.

 

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Un loup en Moselle (Photo : DR)

 

Ce loup a été photographié à Walscheid, un petit village de Moselle, à la limité du département des Vosges et du Bas-Rhin. Plus de 100 ans après son extermination il été photographié à Walscheid dans le Massif du Donon. "Un piège photo installé pour "tracer" le lynx Van Gogh qui vit sur ce Massif et qui n'a pas été vu depuis longtemps a relevé sa discrète présence" a commenté le parc animalier Sainte-Croix de Rhodes qui milite pour la sauvegarde du loup dans la région.

 

« Le massif est très giboyeux (cerfs, chevreuils) assurant de nombreuses proies à l'animal dont on ignore tout » note le parc animalier où vivent déjà plusieurs loups. Le loup photographié en Moselle se serait déjà attaqué à plusieurs troupeaux. Deux attaques sont déjà listées dans les environs. Une enquête est d’ailleurs ouverte pour déterminer les circonstances de ces attaques.

 

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Les deux villages de Moselle où le loup a été signalé

 

MARNE  (Ajout de mars 2014)

France Nature Environnement fait état de la présence du Loup dans la Marne où un loup aurait été tué fin janvier 2014.

23/02/2013

Risque nucléaire : la France cesse de faire l'autruche

France-autruche.jpgLe risque nucléaire : il était temps que la France cesse de faire l'autruche !

 

On est content que la France avec ses 58 réacteurs s'inquiète enfin.

 

par Vincent Nouyrigat

(Science & Vie, n° 1146, mars 2013, p. 34).

 

Quatre cent trente milliards d'euros. Vous avez bien lu : 430 milliards d'euros ou, dit autrement, 20 % du PIB de la France. Tel serait le coût apocalyptique d'une catastrophe nucléaire sur notre territoire, selon une évaluation de l'IRSN - le gendarme français de l'atome. Un chiffre injustement passé inaperçu cet automne... Inutile de chercher un quelconque équivalent parmi les grands désastres technologiques : même l'explosion de l'usine AZF fait figure de péripétie avec "seulement" 2 milliards d'euros de dommages.

 

Non, l'éventuelle fusion d'un réacteur dans l'Hexagone, assortie de rejets radioactifs massifs, appartient à une tout autre espèce. De celles qui laissent un pays aux abois, comme ravagé par une guerre : des territoires entiers condamnés pour des décennies, sans doute près de 100 000 réfugiés à reloger, la production électrique en péril, une image durablement salie (tourisme, exportations)... Autant de conséquences pétrifiantes face auxquelles notre Autorité de sûreté nucléaire présentait, le 21 novembre dernier, ses premières ébauches de parades. De "premières" ébauches seulement ? Oui, mais saluons déjà cette bonne nouvelle : la France, ce pays aux 58 réacteurs, ose enfin affronter l'hypothèse d'un accident nucléaire majeur !

 

Il était temps, près de trente ans après la catastrophe de Tchernobyl et alors même que les autorités japonaises semblent toujours dépassées par les effets de Fukushima. Mais voilà : jusqu'à présent, nos pouvoirs publics avaient soigneusement éludé les scénarios catastrophes, pour des raisons mêlant confiance aveugle en l'atome français et farouche volonté de taire certaines questions embarrassantes, comme la prise en compte de ce risque dans les coûts du kilowattheure nucléaire. Et jusqu'ici, la sécurité civile s'était contentée d'établir de classiques mesures d'urgence dans un périmètre minuscule (distribution de pastilles d'iode, exercices d'évacuation). Sans se soucier, donc, des suites à donner une fois qu'un nuage radioactif aura contaminé toute une région. D'accord, ce travail d'anticipation est d'une ampleur intimidante : il s'agit ni plus ni moins d'envisager tous les détails de la vie d'un vaste territoire en crise pour des décennies.

 

Cette réflexion en amont n'en est pas moins indispensable, si l'on songe aux innombrables décisions qu'il faudrait prendre, à la fois complexes et déchirantes. Les Ukrainiens et les Japonais en savent quelque chose désormais... Au vrai, personne ne voudrait improviser à l'heure de désigner les régions que les Français devraient abandonner dans l'urgence (et les laissera-t-on revenir un jour prendre leurs affaires ?), d'autoriser ou non les éleveurs à alimenter leur bétail en zone radioactive, ou d'organiser en quelques heures la décontamination de tous les lieux publics qui peuvent l'être, en décapant trottoirs, murs, toits, en élaguant tous les arbres, en remplaçant les bacs à sable des jardins d'enfants... Au passage, il faut bien avoir cogité plusieurs années avant de trouver le moyen de traiter ces montagnes de déchets radioactifs !

 

Réaliser que la France héberge depuis un demi-siècle quantité de réacteurs sans jamais avoir planché sur ces casse-tête, voilà qui fait frémir rétrospectivement... Apprendre qu'elle commence seulement depuis peu à y réfléchir ne rassure qu'à moitié. Mais il n'est jamais trop tard pour ouvrir les yeux.

 

19/01/2013

Césaire et Marie PHISALIX : deux savants comtois

Césaire et Marie PHISALIX :

deux savants comtois

spécialistes des venins et des serpents

 

par Claude-Roland Marchand

 

Professeur des Universités

Membre correspondant de l'Académie des Sciences,

Belles Lettres et Arts de Besançon.

 

En 2006, la commune de Mouthier-Hautepierre et la Société Herpétologique de France ont honoré la mémoire de Césaire PHISALIX, pour le centenaire de sa mort. Cet enfant du pays s’est illustré, au cours d’une riche et brillante carrière, dans plusieurs domaines de la biologie et de la physiologie ; mais son nom reste surtout attaché à la mise au point d’un sérum antivenimeux. Malgré l’importance de cette découverte, Césaire PHISALIX nous semble injustement tombé dans l’oubli.

 

Mouthier-Hautepierre a associé à cet hommage, son épouse et collaboratrice, Marie PICOT-PHISALIX, disciple talentueuse qui a prolongé l’œuvre de son époux, pendant trente neuf ans au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris.

La ville de Besançon a baptisé une rue de la capitale comtoise du nom de PHISALIX.

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Cliché C.R. Marchand

 

Je voudrais retracer, ici, les principales étapes de leurs vies et les importantes retombées de leurs recherches en m’aidant des nombreux témoignages rassemblés dans différentes revues dont on trouvera les références dans la bilbiographie ci-dessous.

 

 Auguste-Césaire PHISALIX (1852-1906)

 

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Est né le 8 octobre 1852 à Mouthier-Hautepierre (Doubs) dans une modeste famille de vignerons ; c’est un élève brillant qui entame sa scolarité, auprès de son instituteur à Lods, puis au petit Séminaire d’Ornans ; il la poursuit au Collège catholique de Besançon où il obtient ses baccalauréats (en 1872, 1873). Pour alléger les sacrifices consentis par sa famille, il s’engage comme élève au Service de Santé Militaire. En 1877, au Val de Grâce, il termine ses études médicales par la soutenance  d’une thèse sur « La néphrite interstitielle ». Parmi ses maîtres se trouve Alphonse LAVERAN, qui découvrira l’Hématozoaire du paludisme (Prix Nobel 1907), et parmi ses camarades il y a Émile ROUX qui fera, comme on sait, une brillante carrière à l’Institut Pasteur (mise au point du sérum anti-diphtérique).

 

Césaire PHISALIX va occuper différents postes au Val de Grâce, puis revient à Besançon avec le grade de médecin aide-major au 4ème Régiment d’Infanterie.

 

En 1881, il participe à la campagne de Tunisie, où il tombe gravement malade ; rapatrié il entame sa convalescence à Roscoff où il va assouvir sa passion de naturaliste. C’est là qu’il réunit du matériel qui lui servira à soutenir sa thèse de sciences après l’obtention de sa licence de sciences naturelles en 1882. Sa thèse de doctorat ès sciences est soutenue en 1884 ; elle s’intitule : « L’anatomie et la physiologie de la rate chez les Ichthyopsidés* ». Sa santé ne s’améliorant pas il sera mis à la retraite de l’Armée active à 35 ans, en 1887.

(* Ce sont des Poissons).

 

En 1884, il est nommé préparateur à la Faculté des sciences de Besançon, puis professeur suppléant de zoologie médicale à l’École de Médecine et de Pharmacie en 1886. Deux ans plus tard il est nommé Chef de travaux de zoologie à la Faculté des sciences de Besançon. Cette même année, à l’âge de 35 ans, sur proposition du Professeur CHAUVEAU (Directeur de l’École vétérinaire de Lyon), il entre au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, en tant qu’Aide-naturaliste ; puis il est promu Assistant en 1892.  C’est pendant ce séjour de 18 ans au Muséum, jusqu’à sa mort en 1906, que Césaire PHISALIX fera ses découvertes majeures sur les venins et la sérothérapie.

 

Plus de 200 articles, publiés dans des revues scientifiques renommées, présentent les résultats de ses essais, de ses protocoles et des applications possibles de ses découvertes.

 

Malheureusement, sur le même sujet et avec des conclusions similaires, à son corps défendant, il entrera en compétition avec le Dr Albert CALMETTE dont le nom est le seul à être associé à la mise au point des sérums antivenimeux.

 

Marie-Émilie PICOT-PHISALIX (1861-1946)

 

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Elle est née le 20 novembre 1861 à Besançon (150e anniversaire). Elle est la fille de Camille-Joseph PICOT originaire de Gap (Hautes Alpes) et de Marie-Joséphine DALLOZ née à Saint-Claude (Jura). En 1863 sa maman décède. Son papa élèvera alors seul sa petite famille. Grâce à un milieu aisé elle bénéficie d’une bonne éducation, entre à l’École Normale Supérieure des Jeunes filles de Sèvres en 1882, dans la deuxième promotion de cette école ; elle obtient, et c’est nouveau pour une fille à l’époque, l’agrégation de sciences en 1888.

 

Marie PICOT a enseigné dans plusieurs établissements : à Besançon, Bourg-en-Bresse, Cambrai. Et c’est à Besançon, qu’elle reprend des études de médecine. En 1895 Marie PICOT épouse Césaire PHISALIX qu’elle avait connu lors d’un stage à la station de Roscoff. 

 

Cette même année, Marie PICOT-PHISALIX quitte l’enseignement et rejoint, au Muséum d’Histoire Naturelle, son mari avec qui elle va travailler, d’abord à une thèse de médecine et ensuite à des recherches approfondies sur les venins, les appareils venimeux dans le règne animal.

 

En 1900 elle soutient à Paris une thèse de Médecine intitulée : « Recherches histologiques, embryologiques et physiologiques sur les glandes à venin de la salamandre terrestre ». Pour les grandes qualités de ce travail, certes un peu éloigné du domaine médical, elle reçoit la médaille d’argent de la Faculté de Paris ; elle rejoint alors le groupe des premières femmes françaises titrées du grade de docteur en médecine.

 

De 1900 à 1906, elle travaille auprès de son mari, et l’entoure de ses soins attentifs dans les dernières années de sa vie.

 

En 1910, elle entre au Laboratoire d’Herpétologie du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris où elle travaillera jusqu’à sa mort en 1946, en qualité d’Attachée bénévole. En 2011 son bureau existe toujours dans le pavillon d’Herpétologie.

 

Nous voulons, ici, en 2011, rendre hommage à « ces deux savants du pays de Courbet », l’année même où est inauguré le Musée du peintre d’Ornans, qui n’a pas pu, évidemment, connaître ses illustres voisins de la vallée de la Loue.

 

La CARRIÈRE SCIENTIFIQUE de Césaire PHISALIX

 

Docteur en médecine et docteur ès Sciences naturelles, Césaire PHISALIX s’est intéressé à de nombreux sujets, avec curiosité, rigueur et efficacité.

 

Son collègue de la Faculté de Médecine de Paris, le Dr DESGREZ, a décrit, quatre ans après sa mort, la puissance de travail et l’opiniâtreté de ce chercheur enthousiasmé aussi bien par l’embryologie et l’anatomie humaines, que par la physiologie, la pathologie générale et la bactériologie. 

 

En effet, ce qui force l’admiration chez Césaire PHISALIX, c’est son total engagement dans chaque sujet abordé, que les circonstances ou ses maîtres lui proposent. Nous nous attarderons sur les venins et la sérothérapie, sans passer sous silence la pertinence de ses observations sur le cerveau de l’embryon humain (que Sigmund FREUD citera dans un de ses articles), la cyclopie, les chromatophores des Mollusques Céphalopodes, la rate des Vertébrés inférieurs (son sujet de thèse), et les glandes venimeuses des Amphibiens. Il a isolé la bufoténine du Crapaud, mais aussi une quinone des Myriapodes Diplopodes. On reste surpris par la dispersion de ses centres d’intérêt, mais ce qui va l’occuper la majeure partie de sa carrière c’est le problème des venins et le traitement de l’envenimation.

 

Pour comprendre l’origine de son intuition géniale concernant l’obtention d’un sérum neutralisant les venins, il nous paraît important de rappeler les premiers travaux de microbiologie qu’il a effectués sous la conduite du Professeur Auguste CHAUVEAU (1827-1917 ; titulaire de la Chaire de Pathologie comparée qui a mis au point le vaccin contre le charbon) et qui ont trait à la maladie charbonneuse. En effet, à l’instar de nombreux chercheurs, il atténue la virulence du Bacille par la chaleur. Mentionnons par exemple, dans cette période féconde en découvertes, les nombreux travaux convergents des années 1880-1890 : ceux de TOUSSAINT sur le charbon en 1880, de FERRAN* en 1884 et de GAMALEÏA sur le choléra en 1888, ceux de PASTEUR sur la rage en 1885, ceux de ROUX et YERSIN sur la diphtérie en 1888, BEHRING et KITASATO en 1890 sur la diphtérie et le tétanos, et de BABES et LEPP en 1889 sur la rage. C’est une période de recherches animées et parfois conflictuelles procédant d’un même principe : affaiblir un microbe,  pour vacciner un animal, et utiliser le sérum de son sang qui  a acquis la capacité de neutraliser les toxines microbiennes.

 

* Jaime FERRAN, prix Bréant 1907, aurait même la priorité sur PASTEUR, puisqu’il a vacciné, en Espagne, 4700 personnes contre le choléra en 1885.

 

Dès 1889, PHISALIX concentre ses recherches sur les venins, qu’il avait déjà abordés avec la Salamandre et le Crapaud, et qu’il élargit aux Serpents. Il reconnaîtra plus tard comment lui est venue l’idée, auprès de son maître A. CHAUVEAU, d’une analogie entre « les sécrétions cellulaires toxiques et les sécrétions microbiennes… et que les procédés d’atténuation et de vaccination applicables aux unes le sont aussi aux autres. »

 

Ce paradigme, pourrait-on dire, se confirmera au fil des essais et des ajustements expérimentaux qu’il conduira avec la collaboration d’un jeune pharmacien, Gabriel BERTRAND, dont le nom restera attaché à ses découvertes majeures.

 

GENÈSE d’une DÉCOUVERTE HISTORIQUE

 

De tous temps la médecine traditionnelle a proposé différents remèdes contre l’envenimation ; citons parmi les plus anciennes la Thériaque d’Andromachus (cf le texte de Moyse CHARAS 1668), utilisées pendant 17 siècles, ou d’improbables préparations « magiques » à base de plantes, d’insectes, d’extraits divers et variés… souvent inefficaces et à tout le moins dangereux sur des patients en état de choc.

 

L’accoutumance des montreurs et des chasseurs de serpents, était attribuée à des petites morsures répétées, où de faibles quantités de venin agissaient un peu comme un vaccin (Marie PHISALIX, mordue à plusieurs reprises pourrait en être le plus bel exemple !).

 

Dans ses travaux de 1886-1888, KAUFMANN signalait déjà l’accoutumance qu’il obtenait chez le chien par des injections répétées de petites quantités de venin entier ou de venin vieilli (travail couronné par l’Académie de Médecine). Mais nous trouvons également dans la littérature du XVIIIe siècle, sous la plume de FONTANA (1780) des essais d’accoutumance par injections de petites quantités de venin. C’est à partir de 1892 que, de son côté déjà, Albert CALMETTE parvient à détruire la « virulence » du venin de Cobra par la chaleur ; mais il reconnaît avoir cherché, en vain, à obtenir l’immunité totale chez les animaux expérimentés . L’ensemble de toutes ces observations sur les venins, l’envenimation et l’accoutumance, sont prises en compte par Césaire PHISALIX qui, à partir de 1892, s’emploie à les utiliser dans des protocoles méthodiques savamment répétés et contrôlés.

 

Matériels et méthodes utilisés par PHISALIX et BERTRAND

 

PHISALIX et BERTRAND ont utilisé le venin de Vipera aspis, récoltée dans le Centre de la France et en Franche-Comté (CALMETTE, on l’a dit plus haut, travaillait sur le Cobra mais il a réalisé quelques essais avec des Vipères récoltées autour d’Arbois ). Dans un premier temps ils ont établi que la dose mortelle minima pour un Cobaye de 500 g était de 0,3 mg de venin sec.

 

Puis ils testent l’effet de températures de plus en plus élevées sur l’atténuation du venin ; ils établissent finalement que c’est un chauffage de 15 mn à 80° qui est le plus efficace.  Leurs différents essais les amènent à conclure que la chaleur met en évidence trois substances dans le venin : un composé toxique à effet local : l’ échidnase, un composé qui détermine les effets généraux mortels : l’échidno-toxine et ce qui est obtenu après un chauffage de 15 mn à 80° : l’échidno-vaccin.  Cette observation est fondamentale pour l’établissement du protocole rigoureux et reproductible que nos deux chercheurs vont proposer dans leurs publications historiques de 1894.

 

Le protocole de 1893-1894

 

In : Comptes Rendus de l’Académie des Sciences vol. 118, 5 février 1894, pp 288-291. C’est le treizième article de PHISALIX sur les venins ; il s’intitule : « Atténuation du venin de vipère par la chaleur et vaccination du cobaye contre ce venin. » note présentée par M. A. Chauveau.

 

PHISALIX et BERTRAND réalisent une vaccination le 11 janvier sur un cobaye mâle de 510 g, avec 0,3 mg de venin de vipère chauffé à 75° pendant 5 min : l’animal est un peu nauséeux, sans symptôme local. Le 13 janvier inoculation de 0,3 mg de venin entier : quelques nausées, pas de gonflement local, vivacité normale. Le 14 janvier pas d’œdème. Encore vivant le 5 février.

 

Un résultat identique est obtenu avec 0,6 mg de venin.

 

Conclusion des auteurs : « Le venin chauffé acquiert des propriétés vaccinantes, soit parce que la chaleur respecte des substances douées de ces propriétés, soit parce qu’elle en fait naître aux dépens de matières toxiques… »

 

« … Disons toutefois, dès maintenant, qu’il se produit dans le sang des animaux vaccinés des modifications importantes, analogues à celles que l’on a découvertes pour le tétanos ».

 

Cette communication est suivie le 10 février 1894 par un article complémentaire et fondamental, qui démontre que le sang des animaux vaccinés a des propriétés antitoxiques.

 

In : Comptes Rendus de la Société de Biologie vol. 46, pp. 111-113. Il s’intitule : « Sur la propriété antitoxique du sang des animaux vaccinés contre le venin de vipère. »

 

PHISALIX et BERTRAND vaccinent deux cobayes le 21 janvier et les sacrifient le 24 en prélevant leur sang (Notons que ce délai est très court quand on sait que le maximum d’IgG (imunoglobulines G est produit plusieurs semaines après la première injection. Il semblerait que les IgM rapidement produites auraient leur importance ).  Ce sang est défibriné, mélangé à la dose de 15 cc avec 0,3 mg de venin sec. Ce mélange est ensuite injecté à un Cobaye qui fait un oedème 2 heures après. Le 10 février l’animal est bien portant. Même résultat avec 0,5 mg dans 12 cc du sang de l’animal vacciné. Confirmation des résultats avec 3 cc de sang mélangé à 0,3 mg de venin.

 

Conclusion des auteurs :

 

« Nous espérons obtenir des modifications du sang suffisamment intenses pour qu’il puisse être utilisé comme agent curatif. »

 

Il nous semble qu’un grand pas est alors franchi dans le traitement des envenimations : le sérum antivenimeux est inventé.  Mais une publication contemporaine d’Albert CALMETTE va perturber les retombées de la découverte de PHISALIX et BERTRAND.

 

Les travaux d’Albert CALMETTE (1863-1933)

 

Élève de l’École de Médecine navale de Brest, il entre au Service de Santé de la Marine, obtient sa thèse en 1885 et effectue de nombreuses missions en Afrique, St Pierre et Miquelon et en Asie.  Dès 1891 Louis PASTEUR le désigne pour fonder une filiale de l’Institut Pasteur à Saïgon ; c’est là qu’il supervise la production de vaccins contre la variole et contre la rage et conduit des recherches sur le choléra, la dysenterie, les fermentations et les venins de serpents.

 

Placé hors cadre du Corps de Santé des colonies, en 1894, il consacre tout son temps à la préparation d’un sérum antipesteux (avec BORREL et YERSIN) et surtout d’un sérum antivenimeux contre le venin de Cobra. Tout comme CHAUVEAU et PHISALIX il croyait à une analogie entre les composants toxiques du venin et les toxines bactériennes. La chaleur, selon lui, ne modifiant pas le venin de Cobra, il y parvient à l’aide d’hyposulfites alcalins.

 

En 1892, il publie ses premiers essais d’immunisation sur les Poules ; mais c’est en 1894, le même jour que PHISALIX et BERTRAND, à la Société de Biologie, mais plus tard dans la journée (!), qu’il présente un travail intitulé : « L’immunisation artificielle des animaux contre le venin des serpents et la thérapeutique expérimentale des morsures venimeuses. » Il conclut en affirmant que son protocole effectué sur l’animal pourrait être appliqué à l’Homme.

 

Notons que dans le traitement de la morsure, il accordait autant d’importance à l’injection locale d’hypochlorite (eau de Javel) qu’au sérum lui-même. Il finira par ne plus préconiser l’injection d’hypochlorite dont PHISALIX et BERTRAND démontrent l’inefficacité en 1895, sans jamais reconnaître explicitement son erreur. De même il mit beaucoup de temps à reconnaître la spécificité des sérums antivenimeux et pensait que son antisérum préparé avec le venin de cobra était efficace contre toutes les envenimations ophidiennes. Pourtant PHISALIX et BERTRAND (1895) notaient que : « le venin des serpents diffère non seulement d’une espèce à l’autre, mais aussi chez la même espèce », en fonction, en particulier, de la saison et du lieu de récolte.

 

C’est le professeur Max GOYFFON, du Muséum d’Histoire Naturelle, qui résume le mieux en 2009, les tenants et les aboutissants de la querelle de priorité qui oppose pour longtemps les deux découvreurs.

 

Je le cite :

« Dans une note présentée quelques semaines plus tard, le 27 mars 1894, CALMETTE fait valoir l’action tout à la fois préventive, antitoxique et thérapeutique du sérum antivenimeux qu’il prépare, sans citer le travail antérieur de PHISALIX et BERTRAND. Ceux-ci répliquent aussitôt le mois suivant dans une note où ils rappellent leur antériorité, car ils pensent que des conséquences théoriques et pratiques importantes découleront des faits qu’ils ont établis. »

 

 L’Académie des Sciences donnera raison d’abord à PHISALIX et BERTRAND en leur attribuant le prix MONTHYON en 1894 « pour la découverte d’un sérum antivenimeux », puis à PHISALIX seul avec le prix BRÉANT en 1898 pour  « la découverte des sérums antivenimeux. »

 

La querelle durera longtemps et c’est le nom de CALMETTE que l’Histoire retiendra ; à cela il y a plusieurs raisons :

 

1 – la rivalité évidente qu’il y avait entre le Muséum et l’Institut Pasteur ;

 

2 – le mauvais état de santé de Césaire PHISALIX qui ne se déplace plus guère, alors que CALMETTE voyage et présente ses résultats dans le monde entier ;

 

3 – la stratégie efficace de CALMETTE qui dès 1895, à l’Institut Pasteur de Lille, s’attache à préparer des grandes quantités de sérum antivenimeux contre le venin de Cobra, avec lequel il obtient des guérisons humaines : en 1895 il applique avec succès la première sérothérapie antivenimeuse à un Vietnamien ; pratique que n’a pas pu réaliser PHISALIX, qui n’avait pas accès aux malades.

 

4 – une certaine « ingratitude » du Pastorien vis à vis de son confrère du Muséum, à laquelle s’ajoute le recrutement de BERTRAND par l’Institut Pasteur en 1900.

 

Avec le recul, nous sommes en mesure de dire qu’il y a manifestement une différence de tempérament entre les deux découvreurs : PHISALIX est prudent, modeste et élargit ses recherches, jusqu’à sa mort, pour découvrir d’autres antidotes. « À l’opposé, CALMETTE met toute son énergie à faire reconnaître l’intérêt de sa découverte… il vise avant tout l’efficacité… Élève et admirateur de ROUX autant que de PASTEUR, sa foi, son pouvoir de conviction et un dynamisme hors du commun balaieront aisément des approximations et des échecs en fin de compte mineurs, et réussiront à imposer ses opinions et ses résultats. » nous dit Max GOYFFON. Qui conclut : « CALMETTE sera prophète en dehors de son pays comme en son pays… ».

 

Nous laisserons, à propos de cette querelle, le dernier mot à Édouard R. BRYGOO (1985) qui a travaillé à l’Institut Pasteur et au Muséum d’Histoire Naturelle, je cite : « Même s’il ne s’en fallait que de très peu, PHISALIX et BERTRAND étaient gagnants aussi bien à la Société de Biologie qu’à l’Académie des Sciences, tandis que CALMETTE ne se montrait vraiment pas beau joueur. »

 

Nous ne pouvons pas quitter Césaire PHISALIX sans mentionner les nombreux travaux qu’il a consacrés à l’immunité naturelle de certains animaux (Mammifères ou Serpents) pouvant laisser espérer découvrir une propriété particulière transposable à l’espèce humaine. D’autres pistes ont été explorées par lui, alors qu’il cherchait des molécules naturelles susceptibles de traiter l’envenimation.

 

Césaire PHISALIX  a été élu Officier de l’Instruction publique en 1899, Officier de l’Ordre du Lion et Soleil de Perse en 1903.

 

Il a été nommé chevalier de la Légion d’Honneur en 1900.

 

L’école et une place de Mouthier-Hautepierre ainsi qu’une petite rue de Besançon portent son nom.

 

Il n’a pas été membre de notre Académie.

 

Évoquons la carrière scientifique de Marie PICOT-PHISALIX

 

Elle a publié seule ou en collaboration plus de 270 articles, de vulgarisation ou très spécialisés. Deux ouvrages majeurs sont attachés à son nom : « Animaux venimeux et venins » en 1922  et « Vipères de France » en 1940.  On peut y apprécier d’une part ses descriptions anatomiques, physiologiques précises et d’autre part ses talents d’artiste. Les deux volumes de 1922 comptent plus de 1400 pages, 521 figures, 9 planches en noir et blanc, 8 planches en couleurs et une impressionnante bibliographie. Marie PHISALIX observe soit des animaux qu’elle a récoltés elle-même (salamandres ou vipères), soit des spécimens qu’on lui envoie par voie postale dans des boîtes à bonbons (!).

 

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 Cinq schémas extraits de « Animaux et venins » 1922  

 

La manipulation des vipères ou du redoutable Heloderma lui vaudra plusieurs morsures, dont une à l’âge de 80 ans qu’elle supporte sans dommages (l’Histoire ne dit pas si elle a utilisé le sérum antivenimeux inventé par son mari). Une anecdote rapportée par F. ANGEL, son aide de laboratoire, illustre le « pragmatisme » de Marie PHISALIX. Citation : « Au moment des plus dures restrictions alimentaires imposés aux Parisiens par l’occupation allemande, au cours des années 1941-1944, nous avons vu bien souvent Mme le Dr Marie Phisalix … emporter chez elle dans un petit récipient les œufs non embryonnés des nombreuses femelles de vipères qu’elle gardait en captivité et qui, dans la journée, avaient été sacrifiées pour servir à ses expériences et à ses études. Ces animaux étaient disséqués, les œufs prélevés soigneusement dans le corps pour servir, disait-elle, « à faire son omelette du soir »… elle ajoutait, en riant : « je prélève également la graisse des mêmes animaux pour remplacer les autres matières grasses absentes ! »…. Par contre elle était navrée de voir sa domestique refuser énergiquement cette nourriture… Ce mode particulier d’alimentation souvent répété, n’altéra jamais sa santé… Il apportait une preuve nouvelle à ses opinions concernant la destruction, par la cuisson, du venin produit par les glandes et le sang des espèces dangereuses. »

 

Sa filleule, Marie-Louise BOURGEOIS, évoque un souvenir ému de sa marraine, avec qui en 1919, elle chassait les Salamandres à Mouthier-Hautepierre, la lanterne à la main. Même en vacances elle se faisait livrer des vipères du Morvan et « elle les disséquait, surtout la tête. Ensuite elle tannait les peaux pour s’en faire des ceintures et des garnitures. »

 

Nous avons pu observer, conservés dans le formol ou dans l’alcool de nombreux spécimens entiers préparés et étiquetés par Marie PHISALIX : salamandres, couleuvres, vipères, héloderme, mais également des crânes finement disséqués de vipéridés ou de crotale.

 

Le Dr Ivan INEICH, actuel curateur des collections du Muséum National d’Histoire Naturelle, à qui nous devons les clichés que nous projetons, nous a autorisé à les regarder de très près et constaté leur bon état de conservation. Nous pouvons faire de même dans le petit Musée Marie Phisalix de Mouthier-Hautepierre, que Christophe CUPILLARD entretient et fait visiter à la demande.  Quelques spécimens de couleuvres et de vipères cédés en 1927 par « Mme le Docteur Phisalix » ont été également signalés dans  les collections du Musée de la Citadelle et de la Faculté des Sciences de Besançon.

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Schéma extrait de « Vipères de France » 1940

 

 

Outre ses propres travaux, cette « grande prêtresse des animaux venimeux », a apporté son concours à la relecture, à la finalisation de « La vie des Reptiles de la France centrale », 343 pages écrites et documentées par son ami Raymond Rollinat, décédé au moment où il achevait le manuscrit. Parmi ses disciples signalons notre compatriote naturaliste Charles DOMERGUE (décédé en 2008) qui lui a dédié une espèce de Colubridé découverte à Madagascar et qu’il a nommé Phisalixella.

 

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Schéma extraits du livre de Raymond ROLLINAT

 « La vie des Reptiles de France » 1934.

Publié avec le concours de Marie PHISALIX

 

Les engagements de Marie PHISALIX

 

En tant que médecin et citoyenne, Marie PICOT-PHISALIX a apporté son aide dans le domaine sanitaire et dans la défense de la cause des femmes : Vice-présidente pour l’amélioration du sort de la Femme en 1935, elle présidera, à 84 ans, une réunion de la Ligue Française pour le Droit des femmes et sur le rôle des électrices dans la reconstruction du pays en 1945. La Présidente parlera du « féminisme souriant d’une grande Dame » ! En tant que médecin elle a procédé à des vaccinations contre la variole et la typhoïde, en 14-18, et a assuré la garde de la Ménagerie du Jardin des Plantes en 39-45.

 

 Marie PHISALIX n’a jamais oublié Mouthier-Hautepierre, à qui elle a fait don d’un important mobilier scolaire en 1912.

 

Ses distinctions sont nombreuses : Officier d’Académie en 1901, Officier de l’Instruction publique en 1908, deux prix Bréant (1916, 1922), Grand Prix de l’Exposition d’Hygiène de Strasbourg (1923), Diplôme et médaille de l’Exposition vaticane (1925), Grand Prix Lasserre de l’Instruction publique.

 

Elle a été décorée de la Légion d’Honneur en 1923.

 

Elle a été élue Présidente d’honneur de la Société d’Histoire Naturelle du Doubs en 1924 et  nommée Associée correspondante de notre Académie le 26 janvier 1933. Elue Présidente de la Société Zoologique de France en 1937. Elle a échoué de très peu à l’Académie de Médecine où l’on se souvient que Marie CURIE n’a été admise que très tard, après ses deux prix Nobel !

 

La tombe des PHISALIX

 

         Dans le cimetière de Mouthier-Hautepierre, tout en haut, la sépulture des deux savants regarde la vallée. On peut y lire cette inscription :

 

Famille des Docteurs Césaire et Marie PHISALIX

Chevaliers de la Légion d’Honneur

 

CONCLUSION

 

La carrière de nos deux compatriotes est admirable.

 

Leurs travaux dans le domaine des venins, de la sérothérapie et de  l’Herpétologie ont eu et ont encore des prolongements et des retombées considérables.

 

Notre Région peut s’honorer de les avoir formés et côtoyés et s’honorerait de les célébrer avec tout le respect qu’ils méritent.

 

Lors d’un Colloque consacré à Courbet, en septembre dernier, Madame le Conservateur en chef du Musée du Louvre faisait remarquer à l’auditoire que « la Franche-Comté ne reconnaît pas assez ses enfants ». Même si ce constat est vrai et dérangeant on objectera, tout de même, que Louis PASTEUR et Georges CUVIER ont reçu des hommages à la hauteur de la portée de leurs découvertes qui ont fait « beaucoup d’ombre aux autres savants comtois ! » ; à nous, désormais, de faire une place honorable à ce couple de chercheurs.

 

Quant à la paternité de la découverte du sérum antivenimeux, nous pensons, en toute objectivité, que Césaire PHISALIX, avec quelques heures d’avance, a bien fait l’annonce décisive.

 

NB : Ce litige nous rappelle, toutes proportions gardées, les conflits célèbres de DARWIN-WALLACE, ROUX-FLEMING ou PASTEUR-TOUSSAINT… et beaucoup d’autres, où c’est souvent le plus pugnace sinon le plus ambitieux qui a imposé son nom dans les pages de la célébrité !

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Bochner R. et Goyffon M. 2007. L’œuvre scientifique de Césaire Phisalix (1852-1906), découvreur du sérum antivenimeux. Bull. Soc. Herpét. Fr., 123, pp. 15-46.

 

Brygoo E. R. 1985. La découverte de la sérothérapie antivenimeuse en 1894. Phisalix et Bertrand ou Calmette, Bull. Soc. Anc. Elèves Inst. Pasteur, 4, pp. 10-21.

 

Calmette A. 1894.  L’immunisation artificielle des animaux contre le venin des serpents et la thérapeutique expérimentale des morsures venimeuses. C. R. Soc. Biol. 46, 10 février, pp. 120-124.

 

Calmette A. 1896. Le venin des serpents. Physiologie de l’envenimation. Traitement des morsures venimeuses par le sérum des animaux vaccinés. Société d’Editions scientifiques, 72 pages.

 

Charas M. 1685.  Nouvelle expérience sur la Vipère, où l’on verra une description exacte de toutes ses parties, la source de son venin, ses divers effets, et les remèdes exquis que les artistes peuvent retirer de cet animal. In 8°. Paris. Premier livre écrit en langue française se rapportant à la Vipère.

 

Cupillard C. 2007.  Auguste-Césaire Phisalix (1852-1906) : un savant au pays de Courbet. Bull. Soc. Herp. Fr., 123, 9-13.

 

Cupillard C. et Videlier P-Y. 2007. Césaire et Marie Phisalix. Deux savants au pays de Courbet. 24 pages.

 

Desgrez A. 1910. Notices biographiques. XVIII – Césaire Phisalix. Archives de Parasitologie. t. XIV,   pp. 54-153.

 

Fontana F. 1781. Traité sur le venin de la vipère, sur les poisons américains, sur le laurier-cerise et sur quelques poisons végétaux. 318 pages.

 

Goyffon M. et Chippaux J-P. 2008. La découverte du sérum antivenimeux (10 février 1894), pp 32-35.

 

Lescure J. et Thireau M. 2007. Marie Phisalix (1861-1946), une grande dame de l’Herpétologie. Bull. Soc. Herp. Fr. 124, 9-25.

 

Phisalix C. et Bertrand G. 1894. Atténuation du venin de vipère par la chaleur et vaccination du cobaye contre ce venin. C. R. Acad. Sc., 5 février, pp. 288-291.

 

Phisalix C. et Bertrand G. 1894. Sur la propriété antitoxique du sang des animaux vaccinés contre le venin de vipère. C. R. Soc. Biologie. 46, 10 février, pp. 111-113.

 

Phisalix C. et Bertrand G. 1894. Sur la propriété antitoxique du sang des animaux vaccinés contre le venin de vipère. C. R. Acad. Sciences, 118, 12 février, pp.356-358.

 

Phisalix-Picot M. 1900. Recherches embryologiques, histologiques et physiologiques sur les glandes à venin de la Salamandre terrestre.Thèse de médecine. 140 p. 7 planches.

 

Phisalix M. 1922. Animaux venimeux et venins. La fonction venimeuse chez tous les animaux : les appareils venimeux, les venins et leurs propriétés ; les fonctions et usages des venins ; l’envenimation et son traitement. Masson Ed., 2 volumes ; 653 pages + 854 pages ; planches couleurs et noir et blanc.

 

Phisalix M. 1940. Vipères de France. Editions Stock. 228 pages.

 

Rollinat R. 1937. La vie des Reptiles de la France centrale. Libr. Delagrave. 343 p.

        

Professeur Claude-Roland MARCHAND

Membre correspondant, Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Besançon

26 septembre 2011.

 

Ajout du 12 décembre 2016

 

Un lecteur, M. Christian Agnus nous communique la photo d'une chapelle qu'il a découverte dans le cimetière des Chaprais à Besançon. Dans cette chapelle, une épitaphe : "cette chapelle, hommage de pieuse reconnaissance est érigée par les soins du Docteur Phisalix et de Mlle Anna Maire 1895".

 

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Clichés © Christian Agnus

 

Mais qui est cette mystérieuse personne Anna Maire qui a contribué aux côtés du Dr Phisalix à l'érection de cette chapelle ?

Claude Roland Marchand a contacté Christophe Cupillard, le conservateur du petit musée PHISALIX de Mouthier-Hautepierre qui lui a appris que  Anna Maire, artiste, sculptrice (1828-1906) était la marraine de Césaire Phisalix (1852-1906). En fait "Anna Maire" est un pseudonyme et que son nom véritable  était Anne Ferret.

Christian Agnus nous a adressé des photographies des deux personnages prises en 1893 par Henri d'Orival de Besançon au château de Lavigny appartenant à la famille Mareschal de Longeville.

 

Un grand merci à tous ces informateurs.

 

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16/01/2013

Pierre Frankhauser nommé à l’Institut universitaire de France

Pierre Frankhauser nommé

à l’Institut universitaire de France


L’Institut universitaire de France est un institut sans murs qui a pour mission de favoriser le développement de la recherche de haut niveau dans les universités et de renforcer l’interdisciplinarité.

 

Les enseignants-chercheurs nommés à l’Institut universitaire de France sont distingués pour l’excellence de leur activité scientifique, attestée par leur rayonnement international. Ils sont nommés pour une durée de cinq ans et bénéficient d’une décharge de cours ainsi que d’un crédit de recherche. Ils restent affectés à leur établissement.

 

Les recherches de Pierre Frankhauser portent sur l’étude des tissus urbains et périurbains et de leur émergence. L’organisation spatiale des tissus urbains est étudiée à travers différentes méthodes d’analyses basées sur la géométrie fractale.

 

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Pierre Frankhauser développe également des recherches sur les processus socio-économiques qui contribuent à l’émergence des formes urbaines. Des études sur les trajectoires résidentielles contribuent à mieux comprendre les dynamiques à l’oeuvre et à modéliser le processus du choix résidentiel.

 

Au final, les résultats obtenus permettent le développement d’outils d’aide à la décision basés sur une approche multi-échelle dans le but de développer une stratégie d’aménagement urbain durable.

30/12/2012

L'horloge de la gare Besançon-Franche-Comté TGV

Horloge-Besançon-TGV-logo.jpgL'horloge de la gare Besançon-Franche-Comté TGV

 

 par André Guyard

(Mise à jour du 23 juillet 2014)

 

Une fierté pour Besançon : la gare TGV de la capitale de la précision s'offre une œuvre horlogère monumentale, entièrement conçue et réalisée par des laboratoires de l'Université de Franche-Comté.

« La Matrice », c'est ainsi que Philippe Lebru, dirigeant de la société UTINAM à Besançon, a baptisé l'horloge qu'il a créée pour la nouvelle gare TGV Besançon / Franche-Comté. En empruntant la salle des pas perdus, les voyageurs ne manqueront pas de saluer cette œuvre colossale, symbole de la tradition horlogère de la capitale comtoise.

La symbolique d'un cœur qui bat pilotée par l'Institut Pierre Vernier (IPV).

Nul ne le contestera, La Matrice en impose ! Tout d'abord par le gigantisme de son mouvement. L'objet témoigne en effet de proportions impressionnantes : le pendule mesure 6,23 m de haut ; les roues, de 1 à 3 m de diamètre, sont au nombre de quatre : roue d'heure, de minute, roues et pignon de friction ; la masse de l'ensemble est estimée à la bagatelle de 5,5 t ! Sa réalisation aussi est une véritable prouesse technico-artistique et combine mouvements circulaire, pendulaire et vertical.

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L'œuvre monumentale domine la Salle des Pas Perdus

pour émerger au premier étage

 

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«II s'agit peut-être de la plus grande oeuvre au monde liée à la mesure du temps, à l'intersection  des savoir-faire de la région » explique Philippe Lebru. Elle représente l'excellence dans les domaines du ferroviaire, de la tradition horlogère et de la mécanique, la réalisation ayant fait appel à quasiment tous les métiers de cette dernière spécialité : découpage laser et jet d'eau, emboutissage, polissage, usinage, tournage, fraisage, montage aérien (acrobate), réglage, ajustage, mécanique de précision, ingénierie BE, automatisme... « L'heure prend une dimension transportée, son écrin est la gare » reprend son créateur.

Un ouvrage commandé par la Ville de Besançon, qui doit sa naissance à l'exemplarité du mécénat privé exclusivement franc-comtois, au concours de la Fondation du patrimoine et à la mobilisation d'une dizaine de sous-traitants, là encore francs-comtois. "La Matrice" ou "horloge mère" symbolise l'origine du temps. Sa fonction consiste à donner vie à la rotation des roues : l'action du mouvement du balancier est maître. Il dirige l'échappement, appelé aussi "cœur de l'horloge", la lumière, le son...

L'échappement, par son rythme stable, fournit les impulsions nécessaires au fonctionnement du système. Quant à la source d'énergie de l'horloge, elle provient symboliquement d'un rotor de TGV de 400 kg, originaire de l'usine Alstom d'Ornans, greffé sur l'ensemble. Symboliquement, car tous les mouvements sont animés de manière fictive ! Les horloges du  réseau ferroviaire sont réellement administrées par le système de gestion de l'heure de l'entreprise Bodet, qui contrôle de la même façon les autres gares de France. À Besançon, le châssis de "La Matrice", charpente porteuse de l'horloge mère, sera intégré à même la structure de la gare. Le pilotage de la mise en route du balancier de 1 m de diamètre et l'entretien de son mouvement ont été confiés à l'IPV. « Un défi de taille lié à la synchronisation de la roue d'échappement de 1,44 m de diamètre et de son ancre » assure Olivier Lehmann, ingénieur et chef de projet en charge de la définition du système de pilotage permettant de simuler l'opération du remontoir, autrefois assurée par la descente d'un contrepoids que l'on remontait périodiquement et manuellement.



Pour animer le mouvement, double-cliquer sur l'image

 

Source : Revue commune de l'Université de Franche-Comté et de l'Université de Neuchâtel: "En Direct"

 

Ajout du 23 juillet 2014

Le savoir-faire de l'entreprise comtoise s'exporte au Japon !

15/12/2012

Gérard Bailly, bienfaiteur du contribuable jurassien

 Gérard Bailly, bienfaiteur du contribuable jurassien

Gérard Bailly, bienfaiteur du contribuable jurassien


"Dans un courrier adressé au préfet du Jura, Gérard Bailly s’est ému des moyens engagés pour la récente capture d’un lynx en Petite montagne. « Trois jours plus tard, la presse nous faisait part des difficultés financières dans nos hôpitaux (...). Vous comprendrez dès lors mon exaspération à savoir combien la société dépense pour un lynx amaigri (NDLB : comprendre condamné, presque mort) qui sera relâché pour continuer ses dégâts en dévorant du jeune gibier (NDLB : Gérard Bailly confond chevreuil adulte et faon, la mort de Bambi faisant plus pleurer dans les chaumières) et peut-être des moutons (...). Monsieur le préfet, je pense que vous ne procèderez pas à la remise en liberté de cet animal dans un lieu tenu confidentiel comme l’avait fait un de vos prédécesseurs », a exhorté le sénateur du Jura."

Cumulard : "personne qui cumule les emplois, fonctions, salaires."

 

Mais pas seulement sénateur du Jura, Gérard Bailly est aussi...

 

- Conseiller général du canton de Clairvaux-les-lacs,
- Conseiller municipal, adjoint au maire d’Uxelles,
- Président de la Communauté de communes du pays des lacs,
- Vice-président du Syndicat mixte D’énergies, d’Equipements et de @-Communication du Jura (SIDEC).
- j'en ignore peut-être encore d'autres...

 

Le même SIDEC qui a été épinglé par la chambre régionale des comptes pour :

 

  • "les statuts restent très imprécis sur les contours des missions du SIDEC"
  • "prestations de mandat indûment facturées aux communes"
  • "un nombre anormalement élevé d'irrégularités comptables portant sur des montants significatifs. L'importance de ces irrégularités affecte la sincérité des comptes du SIDEC"
  • "une forte augmentation des frais de fonctionnement"
  • "la Chambre observe le caractère irrégulier des écritures relatives au rattachement des charges qui portent sur des montants élévés"
  • "des charges de fonctionnement qui connaissent une croissance importante"
  • "les frais de personnels supplémentaires ne sont pas compensés par les honoraires perçus en raison des nouvelles missions"
  • "la Chambre observe une augmentation des dépenses de restauration jusqu'en 2009 et appelle le SIDEC à la modération"
  • sur la fiabilité des comptes : "toutes ces irrégularités affectent considérablement la fiabilité et la transparence des comptes du SIDEC. Elles brouillent la lecture du résulat et complexifient l'analyse de la situation financière de l'établissement"

 

Gérard Bailly a aussi été membre du CA de APRR (Autoroutes Paris-Rhon-Rhône) au moment où l'APRR a demandé 30 millions d'euros au Conseil Général du Jura ... dont Gérard Bailly faisait partie.  Héhéhé, on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Et toujours à propos de pognon public : Dans une question écrite (12/2010), Gérard Bailly demandait au ministre de l’intérieur « Il (NDLB: Gérard Bailly) souhaiterait donc savoir s’il (NDLB : le ministre de l’intérieur) envisage d’assouplir les règles en vigueur afin de permettre de concilier l’exigence de transparence et la simplification des remboursements des frais de déplacements des élus, avec la réalité du rythme des réunions et de l’organisation des collectivités locales. Il l’interroge sur la possibilité, pour les cas cités plus haut, de faire approuver les déplacements par la commission permanente postérieurement à la réunion. », héhéhé. (Question & Réponse ici)

 

Je ne sais pas vous, mais la situation de Gérard Bailly dans le Jura ressemble étrangement à celle d'Augustin Bonrepaux (mis en examen) en Ariège...

 

Réaction du Centre ATHENAS

 

"Gérard Bailly, sénateur lobbyiste cumulard et menteur"

 


Décidément plus à une énormité près, le sénateur Gérard BAILLY (1) se plaint dans une lettre ouverte au Préfet du Jura des moyens mis en œuvre pour la capture du lynx d’Arinthod.

 

Toutes les opérations ont été menées bénévolement, hors horaires de travail et uniquement sur des fonds associatifs privés.

 

Quand bien même ces dépenses seraient subventionnées, leur montant est de moitié inférieur aux revenus mensuels du sénateur cumulard et anti-prédateurs. Nous l’invitons donc à reverser certaines de ses nombreuses gratifications afin de contribuer à l’amélioration des finances des hôpitaux, dont la situation lui fait verser des larmes de crocodile.

 

Quant aux lynx relâchés par ATHÉNAS, aucun d’entre eux n’a occasionné de dégâts à des élevages domestiques, ce qu’on ne peut dire des nombreux chiens divaguants qui chaque année occasionnent des dizaines de morts d’ovins dans le Jura.

 

(1) Gérard Bailly a voté un amendement supprimant deux dispositions votées à l'unanimité par la Commission Mixte Paritaire et qui n'autorisaient plus les cumulards, tels que lui, percevant plus de 8.300 euros mensuels - merci au contribuable jurassien - à reverser le supplément d'indemnité qu'ils ne pouvaient toucher.

 

 

 

Gérard Bailly dénonce le cout du lynx pour le contribuable jurassien
Gérard Bailly dénonce le coût du lynx pour le contribuable jurassien

 


Gérard Bailly n'arrête jamais...

 

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Cliquez sur l'image pour l'agrandir

08/12/2012

À l'image du Doubs

À l'image du Doubs

 

Il reste quelques exemplaires du livre de Michel Cottet et de Dominique Delfino : "À l'image du Doubs" Ces quelques exemplaires sont disponibles au prix de 35 euros (hors frais d'envoi) à l'adresse ci-dessous :

 

Michel COTTET
éco-interprète
4, rue de la source
25640 Pouligney
03 81 55 56 27
09 71 21 05 47

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04/11/2012

guide technique sur l'intégration d'éléments pour la biodiversité dans la gestion du bâti.

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Guide technique sur l'intégration d'éléments pour la biodiversité dans la gestion du bâti.

 

La LPO Isère vient de réaliser un guide technique sur l'intégration d'éléments pour la biodiversité dans la gestion du bâti.

Cet outil très complet est le premier du genre et il est surtout consultable gratuitement et de manière interactive ici :

http://rhone-alpes.lpo.fr/bati/

À consulter et diffuser largement bien entendu !!

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29/09/2012

Naissance de la fondation “Maison Pasteur”

louis pasteur,maison pasteurNaissance de la fondation “Maison Pasteur”

 

Le 14 septembre à Arbois, les vendanges exceptionnelles au Clos de Rosières, vigne historique de Louis Pasteur ont été l’occasion d’annoncer la naissance de la fondation “Maison Pasteur” en présence de nombreuses personnalités de la communauté scientifique dont Jean-François Bach et Catherine Brechignac, secrétaires perpétuels de l’Académie des Sciences, Jean-Robert Pitte, éminent géographe, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques et Président de la mission française du patrimoine et des cultures alimentaires, Jean Saleçon, ancien Président de l’Académie des Sciences ou encore Gérard Orth, membre de l’Académie des Sciences et de l’Institut Pasteur, virologue. Missions de la Fondation “Maison Pasteur” et opérations “Terre de Pasteur

 

La Fondation “Maison Louis Pasteur” aura pour mission, en collaboration avec la Bibliothèque Nationale de France, d’inscrire les archives scientifiques de Pasteur à l’Unesco dans le programme “Mémoire du Monde” et de créer un Mémorial Louis-Pasteur, lieu dédié à l’enseignement de la science aux enfants. Le premier conseil d’administration de la fondation s’est tenu sur le domaine Henri Maire à Arbois. Il est composé de six membres de l’Académie des sciences – dont les deux Secrétaires perpétuels, un ancien Président et trois scientifiques de l’Institut Pasteur – et des représentants des collectivités territoriales du Jura (dont Arbois et Dole).

 

Enfin, en décembre 2012, le “mois Pasteur” permettra de célébrer le grand savant, élu à l’Académie des sciences le 8 décembre 1862. Au début des années 1860, Pasteur avait étendu ses recherches du domaine de la physique et de la chimie à celui de la biologie, multipliant les découvertes sur les germes, la pasteurisation, la vaccination… Le 27 décembre, jour du 190e  anniversaire de la naissance de Pasteur, un hommage tout particulier lui sera rendu, à Arbois comme à Dole. À cette occasion, la Fondation “Maison de Louis Pasteur” et ses partenaires lèveront le voile sur le programme des opérations “Terre de Pasteur” en 2013. Arbois et Dole, unies dans le projet Pasteur.

 

À Arbois, il est question du rachat de la maison Vercel faisant face à la maison Pasteur (qui doit maintenant être rénovée) afin d’étendre le musée Pasteur et de créer un nouveau pôle d’exposition et d’événements culturels. Cette nouvelle dimension touristique est aussi accompagnée d’un axe scientifique (biologie végétale, étude des cépages…) et pédagogique.

 

À Dole, l’avenir des Ateliers Pasteur semble prometteur avec une nouvelle dynamique autour de la formation des enseignants et de la culture scientifique. Comme l’a indiqué Jean-François Bach, “l’histoire des sciences est capitale pour capter l’attention des enfants et Pasteur en est son digne représentant”. Il s’agit là d’un projet d’ampleur locale, nationale et même internationale. Les Dolois et les Arboisiens sont unis dans ce projet.

 

A.S. GIRARD Pays Dolois, n° 142, octobre 2012

 

louis pasteur,maison pasteur

18/09/2012

L’ONF monnaie des tueries de cerfs en plein brame


Aspas-logo.pngL’ONF monnaie des tueries de cerfs

en plein brame

et chasse le public !

L’Office National des Forêts (ONF) confisque les forêts d’État aux citoyens lambda afin d’offrir les plus beaux cerfs à quelques chasseurs privilégiés. En effet, pour cacher cette pratique aussi honteuse et néfaste que lucrative, l’Office interdit aux non-chasseurs le plaisir d’assister au brame, et par la même occasion, aux ramasseurs de champignons de profiter de la fonge sylvestre. Inadmissible pour un établissement censé être public, mais qui l’est de moins en moins !

De plus en plus de forêts domaniales sont fermées au public de la mi-septembre à la mi-octobre, en pleine période de brame, afin de vendre à des chasseurs les cerfs aux ramures les plus développées. Il est si facile d’approcher les cerfs totalement affairés à leurs amours démonstratives. En effet, lors de cette période absolument magique pour les amoureux des forêts, les grands mâles changent de comportement, tout absorbés à attirer les biches en les ralliant à leur brame (1). C'est d’ailleurs une période très éprouvante physiquement pour eux : ils ne mangent presque rien et n'ont pas de répit, épuisés par les combats, les accouplements et la surveillance de leur harde...

Pourtant c’est à cette période que chaque année, les plus beaux cerfs sont sacrifiés, contre monnaie sonnante et trébuchante, à quelques riches amateurs de trophées prestigieux. On est là bien loin d’une quelconque chasse de régulation, mais bien face à une déviance de plus en plus marquée de la chasse aux trophées et à une scandaleuse vente du patrimoine naturel des Français par une officine d’État (2) qui remplit de moins en moins son rôle de gestionnaire du patrimoine forestier national.

Cette chasse est doublement néfaste aux animaux. Elle se pratique dans la période de reproduction, particulièrement délicate chez les cervidés : une femelle n’est en chaleur que quelques heures et la perturbation de leur rassemblement compromet gravement les chances de perpétuation de l’espèce. De plus, cette chasse agit exactement à l’inverse de la sélection naturelle : elle élimine les spécimens en meilleure santé, appauvrissant ainsi le potentiel génétique des cervidés et mettant à mal la santé de leurs populations.

L’ONF semble bien peu fier de cette façon de faire. Aussi, pour permettre ce commerce, il interdit aux promeneurs, ramasseurs de champignons, naturalistes et autres amoureux de la nature de pénétrer, un mois durant, dans quelques-unes des plus belles forêts d’État.

L’ASPAS reçoit de plus en plus d’appels et de courriers d’usagers des forêts qui se voient exclus de leurs sites préférés, transformés en chasse privée, comme en forêt domaniale de Grésigne (Tarn) où l’interdiction court du 15 septembre au 15 octobre (voir la photo en pièce jointe).

L’ASPAS en appelle aux ministères de tutelle de l’ONF (ministère de l’Agriculture et ministère de l’Écologie) pour que ces chasses cessent, que les promeneurs puissent jouir de l’automne en forêt et pour que les beaux cerfs puissent se reproduire en paix afin d’assurer les générations à venir.

Le drame du cerf, c’est l’ONF !


(1) Le brame est le cri rauque que poussent les cerfs afin d’attirer à eux les biches lors de la période des amours qui va de début septembre à mi octobre selon les massifs.


(2) L’ONF est un EPIC (Établissement Public à caractère Industriel et Commercial)


Contact presse:
Pierre Athanaze, Président de l’ASPAS : tél. 06 08 18 54 55


Association pour la Protection des Animaux Sauvages - www.aspas-nature.org


Membre du Bureau Européen de l’Environnement - Bruxelles


B.P. 505 - 26401 CREST Cedex - France Tel. 04 75 25 10 00 - Fax. 04 75 76 77 58 - info@aspas-nature.org


Association reconnue d’utilité publique par arrêté préfectoral du 11 décembre 2008 (JORF n°0067 du 20/03/09)


Association 100% indépendante

03/09/2012

Truites de la Loue : tableau de Courbet

Truites de la Loue :

tableau de Courbet

 

Courrier des lecteurs publié récemment dans l'Est républicain et diffusé sur twitter par le blogueur Bisonteint. Le voici : http://twitpic.com/aoud8l

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31/07/2012

Charles Beauquier, l'homme qui protégeait la nature

Charles-Beauquier.jpgCharles Beauquier,

l'homme qui protégeait la nature

 

Loi Beauquier : la protection des paysages


· L’homme politique


"Oublié de la République" selon Jean-Louis Debré, Charles Beauquier compte parmi les hommes politiques français ayant exercé une certaine influence sous la IIIe République. Il est successivement sous-préfet de Pontarlier (1870 à 1871), entre au Conseil général du Doubs en 1871 et devient conseiller municipal de Besançon en 1873. Le 25 avril 1880, il est élu député du Doubs et occupa cette fonction jusqu’en 1914.

 

· L’homme de culture

 

Diplômé de l’École de Droit à Paris et de l’École des Chartes en 1857, son attention se porte d’abord sur la critique musicale et les traditions populaires. Parallèlement à sa carrière politique, il s’adonne au journalisme en fondant des journaux comme Le Doubs (1868) ou La Fraternité (1875). Il est également rédacteur en chef, à Besançon, du Républicain de l’Est (1871). Homme de culture et d’héritage, ethnologue avant l’heure, on lui doit de nombreux ouvrages sur la musique et sur le patrimoine et le folklore comtois, qui font encore autorité. Engagé pour la préservation de la nature, il est l’un des fondateurs de la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France. Porteur d’un nouveau rapport au paysage, cet engagement donne lieu à la loi du 21 avril 1906, première loi de protection de l’environnement, dite loi Beauquier.

 

· L’élaboration de la loi Beauquier

 

De 1901 à 1906 Marqué par la notion de pittoresque, le XIXe siècle considère le paysage comme patrimoine culturel relevant d’intérêts artistiques, géologiques ou historiques. Dans un contexte de progrès scientifiques et industriels, Charles Beauquier propose le 23 mars 1901 à la Chambre des députés une première proposition de loi "ayant pour objet la protection des sites pittoresques". Opposant farouche à l’industrialisation, Beauquier accuse l’État de "laisser commettre des actes de vandalismes dans nos musées naturels, dans cette splendide collection de sites pittoresques que renferme la France ! Étrange contradiction ! L’État veillera avec un soin religieux sur un tableau de maître qui représentera un paysage et il en laissera détruire, sans s’émouvoir, le magnifique et irréparable original !".

 

Parallèlement à cette proposition de loi, son confrère Louis Dubuisson, député du Finistère, présente le 17 mai 1901 un autre projet de loi sur le même thème.

 

Le 5 février 1903, Beauquier et de nombreux députés, tels que Ferdinand Buisson, Jaurès, Georges Leygues, Poincaré, Marcel Sembat, proposent une deuxième loi beaucoup plus courte. Malgré la création de la Société pour la protection des paysages de France en 1901, la deuxième révolution industrielle s’oppose plus que jamais à la préservation de la beauté des paysages. À ce titre, Beauquier attire l’attention de la Chambre des députés sur l’urgence d’une législation "car dans toutes les parties de la France on arrache des arbres, on brise des rochers, on capte des torrents, on couvre les campagnes d’affiches et de réclames et l’on saccage des sites merveilleux, consacrés par l’admiration des poètes, des artistes et des foules".

 

Il faut attendre 1906 pour que le texte soit adopté par la Chambre des députés. Le débat du 27 mars 1906 au Sénat permet au rapporteur, Maurice Faure, d’attribuer la paternité de la loi à Charles Beauquier et à Louis Dubuisson. D’après lui, il donne une résonance patriotique marquée à cette loi, qui a pour but de "protéger ces richesses vraiment nationales contre l’effet destructeur du temps et contre le vandalisme des hommes, peut-être plus destructeur encore". L’alignement est marqué sur la législation en matière de monuments historiques, sauf sur l’aspect financier : "Il n’est prévu, au point de vue financier, aucune participation de l’État. Notre loi est très franchement décentralisatrice".

 

La loi de protection des paysages est définitivement adoptée le 21 avril 1906, décidant de la création "d’une commission des sites et monuments naturels de caractère artistique" dans chaque département. La commission se chargera de dresser "une liste des propriétés foncières dans la conservation peut avoir, au point de vue artistique ou pittoresque, un intérêt général" ; le classement n’est décidé que si le propriétaire donne son accord. Le Doubs est, semble-t-il, l’un des premiers départements à l’avoir mise en œuvre, en 1912.

 

Les premiers classements dans le Doubs

(Source : Archives départementales du Doubs, 4T 51 et 52.)

 

La commission des sites se réunit pour la première fois dès le 12 décembre 1906. Charles Beauquier assiste à ses séances de travail jusqu’à son décès en 1916.

 

Sur la base d’une liste établie dès 1906 par l’ingénieur ordinaire des Ponts-et-Chaussées, les sites suivants, essentiellement des grottes, glacières, cascades ou sources, sont classés en 1912.

 

Le 2 mai 1912 :

 

- Source du Lison, creux Billard et grotte Sarrazine (Nans-sous-Sainte-Anne) ;

- Pont du Diable (Sainte-Anne et Crouzet-Migette) ;

- grottes d’Osselle (Rozet-Fluans) ;

- grottes de Plaisirfontaine (Bonnevaux) ;

- cascades du Bout-du-Monde (Beure) ;

- sources d’Arcier, propriété de la Ville de Besançon.

 

Le 23 mai 1912 :

 

- pont Sarrazin de Vandoncourt ;

- ruisseau et vallée de Fontaine-Ronde à Touillon-et-Loutelet, Montperreux et Les Hôpitaux-Vieux ;

- grottes et château de la Roche à Saint-Hippolyte ;

- rocher dit « Dames des Entreportes » à Pierrefontaine ;

- théâtre romain de Mandeure ;

- saut du Doubs et col des Roches à Lac-ou-Villers [Villers-le-Lac] ;

- cascades du Doubs à Fourcatier-et-Maison-Neuve ;

- gorges du Remonot à Les Combes ;

- grottes de Chenecey-Buillon ;

- glacière de Chaux-lès-Passavant ;

- grottes de la Baume à Bournois.

 

Au cours de l'année 2012, une série de manifestations a salué sa mémoire.

 

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27/07/2012

Controverse acide sur les cellules souches

Cellules-souches-200.jpgControverse acide sur les cellules souches

 

 

Un article paru dans la revue "Sciences & Vie" de mai 2014 fait état de l'obtention de cellules souches par choc acide à la suite de travaux d'une équipe japonaise, résultats publiés dans "Nature" de janvier 2014. (Nature 01/2014; 505(7485):641-7.)

 

Dans "Pour la Science" en ligne (avril 2014), un article de Yvan Pandelé[1] fait le point sur cette publication. Ci-dessous la publication in extenso de cet article.

 

La récente découverte d’une méthode pour fabriquer des cellules souches par choc acide a suscité l’enthousiasme de la communauté scientifique. Avant d’être gravement mise en doute...

La nouvelle avait fait grand bruit. En janvier dernier, des chercheurs japonais et américains annonçaient avoir réussi à transformer des cellules de souris adultes en cellules souches par une nouvelle méthode : la soumission à un choc acide. Nommées STAP (Stimulus-triggered acquisition of pluripotency), les cellules souches obtenues seraient pluripotentes, c'est-à-dire capables de se différencier en de nombreux types cellulaires une fois réinjectées chez l’embryon.

Assez vite cependant, les publications concernées  – un article et une lettre parues dans la revue Nature le 30 janvier dernier – ont suscité des doutes. Des chercheurs ont pointé des détails problématiques : incohérence méthodologique, images modifiées ou reprises de la thèse de doctorat du premier auteur… Des observations qui, mises bout à bout, commençaient à faire désordre.

Plus grave, aucune équipe de recherche n’est jusqu’à présent parvenue à répliquer les résultats. On s’est également aperçu que les cellules STAP produites ne provenaient pas de la souche de souris mentionnée dans l’article, mais de deux autres souches. Sur son blog de recherche, Paul Knoepfler, spécialiste des cellules pluripotentes à l’Université de Californie à Davis, a publié une série de sondages informels qui semblent indiquer un scepticisme croissant au sujet de l’existence des cellules STAP. 

Une découverte prometteuse

La méthode découverte par Haruko Obokata et ses collègues semblait pourtant très prometteuse, combinant une technique simple – modifier l’acidité du milieu de culture – et des résultats encourageants. En effet, les cellules STAP présenteraient un potentiel de différenciation encore supérieur aux cellules pluripotentes induites (IPS) obtenues par reprogrammation génétique, récompensées par un prix Nobel de médecine en 2012. Les enjeux sont forts : la thérapie cellulaire à base de cellules souches permettra peut-être de traiter de nombreuses maladies, en remplaçant les tissus ou les organes lésés.

Certains des auteurs impliqués dans la découverte des cellules STAP se sont exprimés publiquement. Teruhiko Wakayama, chercheur à l’Université de Yamanashi, s’est prononcé en faveur d’un retrait des articles : le 10 mars dernier, il déclarait avoir perdu confiance dans le travail effectué et préférer approfondir les recherches en vue d’une éventuelle republication. Charles Vacanti, auteur sénior et chercheur à la Faculté de médecine de Harvard, continue pour sa part de défendre la validité de l’étude. Le 20 mars dernier, il mettait à la disposition de la communauté une version détaillée du protocole employé, afin de faciliter d’éventuelles réplications.

Des accusations de fraude

Mais les critiques se focalisent surtout sur le premier auteur, Haruko Obokata, une jeune biologiste (30 ans) responsable d’équipe au Riken, un prestigieux institut de recherche japonais. À la suite des suspicions émises, le Riken a rapidement lancé une enquête interne. Les conclusions, parues à la fin du mois de mars, sont sévères vis-à-vis de Haruko Obokata, qui se voit accusée d’avoir manipulé volontairement certaines données annexes, se rendant coupable de fraude scientifique (scientific misconduct). Dans une conclusion au vitriol, les rapporteurs estiment le protocole expérimental difficile à suivre – donc à reproduire – et vont jusqu’à déplorer « le manque total d’intégrité et d’humilité » de la chercheuse.

Violemment mise en cause par son propre institut et au centre d’un ouragan médiatique, Haruko Obokata a répliqué mercredi 9 avril dans une conférence de presse. Visiblement très éprouvée, elle s’est excusée pour les erreurs commises, mais plaide la bonne foi et maintient la validité des résultats de son équipe. « Le phénomène des cellules STAP est une réalité que j'ai vérifiée à plus de 200 reprises », affirme-t-elle, ajoutant que le protocole a été répliqué par une tierce personne. Le Riken a confirmé cette dernière information tout en minimisant les résultats obtenus, affirmant qu’ils ne constituaient pas une réplication complète. Le chercheur en question, également membre de l'institut japonais, semble vouloir conserver l’anonymat. Jusqu’à ce que ses résultats soient confirmés ?

Un retrait des articles ?

La question de l’existence des cellules STAP reste donc ouverte. Pour l’heure, la revue Nature n’a pas annoncé de retrait des publications mises en cause, et continue de couvrir l’affaire sur son blog d’actualité. Quant aux réactions des institutions de recherche, elles sont contrastées. Si le Riken a joué la transparence et a mis beaucoup d’ardeur à se désolidariser de H. Obokata, l’Université Harvard est pour sa part restée silencieuse. Toujours est-il qu’en l’absence de demande de retrait de la part des institutions scientifiques ou des principaux auteurs, les publications restent, jusqu’à nouvel ordre, valides.

Ces dernières années, on observe une augmentation du nombre de rétractations d’articles scientifiques. Une revue conduite en 2012 sur la base PubMed, qui référence un très grand nombre d’articles dans le champ biomédical, a montré que les deux tiers des rétractations étaient dues à des cas de fraude scientifique, c'est-à-dire du plagiat (ou auto-plagiat) ou de la manipulation volontaire de données. Cette hausse pourrait toutefois révéler, plutôt qu’une intensification des mauvaises pratiques, une plus grande sensibilité du système de détection.

En cas de fraude avérée, le scandale est généralement à la mesure des espoirs suscités. En 2005, dans un article publié dans Science, une équipe de recherche coréenne avait affirmé avoir créé des cellules souches embryonnaires à partir de clones humains… Las, la découverte s’était révélée factice et l’article avait été retiré dans un scandale retentissant. Espérons que l’affaire des cellules STAP ne connaîtra pas la même issue.

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© Haruko Obokata

 

Cette figure, qui présente le résultat d'une électrophorèse sur gel, a été falsifiée (le couloir 3 correspond à un gel différent des autres couloirs). Il s'agit d'un des deux cas de fraude scientifique identifiés par l'institut de recherche où travaille Haruko Obokata.

 

Pour en savoir plus

M.-N. Cordonnier, Des cellules souches produites par choc acidePour la Science, en ligne le 8 février 2014.

H. Obokata et al.Stimulus-triggered fate conversion of somatic cells into pluripotencyNature, vol. 505, pp. 641-647, 30 janvier 2014.

H. Obokata et al.Bidirectional developmental potential in reprogrammed cells with acquired pluripotencyNature, vol. 505, pp. 676-680, 30 janvier 2014.

F. C. Fang et al., Misconduct accounts for the majority of retracted scientific publicationsPNAS, 109(42), 2012.

D. Fanelli, Why growing retractions are (mostly) a good signPLOS Medicine10(12), 2013.

 


[1] Yvan Pandelé est journaliste à Pour la Science.

23/07/2012

Kokopelli : Biodiversité sacrifiée sur l'autel de la productivité

La Biodiversité sacrifiée
sur l'autel de la productivité

La Cour de Justice de l'Union Européenne désavoue Kokopelli et son propre avocat général


Suite au jugement scandaleux de la Cour Européenne de Justice — qui prouve une fois de plus que ces institutions Européennes sont complètement corrompues et à la botte des banskters, du Cartel de la Chimie, des multinationales biocidaires et autres marionnettes politiques — certains amis de Kokopelli ont pensé qu'il était adéquat de relancer des énièmes pétitions pour la défense des semences libres.

(Pour plus de détails, voir l'article correspondant sur le site de Kokopelli.)

21/07/2012

Cellules souches : obtenir des neurones à partir de fibroblastes

01-Cellules souches.jpgObtenir des neurones

à partir de fibroblastes

 

Les cellules de l'organisme, y compris les neurones possèdent la même information génétique, mais elle n'est pas lue de la même façon selon le type cellulaire. On sait aujourd'hui agir sur cette lecture, notamment à l'aide de facteurs de transcription, des protéines qui se fixent sur l'ADN et régulent sa transcription en ARN. Grâce à un seul de ces facteurs, l'équipe de Karen Ring et Yadong Huan, de l'Université de Californie (San Francisco) a réussi à obtenir des réseaux de neurones à partir de fibroblastes humains et de souris.

 

Pour transformer les fibroblastes en d'autres cellules, on les place dans un milieu de culture adapté, qui recrée l'environnement physico-chimique des cellules qu'on cherche à obtenir, et l'on provoque la sur-expression des facteurs de transcription responsables de la différenciation visée.

Protocole-experimental.jpg

Protocole de l'expérimentation

 

Cette dernière opération consiste à faire produire en masse ces facteurs de transcription par la cellule. L'équipe de Y. Huang  et de Karen Ring n'en a utilisé qu'un seul, nommé Sox2. D'autres équipes avaient également obtenu des neurones, mais elles avaient fait appel à un nombre bien plus important de facteurs de transcription.

 

En quelques jours, les fibroblastes se sont transformés en cellules souches neurales induites (iNSCs). Celles-ci se sont divisées et se sont différenciées en astrocytes, oligodendrocytes et en neurones fonctionnels. En moins d'un mois, ces neurones se sont associés en réseaux.

 

Fibroblastes-neurones.jpg

Neurones issus de la transformation de fibroblastes

 

Pour vérifier que les cellules reprogrammées ne risquaient pas de dégénérer en cellules cancéreuses, l'équipe américiane les a greffées dans le cerveau d'une souris. Elles s'y sont intégrées sans causer de tumeur. Ainsi, par ce type de reprogrammation, les iNSCs auto-renouvelables et multipotentes sans potentiel tumorigène peuvent être générées directement à partir de fibroblastes. Ces cellules seront peut-être utiles dans la lutte contre les maladies neurodégénératives, telles celles d'Alzheimer et de Parkinson ; elles permettront de tester les médicaments élaborés.

 

Source :


K. King et al. (2012). - Direct Reprogramming of Mouse and Human Fibroblasts into Multipotent Neural Stem Cells with a Single Factor. Cell Stem Cell, 7 juin 2012.

04/06/2012

Ces Saprolegnia qui parasitent les poissons du Jura

poissons,maladies,pathologie des poissons,doubs,doubs-franco-suisse,montbéliardCes Saprolegnia qui parasitent les poissons du Jura

 

Les Saprolegnia qui parasitent les poissons des rivières du Jura français et du Jura suisse sont des organismes appartenant à l'ordre des Oomycètes (Voir l'article "Une unique souche de Saprolegnia parasitica parasite les poissons du Jura" dans ce même blog). Les oomycètes (Oomycota ou Oomycetes) représentent un phylum de protistes[1] filamenteux comprenant environ 500 espèces. Ce sont des organismes aquatiques non photosynthétiques qui ressemblent aux champignons mais les analyses phylogénétiques ont montré que les oomycètes sont éloignés des champignons[2].


Les Oomycètes


Les oomycètes sont communs dans l'eau, sur les déchets organiques et les cadavres des petits animaux. Certaines espèces vivent dans le sol en saprophytes sur les débris organiques. Plusieurs espèces sont des pathogènes majeurs de plantes, certaines espèces parasitent des animaux. La plupart des espèces de Saprolegnia sont des organismes saprophytes mais certaines espèces parasitent les poissons. Le genre Pythium comprend de nombreuses espèces parasites de plantes et quelques autres parasites d'animaux. Le genre Phytophtora est également responsable de maladies chez les végétaux sauvages et cultivés. Plasmopora viticola est l'agent du mildiou de la vigne.

 

Les oomycètes étaient autrefois classés dans les Mastigomycotina (maintenant Chytridiomycota, depuis la séparation des Mastigomycota), parmi les Mycota, avec lesquels ils partagent un certain nombre de caractères (cellules filamenteuses : hyphes, absence de chlorophylle, nutrition sur de la matière organique, ...). Mais ils présentent également de profondes divergences avec les mycètes (paroi cellulosique, noyaux diploïdes). Ils sont maintenant classés parmi les Straménopiles du fait de la présence de zoospores à deux flagelles poilus et de l'utilisation de laminarine comme substance de réserve.

 

Les Straménopiles

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Les Straménopiles [3] appartiennent à un vaste clade parmi les algues actuellement inclus dans la gamme Chromalveolata. Ils sont composés d'organismes dont la taille varie entre celles des diatomées unicellulaires et les algues géantes multicellulaires.

 

La définition et l'organisation des Straménopiles sont encore litigieuses. Au cours de leur cycle biologique, ils possèdent des éléments unicellulaires munis de deux flagelles. Ces zoospores biflagellées ou conidies sont caractéristiques de la multiplication végétative (asexuée). Les deux flagelles sont de longueur différente, l'un à l'avant de la cellule, et un autre attaché plus en arrière. Le flagelle antérieur se divise en trois branches minuscules (appelées mastigonèmes) qui courent latéralement le long de la cellule. Ce flagelle crée un courant d'eau qui se déplace vers l'avant de la cellule et apporte de la nourriture à la cellule. Le second flagelle inséré plus en arrière est lisse et décrit un mouvement de fouet. (En raison de ces flagelles, le groupe a été appelé les Hétérocontes = flagelles différents).

 

La plupart des Straménopiles possèdent des chloroplastes qui sont entourés de quatre membranes. Cette situation serait le résultat d'une endosymbiose secondaire, et plus précisément d'une ingestion d'une Rhodophyte unicellulaire par un autre Eucaryote. Les chloroplastes contiennent de la chlorophylle a et de la chlorophylle c et le plus souvent un pigment accessoire : la  fucoxanthine qui leur donne une couleur brun doré ou brun-vert (d'où leur ancien nom Chrysophyta ou algues brun doré.) Cette sorte d'inclusion leur vaut un autre nom : les Chromistes. Certains Straménopiles sont incolores (groupes Opalinata à Commation). Cette particularité s'explique de la façon suivante : soit, ils sont dérivés du groupe avant l'absorption des chloroplastes, soit,  ils ont perdu leurs chloroplastes plus tardivement.

 

Tous sont munis de mitochondries et se reproduisent par mitose.

 

Les Saprolegnia

 

Le genre Saprolegnia comprend des micro-organismes communs dans l'eau, sur les déchets organiques et les cadavres de petits animaux. La plupart des espèces sont des organismes saprophytes, mais certaines espèces sont pathogènes ou parasites :

 

  • provoquant des mycoses chez l'homme
  • ou des maladies chez l'animal :
    • taches blanches sur la peau et les branchies des poissons d'eau douces,
    • pourrissement des pontes d'écrevisses.
 
Chez les Saprolegnia, l'appareil végétatif abondant et ramifié forme comme une espèce de feutrage blanc. Il est de structure cénocytique. La membrane est cellulosique.
 

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Truites parasitées par Saprolegnia parasitica

(Clichés collectif LRC)

 
 

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(clichés DR)

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(clichés DR)

 

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La multiplication végétative s'effectue au moyen de zoosporanges situés à l'extrémité d'un filament du siphon dont ils s'isolent par formation d'une cloison transversale cellulosique. Par une déchirure du sommet s'échappent des zoospores de première génération, piriformes munies de deux flagelles antérieurs , qui nagent rapidement puis se fixent et s'entourent d'une membrane cellulosique. Après un certain temps, cette membrane se déchire et une nouvelle zoospore sort, rénifome, cette fois, et possédant deux flagelles latéraux (zoospore de seconde génération, qui se fixera et donnera naissance au mycélium.

 

La reproduction sexuée est une hétérogamétangie. L'oogone se forme généralement à l'extrémité d'un filament qui se renfle et s'isole par une membrane. L'oogone est plurinucléée et le protoplasme se sépare en plusieurs masses qui s'arrondissent pour donner les oosphères d'abord plurinucléées puis uninucléées par résorption des noyaux surnuméraires.

 

À l'extrémité d'un autre rameau, plus mince et situé souvent juste au-dessous de l'oogone se forme une anthéridie en massue qui s'isole par une cloison. Cette anthéridie est plurinucléée mais il ne se différencie pas d'anthérozoïdes mobiles. L'anthéridie vient s'appliquer contre l'oogone, perfore la membrane de celle-ci, pénètre à l'intérieur et se ramifie entre les oosphères, envoyant un rameau vers chacune d'elles, de sorte que les noyaux mâles peuvent aller féconder les oosphères entre lesquels ils se répartissent. Quant aux noyaux non utilisés, ils se résorbent et disparaissent. L'œuf formé s'entoure d'une épaisse membrane cellulosique et peut rester longtemps sans germer, attendant les conditions favorables. La germination s'effectue avec réduction chromatique. Le cycle est donc haplobiontique.

 

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(cliché DR)




[1] organismes unicellulaires

[2] La classification des Protistes a été récemment bouleversée par les études moléculaires qui ont confirmé de manière catégorique que les algues (précédemment dénommées Hétérocontes ou Chrysophytes) étaient liées à une variété de protistes et non d'algues, tels que les flagellés hétérotrophes bicosoecides et les oomycètes fongiques (Leipe et al, 1994). Le groupe a été officieusement baptisé ainsi par Patterson (1989) et a été fondé à l'époque sur des preuves cytologiques. Les flagelles pileux qui définissent ce groupe sont un sous-ensemble distinctif de flagelles rencontrés dans les protistes, et se distinguent en ayant une longue tige creuse qui donne lieu à un petit nombre de poils fins, et la structure entière s'insère dans la cellule par une région basale. Ces poils se rencontrent généralement sur les flagelles. Un certain nombre de Straménopiles sont supposés (opalines) ou reconnus (diatomées) d'avoir perdu leurs poils.

[3] Straménopiles signifie "cheveux en paille" qui s'explique par la forme trifurquée du flagelle. Ce nom moderne se substitue aux précédentes appellations : Chrysophytes, Hétérocontes et Chromistes).

02/06/2012

Saprolegnia parasitica : une unique souche parasite les poissons

poissons,maladies,pathologie des poissons,doubs,doubs-franco-suisse,montbéliardUne unique souche de Saprolegnia parasitica parasite les poissons du Jura


par André Guyard

(Dernière mise à jour : novembre 2012)


Une unique souche de Saprolegnia parasitica serait à l'origine de l'attaque des poissons des rivières jurassiennes : c'est la conclusion à laquelle est arrivé un laboratoire suisse.


Mandaté par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), le laboratoire neuchâtelois dirigé par le docteur Lassaâd Belbahri a mis en évidence une seule et même souche d’un agent pathogène, infestant les truites, ombres et loches du Doubs, de la Loue et de la Sorne. Un résultat qu’il faut probablement s’attendre à retrouver du côté de l’Ain et de la Bienne mais aussi de l’Areuse et de la Birse, en Suisse, où, les symptômes qui frappent le Doubs et la Loue depuis 2009 ont été relevés cette année.

 

Cet agent pathogène est un oomycète Saprolegnia parasitica, fréquent dans les piscicultures. Le voici maintenant envahissant nos rivières. Il s'agit d'un agent pathogène opportuniste qui s'attaque aux poissons soumis à des stress et/ou déjà affaiblis par des sources de pollution atteignant nos rivières. Autrefois classé parmi les champignons, les études phylogénétiques placent désormais cet organisme parmi les Straménopiles, un clade particulièrement compliqué rattaché aux Algues (voir l'article sur Saprolegnia dans ce même blog).

 

Une opinion partagée par le collectif SOS Loue et rivières comtoises : « La saprolégniose n’est qu’une cochonnerie de plus, une maladie qui achève des poissons déjà très faibles », avance Jean-Michel Blondeau, un membre fondateur. « Les éclusées (lâchers d’eau des barrages), l’ouverture hors crues des vannes de fond, les stations d’épuration inexistantes ou pas aux normes, les nitrates et phosphates présents dans des algues jamais analysées, voire certains alevinages. Un cocktail explosif. […] Reconnaissons notre responsabilité collective et agissons avant que ne survienne un problème de santé publique. »

 

Le laboratoire neuchâtelois établit que la souche de Saprolegnia a été introduite récemment et se caractérise par sa virulence des souches pathogènes déjà présentes dans les milieux observés. Mais son origine reste inconnue, probablement anthropique : lâchers de poissons d'élevage contaminés, contamination par les bottes d’un pêcheur, la coque d’une embarcation, l'utilisation de vifs contaminés comme appâts, introduction d’espèces exotiques, exploitations aquacoles… D'autres vecteurs de la contamination peuvent être soupçonnés comme les écrevisses américaines.

 

En effet, aux États-Unis, une écrevisse loge un tueur de grenouilles. Il s'agit également d'un champignon qui provoque la  chytridiomycose décimant les amphibienset qui est aussi hébergé par les écrevisses ! C'est ce que révèle Tegan McMahon, de l'université de Floride du Sud. Dans le Colorado et en Louisiane, près de 30 % de ces crustacés sont contaminés par Batrachochytrium dendrobatidis. Des expériences en laboratoire montrent que des spores du pathogène, déposées dans l'eau, se logent dans la paroi intestinale des écrevisses, d'où elles peuvent ensuite contaminer les grenouilles. Ces réservoirs biologiques expliqueraient la virulence et la persistance de l'infection, en partie responsable du déclin des amphibiens.

 

En définitive, on ne peut que recommander pour éviter la propagation de Saprolegnia à d’autres cours d’eau de procéder à la désinfection du matériel ayant été en contact avec les eaux contaminées avec une solution javellisée ou alcoolique.

 

Rappelons que, dès mai 2011, la préfecture du Doubs avait demandé au laboratoire vétérinaire de Poligny (Jura français) d'étudier le problème de la saprolégniose, une maladie qui se manifeste par l’apparition d’un champignon sur le corps du poisson et qui n’occasionne en général qu’une faible mortalité. Les conclusions du labo : « Les poissons présentent des lésions dues à des surinfections externes cutanées par des saprolegnia banales. Aucun autre agent pathogène n’a été trouvé en quantité suffisante ».


Selon le blog animé par Isabelle Brunnarius sur le site de France 3 Franche-Comté, la Bienne est également sévèrement touchée.


23 mars 2012


L’AAPPMA La Biennoise souhaite interdire la pêche sur 24 kilomètres, pour une durée indéterminée, à la suite de la forte mortalité de poissons découverte à la mi-mars dans cette rivière jurassienne. Sur son blog, le pêcheur jurassien précise que « les limites du secteur fermé à la pêche sont pour l’amont, la  confluence du Tacon avec la Bienne à St Claude et pour l’aval, la  confluence du Merdançon et la Bienne à Dortan« . Cette décision intervient alors que les analyses réalisées par l’ONEMA sur les poissons morts ne sont toujours pas connues. Aujourd’hui encore, Charles Varenne, le président de l’AAPPMA, récupère des poissons morts au bord de cette rivière. Et pourtant, selon l’association de pêche, des pêcheurs continuaient de pêcher et de manger leurs prises. La Biennoise veut également sauvegarder les truites encore bien portantes.

 

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La Bienne est également touchée

par cette mortalité pisciaire

 

15 novembre 2012


Daniel Berthet, le président de  la société de pêche de Morez, prépare méticuleusement les truites mortes prélevées la semaine dernière dans la Bienne. Ces prélèvements vont partir ce jeudi dans un laboratoire d’analyse de Valence dans la Drôme. Ces analyses révéleront peut-être le nom du produit toxique à l’origine de la mort d’au moins 300 truites la semaine dernière à Morez. Mais il se peut que plus de poissons soient morts car les fortes pluies de ces jours-là ont augmenté le débit de la Bienne ; des poissons ont pu être entraînés loin rapidement. Avantage de cette météo, la pollution a été diluée.

 

Le président de cette AAPPMA souhaite déposer plainte à la gendarmerie, mais, pour l’instant, les gendarmes n’ont pas voulu prendre sa plainte en expliquant qu’ils attendaient le procès-verbal de la police de l’eau, l’Onema. Mais Daniel Berthet ne s’avoue pas vaincu, il retournera à la gendarmerie pour tenter de déposer plainte. Les enquêtes sur les pollutions aquatiques aboutissent difficilement car il est compliqué de prouver l’origine du déversement.

 

Voir également dans ce même blog sur le même sujet :


 - État sanitaire de la faune halieutique du Dessoubre, de la Loue et du Lison

- La santé du Doubs mise à prix

- La Loue en avril 2011

- Mortalité des poissons dans le Doubs

- l'alerte lancée par Pascal P.

- Menaces sur le Doubs franco-suisse

- Proliférations algales dans la Haute vallée du Doubs

- Prolifération de Cyanobactéries dans la Loue

- Pathologie des poissons d'eau douce

- Ces Saprolegnia qui parasitent les poissons du Jura

01/06/2012

Enfouissement des déchets radioactifs

Enfouissement des déchets radioactifs

BURE : conférence exceptionnelle
(Mise à jour du 15/06/2012)


Après la conférence du 13 juin 2012
à LIGNY-EN-BARROIS, Salle Jean BARBIER

Corinne LEPAGE, députée européenne

et Michèle RIVASI, députée européenne,

ont questionné Bertrand THUILLIER, docteur ès sciences sur les considérables risques à court terme du projet CIGéo.


Vidéotransmission sur internet : le lien est publié sur le site d’Europe Ecologie – les Verts :  http://eelv.fr/


BURE : Corinne LEPAGE a dit NON  (ajout du 15/06/2012)

En introduction de la conférence de Bertrand THUILLIER, expert indépendant, sur “les considérables risques à court terme du projet CIGéo”, conférence suivie d’un riche débat, qui s’est prolongé jusqu’à 23 h 30, Sébastien GEORGES de l’Est-Républicain relate l’essentiel des propos de la Députée Européenne, qui peuvent être résumés par cette seule déclaration :
Je suis partisane de l’arrêt de cette solution (l’enfouisssement) au bénéfice d’une gestion en surface.”

Voir l’article :

http://www.villesurterre.com/images/stories/bure-120615-l...

Voir la dernière interview de Bertrand THUILLIER, par Pascal BAUDOIN de l’Est-Républicain,
une pleine page qui a fait l’effet d’une bombe, comme disent les journalistes, et qui a rempli la salle :

http://www.villesurterre.com/images/stories/bure-120613-b...

Les détails et les infos sur la prochaine mise en ligne de l’intégralité de la conférence et du débat :

http://www.villesurterre.com/index.php?option=com_content...

Au moment où l’ANDRA organise une suite de réunions dont l’ambition est de faire accepter la nécessité d’enfouir les déchets HA et MA-VL à 500 m dans le sous-sol de BURE, il est primordial d’organiser une conférence de très haut niveau pour expliquer les considérables risques à court terme du projet CIGéo, Centre Industriel de stockage géologique.
 
Les travaux de l’ingénieur indépendant Bertrand THUILLIER viennent de mettre au jour les nombreux problèmes, nuisances et risques liés aux transports, aux structures d’entreposage, aux rejets de gaz et de contaminants radioactifs, mais également les graves questions de sûreté avec les risques d’explosion et d’incendie, voire même un risque de réactions en chaîne nucléaire.

Le conférencier s’attardera sur la présence de l’hydrogène dégagé par les colis MAVL, et du bitume inflammable. S’ajoutent aussi les questions associées à la nécessité de l’enfouissement et aux notions de réversibilité et de récupérabilité des colis.
 
Pour être informé et débattre ensemble sur ce projet, nous ne pouvons pas attendre le Débat public de 2013.

Pour nous le vrai Débat public, c’est maintenant !


 

Contacts :

Michel GUERITTE – michel.gueritte@gmail.com

06 71 06 81 17
Irène GUNEPIN – gunepin.irene@wanadoo.fr

06 81 71 54 52
 
Détails sur
http://www.villesurterre.com/index.php?option=com_content...

Vous pouvez aussi poser vos questions à :
bertrand@villesurterre.com

03/04/2012

Abeilles: Le Cruiser OSR perturberait le système d'orientation des insectes

abeilles,cruiser osr,pesticides,mortalité des abeillesAbeilles : Cruiser OSR et Gaucho suspectés de perturber le système d'orientation des insectes

 

 (dernière mise à jour du 23 juillet 2014)

 

Pour la première fois, deux études, l'une française, l'autre britannique publiées toutes deux le 30 mars 2012 dans la revue scientifique américaine Science, démontrent les effets délétères des néonicotinoïdes, à faibles doses, sur les pollinisateurs dans des conditions naturelles. Ce qui expliquerait leur déclin, ces insecticides systémiques étant utilisés massivement dans l'agriculture. Elles montrent en effet que les néonicotinoïdes ont, à faible dose, des effets puissamment délétères sur les insectes pollinisateurs domestiques et sauvages. Introduits dans les années 1990, ces insecticides systémiques qui enrobent directement les semences sont les plus couramment utilisés en agriculture. Ils joueraient un rôle majeur dans la disparition de ces insectes, dont le déclin menace à terme les cultures de plantes à fleurs, et, bien sûr, la production de miel.

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 Dans l'étude française, les chercheurs Mickaël Henry, Maxime Beguin, Fabrice Requier, Orianne Rollin, Jean-François Odoux, Pierrick Aupine, Jean Apte, Sylvie Tchamitchian et Axel Decourtye ont marqué 653 abeilles en collant sur leur thorax une puce à radio-identification permettant de suivre leurs déplacements. Ils ont ensuite donné à certaines d'entre elles une dose infinitésimale, soit non létale, de Cruiser. Le Cruiser OSR est le nom commercial du thiaméthoxam (famille des néonicotinoïdes) qui est un produit fongicide et insecticide enrobant les semis de colza. Cet enrobage doit notamment protéger la plante contre les fontes de semis, le mildiou et les pucerons. Les chercheurs ont constaté que les butineuses avaient du mal à retrouver leur ruche, réduisant d'autant leurs chances de vivre. Un modèle mathématique établit d'ailleurs que les populations d'abeilles exposées au pesticide chutaient à un niveau ne permettant plus leur renouvellement.

 

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(Agrandir le document en cliquant dessus)

 

De leur côté, pour réaliser leur expérience, Penelope Whitehorn et Dave Goulson de l'université de Stirling (Royaume-Uni) ont exposé des colonies de bourdons (Bombusterrestris) en développement à des faibles niveaux d'un néonicotinoïde appelé imidaclopride et commercialisé sous le nom de Gaucho. Les chercheurs ont ensuite placé les colonies dans un terrain où les bourdons ont pu s'alimenter dans des conditions naturelles. Ils ont soigneusement pesé les nids - comprenant les insectes, la cire, le miel, les larves, le pollen - au début et à la fin de l'expérience. Et les résultats ont été sans appel : les colonies exposées à l'imidaclopride ont un poids 12 % plus faible que les colonies non exposées, suggérant ainsi qu'elles se sont moins nourries. "Plus terrible et surprenant : elles ont produit 85 % de reines en moins", souligne Penelope Whitehorn. Or, après le dépérissement hivernal, la production de reines est indispensable à l'établissement de nouvelles colonies puisqu'elles sont les seules à pouvoir les fonder... 85% de reines en moins peut donc signifier 85 % de nids en moins l'année suivante. De quoi expliquer - peut-être - le déclin de ces insectes qui disparaissent massivement en Amérique du Nord et dont trois espèces sont désormais éteintes en Grande-Bretagne.

 

Pesticide dans le collimateur

 

Le ministère de l'Agriculture a par ailleurs demandé à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et à l'Association de coordination technique agricole (Acta) "d'accélérer les recherches en plein champ" pour évaluer si les résultats de leur expérimentation "se retrouvent en condition réelle".

Le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire a indiqué avoir demandé l'avis de l'Agence de sécurité sanitaire concernée, l'Anses, pour qu'elle confirme, ou non, d'ici deux mois, c'est-à-dire avant la nouvelle campagne de semences, que les dangers présentés par le pesticide dans le cadre de l'étude se confirmaient en plein champ. "Si ces nouvelles données étaient confirmées, l'autorisation de mise sur le marché" du Cruiser OSR, qui protège les semis de colza, "serait retirée", a-t-il indiqué.

 

Les apiculteurs pour un retrait immédiat

 

L'Union nationale de l'apiculture française (Unaf), qui milite de longue date contre ce pesticide, s'est réjouie du "nouvel éclairage apporté par l'étude". Mais craignant que les déclarations de Bruno Le Maire ne s'expliquent que par "la période électorale", elle a demandé une interdiction immédiate. Selon l'Unaf, un avis au 31 mai 2012 serait trop tardif par rapport au calendrier de commande des graines de colza. "Le temps n'est plus aux études mais à l'action politique courageuse", estime le syndicat des apiculteurs. Le réseau France Nature Environnement (FNE) a pour sa part vu "un message extrêmement positif" dans la réaction du ministère.

 

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 Le fabricant conteste

 

Comme on pouvait s'y attendre, le fabricant du pesticide, Syngenta, numéro un mondial de l'agrochimie, a pour sa part contesté les conclusions de l'étude, en affirmant qu'elle était "fortement éloignée de la réalité". Selon le groupe suisse, la dose d'insecticide administrée est "au moins trente fois plus élevée que celle du nectar de colza protégé avec du Cruiser", et pour atteindre la quantité de thiaméthoxam retenue dans l'étude, l'abeille devrait consommer quotidiennement jusqu'à sept fois son propre poids en nectar.

 

Mais Axel Decourtye, un des co-auteurs de l'étude, a contesté ce point, indiquant que l'étude avait été conduite avec une dose qui peut être rencontrée en conditions réelles. Il a par ailleurs fait valoir qu'en tout état de cause, le travail des chercheurs consistait à "regarder le danger de ce pesticide sur l'abeille, pas l'exposition des abeilles en condition réelle".

 

Argument également rejeté par Jean-Marc Bonmatin, du CNRS, spécialiste de la concentration des pesticides dans les pollens et nectars. « Selon mes calculs, laconcentration utilisée par l'équipe française est sans doute effectivement supérieure de cinq à dix fois à ce que rencontre en moyenne l'abeille, mais elle peut correspondre à des "pires cas" qui peuvent parfois survenir dans la nature. D'autant que d'autres chercheurstrouvent des concentrations plus élevées que les miennes, assez compatibles avec les chiffres de l'étude française. Ce qu'il faut retenir - et que montrent maintenantune dizaine d'études -,c'est que les insecticidessystémiquesagissent comme des poisons à très faibles doses. Notez que l'imidaclopride est au moins 7000 fois plus toxique que le DDT" (voir le schéma ci-contre). De son côté, le ministère de l'Agriculture a indiqué attendre d'ici à la fin du mois de mai un avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur cette étude. "Si ces nouvelles dones étaient confires, l'autorisation de mise sur le marché" du Cruiser OSR, utilisé sur le colza, "serait retirée". Il pourrait ainsi rejoindre le Gaucho et le Régent sur la liste des insecticides systémiques partiellement interdits en France

 

Mortalité en hausse de  85 %

 

Ces débats autour du Cruiser OSR interviennent alors qu'en juin 2011 des experts avaient indiqué que la mortalité des colonies d'abeilles restait largement inexpliquée malgré toutes les recherches sur la toxicité des pesticides. Selon l'ONU, la mortalité des abeilles est en progression, jusqu'à 85 % dans certaines régions, et pourrait avoir de graves conséquences sur la production alimentaire puisque la plupart des plantes, cultivées ou non, sont pollinisées par les abeilles.

 
Interdiction définitive du Cruiser OSR en France
 
 
Selon Libération du 29 juin 2012, le gouvernement a annoncé vendredi 29 juin 2012 l'interdiction définitive du Cruiser OSR, un pesticide utilisé pour le colza, dont plusieurs études ont confirmé les effets néfastes sur les abeilles.

Début juin, le ministère avait indiqué qu'il était favorable à cette interdiction à la suite d'un avis de l'Agence sanitaire pour l'alimentation et l'environnement (Anses), qui dénonçait l'impact néfaste sur les abeilles d'une des molécules actives du Cruiser, le thiaméthoxam.

Les arguments avancés par le groupe suisse Syngenta, fabricant du pesticide, lors d'une procédure contradictoire, n'ont pas été de nature à remettre en cause l'avis de l'Anses, aussi le gouvernement a décidé de confirmer sa décision d'interdire le Cruiser OSR, a expliqué le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll.

Cette interdiction qui "prend effet immédiatement", a précisé le ministre, concerne exclusivement le Cruiser OSR qui est utilisé pour le colza en enrobage de la semence.

La décision était très attendue car les semis sont réalisés vers la fin août et les agriculteurs passent leurs commandes avant.

Le produit est utilisé en France sur 650.000 hectares, soit la moitié des surfaces plantées en colza. En Europe, il atteint près de 3 millions d'hectares.

La décision de retirer l'autorisation de marché "a été prise au vu de résultats scientifiques selon lesquels la molécule présente dans le Cruiser OSR a un impact sur le comportement des abeilles, en particulier sur leur capacité à retourner à la ruche", a expliqué le ministre.

M. Le Foll a confirmé son souhait de porter la discussion à Bruxelles afin d'interdire ce type de molécule à l'échelle européenne. Il souhaite aussi un débat plus large sur la famille des néonicotinoïdes, molécules présentes dans les insecticides.

 

"Pas d'alternative au Cruiser OSR ?"

 

Interrogé sur l'éventualité pour la France de voir sa décision retoquée par Bruxelles, le ministère a indiqué ne pas craindre un tel veto puisque, a-t-il indiqué, sa décision est du ressort national.

Le groupe Syngenta, qui va attaquer cette interdiction en référé suspension devant le tribunal administratif, "dénonce avec la plus grande fermeté une décision pénalisante pour l'agriculture française, qui utilise comme argument une seule expérience non validée et très éloignée de la pratique agricole".

"Il n'y a pas d'alternative au Cruiser OSR", a ajouté un porte-parole du numéro un mondial de l'agrochimie qui a mis en garde contre "un développement des pulvérisations [...] moins efficaces" dans les champs.

L'abandon du Cruiser OSR handicapera la compétitivité de l'agriculture française, toujours selon Syngenta qui affirme qu'il représentera également un manque à gagner pour les semenciers français de 72 millions d'euros.

Les apiculteurs se sont réjouis de l'interdiction du pesticide et espèrent qu'elle entraînera celle du Cruiser 350 servant pour le maïs.

"On boit du petit lait avec cette décision, c'est une très bonne nouvelle que l'on attendait avec impatience", a indiqué à l'AFP Olivier Belval, président de l'Union nationale de l'apiculture française.

"Cette bonne décision en appelle une autre, l'interdiction du Cruiser 350, utilisé pour le maïs, et que l'on attend depuis 2008", a dit encore M. Belval.

Le député socialiste Gérard Bapt, président du groupe environnement-santé à l'Assemblée nationale, a, lui aussi, exprimé sa "satisfaction", estimant que c'est "toute la famille des néonicotinoïdes qu'il faudrait considérer", et non le seul Cruiser OSR.

À France Nature environnement, Claudine Joly a parlé de "première victoire", qui "marque un tournant dans la lutte contre les fléaux menaçant les pollinisateurs".

 

L'effet cocktail des pesticides démontré

 

(Rachel Mulot, Sciences et Avenir, n° 790, décembre 2012, p. 32.)

Perte d'orientation, récoltes plus maigres, morts prématurées et massives... Les bourdons exposés à plusieurs pesticides quand ils butinent d'un champ à l'autre sont fortement fragilisés, au point de menacer la survie de leur colonie. L'effet cumulatif des pesticides vient en effet d'être démontré par Nigel Raine, de l'université de Londres, dans l'une des rares études portant sur ces cocktails (lire S. et A. n° 783, mai 2012, et n° 771, mai 2011).

Le chercheur a équipé de puces RFID les bourdons Bombisterrestra d'une quarantaine de ruches. Il les a ensuite exposés à deux pesticides différents, séparément ou simultanément : un néonicotinoïde  (l'imidachlopride, molécule active du Gaucho de Bayer, enrobant les semences) et un pyréthroïde (la lambdacyhalothrine, molécule active du Warrior de Syngenta pulvérisée sur les cultures). Le tout aux faibles doses qu'ils rencontrent dans les champs.

Conclusions ? Chez les insectes doublement exposés, le nombre de bourdons qui se sont égarés a augmenté de 50 % par rapport au groupe témoin. Les ouvrières affamées ont délaissé les larves pour butiner à leur tour et les naissances ont chuté. In fine, les taux de mortalité cumulés observés pour chaque type d'exposition étaient de 41 % dans le groupe exposé à l'imidaclopride, 51 % avec le pyréthroïde et 69 % parmi ceux qui étaient exposés aux deux - contre 30 % pour le groupe témoin. « Les premiers effets de la double exposition se sont fait sentir au bout de deux semainesseulement, pour s'aggraver à la quatrième semaine, souligne Nigel Raine. Les tests actuels qui évaluent la toxicité (aiguë) des pesticidesen 96 heures sonttotalement insuffisants. » 

 

Les pesticides reconnus nocifs pour les abeilles par l'Efsa

 

(Rachel Mulot dans Sciences et Avenir793, mars 2013)

Les autorités européennes viennent d'admettre le risque élevé de toxicité des néonicotinoïdes pour les insectes pollinisateurs.Seront-ils interdits ?

Tardivement, mais scrupuleusement, la très conservatrice Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) reconnaît - enfin ! - des risques de toxicité pour les abeilles exposées aux néonicotinoïdes[1]. Ces insecticides, les plus employés dans les pays développés, se répandent dans le système vasculaire de la plante et s'attaquent an système nerveux central des insectes. L'Efsa avait été saisie par la Commission européenne à la suite de la publication dans la revue Science en avril 2012 d'une étude de l'équipe de Mickael Henry à l'Inra d'Avignon (voir Sciences et Avenir783 de mai 2012).

Les scientifiques avaient alors clairement montré des effets mortels à long terme de ces produits sur les butineuses, et cette expérience, la première effectuée dans des conditions naturelles, avait connu un écho mondial. Elle venait compléter de nombreuses éludes in vitro (voir Sciences et Avenir771 de mai 2011), puis in vivo, qui montraient depuis dix ans de nombreux effets toxiques : désorientation des insectes, perte des fonctions cognitives, surmortalité et fragilité des larves, etc. Certains de ces effets se manifestant après exposition à des doses infimes. L'Efsa a donc conclu que des risques aigus existent bien pour les abeilles collectant un pollen ou un nectar imprègnés de clothianidine (Poncho-Maïs) ou d'imidaclopride (Gaucho, Confidor). Les risques du thiamethoxame (Cruiser) n'ont pu être prouvés, faute de données suffisantes. Antre source d'intoxication possible : l'exposition à des poussières émanant de l'ensemencement de graines traitées ou de l'application de granules d'insecticides pour les trois molécules étudiées. Les experts de l'agence se sont enfin intéressés à une dernière voie : via les gouttelettes d'eau produites par les plantes traitées. Dans ce cas, « la seule évaluation des risques ayant pu être finalisée concède le maïs traité avec du thiaméthoxame », explique l'agence.

La Commission européenne a proposé aux états membres d'interdire purement et simplement l'usage des néonicotinoïdes sur le colza, le maïs, le tournesol et le coton. Dénonçant un rapport « politique », Syngenta (Cruiser) a promis de défendre vigoureusement le thiamétoxame. Bayer CropSdence (Gaucho, Confidor) a décidé d'investir dans un programme destiné à réduire leurs effets sur les abeilles. Le temps est compté : si les Etats membres valident les interdictions, elles entreront en i^in urie 1er juillet prochain.

 

Rappel : une décennie de découvertes sur ce problème

2004 : contamination des pollens et persistance des insecticides dans les sols pendant deux ans.

2010 : synergie mortelle entre un parasite de l'abeille, le Nosemacerenae, et l'imidaclopride, mais aussi le thiaclopride et le fipronil.

2012 : effets délétères à faibles doses in vivo du thiamétoxame et de l'imidaclopride. Effet cocktail et cumulatif de plusieurs pesticides.

 



[1] Les différents avis de l'Efsa : sur la clothianidine : http://urls.fr/ful ; surl'imidaclopride : http://urls.fr/fuo ; sur le thiamétoxame : http://urls.fr/fup

 

Pour en savoir plus :

 

  • Mickaël Henry, Maxime Beguin, Fabrice Requier, Orianne Rollin,Jean-François Odoux, Pierrick Aupine, Jean Apte, Sylvie Tchamitchian, Axel Decourtye. (2012). - A Common Pesticide Decreases Foraging Success and Survival in Honey Bees, Science 29 March 2012, Vol. 335,  n° 6076.

 

  • Penelope Whitehorn et Dave Goulson (2012). - Neonicotinoid pesticide reduces bumble bee colony growth and queen production, Science, 29  march 201, Vol. 335, n° 6076.

 

  • Rachel Mulot (2012) - Abeilles : la mort à très petites doses, Sciences et Avenir783, mai 2012 pp. 8-13.

 

 

Mise à jour du 29 avril 2013

 

Abeilles : trois pesticides suspendus pour deux ans

La Commission européenne a décidé le 29 avril de suspendre à titre provisoire l'utilisation de trois pesticides soupçonnés de contribuer au déclin des abeilles.

 

Le 29 avril 2013, la Commission Européenne a suspendu trois insecticides pour une durée de deux ans.C'est une victoire d'une courte tête, mais une victoire quand même pour les apiculteurs de toute l'Union européenne. En ce lundi 29 avril, était soumise au vote des États membres une proposition de loi visant à suspendre pour une durée de deux ans certains pesticides couramment utilisés en agriculture. Figuraient dans le collimateur de cette loi trois insecticides dits "neonicotinoïdes" (car voisins chimiquement de la nicotine) : le clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame. Ces derniers agissent sur le système nerveux des insectes et sont soupçonnés de participer à l'effondrement des colonies d'abeilles : leur usage est désormais suspendu pour une durée de deux ans.

 

"Confrontées à des résidus d'insecticides systémiques neurotoxiques, même infinitésimaux, les abeilles sont désorientées, se refroidissent et ne retrouvent plus leurs ruches. Leur système immunitaire étant affaibli, elles peuvent aussi développer des maladies neurodégénératives qui entraînent la mort en quelques jours", explique sur son site l'Union nationale de l'apiculture française (UNAF).

 

Cette classe de pesticides, principalement produite par le chimiste Allemand Bayer et le Suisse Syngenta fait d'ailleurs déjà l'objet d'un certain nombre de restrictions. Par principe de précaution, l'utilisation du Gaucho (fabriqué par Bayer et dont l'élément actif est l'imidaclopride) a été suspendu depuis 1999, en France, sur certaines cultures (tournesol puis maïs).

 

L'usage du Régent, un insecticide neurotoxique produit par une autre entreprise de chimie allemande (BASF Agro), a été suspendu pour les mêmes raisons en 2004. Enfin, en juillet 2012, c'était le tour du Cruiser (contenant du thiametoxam), de faire l'objet d'une interdiction sur les cultures de soja en France, suite à un avis négatif émis par l'Anses (Agence sanitaire pour l'alimentation et l'environnement).

 

Ce lundi 29 avril, un pas de plus a été franchi en matière de restriction de ce type d'insecticides. Mais il s'en est fallu de peu. "Bien que la majorité des États membres approuvent cette proposition de loi, la majorité nécessaire pour son adoption ou son rejet n'a pas été atteinte" déplore Tonio Borg, commissaire européen à la santé et à la politique des consommateurs. Le projet a en effet recueilli 15 voix en sa faveur, 8 contre et 4 abstentions. "La décision finale revenait donc à la commission", explique-t-il. 

 

"Les abeilles sont vitales à notre écosystème et contribuent à plus de 22 milliards d'euros chaque année dans l'agriculture européenne" - Tonio Borg, commissaire européen à la santé et à la politique des consommateurs

 

"Puisque notre proposition est basée sur un certain nombre de risques pour les abeilles identifiés par l'EFSA, la commission a décidé son adoption, explique Tonio Borg sur le site de la Commission européenne. J'ai l'intention de faire tout mon possible pour m'assurer de la protection des abeilles. Elles sont vitales à notre écosystème et contribuent à plus de 22 milliards d'euros chaque année dans l'agriculture européenne"chiffre-t-il.

 

En effet, selon la FAO (l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), sur la centaine d'espèces cultivées qui constituent 90 % de l'alimentation mondiale, 71 dépendent des abeilles pour leur pollinisation. 

 

Ces nouvelles restrictions s'appliqueront dans toute l'Europe à partir du 1er décembre 2013

 

De ce fait, l'usage de ces trois néonicotinoïdes est interdit pour le traitement des graines, des sols et des feuilles sur toutes les plantes et céréales qui attirent les abeilles. Leur usage reste toutefois autorisé sur les cultures en serre. L'usage en plein air est également toléré s'il survient après la période de floraison.

 

Ces nouvelles restrictions s'appliqueront dans toute l'Europe à partir du 1er décembre 2013. La Commission se réservant le droit de statuer sur le renouvellement ou non de cette suspension d'ici deux ans, en fonction des nouvelles données scientifiques disponibles d'ici là.

 

Ajout du 23 juillet 2014

 

Abeilles : L'effet des pesticides de mieux en mieux cernés

20/01/2012

Dossier Kokopelli devant la Cour de justice de l'UE

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Procès devant la Cour de Justice de l'Union Européenne : Kokopelli en marche pour la Victoire !

Communiqué de Kokopelli du 19 janvier 2012

L’avocat général chargé du dossier Kokopelli devant la Cour de Justice de l’Union Européenne a donné aujourd’hui lecture publique de ses conclusions. Nous avons la joie d’annoncer qu’elles nous donnent entièrement raison !

En effet, le magistrat conclut à l’invalidité de l’interdiction de commercialiser des semences d’une variété non inscrite au catalogue officiel, et ce aux motifs que cette interdiction, portée par la législation Européenne aussi bien que par la réglementation Française, viole le principe de proportionnalité, la liberté d’entreprise, la libre circulation des marchandises, ainsi que le principe de non discrimination. La quasi-totalité de nos arguments ont été retenus !

De plus, l’avocat général n’a pas manqué d’affirmer, au contraire de ce qui était avancé par nos nombreux adversaires (Commission Européenne, Conseil de l’Union Européenne, République Française, Royaume d’Espagne et société Graines Baumaux), que, d’une part, les règles relatives à l’admission des semences au Catalogue Officiel n’ont « aucun rapport avec la santé des plantes », d’autre part, que « il appartient aux agriculteurs de décider des variétés qu’ils cultivent », enfin que cette législation limite excessivement le choix des consommateurs qui n’ont « ni accès aux denrées alimentaires ou autres produits issus de variétés qui ne satisfont pas aux critères d’admission, ni la possibilité de cultiver eux-mêmes ces variétés, par exemple dans leur propre jardin ».

De même, l’avocat général rappelle à juste titre que « le fait que les agriculteurs soient cantonnés à des variétés admises réduit enfin la diversité génétique dans les champs Européens ».

Il en conclut logiquement que «les inconvénients de l’interdiction de commercialiser des semences de variétés non admises l’emportent manifestement sur ses avantages. »

Nous sommes extrêmement satisfaits de ces conclusions et nous avons maintenant l’immense espoir que la Cour suive l’avis de son avocat général et vienne enfin mettre un terme au totalitarisme pluri-décennal de la législation sur le commerce des semences.

Pour plus d’information, voir sur le site de la Cour de Justice de l'Union Européenne (conclusions de l'avocat général disponibles dans plusieurs langues).

Blanche MAGARINOS-REY

Avocate de l’Association Kokopelli.

contact@avocat-magarinos-rey.com

20/12/2011

Résistance d'un insecte aux OGM

ogm,monsanto,résistance aux ogm, maïs,chrysomèle,Diabrotica virgifera,Un insecte déjoue l'efficacité d'un OGM

 

par Loïc Chauveau

 

Mauvaise nouvelle pour l'agriculture américaine... et pour Monsanto. Une étude montre que son maïs Bt n'a plus d'effet sur les chrysomèles, parasites ravageurs.

 

Le département d'entomologie de l'université d'Etat de l'Iowa (États-Unis) a repéré dès 2009 le caractère résistant de ces insectes, mais il a fallu deux ans aux chercheurs pour vérifier qu'il s'agissait bien d'un trait génétique transmis d'une génération à l'autre. C'est chose faite avec leur article publié dans PlosOne, juillet 2011. Les chrysomèles (Diabrotica virgifera), ces ravageurs du maïs - surtout redoutables par leurs larves qui se nourrissent des racines de la plante - ont bien acquis un caractère de résistance à l'un des insecticides phares de la multinationale américaine Monsanto : le maïs Bt.

 

Or, depuis 2003, Monsanto présente son produit, recelant des toxines Cry3Bb1 issues de la bactérie Bacillus thuringiensis, comme la solution idéale pour limiter les infestations des chrysomèles sans recourir aux insecticides conventionnels. « On savait déjà que la famille des Chrysomelidae présentait des capacités élevées de résistance par mutation génétique, assure Denis Bourguet, généticien à l'Inra de Montpellier. L'enzyme ciblée par la toxine change de conformation et rend ainsi le Bt inoffensif. »

 

Dès les premiers semis de cet OGM, l'EPA, agence américaine de l'environnement, avait recommandé qu'au moins 20 % des surfaces soit plantées en maïs traditionnels. La stratégie consiste en effet à préserver des populations d'insectes sans contact avec la toxine pour diluer le nombre d'individus pouvant acquérir une résistance. Mais ce conseil n'a été suivi que partiellement. Et la toxine Cry3Bbl est désormais inefficace. Monsanto devra la combiner avec d'autres toxines développées par des concurrents :

 

« Pour éviter cette impasse, il aurait fallu empiler dès le départ plusieurs toxines », poursuit Denis Bourguet.

Des solutions « naturelles » existent pourtant pour éviter que les insectes acquièrent cette résistance. Outre la plantation de champs non OGM, la vraie parade à la chrysomèle reste la rotation des cultures, les larves se retrouvant alors plusieurs années sans leur nourriture favorite. C'est ce qui est proposé aux agriculteurs français qui, depuis une dizaine d'années, doivent eux aussi faire face à l'arrivée de la chrysomèle Diabrotica virgifera. Sans autorisation d'utilisation des OGM, ils ne disposent que des seuls traitements larvaires : « La rotation des cultures est le bon moyen de diminuer la pression du ravageur sans trop utiliser de pesticides, assure Jean-Claude Bévillard, chargé des questions agricoles à France Nature Environnement. Cela suppose qu'on en finisse avec la spécialisation des régions agricoles sur deux ou trois cultures seulement. »

 

Pas simple. Car introduire dans les assolements de nouvelles productions, par exemple des légumineuses, implique de créer ex nihilo de nouvelles filières de commercialisation. C'est donc tout un modèle agricole que pourrait remettre en question ce petit insecte.

 

Source : Loïc Chauveau (2011). - Un insecte déjoue l'efficacité d'un OGM  Sciences et Avenir n° 776, octobre 2011 p. 34.

 

Voir aussi l'article de Univers Nature.

 

REPÈRES

 

AVEC 140 MILLIONS D'HECTARES, le maïs est la plante la plus cultivée dans le monde. En France, elle couvre 3 millions d'hectares.

 

58 MILLIONS D'HECTARES SONT CULTIVÉS EN MAÏS BT visant la chrysomèle dans le monde. Aux États-Unis, cet OGM représentait 45 % de la récolte 2009.

 

600 MILLIONS DE TONNES sont produites par an dans le monde dont 70 % pour l'alimentation animale.

 

EN FRANCE, la culture du maïs Bt est soumise à un moratoire de fait, dans l'attente d'une décision communautaire entre les 27 États membres de l'Union européenne.

18/11/2011

À l'image du Doubs

À l'image du Doubs

 

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Cliquer sur l'image pour l'agrandir


Pour information, le livre "À l'image du Doubs" vient de sortir depuis quelques jours de l'imprimerie IME de Baume-les-Dames.
Le prix est de 40 euros (+ 13 euros de frais d'emballage et d'envoi).

Pour tout renseignement, s'adresser à Michel Cottet.

 

 

15/11/2011

La Coccinelle asiatique envahit la Franche-Comté

Harmonia_axyridis_logo.jpgLa Coccinelle asiatique Harmonia axyridis (HA) envahit la Franche-Comté



Chez cette espèce de Coccinellidés (Coléoptères), le mâle est plus petit que la femelle, avec des tailles variant de 5 à 8 mm de long et de 4,0 à 6,6 mm de large.

La Coccinelle asiatique présente une large gamme de coloris, allant du rouge à points noirs au noir à points rouges, en passant par de nombreuses nuances de jaune. Les élytres sont ornés de zéro à 19 points.

 

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Coccinelle asiatique

 

La Coccinelle asiatique se nourrit de pucerons, de psylles et de cochenilles, avec une voracité plus importante que celle les espèces autochtones utilisées jusqu'alors, surtout aux stades larvaires 3 et 4.

 

Cette voracité a été jugée intéressante pour la lutte biologique anti-pucerons pour susciter une importation dans les pays occidentaux. Or, il s'est avéré que l'espèce s'attaquait également aux autres coccinelles locales et à d'autres insectes.

 

Prolifiques, les femelles de cette espèce peuvent pondre jusqu'à 2 500 œufs durant leur vie avec un taux de 20 à 30 œufs/jour.

 

De sorte que l'espèce se reproduit activement et poursuit sa progression géographique, colonisant désormais la Franche-Comté. Phénomène particulièrment visible en automne, puisque, à l'approche de la mauvaise saison, les individus se regroupent dans des cavités, sous les écorces, mais ils n'hésitent pas à profiter de l'abri des bâtiments pour s'installer en vue d'hiberner.

 

Au départ, la Coccinelle asiatique Harmonia axyridis (HA) a été volontairement importée en Belgique et par l'INRA en France (1982). Profitant d'un climat qu'elle connaissait dans sa région d'origine la population a proliféré et s'est répandue dans l'Union Européenne. En fait, l'invasion de l'Europe ne s'est pas bornée à cette seule introduction volontaire et certaines populations  de (HA) semblaient être d'origine américaine.

 

Les routes d’invasion de la coccinelle asiatique Harmonia axyridis

 

Effectivement, des études récentes sur les voies invasives d'organismes exotiques suggèrent que de nombreuses invasions généralisées ne provenaient pas de l'aire de répartition naturelle, mais d'une population particulièrement envahissante qui colonise de nouveaux territoires.

 

En ce qui concerne la Coccinelle asiatique Harmonia axyridis, des chercheurs de l’INRA de Sophia-Antipolis et de Montpellier (1) ont retracé à l’aide de marqueurs génétiques et de traitements statistiques novateurs les routes d’invasion de cette espèce. Leurs résultats montrent que les invasions en Europe de l’Ouest, et en particulier en France, mais aussi en Amérique du Sud et en Afrique du Sud ont très vraisemblablement pour origine des coccinelles provenant d’Amérique du Nord-Est.

 

De sorte que, en Europe de l’Ouest, les populations envahissantes se sont mélangées génétiquement avec des individus issus d’opérations de lutte biologique contre les pucerons. Cette étude illustre la notion de "tête de pont invasive" : une population envahissante particulière va devenir la source de plusieurs autres populations envahissantes dans de nouvelles zones, éloignées de la précédente.

 

L’aire native de la Coccinelle Harmonia axyridis se situe en Asie. L’espèce a longtemps été utilisée en lutte biologique contre les pucerons, mais sans installation et multiplication notables dans les zones où elle a été utilisée, en Amérique du Nord (depuis 1916), en Europe (depuis 1990) et en Amérique du Sud dans les années 1990. Ce n’est que récemment qu’un premier foyer invasif a été détecté en Amérique du Nord-Est en 1988, puis un second en Amérique du Nord-Ouest en 1991. En 2001, deux populations invasives ont été observées en Amérique du Sud et en Europe tandis qu’un foyer était observé en Afrique du Sud en 2004.

 

D’espèce bénéfique, la Coccinelle asiatique est ainsi passée au statut d’insecte nuisible de par ses impacts écologiques (impact sur la biodiversité par la compétition ou la prédation d’espèces non-cibles du type coccinelles indigènes, lépidoptères, etc.), économiques (détérioration de la qualité des productions viticoles) et sociaux (agrégation en grand nombre à l’automne et en hiver dans les habitations, entraînant diverses perturbations et quelques cas d’allergies). Se posent alors naturellement des questions relatives aux relations de parenté entre ces différentes populations envahissantes (qui est la source de qui ?) et au rôle relatif dans l’émergence de ces populations envahissantes des introductions accidentelles et des introductions intentionnelles pour la lutte biologique.

 

Les analyses de génétique des populations réalisées par les chercheurs de l’INRA ont permis de reconstituer avec un niveau de précision et de confiance élevé les routes et les modalités d’introduction des populations envahissantes d’H. axyridis, sur l’ensemble des aires envahies (Amérique du Nord, Amérique du Sud, Afrique du Sud et Europe). Des échantillons de populations récoltés dans la nature (aire native et aires envahies) et d’autres, représentatifs de la souche originaire d’Asie utilisée pour la lutte biologique, importée par l’INRA en 1982 et utilisée par la suite par plusieurs biofabriques européennes, ont été caractérisés avec des marqueurs génétiques. Grâce à ces marqueurs, un grand nombre de scénarios d’introduction ont été comparés et la probabilité relative de chacun de ces scénarios a été estimée par des méthodes d'analyse statistique.

 

Une tête de pont invasive dans le Nord-Est de l’Amérique

 

Les routes d’invasion sont résumées dans la Figure 1. L’aire native asiatique est à l’origine de deux foyers principaux en Amérique du Nord-Est et du Nord-Ouest. Ces deux introductions sont donc indépendantes, mais il est impossible de savoir si elles sont accidentelles ou proviennent de populations utilisées en lutte biologique. Les foyers invasifs d’Amérique du Sud et d’Afrique du Sud proviennent de la zone envahie en Amérique du Nord-Est. Enfin les populations invasives en Europe de l’Ouest sont issues d’un mélange entre des individus provenant d’Amérique du Nord-Est et des individus utilisés en Europe pour la lutte biologique, avec une contribution génétique de l’ordre de 40 % pour ces derniers.

coccinelle asiatique-carte-1.jpg

Figure 1 : Origine des populations envahissantes d’Harmonia axyridis. Les aires natives et envahies sont respectivement en vert et rouge. La probabilité estimée pour chaque scénario d’introduction est en noir (P). Les dates de première observation des invasions sont en bleu. ENA = Est Nord Amérique, ONA = Ouest Nord Amérique, AS = Amérique du Sud, AFS = Afrique du Sud, EU = Europe de l’Ouest (Belgique). Dans le cas de la population Ouest Européenne (EU), les contributions génétiques relatives des sources Est Nord Amérique (ENA ; flèche rouge) et de la population de lutte biologique européenne (LBE ; flèche bleue) sont respectivement égales à 59% et 41%.


En Europe de l’Ouest, la question de l’effet sur la capacité d’invasion d’un mélange génétique entre les individus provenant d’Amérique du Nord-Est et ceux issus de la souche de lutte biologique précédemment citée est en cours d’étude. Les chercheurs impliqués dans cette étude n’ont pas détecté jusqu’à présent de foyers envahissants dont l’origine serait exclusivement liée à la souche de lutte biologique européenne.

 

Ces analyses ont ainsi démontré la contribution majeure de la population américaine du Nord-Est dans l’historique de l’invasion. Ce résultat illustre la notion de "tête de pont invasive" (ou invasive bridgehead effect) qui repose sur la mise en évidence d’une population envahissante particulière se comportant comme la source de nombreuses autres invasions dans des zones éloignées. La mise en évidence de populations invasives "têtes de pont" a des implications fortes en gestion des populations en incitant à une vigilance accrue envers ces populations.

 

Évaluer la probabilité d'un tel scénario est heuristiquement difficile. Les équipes de l'INRA ont résolu ce problème en utilisant des méthodes de calcul approximative bayésienne pour comparer quantitativement les scénarios d'invasion complexe basée sur l'analyse génétique des populations (variation des microsatellites) et historique (date de la première observation) des données.

 

D’autre part, le scénario d’invasion déduit de cette analyse suggère la possibilité d’un changement évolutif dans la population "tête de pont", localisée en Amérique du Nord-Est pour la Coccinelle asiatique. Cette hypothèse fait l’objet de recherches avec des approches de génétique quantitative menées par les mêmes équipes.

 

Cette démonstration d'un mécanisme d'invasion passant par une tête de pont comporte des implications importantes d'une part, dans la théorie de l'invasion (c'est-à-dire, un seul quart de l'évolution de la population par rapport aux multiples changements de tête de pont dans le cas de populations introduites devenues envahissantes de façon indépendante) et d'autre part, dans la gestion des invasions par des organismes étrangers entraînant une vigilance accrue contre les têtes de pont invasives.

 

Les chercheurs de l'INRA ont montré que l'éclatement de la récente invasion dans le monde entier de HA suivie d'un scénario de pont impliquant une population envahissante installée dans l'Est de l'Amérique du Nord constitue la source des individus colonisateurs qui ont envahi les continents européen, sud-américain et africain, avec quelques mélanges avec une souche de lutte biologique en Europe.

 

Sources :


http://fr.wikipedia.org/wiki/Coccinelle_asiatique

 

Cornuet J-M, Santos F, Robert PC, Marin J-M, Balding DJ, Guillemaud T, Estoup A (2008) Inferring population history with DIYABC: a user-friendly approach to Approximate Bayesian Computation. Bioinformatics, 24, 2713-2719.

 

(1) Équipe “Biologie des Populations en Interaction”, INRA UMR 1301 IBSV (INRA/CNRS/Université de Nice-Sophia Antipolis), Sophia-Antipolis, France, 2 INRA UMR Centre de Biologie et de Gestion des Populations (INRA/IRD/Cirad/Montpellier SupAgro), Montferrier-sur-Lez, France.

17/10/2011

Le Loup

Le Loup, Caniloup_02-logo.jpgs lupus Linné 1758

 

par André Guyard

 

(Dernière mise à jour : 15/04/2016)

 

Il y a plus de 30 000 ans, des groupes de chasseurs préhistoriques auraient intégré en leur sein des louveteaux. Ainsi se serait enclenché le processus qui, à partir de ce fauve foncièrement social qu'est le Loup, a engendré le Chien. Si les scientifiques ont mis tant de temps à s'intéresser au chien, c'est parce que cet animal commun est bien plus difficile à étudier qu'un animal sauvage : le mode de vie de ce dernier dans la nature explique ses particularités, qui sont le plus souvent des adaptations au milieu. Le Loup, Canis lupus aurait évolué, pour créer de nouvelles races de chiens, avec l'intervention de l'Homme, races des chiens nordiques : Huskies, Malamutes, Groenlandais, Spitz-loup, etc. peuplant l'hémisphère nord, alors que les autres chiens, originaires de l'hémisphère sud, seraient issus du Coyotte doré d'Afrique. L'appellation commune de "chiens-loups" n'est qu'une aberration. La race lupine est invariablement pure et dominante, en raison d'une auto-protection évitant consanguinité dans le cadre de la meute, et le mélange avec d'autres races parallèles.

 

Le Loup, ce bel animal fut l'une des créatures sauvages les plus calomniées. À l'époque romaine, il était vénéré, telle cette louve romaine dont la légende fit allaiter les jumeaux Romulus et Remus. Mais le plus souvent, il fut l'objet de haine et de crainte, comme la "bête du Gévaudan" qui, selon les dires, tua à elle seule 123 personnes dans le sud de la France. Ses ravages parmi peuples et bêtes furent si conséquents qu'au milieu du dix-huitième siècle, le Roi Louis XV envoya une armée entière pour la détruire. 43 000 hommes et 2 800 chiens ne mirent pas moins de deux mois pour réussir à la tuer. À l'heure actuelle, l'histoire est encore controversée : S'agissait-il d'un loup ou de plusieurs animaux sauvages, sans compter les vagabonds profitant de la confusion ?

 

La dangerosité du Loup par rapport à l'espèce humaine n'est pas démontrée. Durant l'Ancien Régime et jusqu'à l'époque napoléonienne, la prolifération des loups a été provoquée par la profusion de cadavres lors des grandes épidémies et sur les champs de bataille. Le Loup est un prédateur opportuniste qui ne résiste pas à rechercher des proies faciles. Aujourd'hui, il est reconnu que la plupart des agressions contre des humains furent l'œuvre de loups enragés. Ces derniers pouvaient se montrer responsables d'attaques isolées, mais jamais d'attaques répétées, puisque, généralement, la rage tue sa victime sur le vif.

 

Le Loup (Canis lupus) appartient à la famille des Canidés qui regroupe 38 genres. Il représente une seule espèce présentant 6 sous-espèces. En Europe, on rencontre 3 sous-espèces isolées géographiquement et génétiquement, soit environ 30 à 40 000 individus.

 

Les loups apparurent dans le Nouveau Monde il y a cinq millions d'années, au milieu de l'époque pliocène. L'espèce s'est déjà diversifiée et développée vers le milieu de l'époque pléistocène, il y a un million et demi d'années. Le "Loup de Dire" fut le plus grand qui ait jamais existé ; une espèce, de taille plus petite, arriva de l'Alaska en Sibérie, où elle s'agrandit pour devenir le Loup d'Europe Canis lupus. Le Loup d'Europe émigra à nouveau en Amérique du Nord, où il peupla toute la région du Canada et des États-Unis, excepté la zone Sud-Est, qui fut peuplée par un loup plus petit, "Canis rufus". Aujourd'hui, le gouvernement américain tente de repeupler le Sud-Est de loups rouges. Le Loup d'Europe était déjà bien établi en Amérique du Nord, lorsque les premiers Indiens et les Esquimaux traversèrent le Détroit de Bering, il y a dix-huit mille ans.

 

En Eurasie, on le rencontre jusqu'à la Palestine, l'Inde, le sud de la Chine. Il existe au Groenland et sur beaucoup d'autres îles arctiques. Le Loup a pratiquement été exterminé partout sauf dans les régions les plus éloignées. Quelques-uns survivent en Scandinavie, en provenance de Russie. De petites populations isolées subsistent dans les montagnes de la Péninsule ibérique (Asturies, Galice) et des Abruzzes (Italie). Elles sont un peu plus importantes dans les Balkans, le Nord et l'Est du continent.

 

En France, le Loup était encore répandu dans toute la France au milieu du XIXe siècle et il a subsisté dans les Pyrénées jusque vers 1930. Mais les persécutions dont il fut l'objet aboutirent rapidement à sa disparition de nombreuses régions. Ainsi, dès 1898, il ne reste plus que deux populations régulières dans le Centre-Ouest et le Nord-Est du pays. Celles-ci se réduiront encore pour atteindre le seuil d'extinction vers 1923. Le dernier pôle régulier connu en France se situe dans le Berry et le Limousin, où l'espèce subsista jusqu'en 1929 au moins. Le Loup est considéré comme disparu en tant qu'espèce reproductrice en France entre 1930 et 1939. Quelques observations ponctuelles seront encore faites après 1945 et concernent le plus souvent des chiens errants ayant plus ou moins l'aspect du Loup, parfois des animaux échappés de captivité ou originaires d'Espagne (Landes, 1968).

 

Le Loup (Canis lupus) est l'ancêtre du chien domestique (Canis lupus familiaris), comme l'a démontré la biologie moléculaire (voir au bas de cet article : la domestication du Loup). Le chien est une création de l'homme préhistorique par sélection artificielle.

 

La distance génétique entre le chien et le loup est de seulement 0,2 pour cent, alors qu'entre ce dernier et le plus proche canidé (le Coyote), elle est de quatre pour cent. Presque 400 races de chiens ont été sélectionnées par l'homme, la plupart depuis seulement deux siècles, et les distances génétiques entre chiens peuvent être plus grandes qu'entre loup et chien en moyenne. D'ailleurs, certaines races, tels les chiens de traîneaux et le chien africain basenji, présentent des caractères intermédiaires entre loups et chiens de races modernes : par exemple, ils n'aboient pas, mais hurlent. Les apparences sont trompeuses et le pékinois (un tout petit chien de compagnie originaire de Chine) est plus proche de son ancêtre que le berger allemand ou chien-loup !

 

D'ailleurs le Loup d'Europe a l'allure d'un chien berger allemand, mais plus puissant et à la tête plus large. Dans le Sud-Est de l'Europe, on peut le confondre avec le Chacal commun d'allure très semblable mais bien plus petit. Le cou du Loup est bref et épais. La queue est touffue, pendante, assez longue 30-40 cm. Elle est très mobile et elle manifeste les changements d'attitude de l'animal dans ses rapports avec ses congénères : queue dressée en signe "d'imperium" entre les pattes en signe de soumission, fouettant l'air en signe de jeu ou de satisfaction. Les oreilles sont pointues et dressées. La coloration est relativement unie, allant du gris brun au gris jaunâtre foncé, souvent marbré de noirâtre ou de gris foncé. Les sujets du Grand Nord ont généralement un pelage plus long, ils sont plus gros, leurs oreilles sont plus petites que celles des sujets méridionaux. La coloration varie fortement, ainsi en Amérique du Nord, les Loups de forêt sont souvent noirs, ceux des régions sub-arctiques parfois entièrement blancs, ceux du Proche-Orient étant fauve clair.

 

Le Loup atteint une longueur totale de 150 cm (queue comprise) et fait une hauteur de 70-80 cm à l'épaule pour un poids allant jusqu'à 72 kg mais d'habitude moins de 50 kg.

 

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Cliché Emmanuel Cretin

 

Individuellement, le Loup présente des spécificités considérables lui permettant de s'adapter à différents milieux, généralement hostiles.

 

Le pelage, dru l'hiver, léger l'été suite à la perte de sa sous-couche, varie suivant les espèces et se calque sur le milieu : du blanc pur pour le Loup arctique, exceptionnellement noir, en passant par le "gris loup" du Loup canadien. Il présente une qualité unique, celle d'être autonettoyant, et de procurer une protection thermique du fait de doubles poils : fond touffu ou " bourre ", et poils plus longs donnant la couleur de surface. Cette caractéristique se retrouve chez les chiens nordiques.

 

La démarche est originale : des cinq doigts de la patte antérieure, le Loup ne se sert que de quatre, le cinquième ayant régressé sous forme d'ergot. Les pattes postérieures ne comportent que quatre doigts. Chaque pied comporte un coussin très charnu, entouré de poils raides, permettant l'isolation, et évitant la création de boules de neige gelée (snow ball). Les longues pattes permettent une foulée longue évitant l'enfoncement dans la neige. Différentes allures sont notables : le trot, la suspension ou " trot volant " (fling trot des anglo-saxons), le "canter", allure plus lente et le galop. Dans ces allures, les deux membres diagonalement opposés touchent le sol ensemble, de sorte qu'ils ne créent qu'une trace unique. Les loups se déplacent généralement l'un derrière l'autre, lors du transit de la meute, d'où l'expression populaire : "aller à la queue leu leu".

 

Les sens sont particulièrement développés en particulier l'odorat, mais surtout la vision : le fond de l'œil est très riche en cellules photo-réceptrices (le tapetum), ce qui lui procure une vision nocturne extraordinaire. C'est pourquoi les yeux du Loup brillent dans la nuit.

 

La dentition du loup comporte une paire de molaires de plus que le chien domestique. La force considérable de la mâchoire lui permet de briser d'un coup le tibia d'un élan ou d'un renne.

 

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Loup ibérique

(dessin de Bruce Pearson)

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Louve ibérique et ses petits

(dessin de Bruce Pearson)

 

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Loup scandinave

(dessin de Bruce Pearson)

 

Du point de vue habitat, le Loup s'adapte à toutes sortes de milieux : paysages ouverts tels les semi déserts et les toundras, ou relativement fermés (forêts plus ou moins claires), en plaine et en montagne et jusque sur les côtes.

 

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Le Loup est un animal diurne, crépusculaire et nocturne. Selon la saison, l'abondance de la nourriture et d'autres facteurs, il vit seul, par couple, en famille ou en meutes.

 

Le Loup crée un tissu social extrêmement élaboré. La meute ne dépasse guère une douzaine d'individus. Le loup solitaire existe, et c'est malheur pour lui : il s'agit d'un animal âgé, dont les dents usées ne lui permettent plus de chasser, et qui est rejeté de la meute, pour finir sa vie seul. Cet animal farouche et à juste titre craintif est en réalité au faîte de la socialité. Sa niche écologique consiste en une adaptation comportementale à la chasse coordonnée en groupes, qui lui permet de se nourrir de proies jusqu'à dix fois plus grosses que lui. En hiver, dans les déserts arctiques, c'est la solution de survie quand les baies et les petites proies ont disparu.

 

La meute est constituée d'une dizaine d'individus strictement hiérarchisés, chaque sexe étant inféodé au membre de même sexe du couple reproducteur. Il n'y a qu'un couple reproducteur par meute – fidèle d'une année à l'autre – et tous nourrissent ses jeunes. Marquages olfactifs et hurlements se combinent pour exploiter de façon optimale l'espace et ses ressources naturelles, dont l'abondance régule les populations de proies et de prédateurs, comme il est de règle dans la nature. Dans la meute, règne une stricte hiérarchie : elle est dirigée par un couple de leaders, mâle et femelle appelés "couple alpha". C'est le plus fort des mâles qui s'impose, après des luttes qui ne sont pas mortelles, les mâles dominés se soumettant. Le prétendant qui se soumet se couche sur le dos, et présente sa gorge au dominant.

 

Le Loup est monogame. Il choisit sa compagne, et lui reste attaché jusqu'à la mort. Seul le couple alpha a le droit de procréer. Si une autre lice a mis bas, sa progéniture est immédiatement tuée par la Louve dominante. Les petits de cette dernière sont protégés, nourris et éduqués par les autres femelles. Si un autre couple se constitue, il quitte spontanément la meute pour en créer une nouvelle. Le coupe alpha venant à être déchu rentre dans le rang. À l'issue d'une chasse, le couple dominant et ses petits mangent les premiers, sous la surveillance des autres adultes qui écartent les autres prédateurs du festin, renards et rapaces. Cette organisation évite toute consanguinité et le maintien de la force individuelle et collective.

 

Les loups chassent de préférence au crépuscule et la nuit, dormant le jour ou pratiquant des jeux collectifs, et entraînant les jeunes à la chasse. La meute se crée un territoire qu'elle marque par l'urine, et déplace celui-ci de plusieurs centaines de kilomètres, en fonction de la nature et de la quantité des proies.

 

Le Loup n'est pas sanguinaire. Il chasse et tue par nécessité. Il choisit les proies les plus faibles, les traînards ou les malades, dans les troupeaux. En carence de gros gibier, il se contente de lièvres ou de rongeurs. Sa prédilection pour les moutons est certaine, lorsque l'occasion se présente, et il en est de même pour les chiens nordiques.

 

Ajout du 15 avril 2016 : Que se passe-t-il quand un Loup rencontre un Lynx ?

 

L'utilité écologique du Loup est démontrée : il rétablit l'équilibre naturel en faisant disparaître les sujets vieillis, faibles ou malades. Ces dernières années, il a été montré que la présence de ce superprédateur, loin de nuire aux échelons inférieurs de la pyramide alimentaire et donc à la biodiversité, les favorise… Au Canada, l'Isle royale était peuplée de cervidés se nourrissant de lichens. Une surpopulation entraîna la dégénérescence. Le Gouvernement canadien implanta des meutes de loups capturés, qui rétablirent naturellement l'écosystème. L'exemple emblématique de cette réalité est celui du parc de Yellowstone, aux États-Unis, où l'éradication du loup a entraîné des famines et des épidémies chez les ongulés, dont il éliminait les individus malades. Il a fallu réintroduire le loup pour éviter le surpâturage et maintenir ses proies en bonne santé !

 

Les variations d’effectifs au sein des meutes peuvent être des réponses aux variations de la qualité de l’environnement ou suite à des réductions drastiques des effectif. En Europe, les meutes de loups se composent d'une louve et de sa portée de 3-4 louveteaux, et occasionnellement ceux de l'année précédente. Il existe une hiérarchie dans la meute dominée par un couple alpha. Un mâle et une femelle peuvent rester ensemble plusieurs années de suite. Le couple est sédentaire et défend un territoire surtout à l'époque de la reproduction. Le mâle participe à l'élevage des jeunes et, durant leurs premiers jours, apporte de la nourriture à la femelle. Quand les louveteaux sont grands, la famille peut étendre son territoire ou même le quitter temporairement. En hiver, plusieurs familles généralement apparentées se rassemblent pour former une grande meute, ce qui accroît les chances de succès à la chasse. Les hurlements que l'on entend surtout en hiver permettent aux membres d'une meute de se retrouver. La famille et la meute se disloquent au printemps, pendant et après le rut, les couples ayant un comportement territorial. Certains mâles peuvent être rejetés de la meute et adoptent un comportement erratique.

 

Le cri du Loup est un hurlement.  C'est en fait un chant qui correspond à des signes de reconnaissance ou d'amour. Ce chant  est d'abord isolé, puis repris par la meute entière. Il débute par un son grave, suivi d'une ligne d'harmoniques allant jusqu'aux aiguës. C'est aussi pour la meute l'affirmation de sa présence ou l'expression du bonheur ou de la souffrance de la faim. Le chant du Loup se retrouve uniquement chez les chiens nordiques, ce qui prouve leur ascendance.

 

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Meute de loups

© Nicolas Vanier

 

Excellent coureur, résistant, le Loup a un grand rayon d'action. Les 25 km de déplacement journalier reconnus au Loup ne sont qu'une moyenne. Couvrir 96 km en une seule nuit n'a rien d'exceptionnel. En marchant, il atteint un rythme de 6,5 km/h. Mais c'est au trot qu'il effectue ses longs déplacements à une vitesse variant entre 12,5 km/h et 16 km/h. Au galop, il peut atteindre 64 km/h.

 

Ajout du 15/05/2014 Source : Francetv info

 

Recordman des déplacements ? Aux États-Unis, un loup a parcouru des milliers de kilomètres à la recherche d'une femelle. L'animal et sa compagne ont été repérés dans la forêt nationale de Rogue River-Siskiyou.

 

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Le loup OR-7 photographié le 3 mai 2014

 

L'animal voyage depuis septembre 2011 et c'est la fin d'une longue quête. Le loup OR-7, célèbre pour ses déambulations dans l'Oregon (États-Unis), a peut-être trouvé une compagne, a annoncé lundi 12 mai le U.S Fish and Wildlife Service cité par l'agence Associated Press. Si cette union se confirme, le couple serait le premier des Cascade Mountains depuis le début du XXe siècle.

 

Une femelle a été filmée par les caméras de surveillance dans la forêt nationale de Rogue River-Siskiyou, là où vit désormais OR-7, selon le traqueur GPS qu'il porte au cou. Selon le biologiste John Stephenson, il est probable que les deux animaux soient en ce moment en train d'élever des louveteaux.

 

"C'est incroyable qu'il ait apparemment trouvé une compagne, a commenté le biologiste. Je ne pensais pas que cela arriverait. Je suis encore plus impressionné par la capacité des loups à survivre et à se trouver les uns les autres."

 

Les jeunes loups quittent généralement la meute pour trouver un nouveau territoire et une louve afin de former leur propre meute. OR-7 a quitté la meute d'Imnaha, dans le nord-est de l'Oregon, en septembre 2011. Il a franchi des autoroutes et des déserts jusqu'en Californie pour finalement gagner les Cascade Mountains.

 

Progression du Loup en Europe de l'Ouest

 

En Europe, on assiste actuellement à un retour du Loup à partir de l'Italie. Il s'est établi dans le parc du Mercantour, d'où il a gagné les Alpes et sporadiquement, on peut apercevoir des individus erratiques en Suisse, en Allemagne, dans le Jura et même dans les Vosges (voir Progression du Loup en France et Le Loup de retour dans le Massif jurassien).

 

Ci-dessous, une carte montrant les déplacements mensuels d'un loup depuis Parme jusqu'à la France (source Ciucci & Boitani 2004).

 

Récupéré et soigné ce jeune loup mâle percuté par un véhicule, le 28 février 2004 a été équipé d’un collier GPS/GSM permettant de connaître sa position par contact téléphonique et satellitaire. Les enregistrements de position relevés tous les 3 jours montrent la capacité de mobilité des jeunes loups en phase de dispersion. L’animal a régulièrement progressé depuis la région de Parme vers l’Ouest via la chaîne des Appennins. Peu à peu il a concrétisé l’espoir de mettre en évidence les voies et distances de colonisation par des données directes. Ce qui était déjà appréhendé par les méthodes indirectes telles que le suivi génétique. Ce loup a franchi à plusieurs reprises des routes et autoroutes, les domaines vitaux d’autres meutes de loups. Il s’est rapproché de la côte (près de Rapallo) mais également des plaines et collines de la région de Mondovi. Il s’est ensuite dirigé directement vers la France par le Pesio, et jusqu’au col de Turini. Il est alors revenu sur ses pas en Italie et s’est visiblement stabilisé, bien que parcourant entre 20 et 40 km par jour. Le trajet représente environ 450 km de déplacement. Cet animal est à la recherche d’un territoire, soit libre, soit déjà occupé par une meute dans laquelle il chercherait à s’intégrer. Ce déplacement n’est pas exceptionnel, il est même conforme aux données citées dans la bibliographie.

 

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Déplacements mensuels

d'un loup équipé GPS/GSM

(document réseau Grands-Carnivores)

 

Depuis 2003, des opérations de suivi estivales de la reproduction des loups en France sont menées de manières systématiques au sein des zones de présence permanentes identifiées par le réseau Grands-Carnivores (GC) au fil des années. Ces opérations visent à renseigner la qualité de la reproduction, paramètre primaire de la dynamique d’une espèce avec la survie, l’émigration et l’immigration. En effet, la qualité de la reproduction engendre un potentiel de dispersion de jeunes animaux dans leurs premières années de vies et donc traduit une dynamique de l’espèce à l’échelle de la population.

 

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Déplacement des loups

dans le parc du Mercantour

(document réseau Grands-Carnivores)

 

Le Loup reste très prudent et farouche si on le compare à d'autres mammifères sauvages. Acculé, il peut être dangereux pour l'Homme. Il montre une perception des mouvements, un odorat et une ouïe très développés.

 

Les loups comptent mieux que les chiens. (Sciences et Avenir, n° 816, février 2015 p. 23). Quand on est sauvage, savoir compter est un avantage, mais cette aptitude sert moins quand on est domestiqué. C'est l'hypothèse émise par les chercheurs de l'École vétérinaire de Vienne (Autriche) après comparaison des performances de loups et de chiens. Dans une première étude en 2012, onze Canis lupus avaient à choisir en appuyant sur un buzzer entre deux tubes opaques dans lesquels ils voyaient tomber des morceaux de fromage. Et les loups, qui devaient choisir le tube le plus rempli, ont très bien fait la différence entre 2 et 3 morceaux et entre 3 et 4. Deux ans plus tard, la même équipe a proposé cet exercice à 13 chiens. Qui ont échoué au test.

 

Les chercheurs pensent que cette perte de capacité pourrait être due à la domestication. Dans la nature, compter permet par exemple d'éviter d'affronter un groupe plus nombreux que le sien ou de faire les bons choix de chasse. « Comparés aux loups, les chiens domestiques n'ont plus besoin de chercher leur nourriture, ils ont un endroit sûr pour dormir et même la reproduction est contrôlée par l'homme. Aussi sont-ils exclus de la sélection naturelle », conclut Friederike Range, auteur principal de l'étude.

 

L'émission vocale la plus connue du Loup est le hurlement que les membres d'une meute utilisent en hiver. Le Loup hurle surtout pendant le rut en hiver et au printemps. Sinon il aboie et gronde.

 

La nourriture des loups est essentiellement animale. Ils se nourrissent d'une grande variété d'animaux allant de la taille des souris jusqu'à celle du Cerf ou de l'Élan, d'animaux domestiques jusqu'à la taille de la Vache et également de cadavres. Ils ne dédaignent pas oiseaux, reptiles, insectes, amphibiens et baies.
 

La reproduction a lieu entre décembre et mars. Elle est plus tardive dans le Nord que dans le Sud. Les accouplements sont notés en moyenne entre fin février et début mars. Même si les cas d’incestes existent, ils restent rares. Seule la femelle alpha se reproduit en inhibant les chaleurs des autres femelles du groupe par des mimiques comportementales et des diffusions hormonales. Les femelles sont matures dès l’âge de 22 mois. Toutefois, la majorité des femelles se reproduisent à partir de 3 ans. D’après examens sur animaux morts, les femelles âgées de 2 ans ont moins de fœtus (5,3 en moyenne) que les plus âgées (6,5 en moyenne), et elles ont tendance à se reproduire plus tard en saison.

 

La gestation dure environ 9 semaines. Les mises bas ont lieu dans une tanière, creusée par l’animal lui-même ou par l’agrandissement d’antres creusés par une autre espèce, renard, blaireau. La plupart sont situées en zones pentues ou sous couvert forestier. La tanière peut être aménagée sous un arbre creux, sous une cavité rocheuse. Elle est généralement située au centre du territoire, tout en précisant que plus le territoire est grand et plus la tanière se trouve au centre du territoire. Les tanières sont abandonnées de fin juin à début juillet. Les cinq ou six louveteaux sont élevés par les deux parents.

 

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Louveteau émergeant de sa tanière

© Nicolas Vanier

 

Les louveteaux naissent aveugles : ils ouvrent les yeux à 10 jours environ. Allaités durant deux mois, ils commencent à manger des aliments solides à partir de la 4e semaine et sont emmenés à la chasse pour la première fois à l'âge de 2 ou 3 mois. En général, ils restent dans le groupe familial jusqu'au printemps suivant. La maturité sexuelle est atteinte au cours de la deuxième année et la longévité atteint 16 ans.

 

 Ajout du 22 février 2016

Les loups adultes sont extrêmement attentifs à leurs jeunes. Ils les surveillent et les protègent. Notamment le mâle est un excellent père comme le prouve ce reportage sur le Loup, un documentaire diffusé par France 2 le dimanche 21 février  sous le titre suivant : "Les superpapas de la nature".

 

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Courbe de croissance de jeunes loups sur 4 mois

 

La grande majorité des meutes se reproduisent chaque année. Smith et al. (1995-2005) relèvent que 83% des groupes se sont reproduits au Yellowstone sur 70 meutes étudiées pendant la phase de colonisation. En Europe, Ciucci et Boitani (1999) ont constaté dans la région de Toscane en Italie, qu’une meute s’est reproduite 9 années consécutives. Toutefois, le nombre de meutes reproductrices peut varier au cours du temps, par exemple au Yukon après une campagne de réduction des effectifs de loups, le nombre de meutes reproductrices est passé de 35% à 90% en l’espace de trois ans (Hayes et Harestad, 2000). Une relation est donc à faire entre la phase de croissance (colonisation ou stabilisation) et la quantité de jeunes produits dans la population. La proportion de femelles reproductrices est donc amenée à être supérieure dans une population en phase d’expansion comme en France, avec, notamment, un grand nombre de disperseurs qui peuvent avoir accès au statut de reproducteur en fondant un nouveau territoire.

 

Lorsque les louveteaux quittent les tanières, ils ne sont pas encore en mesure de suivre les adultes lors des expéditions de chasse, ils attendent alors les parents jour et nuit sur une zone appelée "site de rendez-vous".

 

Au cours de l’été, une meute utilise de 1 à 3 sites de rendez-vous. Le site de rendez-vous peut se situer de quelques centaines de mètres à 14 km de la tanière. Les déplacements sont fonction de l’âge et du développement des jeunes. En mai-juin, les distances moyennes par jour parcourues par les jeunes sont de 1,6 km contre 3,7 km en août-septembre.

 

Les distances entre les sites de rendez-vous peuvent atteindre 7,3 km avec une moyenne de 3 km.

Les dates d’arrivées sur le premier site de rendez-vous se situent de fin juin à début juillet.

Les déplacements vers le deuxième site s’étalent du mois d’août au mois de septembre avec une durée de présence de 8 à 71 jours.

L’abandon définitif du site de rendez-vous s’étale du 10 août au 10 octobre. L’abandon du site serait brutal pour les louveteaux et graduel pour les adultes et les loups âgés de 2 ans (Yearlings).

 

Le rôle du loup dans les écosystèmes : l'effet de cascade

 

Une vidéo explique comment la réintroduction du loup dans le parc de Yellowstone aux États-Unis a favorisé un rééquilibre des écosystèmes, du point de vue floristique et faunistique, y compris un impact sur le cours des rivières.

 

Un site précieux pour tout ce qui concerne le Loup : http://www.loup.developpement-durable.gouv.fr/

 

Un site intéressant : Peuple Loup https://www.tipeee.com/peupleloup

 

Réintroduction du Loup dans l'Ouest américain : https://www.youtube.com/watch?v=5jZcqeJrPgc&feature=player_embedded

 

Plus de renseignements sur le Loup en France :

http://loup.org/spip/IMG/pdf/ddploupsfepm_dec2012.pdf

Quel est l'animal le plus dangereux pour l'Homme ?

Jacques Perrin : son plaidoyer pour le Loup.

Le Loup de retour dans le massif jurassien ?

Le Loup est de retour dans le massif du Jura français. On le signale également dans le Jura genevois, le Jura bernois ainsi que dans les Vosges y compris la région des Mille Étangs en Haute Saône. État des lieux remis constamment à jour  (04/06/2013).

 

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Stratégie de prédation chez le Loup

loup012-logo.jpgStratégie de prédation chez le Loup

 

par André Guyard

(dernière mise à jour : 20/10/2014)

 

Comme tous les vertébrés carnivores, les loups se nourrissent de la chair d'autres animaux. Ils procèderont à la recherche de proies potentielles. Dans cette quête de nourriture, il y a optimisation de la prédation par mise en place d'une stratégie de capture des proies.

 

Chaque espèce de prédateur utilise des stratégies de prédation peu à peu optimisées par la sélection naturelle si bien que chaque prédateur chasse de la manière la plus efficace possible et l'on peut établir des règles de stratégie optimale de prédation.

 

1. Les prédateurs choisissent les proies les plus profitables qui pré­sentent le meilleur rapport énergie récoltée/énergie de capture et d'ingestion. Les individus les plus vulnérables : jeunes, malades, dépourvus de refuge ou de protection seront les plus recherchés. C'est le rapport qualité-prix qui compte. Il est évident que lorsqu'on offre un troupeau de moutons prisonniers d'un enclos sans abri, ni protection, les loups auront une préférence pour ce genre de proies particulièrement vulnérables plutôt que de s'échiner à poursuivre leurs proies naturelles comme les chevreuils.

 

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© Nicolas Vanier

 

2. Les prédateurs tendent à concentrer leur effort de chasse là où les proies sont les plus abondantes (réponse d'agrégation du prédateur). Mais la qualité de la prospection varie suivant la quantité du butin. S'il est rare ou au contraire très abondant, les prédateurs n'optimisent pas, c'est-à-dire qu'ils ne distinguent pas dans leur comportement les zones riches en proies et les zones pauvres. L'optimisation paraît ne se manifester que dans les zones intermédiaires à densité moyenne.

 

Dans la nature, pour une certaine gamme de densité des proies, le taux de prédation tend à augmenter avec la densité des proies. Ce qui aboutit à une régulation des popula­tions de proies (régulation densité-dépendante), ce mode de ré­gulation n'étant qu'une composante des mécanismes qui stabilisent et régu­lent les populations sauvages.

 

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© Nicolas Vanier

 

3. Les prédateurs accumulent de l'information au cours de l'échantillonnage : situation géographique, facilité d'accès et conformation du terrain, abondance et nature de la proie… Ainsi, les prédateurs "s'attendent" à trouver de la nourriture là où ils en ont déjà trouvé. Ils se représentent peut-être une "image de la proie" (searching image). Le Loup, comme tous les prédateurs au cours de leurs expériences successives, ira directement là où il a déjà trouvé des proies (expectation). Quant à l'image de la proie, si le Loup peut s'en former une, peut-être se ramène-t-elle à un certain niveau d'expectation ?

 

4. Dans le choix des proies, il faut tenir compte des goûts individuels du prédateur et on aurait tort de croire que la proie la plus grosse et la plus riche en calories potentielles va forcément être préférée. Surtout si les proies sont assez abondantes, l'animal va en rechercher de préférence certaines qui peuvent être de valeur nutritive moindre ; et on a d'assez bons arguments pour penser qu'elles en préfèrent tout simplement le goût !

 

5. La chasse en coopération a été bien mise en évidence chez les loups et les lions. Chez les loups, qui chassent très souvent en groupe, une stratégie tout à fait différente est observée suivant qu'il s'agit d'une proie très volumineuse comme un élan ou d'une proie moins grosse mais très rapide comme les caribous. Dans ce dernier cas, les loups semblent bien organiser des relais : un premier groupe pousse le caribou vers l'embuscade tendue quelques kilomètres plus loin, et quand les prédateurs sont presque épuisés une troupe fraîche prend la suite. Sans cela, les loups n'auraient aucune chance d'attraper les caribous, qui les dépassent nettement à la course. On pense également maintenant que les hurlements gradués et modulés émis par les loups en chasse sont interprétés par les congénères à grande distance. Les lions ou plus précisément les lionnes, dont la stratégie paraît plus développée, poursuivent le gibier à deux ou trois et sont capables de le rabattre vers un vallon sans issue.

 

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© Nicolas Vanier

 

En ce qui concerne le comportement des proies, on peut remarquer que, chez les animaux supérieurs, la défense contre les prédateurs est dans presque tous les cas passive : il est rare que les animaux attaquent le prédateur. Ou bien, comme chez les bisons, les grands mâles forment un cercle qui fait face aux loups pendant que les femelles et les petits sont bien protégés au milieu du cercle ; ou bien tout le monde a recours à la fuite. Avec le retour du Loup en Franche-Comté, peut-être que les Montbéliardes vont recouvrer leurs cornes ?

 

En définitive, la prédation, surtout lorsqu'elle implique coopération, présente à l'observateur des phénomènes extrêmement compliqués et variés, certains mettant en cause les niveaux les plus élevés du psychisme. Dans certains cas, les techniques paraissent optimisées.

 

Pour explorer davantage le mécanisme de la prédation, on peut visiter l'article qui se rapporte aux mécanismes du phénomène dans l'ensemble du règne animal.

 

Prédation respective des chiens divagants et des loups

 

Une étude scientifique récente (2009), publiée par la "Zoological Society of London", réalisée dans le pays basque espagnol apporte un regard nouveau sur la prédation respective des chiens divagants et des loups. Elle est due à J. Echegaray et C. Vila et se fonde sur l'analyse génétique des fecès des loups et des chiens divagants en Espagne. Elle démontre que le prélèvement sur la faune sauvage dû aux chiens errants est considérable par rapport à celui des loups.

 Les résultats de cette étude (rédigée en anglais) sont consignés ci-dessous :

 

Fèces de loups

 

 Parmi les 30 fèces de loups étudiées, 73% des restes appartiennent à des animaux sauvages, seulement 3% appartiennent à des ovins :

* une seule contenait des restes non identifiés,

* 22 contenaient des restes de chevreuils (Capreolus capreolus),

* 3 des restes de sanglier (Sus scrofa),

* 1 des restes de blaireau (Meles meles)

* 1 des restes de lièvre (Lepus europaeus)

* 8 contenaient des restes d’animaux domestiques (équins : 4, bovins : 3, ovins : 1)

 

 Fèces de chiens

 

 Parmi les fèces de chiens étudiées : 39 restes ont été identifiés et 14 n’ont pu l’être. 54% des crottes contenaient des restes d’animaux d’élevage :

* 14 fèces (36%) contenaient des restes d’ovins

* 7 (18%) contenaient des restes de chevaux ou de bovidés.

 

Ci-dessous des statistiques relatives aux attaques des grands canidés au sein des troupeaux domestiques.

 

Quelques chiffres relatifs à l'année 2009

 

Le tableau ci-dessous fait le bilan des attaques et des victimes au sein des troupeaux domestiques par de grands canidés.

 

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Bilan des attaques et victimes de grands canidés

sur les troupeaux domestiques en 2009

(© plan d'action national sur le Loup)

 

Le nombre de victimes des grands canidés (c'est-à-dire du Loup) peut paraître important. En fait, il faut relativiser ce nombre de 3263 victimes par rapport aux 400 000 ovins victimes chaque année de chiens errants.  Voir à ce propos l'article de France Nature Environnement (FCE).

 

Dans sa livraison de décembre 2011, le mensuel Science & Vie essaie de répondre à la question : pourquoi le Loup est si mal toléré en France ? (Science & Vie décembre 2011, n° 1131 p.138-139).

 

"En effet, si le Loup est mieux toléré dans certaines régions italiennes et espagnoles, c'est qu'il n'en a jamais disparu ! Tandis qu'en France, cela fait presque un siècle que l'élevage se développe à l'abri de tout prédateur, le dernier loup français ayant disparu dans les années 1930. En Italie et en Espagne, l'espèce a survécu aux attaques répétées des hommes avant de se voir attribuer le statut d'espèce protégée en 1979. Dès lors, la reconquête de Canis lupus, tout aussi honni dans ces pays-là, a pu reprendre... Jusqu'à traverser la frontière italienne au début des années 1990 et s'installer dans les Alpes du Sud... où les éleveurs ont donc perdu depuis plus de deux générations l'habitude de se battre contre de tels prédateurs. Bilan : des centaines, et bientôt des milliers de moutons tués (4189 indemnisations au titre de victimes du loup en 2010). Sans parler du stress engendré sur le troupeau, qui grossit moins ou donne moins de lait. D'où la colère des éleveurs, déjà fragilisés par la crise du secteur.

 

BRACONNAGE LÉGAL ?

 

Toutefois, nos bergers français sont loin d'être isolés. Partout où le Loup a recolonisé des territoires désertés (le nord de l'Italie, la France, la Suisse, la Norvège), la cohabitation est difficile et le rejet unanime. Dans les régions où le Loup a toujours été présent (sud de l'Italie et Espagne), les pertes sont moins lourdes, les éleveurs plus conciliants. Et pour cause : la trilogie "berger-chien de protection-enclos pour la nuit" existe toujours. On trouve ainsi de nombreux enclos en pierre qui protègent les troupeaux la nuit, et la main-d'œuvre moins chère favorise la présence d'un aide-berger à proximité permanente du troupeau. Autre différence : dans les Abruzzes, l'élevage ovin est principalement destiné à la production de lait. Ces petits troupeaux sont regroupés chaque soir pour la traite dans un endroit protégé. Enfin, en Italie et en Espagne, le loup ne jouit pas d'une protection totale. "Les autorités tolèrent, voire autorisent les éleveurs à braconner l'animal, précise Laurent Garde, chercheur au Centre d'études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée. Faisons pareil en France et les éleveurs supporteront mieux la situation." Ce qui peut aussi dissuader les loups de s'approcher. Une demande partagée par nombre de bergers français."

 

Pour ce qui concerne la prédation en général, voir l'article : la prédation : relations mangeur-mangé.

Un site précieux pour tout ce qui concerne le Loup : http://www.loup.developpement-durable.gouv.fr/

 

Quel est l'animal le plus dangereux pour l'Homme ?

 

Comment la réintroduction de loups dans le parc de Yellostone aux ÉTATS-UNIS a profondément modifié l'écosystème de la région : une vidéo qui souligne un rôle inattendu du Loup dans la chaîne alimentaire.

 

Loup y es-tu ?

loup,traces,empreintesLoup y es-tu ?

 

par André Guyard

 

 

 

 

Différentes méthodes permettent d'identifier un prédateur. Il y a, bien sûr la photographie fournie par un particulier ou par un appareil à déclenchement automatique. Mais on peut repérer l'animal à ses traces en examinant les empreintes laissées par ses pattes sur un sol boueux ou dans la neige. Et puis, il y a les méthodes plus scientifiques : examen des poils, analyses génétiques par ADN qui permettent d'identifier, non seulement l'espèce de prédateurs, mais également son origine génétique par comparaison avec d'autres empreintes génétiques déjà répertoriées.

 

Les empreintes de pas

 

Parmi les traces de Canidés relevées sur le sol, on rencontrera celles du Renard, du Chien et, éventuellement celles du Loup.

 

Empreintes du Renardroux Vulpes vulpes

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Le Renard roux

 

Le Renard est un digitigrade. Il a cinq doigts aux pattes antérieures et quatre seulement aux postérieures, mais le doigt interne antérieur se trouve si haut qu'il ne laisse aucune marque sur l'empreinte. Quatre pelotes digitales et un grand coussinet plantaire sont visibles. Les griffes sont longues, fines et pointues. L'empreinte, sur laquelle pelotes et griffes sont bien marquées, est si régulière qu'il est généralement impossible de dire (quand on n'en voit qu'une seule) si elle a été laissée par une patte droite ou une patte gauche. L'empreinte de la patte antérieure est un peu plus grande que celle de la patte postérieure, mais lui ressemble étroitement pour le reste. Mensurations : longueur, environ 5 cm ; largeur, 4 à 4,5 cm.

 

L'empreinte du Renard peut être facilement confondue avec une empreinte de Chien ayant des dimensions voisines. Toutefois, les pelotes plantaires du Renard, plus petites, ne sont pas aussi serrées que celles du Chien. En outre, chez le Renard, les deux pelotes digitales les plus centrales se trouvent un peu plus en avant, de sorte qu'il existe un intervalle plus grand entre le bord antérieur du coussinet principal (talon). Si l'on trace une ligne droite au bord antérieur des pelotes digitales des doigts externes, elle touchera le bord postérieur des deux pelotes digitales médianes ou sera située en arrière. Comparée à une empreinte de Chien, celle du Renard paraît plus allongée et plus fine. De plus, les marques des griffes sont plus étroites et plus pointues.

 

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Comparaison des empreintes de Renard et de Chien

 

En hiver et surtout dans les pays nordiques, la pilosité qui entoure les pelotes plantaires peut être si dense et si longue qu'elle les recouvre. Dans ce cas, l'empreinte est plus grande, plus arrondie et ses contours sont beaucoup moins nets.

Voie : Le Renard utilise toutes les allures, mais le plus souvent il se déplace au trot.

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Voie de Renard dans la neige

 

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Voies de Renard à différentes allures

 

En terrain ferme, la piste du Renard diffère de la piste normale du Chien et du Loup car elle apparaît comme une série de couples d'empreintes disposés obliquement par rapport au sens du déplacement. Chacun correspond à l'empreinte d'une patte antérieure précédée de celle d'une patte postérieure, qui se trouve en oblique et sur le côté. Les empreintes laissées par les pattes postérieures sont situées du même côté. Cette disposition si particulière vient du fait qu'en trottant, le Renard tient son corps obliquement. De temps à autre on peut constater que l'animal a changé de côté et a déplacé son arrière-train dans l'autre sens. Au trot, la voie n'est donc pas rectiligne. Dans la neige ou sur un sol très mou, le Renard tient toujours le corps dans le sens de la direction suivie et place la patte postérieure dans l'empreinte de l'antérieure, si bien que les voies forment une piste régulière. Au trot, la longueur du pas est voisine de 70 à 80 cm. Quand le Renard marche sur un sol dur, la patte postérieure est généralement posée en avant de l'empreinte de la patte antérieure et la longueur du pas est alors égale à 25-35 cm. Si l'animal est effrayé ou poursuivi il bondit ou galope et la longueur de ses pas varie beaucoup.

 

Empreintes du Chien domestique Canis familiaris

 

Empreintes et voie ressemblent à celles du Renard roux. L'empreinte du Chien paraît cependant plus compacte car les pelotes plantaires sont plus grandes et plus rapprochées. Le coussinet plantaire atteint les pelotes des doigts médians. Si l'on trace une ligne touchant le bord antérieur de la pelote du doigt externe, elle coupe les pelotes des doigts médians. Les empreintes des griffes sont fortes et larges. L'empreinte de la patte antérieure est nettement plus grande que celle de la patte postérieure et le bord postérieur du talon est concave alors que sur l'empreinte de lapatte postérieure il est convexe.

 

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Empreintes du Loup Canis lupus

 

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Un Loup (cliché Nicolas Vanier)

 

L'empreinte et la voie ressemblent à celles d'un grand Chien et peuvent être très facilement confondues. Il est pratiquement impossible de distinguer les empreintes d'un chien-loup de celles du loup, car les races de chiens-loups ont été obtenues en croisant des chiens d'allure lupine avec des loups.

 

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Comparaison des empreintes de Chien et de Loup

 

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Traces de loup dans la boue

(photo L. Boyer)

 

Cependant, les pelotes digitales du Loup sont plus allongées et ne sont pas aussi rapprochées. Il en résulte que l'intervalle existant entre les deux doigts médians est un peu plus grand que chez le Chien. En outre, les marques laissées par les griffes sont plus fortes, plus longues et plus pointues que chez le Chien. L'empreinte de la patte antérieure d'un Loup adulte mesure environ 11 cm de long et 10 cm de large ; l'empreinte de la patte postérieure a 8 cm de long et 10 cm de large.

 

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Au pas, allure que le Loup utilise assez rarement, la longueur du pas est voisine de 80-90 cm. Au trot, qui est l'allure de loin la plus employée, le pas mesure environ un mètre ; enfin, quand le Loup court ou galope, il franchit 1,50 m ou plus d'un seul pas.

 

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Voie de Loup dans la neige

© Y. Léonard

 

L'examen des poils (Yannick Léonard)

 

Un pré-examen de la structure des poils précède toujours les analyses génétiques.

Avant les analyses génétiques auxquelles un poil peut être soumis, une pré-analyse par microscopie peut s’avérer intéressante pour isoler une espèce ou au moins un groupe d’espèces. Cette technique est utilisée pour l’analyse du régime alimentaire des restes de proies trouvés dans les excréments.

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Structure d'un poil de Loup à la binoculaire

 

Une fourrure est composée de plusieurs variétés de poils. Dans le cas d’une détermination d’espèce c’est le poil de jarre (poil long généralement pigmenté de la partie visible de la fourrure) qui permet d’obtenir des résultats. L’examen est réalisé avec un microscope binoculaire à grossissement variable et se fait sur 4 critères : l’examen de la forme générale, de l’organisation des cellules de la médulla (partie interne du poil), de la forme des écailles recouvrant celui-ci et de l’organisation cellulaire interne par la coupe transversale. Les échantillons sont ensuite comparés à des collections de référence et atlas[1].

 

Ainsi par exemple, un poil ondulé, indique un poil d’artiodactyle permettant d’écarter les carnivores. Le cas le plus simple reste le sanglier où l’aspect général du poil, épais et fourchu, peut suffire à la détermination.

 

La structure de la médulla est un des critères majeurs dans l’identification. À titre d’exemple (voir photo ci-dessus), la médulla dans un poil de loup est fragmentée et réticulée à proximité du bulbe puis noire et opaque ensuite. L’examen de l’empreinte des écailles du poil sur un vernis permet en général de compléter la première identification. Enfin, la coupe transversale s’avère bien souvent nécessaire pour distinguer les poils de différentes espèces d’ongulés.

 

Dans le cadre des poils récoltés directement sur site, l’objectif est, dans un premier temps, de faire un tri avant l'analyse génétique pour exclure tous les poils autres que ceux de carnivores. Dès lors qu’il s’agit d’un poil de carnivore, ou qu’un doute subsiste, l’échantillon, s’il est entier avec le bulbe, fera l’objet d’une analyse génétique.

 

Collecte des excréments (Yannick Léonard)

L’objectif de la collecte d’excréments sur le terrain vise en premier lieu à réaliser les analyses génétiques et à étudier le régime alimentaire. Cette collecte est donc soumise à certaines conditions pour optimiser la recherche en laboratoire.

 

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Collecte d'excréments

(cliché Y. Léonard)

 

Afin de prévenir tout risque de contamination entre échantillons (phénomène de pollution génétique), l'échantillon est recueili dans un sac de congélation type ZIPLOC.

 

Par ailleurs, d’un point de vue sanitaire et pour prévenir tous risques de zoonoses, toute manipulation doit se faire avec des gants à usage unique ou par retournement du sac en mettant la main à l’intérieur pour saisir l’excrément.

 

Le sac est référencé avec les indications suivantes :

 

  • La date de collecte,
  • Le nom du correspondant et (le cas échéant) de l’observateur,
  • Le nom de la commune et le n° du département,
  • Le n° du prélèvement (si plusieurs échantillons collectés au même endroit).

 

Ces mêmes éléments sont reportés sur la fiche indice correspondante. L’absence d’une de ces indications rend l’échantillon inexploitable.

 

L’intégralité de l’excrément doit être récolté pour faire l’objet d’une analyse du régime alimentaire.

 

Les analyses génétiques

 

Les analyses génétiques concernant Loup et Ours sont effectuées par le laboratoire de génétique de Grenoble qui examine environ 300 échantillons loups par an. Les échantillons sont préparés à l’ONCFS et remis au laboratoire avec une périodicité de 2 mois, les résultats étant restitués (détermination de l’espèce, lignée et individus) selon cette même périodicité (Christophe Duchamp).

 

Pour en savoir plus sur les empreintes des animaux sauvages :

 

Bang P. & Dahlstöm P. (1977). - Guide des traces d'animaux. 240 p. Éd. Delachaux & Niestlé.

 

Voir aussi l'article sur la stratégie de prédation du Loup.

 

Un site précieux pour tout ce qui concerne le Loup : http://www.loup.developpement-durable.gouv.fr/

Plus de renseignements sur le Loup en France :

http://loup.org/spip/IMG/pdf/ddploupsfepm_dec2012.pdf

[1]DEBROT S. FIVAZ G., MERMOD C. & WEBER J.M. (1982) – Atlas des poils de mammifères d’Europe, Institut de zoologie, Université de Neuchâtel.

 

Quel est l'animal le plus dangereux pour l'Homme ?

Retour du Loup : le point de vue de l'historien

loup,retour du loup,historien,jean-marc moriceau,sciences et avenirLe Loup : le retour en grâce

d'un roi maudit ?

 

par Jean-Marc Moriceau

 

Jean-Marc Moriceau, historien, est spécialiste de l'histoire des campagnes. Professeur à l'université de Caen et président de l'Association d'histoire des sociétés rurales, il conduit actuellement une enquête européenne sur les relations entre l'Homme et le Loup.

 

Le texte ci-dessous cumule des entretiens avec Jean-Marc Moriceau (Sciences et Avenir n° 774 août 2011 p. 94, propos recueillis par Rachel Mulot et François Folliet et Sciences et Avenir hors série n° 170 avril/mai 2012, pp.60-63, propos recueillis par Andreina de Bei).

 

Dans ses ouvrages, appuyés sur des sources abondantes et détaillées, Jean-Marc Moriceau a répertorié jusqu'à 4702 attaques de loups sur l'homme en France entre le XVe et le XXe siècle. Cet éclairage comportemental précisément contextualisé a provoqué de vives réactions dans les milieux sensibles au sort du Loup. En effet, Canis lupus, disparu de France autour de 1930, n'a jamais cessé, depuis son retour naturel d'Italie en 1992, d'exciter les passions de ses partisans et détracteurs. Animal protégé internationalement par la Convention de Berne (1979) et en France par un arrêt de 1996, le Loup a progressé dans notre territoire, du Massif Central jusqu'aux Vosges, où la présence d'un deuxième individu a été confirmée cet hiver par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. On en compterait en tout aujourd'hui à peu près deux cents.

Depuis l'Antiquité, et jusqu'à sa protection en France en 1992, l'animal a été perçu comme l'ennemi public n°l. Objet de haine et de fascination, le Loup a subi la fureur des hommes, jusqu'à l'éradication. Le Loup est un révélateur des sociétés.

 

Le Loup a été construit comme un ennemi public

 

Le Loup est un animal politique. Il a servi d'épouvantail et d'adversaire aux sociétés humaines depuis le VIe  siècle avant notre ère. Nous lui avons mené une véritable guerre, deux mille ans durant. Mais la France est le seul pays où la lutte a pris un tour institutionnel avec la mise en place de la Louveterie, un corps d'agents publics consacré à sa destruction, formellement établi au XIVe siècle. La France étant un État centralisé, ce carnassier servait d'ennemi intérieur en temps de paix : on comptait jusqu'à 20 000 loups à la fin du XVIIIe siècle, s'immisçant jusque dans les villes.

 

La peur viscérale de cet animal est justifiée

 

J'ai documenté plus de 3000 attaques sur l'Homme en France entre le XVe et le XXe siècle. Un chiffre non exhaustif... Des réalités effectives ont nourri l'imaginaire du Loup. Jusqu'en 1880 en Dordogne, les attaques ont créé des psychoses collectives, L'animal a disparu dans les années 1930, mais jusqu'en 1940-1950, on savait qu'était le Loup. Cependant, la mémoire s'est effilochée. Une autre image, positive celle-là, est alors venue du Grand Nord canadien, où l'animal n'est pas en concurrence avec l'Homme. Pourtant, des attaques ont encore lieu. Ainsi, en Espagne, quatre enfants ont été tués entre 1962 et 1971. En France, le risque est infinitésimal, mais il n'est pas nul. Certes, les victimes sont peu nombreuses, mais il y a une transgression anthropologique terrible : l'Homme est dévoré vivant.

 

Que dit l'image du loup de notre société ?

 

Le Loup est un révélateur du fonctionnement des sociétés et de leur rapport à l'espace. Cet animal intelligent et opportuniste met en lumière les faiblesses de notre organisation. Il est aussi un ferment de division : c'est le seul animal qui ait autant excité les passions économiques, culturelles et politiques. Il éclaire aussi la fragilité de notre occupation de l'espace. Aujourd'hui, nous sommes divisés pour savoir s'il faut le protéger ou le réguler. Depuis son retour naturel en France en 1992, les attaques sur le bétail ont été multipliées par quatre ou cinq. Il est désormais présent dans une douzaine de départements. Notre culture d'élevage extensif et à l'air libre, souvent pour la viande, offre des secteurs très exposés.

J'ai étudié les luttes menées par l'Homme contre le Loup : il s'agissait de tenter de répondre à une question de société actuelle : quelle est la place de l'animal sauvage ? Car elle fait aujourd'hui débat au sein de l'opinion publique, eu raison de l'intérêt suscité par la préservation de la biodiversité et des contradictions qu'elle soulève en termes de développement durable. Les historiens étaient plutôt absents de la discussion.

 

Que représentait pour l'homme cet animal que l'on a voulu « éradiquer » ?

 

Au départ, il n'était pas question d'éradiquer le Loup, mais simplement de le repousser hors de la zone d'emprise de l'humain afin de prémunir celui-ci d'un danger. Car, pendant des siècles, l'Homme a été conscient de son impuissance à venir à bout de cet animal. La question de "l'extermination" ne s'est posée qu'au XIXe siècle, quand les moyens techniques et le contexte politique se sont prêtés à une entreprise de cette nature. Le Loup représentait alors essentiellement un concurrent de l'Homme pour l'alimentation, puisqu'il restai! le seul grand prédateur camivore en Europe et ponctionnait régulièrement le bétail en tout genre. Occasionnellement s'ajoutait à cette menace un comportement véritablement dangereux pour les humains, de la part soit de loups enragés s'attaquant à tous les êtres vivants rencontrés sur leur passage, soit de loups prédateurs à comportement anthropophage. Agresseurs de l'Homme, ils transgressaient clairement l'ordre naturel des choses.

 

Le loup porte une charge symbolique

 

Une charge récupérée par l'Église. Il faut s'imaginer qu'en France, il y a eu jusqu'à 20 000 loups, largement répandus dans tout le pays. Lorsque se produisaient des attaques sur l'homme - agressions traumatisantes et répétées -, il était très difficile d'identifier les coupables. Dans un pareil contexte, le lien avec les bêtes apocalyptiques décrites par les Écritures, mis en évidence par les sermons des clercs, devenait incontestable : aux yeux de l'Église, ces drames que l'on n'arrivait pas à éviter étaient souvent considérés comme des signes de la colère divine.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, le Loup a été l'emblème majeur du "sauvage" s'opposant à la civilisation. Le représentant d'un ordre différent de celui des humains. C'est un animal extrêmement intelligent, résistant, qui s'adapte à tous les environnements, et qui non seulement défiait l'Homme mais parvenait à lui résister, y compris lors de battues organisées. Il a fallu attendre sa quasi-disparition en France pour que, par exemple, une démarche de type naturaliste gagne du terrain, auprès des louvetiers), afin de tenter de juguler l'extinction totale de l'espèce. Ce mouvement a en quelque sorte anticipé le retournement dont fait l'objet de nos jours l'image du loup.

Le Loup a changé d'image en plusieurs étapes. La première, fondamentale, c'est sa disparition physique - définitive après la guerre de 1914 -, qui a entraîné la fin de l'insécurité. Les attaques sur les troupeaux ont cessé, permettant à l'élevage de se reconfigurer géographiquement. Les agressions sur l'Homme, de la part de loups prédateurs jusque vers 1820-1830 et de loups enragés jusque vers 1880, se sont également arrêtées. Dans ces conditions, l'imaginaire négatif traditionnel attaché à l'animal qui n'avait jamais été dompté a commencé à s'effilocher. Par la suite nous sont parvenues d'Amérique du Nord des images de loups habitant d'immenses espaces sauvages, où les rapports avec l'Homme n'avaient pas lieu d'être conflictuels. Ces icônes séduisantes allaient préparer le terrain à une véritable entreprise de "réhabilitation" de l'animal.

Un premier décalage existe entre une opinion publique qui se convertit de plus en plus à l'idée de défendre la biodiversité et des milieux économiques, certes très limités, mais directement concernés par la présence d'un animal qui peut se révéler perturbateur. Cette tension est rendue plus complexe encore par le statut du loup, protégé par des conventions internationales et par la législation européenne, mais dont la présence fait néanmoins l'objet d'aménagements tenant compte indirectement et a posteriori des dégâts qu'il provoque. Le Loup ne peut pas faire bon ménage avec l'élevage. Il ne peut être strictement protégé : dans certaines régions de France, les "dommages collatéraux" que provoque son développement sont modestes, dans d'autres, ils sont beaucoup plus importants. De mon point de vue, il semble intelligent de garder en tête cette différence d'échelle afin d'éviter d'avancer des discours absolutisants.

 

Relations avec le milieu scientifique, plus précisément avec les biologistes ou les zoologues

 

Mes rapports avec les biologistes sont bons, après avoir été conflictuels. Le Loup semblait leur appartenir au premier chef ! Il existe une sorte de guerre des territoires qui fait qu'un historien, dès qu'il s'approche du loup, suscite au mieux par son prétendu manque de connaissances le sourire amusé des biologistes. Aujourd'hui, la situation a évolué, même si l'attitude de certains de ces spécialistes me laisse perplexe, notamment lorsqu'ils relativisent la dangerosité du Loup pour l'Homme de peur de compromettre l'opinion favorable du public à son égard. Malgré ces positions à mon sens trop prudentes, des collaborations sérieuses avec des biologistes m'ont permis d'avancer.

 

Comment peut-on, in fine, cohabiter ?

 

Selon moi, la cohabitation avec le Loup, extrêmement complexe, est quasiment impossible. Le Loup est un animal sauvage, et son retour naturel en France depuis vingt ans pose de réelles difficultés d'aménagement et de gestion des milieux agropastoraux. À la différence des décideurs et de l'opinion publique, ces derniers subissent au jour le jour les conséquences de sa présence. Je le répète, il nous incombe de faire des choix et d'avoir une vision claire de la question ; une vision qui tienne compte des contraintes posées par une politique de gestion efficace. Je plaide pour l'organisation d'"états généraux du Loup" rassemblant non seulement des scientifiques français et étrangers de différentes disciplines, mais aussi tous les acteurs touchés par la question.

 

Cohabite-t-on mieux avec lui en Espagne et en Italie ?

 

Une sensibilité écologiste fait du Loup "un mal français". Cela est faux. En Espagne, il y a du braconnage et des plans d'abattage draconiens. Le pays a obtenu un statut dérogatoire à la convention de Berne qui autorise sa mise à mort au nord du fleuve Duero s'il se révèle gênant.

 

Notre relation avec les animaux, sauvages et libres par excellence, passe encore par la domination

 

Il ne faut pas oublier que la planète, depuis quelques millions d'années, et surtout quelques dizaines de milliers, est sous la maîtrise d'une espèce particulière, l'espèce humaine, dont la survie et le développement sont considérés, à tort ou à raison, comme primordiaux. Simplement, depuis plusieurs décennies, nous avons pris conscience de l'existence des autres espèces et de l'obligation de les préserver. L'équilibre est donc perçu différemment.

 

Que peut apporter l'historien à cette question ?

 

L'expérience de deux millénaires de lutte : il a été démontré à toutes les périodes de l'histoire que les mesures de compensation et de protection pouvaient réduire les préjudices mais pas éliminer les risques et dommages collatéraux. La chaîne liée à la présence du Loup est bien plus compliquée que "brebis tuée, indemnité et point barre". Il y a le stress des éleveurs et celui des bêtes, qui altère leur production. De même, la concentration et la protection des troupeaux compromettent aussi l'entretien des alpages Si l'on veut favoriser le retour du loup, il faut donc aller bien au-delà du régime indemnitaire.

 

Que préconisez-vous ?

 

Que voulons-nous ? Un retour du Loup sur tout le territoire ? Seulement dans certains espaces ? Chaque année, scientifiques, écologistes, chasseurs et bergers devraient se réunir pour assurer une gestion zonale, considérer les risques sans abdiquer le souci de la préservation. Pour cela il faut quitter la vulgate biologique "le Loup n'attaque pas l'Homme". À mon sens, l'animal devrait être protégé non pas sur tout le territoire mais dans certains espaces aménagés. Car nous marchons actuellement sur la tête : un éleveur doit attendre de voir ses bêtes éventrées pour demander l'autorisation de tirer sur tel ou tel animal dérangeant.

 

Pour en savoir plus :

 

loup,retour du loup,historien,jean-marc moriceau,sciences et avenir

 

Histoire du méchant loup. 3000 attaques sur l'homme en France XVe - XXe siècle, Fayard, 2007.

L'Homme contre le loup. Une guerre de deux mille ans, Fayard, 2011 479 p. 26 €.

 

Critique de l'ouvrage de Jean-Marc Moriceau par Roger Mathieu, médecin et naturaliste, "ouvrage qui semble plus relever de la compilation laborieuse que d'une véritable enquête. Le texte intégral de Roger Mathieu est visible sur le forum de discussion de loup.org.

 

Mise au point sur ce livre par Pierre Jouventin (Ajout janvier 2013)

 

dans un article publié dans "Pour la Science" de janvier 2013, pp. 42-49 intitulé : La domestication du loup

 

Moins dangereux que le chien

 

Le loup a toujours occupé la première place dans notre imaginaire animalier. Pour autant, les connaissances précises sur ses mœurs dans la nature, pour la plupart acquises par les biologistes nord-américains, datent de moins d'un demi-siècle. Aussi n'est-il pas étonnant que sur un sujet aussi crucial que le danger que cet animal représente pour nous, les avis s'opposent d'une discipline et d'un continent à l'autre. Jean-Marc Moriceau, historien membre de l'Institut universitaire de France, a sous-titré 3 000 attaques sur l'homme en France xve-xxe siècles son livre récent Histoire du méchant loup. Mais en Amérique du Nord, la prime qui avait été promise à celui qui prouverait une attaque sur un humain n'a jamais pu être attribuée… Il est en fait très difficile de distinguer les véritables attaques de celles de loups enragés et de chiens errants, autrement plus communes. Depuis 20 ans que le loup est de retour en France, aucune morsure de loup sur l'homme n'a été signalée, alors que des milliers de personnes mordues par des chiens se présentent chaque année aux services d'urgences ; 33 d'entre elles sont mortes en 20 ans… Comme le requin, le loup a très mauvaise réputation, sans doute parce que les cadavres dévorés à la suite de suicides ou pendant les guerres ont été interprétés comme des victimes d'attaques. En tout cas, aujourd'hui en France, le loup représente un risque statistiquement nul, alors que les morsures de chien constituent un problème de santé publique…

 

 [Pierre Jouventin, écoéthologue et directeur de recherche émérite du cnrs, a dirigé pendant près de 15 ans le Laboratoire cnrs d'écologie de Chizé, dans le département des Deux-Sèvres.]

 

Plus de renseignements sur le Loup en France :

http://loup.org/spip/IMG/pdf/ddploupsfepm_dec2012.pdf

 

Quel est l'animal le plus dangereux pour l'Homme ?

Le loup (le retour) et l'agneau (le départ ?)

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par Christian Deverre

  • INRA-SAD-Avignon, unité d'Écodéveloppement
    domaine Saint-Paul, site Agroparc, 84914 Avignon cedex 9
    deverre@avignon.inra.fr

Après quelques années de doutes et de controverses sur sa possible réintroduction volontaire, la cause paraît dorénavant entendue : le retour du loup dans le massif alpin est un phénomène naturel. Le suprême prédateur a repris tout seul sa place d'espèce-clé des écosystèmes montagnards. Son retour et son expansion rapide témoignent de la bonne santé retrouvée de la nature dans cette région et sont, dans le même temps, les garants du rétablissement des équilibres entre les composantes de cette nature. Ils assurent la régulation future des fonctionnements écologiques.

 

Dès lors, pour les amis du loup, les obstacles qui freinent ce sain retour ne peuvent être que traités comme des entraves à cette harmonie naturelle en voie de rétablissement. Et l'hostilité des bergers à la présence du loup, la première et principale manifestation de son refus, ne peut être interprétée que comme la poursuite condamnable de la prétention humaine à remodeler l'univers en artifices productivistes. Les éleveurs montagnards, dont les proches ancêtres sont d'ailleurs responsables de la disparition temporaire de l'animal, sont dorénavant tenus de mieux respecter les fonctionnements écologiques et de s'y adapter s'ils veulent continuer à être tolérés sur des territoires reconquis par la nature.

 

Cette argumentation, qui renouvelle en la renversant la barrière ontologique édifiée depuis la Genèse entre l'homme et la nature, soulève néanmoins un certain nombre d'interrogations, tenant en particulier à la nature de cette nature que l'on vise à protéger, et dont le retour du loup serait le symbole.

 

La qualité retrouvée des espaces naturels dans lesquels revient l'animal serait d'abord due à l'allégement de la "pression anthropique", à l'amoindrissement de l'impact des activités humaines sur ces territoires ; bref, elle serait la conséquence bénéfique de la "désertification" rurale, particulièrement sensible dans les régions montagnardes. Cependant, outre le fait que le phénomène de dépeuplement humain a peu à voir avec des lois naturelles et beaucoup plus avec les transformations de la géographie du capital et de la politique agricole, ces " déserts " montagnards sont-ils vraiment l'objet d'un abandon des attentions de la société ? Ne sont-ils pas seulement l'objet d'une transformation de ces attentions ? A côté des stations de ski et des chasses privées, les parcs nationaux, réserves et autres conservatoires naturels ont peu à peu remplacé les finages et communaux villageois, mais ils sont loin d'être des sanctuaires où une nature sans hommes reprendrait seule ses droits. La mise en défens de ces territoires à certaines activités s'est accompagnée de multiples interventions tout aussi humaines depuis les réintroductions de faune " sauvage " jusqu'aux plans de " gestion " de celle-ci, en passant par les suivis floristiques et faunistiques plus ou moins systématiques, les nombreuses réglementations régissant la chasse, la cueillette et la fréquentation des sites et leurs zonages correspondants, tous légitimés par des " listes rouges ", directives et conventions nationales ou internationales. La nature qui s'est épanouie dans ces espaces protégés correspond à un mélange complexe entre des potentialités biologiques liées aux facteurs du milieu et des choix que leurs administrateurs ont fait au nom de la société, en notre nom.

 

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Ce qui est paradoxal dans la situation actuelle, c'est que les administrateurs des choix sociaux de la nature se sont, de manière croissante ces dix dernières années, appuyés sur les activités pastorales pour accompagner les plans de gestion des territoires confiés à leurs soins. Ce sont à des éleveurs, transhumants ou locaux, qu'ont été largement confiées les tâches de maintenir l'ouverture de milieux favorables aux espèces végétales et animales fragiles et menacées par l'extension de la forêt ; c'est à eux que l'on a demandé de contribuer à 1'entretien des alpages et des mosaïques paysagères favorables aux ongulés sauvages comme aux grands rapaces. Au travers d'incitations financières comme les mesures agri-environnementales, les propriétaires de troupeaux domestiques ont été encouragés à reconquérir des espaces embroussaillés, pauvres en biodiversité et menacés par les incendies, et des bergers alimentent les charniers qui facilitent la réintroduction des vautours. Dans l'élaboration des futurs plans de gestion des sites du réseau Natura 2000, l'élevage se voit confier un rôle central dans tout l'arc alpin et en général dans toutes les zones montagnardes où l'on annonce l'inéluctable et prochaine réapparition des loups.

 

Les menaces que fait peser cette réapparition sur la poursuite sereine des activités pastorales encouragées au titre de la protection des espaces naturels ne plongent-elles pas les naturalistes lycophiles dans le doute ? À moins, mais c'est bien sûr impossible, que certains d'entre eux n'établissent implicitement une hiérarchie dans leurs préférences naturelles, plaçant les grands prédateurs à un rang supérieur à celui de l'Iris nain ou du Gypaète barbu ? Le loup, animal particulièrement adaptable à une grande variété d'habitats, peut subsister dans des zones presque entièrement boisées, pourvu qu'elles accueillent aussi des ongulés, et il ne souffrirait pas spécialement de la disparition des chaînes trophiques liées aux espaces ouverts que les troupeaux domestiques contribuent à conserver. Mais, au regard des connaissances écologiques actuelles en matière de biodiversité et des inventaires internationaux des espèces et habitats protégés, comment la préservation d'un seul animal, certes répertorié dans la Convention de Berne, pourrait-elle se justifier sur ces territoires au détriment sans doute de dizaines d'autres espèces ?

 

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Certes, peu de protecteurs du loup sont prêts à tenir un langage aussi radical. La grande majorité d'entre eux affirme sa volonté de réfléchir aux conditions de la cohabitation entre loups et troupeaux dans les espaces montagnards. Mais leurs propositions pratiques ne concernent que des aménagements des seules pratiques pastorales, rétablissant ainsi le fossé entre la vraie nature, celle sur laquelle on ne peut intervenir sans la dénaturer - ce qui amène à rejeter avec dégoût, par exemple, l'institution de réserves à loups dans certaines zones boisées -, et l'autre, l'anthropique, que l'on peut manipuler à souhait. Gardiennage plus actif, présence d'aides-bergers et de chiens de protection, confinement des troupeaux domestiques la nuit sont ainsi proposés pour limiter les prélèvements des loups. Chacune de ces "solutions" pose, en sus des difficultés économiques de mise en œuvre, de nouveaux problèmes écologiques (dégâts possibles des chiens au " reste " de la faune sauvage, érosion des sols et pollution des eaux causées par la concentration de ruminants confinés dans des parcs...). Et bien sûr, la "part du loup", même réduite, n'est jamais complètement exclue. Ce dernier élément, inéluctable dès lors que l'on se refuse à cantonner les prédateurs, est supposé pouvoir être réglé par le biais d'indemnisations monétaires dont on discute si elles doivent être, comme aujourd'hui, distribuées selon le nombre de têtes prélevées, ou plus globalement forfaitaires, contractuelles. Et là encore, le fossé entre nature sauvage et nature domestique est inlassablement recreusé : la relation proie-prédateur n'est pas traitée dans ce cas selon le modèle écologique de la concentration d'énergie sur une chaîne trophique, avec ses régulations propres, mais sur le mode dichotomique entre l'animal naturel, qui accomplit ses fonctions vitales, et l'animal domestique, ravalé au rang de simple marchandise, nié en tant qu'objet biologique, unité interchangeable avec de la monnaie. La partition s'accentue encore lorsque, alors que l'on affirme que l'unité de base de la vie sociale du loup est la meute, on nie de fait la réciprocité au troupeau domestique en ne prenant pas en compte les effets d'une attaque sur les ruminants témoins survivants, blessures par bousculades, stress, insomnies, avortements.

 

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Faut-il lire au travers de ces quelques remarques et interrogations un nouveau plaidoyer en faveur d'une ruralité archaïque opposée à la réhabilitation de la nature sauvage ? Sans doute, si l'on considère que leur auteur n'est pas insensible à la détresse humaine que provoque l'injonction faite à tout un groupe professionnel, beaucoup plus profondément attaché à ses animaux que les marchandisateurs ne le pensent, de se plier sans réagir aux "lois" d'un animal que, naguère, toute une culture abhorrait. Mais avant tout, mon souci est ici d'appeler à briser les constantes barrières que l'on tend inlassablement à reconstruire entre vraie nature et nature anthropique. C'est au nom de cette barrière que les plus dangereuses prédations humaines ont pu être faites au sein de ce qui n'était considéré que comme un réservoir de ressources plus ou moins illimitées. Mais le renversement complet de la perspective est tout aussi à craindre, celui qui attribue à la nature sauvage muette – et donc à ses porte-parole humains au nom de la connaissance révélée de ses "lois" et de ses impératifs – un poids supérieur à celui des agents humains et de leur nature domestique. Des loups, armés d'exemplaires de la Convention de Berne et dont le régime alimentaire estival est constitué en majorité de brebis ou de veaux, sont-ils vraiment plus sauvages que des herbivores choisissant leur menu entre les dizaines d'espèces d'herbes et d'arbustes que leur offrent les parcours montagnards, que leurs préférences changeantes façonnent année après année ? Le sort des uns et des autres, comme des territoires qu'ils fréquentent, ne peut être que de notre choix, consenti après un débat public sans hiérarchie, et non imposé par une quelconque destinée manifeste reposant sur une douteuse prédominance de la nature naturelle ou humaine. Ces deux natures sont inextricablement mêlées et leur opposition renouvelée ne peut que nous rendre successivement aveugles à nos responsabilités vis-à-vis de leur inéluctable conjonction.

 

Plus de renseignements sur le Loup en France :

http://loup.org/spip/IMG/pdf/ddploupsfepm_dec2012.pdf

 

27/09/2011

Victoire pour le loup ! Un collectif d'associations obtient l’arrêt des battues dans les Alpes-Maritimes

loup,jura,prédateursVictoire pour le loup ! Un collectif d'associations obtient l’arrêt des battues dans les Alpes-Maritimes

 

Le Tribunal administratif de Nice vient, à la demande de l’Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS), France Nature Environnement et Ferus, de suspendre aujourd'hui les arrêtés des 13 et 20 septembre 2013 pris en toute illégalité par le Préfet des Alpes-Maritimes. Ces arrêtés autorisaient l'abattage de loups dans le cadre d’une battue au « gibier », sur les secteurs concernés par les tirs de « prélèvement ».

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Télécharger la brochure: « Loup : pour en finir avec les contre-vérités sur le pastoralisme et sur la chasse »

 

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Méchants, les loups ?

 

Quel est l'animal le plus dangereux pour l'Homme ?