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20/01/2016

Quel avenir pour le Lynx dans le Massif du Jura et en France ?

 Quel avenir pour le Lynx dans le Massif du Jura et en France ?

 

 par le Centre Athénas

 

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Durant des années, l'optimisme a été de rigueur et les Autorités, par la voix du réseau Lynx annonçaient dans les Vosges une population de 15 à 20 individus pour finalement s'apercevoir brutalement au début des années 2010 que l'espèce avait disparu sous l'effet du braconnage (et pas en un seul jour…).

 

Dans le Massif du Jura où il a été difficile de faire admettre que le braconnage était régulier, iI est encore de bon ton de dire que le Lynx est abondant et sa population en bonne santé.

 

Or, il n'en est rien.

 

L'évolution de l'aire de présence de l'espèce donne une image fausse de l'état de conservation de l'espèce : ainsi en 2015 est annoncée une augmentation de l'aire de présence du seul fait de l'observation répétée d'un individu en Haute-Saône, alors que parallèlement, les mortalités d'adultes se multiplient dans le Massif, cœur de la population nationale, et que des territoires vacants ne sont pas réoccupés.

 

Le suivi par piège photographique, dont le but avoué était de démontrer une supposée surabondance du Lynx pour pouvoir le réguler, n'a mis en évidence qu'une population de 70 adultes pour les départements du Jura (40) et du Doubs(30), et un total de 90 à 100 individus adultes pour l'ensemble du Massif, Bugey inclus C'est tout !

 

Cette année, 8 adultes ont disparu dans le Doubs et le Jura (11,5% de la population), seulement deux sont morts suite à une collision.

Les autres se sont... évaporés.

 

Sept de ces adultes étaient des femelles avec des jeunes (20 jeunes estimés, 4 survivants). Le moins que l'on puisse attendre de ces disparitions est un déséquilibre dans le sex-ratio de la population, un trou démographique qui mettra dans la meilleure hypothèse des années à se résorber (puisque les 3/4 des jeunes de ces femelles sont morts, le recrutement sera donc limité). Face aux apparitions de jeunes orphelins, on commence à nous objecter, sans le moindre début de fondement scientifique qu'il peut s'agir d'abandons et de sélection naturelle. L'abandon d'un jeune — et a fortiori de plusieurs jeunes — de toute la portée en fait, n'a jamais été décrit, observé ou documenté, chez aucune des espèces de Lynx présentes sur la planète, pas plus que chez d'autres félidés. Les femelles passent plutôt pour de bonnes mères et il a été rapporté à plusieurs reprises que certaines attendaient et recherchaient un jeune écrasé.

 

Il est urgent que l'État prenne la mesure du phénomène et dote les acteurs en place des moyens de mener leurs missions, qu'il s'agisse de l'ONCFS pour la lutte contre le braconnage ou d'Athénas et d'autres pour les actions, de conservation. 40 ans après sa réapparition, le Lynx pourrait disparaître une nouvelle fols en l'espace d'un siècle. Personne ne pourra dire qu'il ne savait pas. L'hallali qui a été sonné pour le Loup, a sans nul doute donné des idées et encouragé le passage à l'acte pour le Lynx.

 

La question est de savoir quel territoire on veut promouvoir, et pour quel avenir. Récemment en Bavière, suite à l'exécution illégale de deux jeunes lynx dont les pattes ont été déposées devant le domicile d'une des personnes chargées de leur suivi, les réactions ont été très vives : les réservations touristiques ont chuté de façon significative, et les annulations de séjour ont été nombreuses Motif : les touristes boudaient un pays de tueurs de lynx.

 

Il serait bon que les acteurs du tourisme, et les collectivités envisagent le problème sous cet aspect, et qu'il soit fait cause commune pour la préservation de TOUT notre patrimoine.

 

D'autres régions produisent du vin et du fromage, beaucoup ont des lacs et des rivières, toutes ont des musées et des campings.

 

Une seule région recèle le Lynx, et c'est la nôtre. C'est une de ses richesses, un de ses charmes, mais c'est surtout un atout unique.

 

Source :

Athénews n°s 68-69-70, 2e, 3e et 4e trimestres 2015

07/03/2014

Braconnage du lynx dans le Jura : Athénas et Férus envoient une lettre ouverte au préfet

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une lettre ouverte au préfet

 

Mise à jour du 25 avril 2014

 

Suite à la découverte d'un cadavre d'un lynx le 27 janvier 2014 dans le belvédère de Granges de Ladoye, les associations Athénas[1], et Férus[2] demandent à l'État de se positionner de façon ferme et publique contre le braconnage du Lynx. Ce jour-là, un adhérent du centre Athénas découvrait un cadavre de lynx dans le belvédère de Granges de Ladoye. Alors qu'il était dissimulé par les branchages, une équipe de l'association récupère l'animal mort, et le signale immédiatement à l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS).

 

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Rappelons que le lynx est un animal protégé en France depuis 1976. "Il n'y a pas de doute, le tir est celui d'un chasseur. Les auteurs se sont débarrassés du cadavre, mais il a été retenu par des branches" explique Gilles Moyne, directeur du centre Athénas. "Un examen superficiel, puis une radio et l’autopsie réalisée au Laboratoire Départemental d’Analyses confirment que l’animal a été exécuté dans les règles de l’art, par une balle qui a traver l'épaule et le thorax. L'autopsie a estimé une date de tir remontant au 10 janvier 2014. C'est un tir très académique et intentionnel. D’après nos sources, il s’agit de façon certaine de la femelle de MIREBEL, rendue célèbre par le laisser-faire de l’administration de 2010 à 2012 et par un éleveur qui a touché des indemnisations durant plusieurs années sans s’acquitter de la contrepartie pour laquelle il était subventionné, à savoir la nécessaire protection de son exploitation. Résultat de cet acte illégal et imbécile, deux jeunes non émancipés qui, livrés à eux mêmes risquent… de rechercher des proies domestiques, plus faciles à capturer, ce que semble déjà avoir fait l’un d’entre eux à Vatagna (commune de MONTAIGU-39)".

 

Le braconnage de cet animal dans le Jura serait d'après lui un problème récurrent. Selon les données du centre Athénas et celles de l'ONCFS, une cinquantaine d'individus auraient été tués en 20 ans. L'association a porté plainte et l'enquête de l'ONCFS suit son cours. "Avec Férus, nous avons souhaité interpeller le préfet du Jura sur la problématique du braconnage. Elle est sous-estimée, la situation est préoccupante. Dans les Vosges, on sait que l'espèce a disparu à cause au braconnage. On note des signes inquiétants chez nous, à l'instar de la recrudescence de jeunes lynx orphelins, non émancipés, dont la mère a disparu brutalement".

 

La population dans le Jura serait estimée à une quarantaine d'individus adultes, concentrés uniquement sur le massif du Jura, autre signe alarmant. "Nous avons une responsabilité dans la conservation de l'espèce. Nous demandons au préfet et à l'État une condamnation ferme et publique, avec la mise en œuvre de moyens dédiés à la lutte contre le braconnage, et aussi que tous les moyens soient mis en place pour retrouver les auteurs".

 

À notre connaissance, cette missive postée le 5 mars 2014, est toujours sans réponse.

 
 

Ajout du 25 avril 2014

 

À cette lettre ouverte, M. Christian Lagalice, président de la Fédération Départementale des Chasseurs du Jura apporte un droit de réponse :

 

Dans ce texte, il est écrit "il n'y a pas de doute, le tir est celui d'un chasseur". Je m'insurge contre de tels propos que rien ne permet, aujourd'hui, d'étayer. De plus, les conditions opaques dans lesquels l'information a été portée à la connaissance du public - le Président de la Fédération Départementale des Chasseurs en a été informé près d'un mois après les faits - laissent plausibles toutes les hypothèses - L'enquête doit se dérouler dans la sérénité : s'il s'agit du tir d'un chasseur, la Fédération, comme elle l'a déjà fait, condamnera cet acte et se portera partie civile. S'il s'agit du tir d'une autre origine, nous porterons plainte auprès de l'auteur de ces propos pour diffamation. Dans tous les cas, au-delà du simple mot "braconnage" qui sous-entendrait une certaine complaisance que nous ne tolérons pas. Il s'agit d'un délit qui doit être sévèrement réprimé.

 

La Fédération Départementale des Chasseurs du Jura, association agréée au titre de l'environnement ne laissera pas salir le monde de la chasse par des groupements dont le but réel est de réduire l'activité cynégétique, même à travers la diffusion d'informations erronées sur la situation du lynx.

 

En effet, le "Bulletin lynx du réseau" de 2013, réalisé par l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, écrit à ce sujet très clairement que "le cœur historique jurassien de présence de l'espèce est de plus en plus consolidé. Les mesures récentes de la densité du lynx confortent cette évaluation positive du statut local de l'espèce." On voit donc bien l'intérêt partisan d'une telle prise de position de ces deux associations allant à l'encontre des évaluations officielles.



[1] Centre de soins aux animaux sauvages localià L'Étoile dans le Jura

[2] Association nationale de protection et de conservation de l'ours, du lynx et du loup en France

08/12/2013

Le lynx aux portes de Besançon

Le lynx aux portes de Besançon


Un article de Philippe SAUTER avec le correspondant local Guy DESMOND

dans l'Est Républicain du dimanche 8 décembre


Un lynx a été photographié à l’entrée de l’agglomération bisontine. Rien de surprenant pour les spécialistes.

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 Photo : Fédération des chasseurs du Doubs


Aucun doute sur la photo, c’est bien un lynx qui a été immortalisé par un piège photographique posé par la Fédération des chasseurs du Doubs aux abords du fort de la Dame Blanche, dans la forêt de Chailluz, au nord de l’agglomération de Besançon.

Même la plus grande ville de Franche-Comté a désormais la visite du toujours rare prédateur local.

Premier constat, le lynx pris en photo en novembre était jusqu’à maintenant inconnu des fichiers. Il s’agit, soit d’un jeune individu, soit d’un migrateur venu s’installer aux abords de la ville.

 

À la poursuite des chamois


« On a constaté que certains lynx restaient dans un secteur assez limité, alors que d’autres peuvent passer d’une zone à l’autre en parcourant parfois de longues distances », expliquait hier Stéphane Ragazzoni, responsable du réseau lynx auprès de l’Office de la chasse.

Pour lui, la présence d’un lynx aux portes de la capitale comtoise est tout sauf une surprise. « C’est même assez logique. Besançon dispose de secteurs boisés et escarpés. Il y a maintenant des chamois à Tarragnoz (NDLR : un quartier de Besançon). Et s’il y a des chamois, on peut imaginer que le lynx les suit. »

Nocturne et particulièrement discret, le félin n’est pas comme on l’imagine caché au cœur des forêts profondes. « Mardi dernier, j’ai suivi une trace dans la vallée de la Loue, près d’Ornans, qui passait à vingt mètres d’une maison d’habitation. C’est un animal qui vit à côté de nous. »

 

Vers la Haute-Saône


On estime à une centaine le nombre d’individus vivant en Franche-Comté, le plus souvent dans le Jura ou le Haut-Doubs.

 

Réintroduit en Suisse dans les années soixante-dix, le lynx a progressé en Franche-Comté, sa région de prédilection en France. « C’est une population aujourd’hui en équilibre qui se reproduit. Cette année, au moins quatre femelles ont eu des petits », précisait Stéphane Regazzoni.

 

Au point qu’il explore actuellement de nouvelles zones. « On a noté des présences à Roulans mais aussi du côté de la Haute-Saône. »

 

Le lynx ayant besoin d’une zone importante, les jeunes en particulier doivent développer de nouveaux secteurs de chasse. Quitte à fréquenter de près les villes.

 

Les Francs-Comtois aiment le lynx

 

La conclusion du rapport de la Direction régionale de l’environnement et du logement date de cet été et il est sans appel : les Francs-Comtois aiment le lynx. En effet, une consultation envoyée dans toutes les communes de Franche-Comté a recueilli 15.545 réponses venues de particuliers, d’associations, d’élus. Il apparaît qu’une grande majorité des participants à ce sondage est favorable aux relâchers de lynx, soit 83,8 % de l’ensemble des avis émis. Reste que la présence de plus en plus confirmée de lynx en Franche-Comté pose quelques problèmes. Les attaques contre les troupeaux de moutons se sont multipliées particulièrement dans le département du Jura. Concerné, un éleveur de Saint-Laurent-la-Roche (Jura) s’est vu d’ailleurs remettre des chiens patous. Les patous sont également efficaces pour la défense des troupeaux contre le loup, lui aussi de retour dans la région.

 

15/12/2012

Gérard Bailly, bienfaiteur du contribuable jurassien

 Gérard Bailly, bienfaiteur du contribuable jurassien

Gérard Bailly, bienfaiteur du contribuable jurassien


"Dans un courrier adressé au préfet du Jura, Gérard Bailly s’est ému des moyens engagés pour la récente capture d’un lynx en Petite montagne. « Trois jours plus tard, la presse nous faisait part des difficultés financières dans nos hôpitaux (...). Vous comprendrez dès lors mon exaspération à savoir combien la société dépense pour un lynx amaigri (NDLB : comprendre condamné, presque mort) qui sera relâché pour continuer ses dégâts en dévorant du jeune gibier (NDLB : Gérard Bailly confond chevreuil adulte et faon, la mort de Bambi faisant plus pleurer dans les chaumières) et peut-être des moutons (...). Monsieur le préfet, je pense que vous ne procèderez pas à la remise en liberté de cet animal dans un lieu tenu confidentiel comme l’avait fait un de vos prédécesseurs », a exhorté le sénateur du Jura."

Cumulard : "personne qui cumule les emplois, fonctions, salaires."

 

Mais pas seulement sénateur du Jura, Gérard Bailly est aussi...

 

- Conseiller général du canton de Clairvaux-les-lacs,
- Conseiller municipal, adjoint au maire d’Uxelles,
- Président de la Communauté de communes du pays des lacs,
- Vice-président du Syndicat mixte D’énergies, d’Equipements et de @-Communication du Jura (SIDEC).
- j'en ignore peut-être encore d'autres...

 

Le même SIDEC qui a été épinglé par la chambre régionale des comptes pour :

 

  • "les statuts restent très imprécis sur les contours des missions du SIDEC"
  • "prestations de mandat indûment facturées aux communes"
  • "un nombre anormalement élevé d'irrégularités comptables portant sur des montants significatifs. L'importance de ces irrégularités affecte la sincérité des comptes du SIDEC"
  • "une forte augmentation des frais de fonctionnement"
  • "la Chambre observe le caractère irrégulier des écritures relatives au rattachement des charges qui portent sur des montants élévés"
  • "des charges de fonctionnement qui connaissent une croissance importante"
  • "les frais de personnels supplémentaires ne sont pas compensés par les honoraires perçus en raison des nouvelles missions"
  • "la Chambre observe une augmentation des dépenses de restauration jusqu'en 2009 et appelle le SIDEC à la modération"
  • sur la fiabilité des comptes : "toutes ces irrégularités affectent considérablement la fiabilité et la transparence des comptes du SIDEC. Elles brouillent la lecture du résulat et complexifient l'analyse de la situation financière de l'établissement"

 

Gérard Bailly a aussi été membre du CA de APRR (Autoroutes Paris-Rhon-Rhône) au moment où l'APRR a demandé 30 millions d'euros au Conseil Général du Jura ... dont Gérard Bailly faisait partie.  Héhéhé, on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Et toujours à propos de pognon public : Dans une question écrite (12/2010), Gérard Bailly demandait au ministre de l’intérieur « Il (NDLB: Gérard Bailly) souhaiterait donc savoir s’il (NDLB : le ministre de l’intérieur) envisage d’assouplir les règles en vigueur afin de permettre de concilier l’exigence de transparence et la simplification des remboursements des frais de déplacements des élus, avec la réalité du rythme des réunions et de l’organisation des collectivités locales. Il l’interroge sur la possibilité, pour les cas cités plus haut, de faire approuver les déplacements par la commission permanente postérieurement à la réunion. », héhéhé. (Question & Réponse ici)

 

Je ne sais pas vous, mais la situation de Gérard Bailly dans le Jura ressemble étrangement à celle d'Augustin Bonrepaux (mis en examen) en Ariège...

 

Réaction du Centre ATHENAS

 

"Gérard Bailly, sénateur lobbyiste cumulard et menteur"

 


Décidément plus à une énormité près, le sénateur Gérard BAILLY (1) se plaint dans une lettre ouverte au Préfet du Jura des moyens mis en œuvre pour la capture du lynx d’Arinthod.

 

Toutes les opérations ont été menées bénévolement, hors horaires de travail et uniquement sur des fonds associatifs privés.

 

Quand bien même ces dépenses seraient subventionnées, leur montant est de moitié inférieur aux revenus mensuels du sénateur cumulard et anti-prédateurs. Nous l’invitons donc à reverser certaines de ses nombreuses gratifications afin de contribuer à l’amélioration des finances des hôpitaux, dont la situation lui fait verser des larmes de crocodile.

 

Quant aux lynx relâchés par ATHÉNAS, aucun d’entre eux n’a occasionné de dégâts à des élevages domestiques, ce qu’on ne peut dire des nombreux chiens divaguants qui chaque année occasionnent des dizaines de morts d’ovins dans le Jura.

 

(1) Gérard Bailly a voté un amendement supprimant deux dispositions votées à l'unanimité par la Commission Mixte Paritaire et qui n'autorisaient plus les cumulards, tels que lui, percevant plus de 8.300 euros mensuels - merci au contribuable jurassien - à reverser le supplément d'indemnité qu'ils ne pouvaient toucher.

 

 

 

Gérard Bailly dénonce le cout du lynx pour le contribuable jurassien
Gérard Bailly dénonce le coût du lynx pour le contribuable jurassien

 


Gérard Bailly n'arrête jamais...

 

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13/06/2011

Le Lynx dans le Jura

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Lynx lynx Linné 1758 (famille des Félidés)

 

par André Guyard

(dernière mise à jour : 14 février 2017)

 


 

Le sauvetage de deux petits lynx orphelins par Athenas (voir article relâcher de deux jeunes lynx), a soulevé une polémique dans le monde des chasseurs francs-comtois. C'est l'occasion de faire le point sur ce prédateur magnifique.

 

Appelé autrefois Loup-cervier, d'une stature équivalente à celle d'un berger allemand, le Lynx boréal est beaucoup plus grand que le Chat domestique et le Chat sauvage. Il est doté d'un arrière-train puissant, de longues pattes, d'une queue très brève et noire à l'extrémité. Ses oreilles se terminent par un long pinceau de poils. Le pelage roussâtre ou gris, plus ou moins couvert de taches foncées. La face ventrale est plus claire et à peine tachetée.

 

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Lynx boréal

(dessin de H. Diller)

 

Les formes de lynx à pelage tacheté se rattachent à l'espèce ibérique Lynx pardina, connue sous le nom français de Lynx pardelle. En fait, les deux formes de lynx s'hybrident entre elles. Chez l'espèce ibérique, Lynx pardina, la coloration et les taches sont plus contrastées que chez les sujets nordiques. En maintes régions, par exemple dans les Carpathes, on rencontre des sujets très tachetés et d'autres qui le sont à peine.

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Lynx pardelle de la péninsule ibérique

(dessin de H. Diller)

 

 

Dimensions : Longueur totale du corps : 80 cm-130 cm ; queue de 11-25 cm ; hauteur au garrot : 60-75 cm ; poids : 15-38 kilos. Le mâle est un peu plus grand et plus lourd que la femelle.

 

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Empreintes de lynx boréal dans la boue

(cliché P. Dahlström)

 

Les empreintes ressemblent beaucoup à celles du Chat, mais elles sont plus grandes. L'empreinte de la patte antérieure mesure environ 6,5 cm de long et 5 cm de large alors que celle de la patte postérieure mesure 7,5 cm de long sur 6 cm de large.

 

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Empreintes de lynx boréal dans la neige

(cliché P. Dahlström)

 

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Empreinte dans la neige

 

Répartition : Le Lynx boréal occupe le centre et le nord de l'Eurasie ainsi qu'en Amérique du Nord (Alaska. Canada). Aux États-Unis et dans le sud du Canada, on rencontre également deux autres espèces : le Lynx du Canada (Lynx canadensis)un peu plus petit et le Lynx roux (Lynx rufus). En Eurasie, on rencontre le Lynx boréal jusqu'à l'Himalaya et le Deccan au sud et le bord de la toundra au nord.

 

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Lynx du Canada (Cliché J. Chester)

 

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Lynx roux (Cliché Don Debold)

 

Le Lynx boréal était autrefois bien répandu dans la plus grande partie de l'Europe continentale, surtout dans la taïga et les forêts de montagne. Actuellement, il est éteint dans la plupart des pays d'Europe et il ne subsiste que de petites populations en Péninsule Ibérique, Scandinavie ainsi que dans l'est et le sud de l'Europe : Balkans, Tatras, Carpathes. Actuellement des programmes de réintroduction du Lynx dans sa zone de répartition d'origine et notamment en Suisse et dans d'autres régions d'Europe. C'est ainsi qu'il a déjà été réintroduit en Allemagne (Forêt de Bavière), en Suisse (depuis 1970), en Yougoslavie et en France (Vosges) depuis 1983.

 

En Franche-Comté, notamment dans le département du Doubs, le Lynx boréal avait disparu dans les années 1950. Cette disparition n'a pas été subite. La raréfaction de l'espèce a été progressive au cours des siècles pour aboutir à son extinction à la fin du XIXe siècle. Comme dans d’autres pays d’Europe, plusieurs facteurs ont contribué à la disparition du lynx jurassien : déforestation importante, raréfaction des populations d’ongulés sauvages (chevreuil, chamois) et destructions directes perpétrées sur une population en constante régression. La dernière donnée connue fait état d’un individu abattu sur la commune de Salins-les-Bains en 1885, dans le Jura.

 

C'est à la faveur de la réintroduction d'une vingtaine d'individus en Suisse entre 1972 et 1975, que certains d'entre eux ont franchi la frontière. Le retour de l’espèce dans le Massif jurassien est attesté par le tir d’une femelle le 20 octobre 1974 à Thoiry, dans l’Ain.

 

Avec une aire de répartition de 8496 km2, et une densité moyenne de 1 à 1,5 Lynx pour 100 km2, l'espèce est aujourd'hui bien implantée dans le massif.

 

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Répartition du Lynx en Europe (1) et en France (2)

(d'après Pôle Grands Prédateurs Jura)

 

Depuis cette date, le Lynx a colonisé une grande partie de la façade est du pays, principalement dans les trois grands massifs montagneux que sont les Alpes, le Jura et les Vosges. Une petite vingtaine de départements français est concernée par la présence du félin, que ce soit de façon permanente, irrégulière ou récente.

 

Mais c’est dans le Massif jurassien (Ain, Jura, Doubs) que l’espèce est la mieux implantée.

L’aire de présence totale du Lynx en France, au cours de la période triennale 2005-2007 est de 17 307 km2. La répartition par massif est la suivante :

 

* Massif jurassien : 8946 km2

* Massif alpin : 4734 km2

* Massif vosgien : 3627 km2.

 

Il n’existe aucune méthode directe permettant de connaître de façon certaine le nombre de lynx vivant en France. Le procédé le plus logique pour tenter d’évaluer l’effectif de la population est d’effectuer le rapport entre la surface de présence estimée et la densité théorique de référence. Les valeurs de densités retenues sont celles déterminées par Breitenmoser-Würsten et al. (2007) dans le Massif jurassien variant de 1,1 à 1, 6 individus pour 100 km2.

 

 En tenant compte des réserves inhérentes à cette méthode (sur ou sous estimation de l’aire de présence occupée, extrapolation de la densité mesurée dans un secteur à l’ensemble de l’aire de présence), l’effectif de lynx en France, au cours de la période 2005-2007, serait de 112 à 163 individus avec une l'estimation par massif suivante (cf Pôle Grands Prédateurs Jura) :

 

  • Massif jurassien : 74 à 108 individus,
  • Massif vosgien : 23 à 34 individus,
  • Massif alpin : 15 à 22 individus.

 

Habitat : surtout les forêts (de feuillus, conifères ou mixtes) comportant des éclaircies. Également lieux secs, rocheux, riches en buissons. De la plaine à la haute montagne (2700 m).

 

Biologie : Rarement en couples les lynx sont normalement solitaires, crépusculaires et aussi nocturnes et diurnes. Une seule portée de 2 à 3 jeunes voit le jour en été, dans une tanière on dans un arbre creux, une fente de rocher ou tout autre site similaire. Les jeunes restent en compagnie de leur mère jusqu'à l'année suivante. Leur voix est semblable à celle des chats domestique et sauvage mais au printemps le mâle émet un cri perçant lors du rut. Son hurlement prend fin par un grondement plus doux.

 

Le Lynx occupe un territoire allant de 10 à 300 km carrés (celui du mâle recouvre normalement ceux de plusieurs femelles qui sont plus petits). Dans son territoire, il suit des itinéraires plus ou moins réguliers. Le repaire où les jeunes naissent se trouve à la base d'un arbre creux, parmi des rochers, sous un arbre renversé. Perception des mouvements excellente, ouïe très fine. Chasse à l'affût et à l'approche.

 

Nourriture : Le régime alimentaire du lynx boréal se compose quasi exclusivement d'ongulés de taille moyenne (Chevreuil et chamois). Il y a des variantes à ce régime mais elles concernent surtout les subadultes (jeunes en cours de dispersion qui consomment une part importante de petites proies, notamment des renards).

 

Reproduction et longévité : copulations au printemps (plus tôt dans le sud, plus tard dans le nord). Gestation : 9 à 11 semaines. Généralement 2 ou 3 petits qui ouvrent les yeux à la fin de leur 2e semaine et sont allaités environ 2 mois, âge auquel ils quittent le nid et commencent à manger des aliments solides. Durant les premières semaines, le mâle participe parfois à leur élevage. Les jeunes restent généralement avec leur mère jusqu'à la fin de leur première année et acquièrent la maturité sexuelle à 2 ans environ. Longévité : 18 ans.

 

Voix: semblable à celle des Chats sauvage et domestique ; au printemps cri perçant du mâle en rut: hurlement prenant fin par un grondement.

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(dessin de B. Pearson)

 

Le jeune lynx de Plaimbois-du-Miroir

 

En octobre-novembre 2012, les habitants du village de Plaimbois-du-Miroir (Doubs) se sont passionnés pour un jeune lynx.

 

Bien connue de Stéphane Regazzoni, agent des services de l’Office nationale de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), sa mère l’avait mis au monde en juin dernier avec deux autres bébés dans la vallée du Dessoubre. Pour des raisons probablement alimentaires et biologiques, cette dernière l’a perdu ou abandonné, ce rejeton étant génétiquement le plus faible.

 

Le jeune félin a plusieurs fois été repéré aux abords du village, et notamment dans le bâtiment de stockage de fourrage de l’exploitation de Marie-Thérèse et Patrice Devillers, ce dernier étant par ailleurs le maire des lieux. Dimanche, il a été signalé dans le garage de Cyrielle et Julien Boillon et, mardi après-midi, plus précisément localisé sur des bottes de foin, dans leur grange, où François Vuillemin correspondant local de presse (Est Républicain) a pu l’approcher et le prendre en photo.

 

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Le jeune lynx de Plaimbois-du-Miroir

© François Vuillemin

 

Alertés par l’ONCFC du Doubs et son directeur, Emmanuel Renaud, Gilles Moyne et deux bénévoles du centre Athenas de l’Étoile (39) ont obtenu les autorisations administratives pour essayer, mardi soir, de capturer l’animal, qui se nourrit actuellement de chats de ferme.

 

Si Gilles Moyne l’a touché avec son épuisette, le félin est cependant parvenu à trouver un passage sous la charpente de la ferme, avant de disparaître dans la nature.

 

Ajout du 7mars 2016 (info France3 Franche-Comté): un lynx aperçu et filmé dans la région de Pontarlier.

 

 

Doit-on s'inquiéter du retour du Lynx et du Loup dans le massif jurassien ?

 

La prédation exercée sur le cheptel domestique crée une gêne pour l'activité pastorale et les mesures de protection peuvent nécessiter des modifications dans le fonctionnement des exploitations agricoles et les pratiques de chasse. Ainsi, quels sont ces éléments qui déterminent les oppositions actuelles aux Lynx en Franche-Comté ?

 

Dans le cadre d'un stage de fin d'études consacré aux grands prédateurs que sont le Lynx et le Loup, Marie MONROLIN1 & Farid BENHAMMOU ont recueilli une quarantaine d'entretiens semi-directifs de mai à août 2014 dans les départements du Jura et du Doubs, auprès des acteurs locaux, régionaux et nationaux concernés par la problématique : professionnels de l'élevage, chasseurs, écologistes, scientifiques et membres des services de l'État (DREAL, DDT). Ils ont cherché à connaître l'origine des conflits entre les activités humaines et les grands prédateurs, la gestion et les mesures actuellement mises en place, les contraintes qu'elles peuvent amener, et éventuellement les propositions de solutions pouvant ressortir du terrain afin de mettre en place une anticipation durable. Ci-dessous un extrait des conclusions de ces deux auteurs.

 

  1. Origine des conflits entre activités humaines et grands prédateurs

 

Contrairement au massif des Alpes, le massif du Jura est majoritairement pâturé par des vaches montbéliardes pour la production de lait. Le secteur laitier et fromager est un enjeu économique important, notamment grâce à l'AOC Comté, qui permet le maintien d'un élevage en pays de montagne, avec une agriculture herbagère importante et la forte valeur ajoutée du lait.

 

Les troupeaux ovins y sont rares et modestes, répartis entre quelques éleveurs professionnels et une majorité de pluriactifs et de particuliers. Les éleveurs ovins conduisent leurs troupeaux sous forme de lots en parcs clos non gardés par l'homme, sur les terroirs les plus difficiles (VANDEL et al., 2001). Ces élevages sont les plus vulnérables aux attaques de grands prédateurs. Les attaques de Lynx, environ une centaine par an et les pertes sont de une à trois bêtes par an, indemnisées par l'État. Cependant la moitié des attaques de Lynx sur le massif jurassien est concentrée sur quelques exploitations. Ces foyers d'attaques sont généralement situés dans des parcs enclavés en forêt, une situation reconnue très favorable aux attaques de Lynx (STAHL et al, 2002). Dans ces contextes très particuliers, il a été montré que certains individus, dits «  spécialisés  », développaient un comportement de prédation régulier sur les moutons (STAHL et al., 2001). La disposition du lot (isolement, densité de la végétation, non gardiennage) favoriserait également l'émergence de tels comportements. Ce sont ces fortes concentrations d'attaques, qui ne concernent pourtant que quelques troupeaux, qui engendrent des situations de crispation de la part de l'ensemble des représentants du monde agricole sur le territoire franc-comtois, et des revendications pour une intervention sur les individus spécialisés (MONROLIN, 2014).

 

La situation concernant le Lynx reste conflictuelle, puisqu'un Lynx connu pour être responsable d'un foyer d'attaque a été braconné en 2014. Ainsi, la dynamique anti-Lynx est fluctuante en Franche-Comté, avec des phases différentes et des pics d'oppositions au rythme des attaques de Lynx.

 

L'arrivée du Loup en Franche-Comté provoque des réactions vives typiques des nouveaux fronts de colonisation (BENHAMMOU, 2007), et certaines exploitations dont le fonctionnement n'était pas menacé par des attaques ponctuelles de Lynx se retrouvent en difficulté face aux attaques de Loup.

 

Pour les éleveurs, les attaques et les dégâts de loups sur les troupeaux sont beaucoup plus impressionnants et choquants que les attaques de Lynx, qui causent moins de dégâts, directs et indirects aux troupeaux. Elles ont moins de conséquences économiques et psychologiques pour les éleveurs. Cette différence de contrainte au niveau des prédations et des mesures de protection sont des arguments qui font que le Lynx est valorisé par rapport au Loup par la majorité des acteurs locaux, et par les représentants des éleveurs eux-mêmes. Cette conception du Lynx comme un «  moindre mal  », est flagrant dans la sphère personnelle et les échanges individuels. En revanche, dès que l'on se situe dans un discours public syndical ou une manifestation, c'est le regain de tensions contre « tous les prédateurs » qui domine, Lynx et Loup étant mis au même plan.

 

Concernant les troupeaux de bovins, le Lynx n'a cependant jamais été une source d'inquiétude pour les éleveurs, que ce soit pour les éleveurs de vaches laitières ou allaitantes. Les représentants de la filière n'étaient d'ailleurs pas directement impliqués dans les problématiques de prédation de Lynx.

 

La protection du Lynx sur le massif jurassien constitue aussi une contrainte pour l'activité de la chasse, qui peut représenter des menaces et des risques sur ces espèces (braconnage, battues, mobilisation politique éventuelle) (BENHAMMOU, 2007). Bien que les fédérations des chasseurs du Jura, du Doubs et de l'Ain soient partenaires du suivi du Lynx dans le massif jurassien, la majorité des chasseurs, qui voit toujours ce félin comme un concurrent direct, reste réticente aux mesures de protection de l'espèce et demande une régulation de l'espèce pour protéger les ongulés.

 

Deux tendances ressortent des conflits avec le Loup et le Lynx sur le massif jurassien, qui mettent en avant les différences d'appréhension en fonction des espèces et des acteurs.

 

Ainsi, pour le Lynx, l'opposition principalement portée par les acteurs cynégétiques. Ils demandent une régulation du Lynx, alors que les représentants agricoles, sont plutôt favorables au tir ciblé de Lynx « spécialisé » dans les cas des foyers d'attaques évoqués précédemment. Le tir vise ici tout simplement à acheter la paix sociale. La potentialité du retour du Loup va alors desservir le Lynx et le remettre sur «  le devant de la scène  », même si le nombre global d'attaques de Lynx sur cheptel domestique diminue.

 

En revanche, pour le Loup, l'opposition est davantage portée par le monde agricole, en particulier les syndicats agricoles, et soutenue par le monde cynégétique. Les chasseurs se présentent alors comme des partenaires du monde agricole et de la puissance publique, en proposant leur service pour participer à la régulation de l'espèce par des tirs de prélèvement lors de battues (MONROLIN, 2014). Ces revendications sont soutenues et portées par certains élus locaux qui exercent une pression sur les préfets pour les obtenir.

 

Face à ces oppositions et la montée des conflits, les acteurs de l'environnement s'organisent pour assurer des populations pérennes de Lynx et de loups et favoriser la cohabitation et le dialogue en mettant en place des mesures de protection des troupeaux.

 

         2. Gestion et mesures mises en place

 

Comme pour le Loup, le suivi biologique de la population de Lynx est coordonné par l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), qui réalise également les procédures de constat de dommages aux troupeaux. Le procédé d'indemnisation des dommages est en place et à la charge des Directions Départementales des Territoires, avec cependant des difficultés d'harmonisation des barèmes en fonction du prédateur, ce qui génère parfois l'incompréhension de la part des éleveurs. Cette administration et les procédures d'indemnisation subissent souvent les pressions politiques du préfet et de certains élus, contribuant à rendre difficile une gestion sereine et équitable des dossiers. Le climat politique local devient ainsi déterminant. Enfin, des interventions d'effarouchement ou de prélèvement sont possibles sur les deux espèces, à la différence qu'il n'existe pas d'arrêté ministériel pour dérogation à la protection de l'espèce Lynx, et que chaque cas doit fait l'objet d'une dérogation validée par le Conseil National de Protection de la Nature. Cependant, le passage de la décision par Paris, concernant une espèce gérée localement, ne facilite pas les débats avec les acteurs locaux.

Que ce soit pour le Lynx ou pour le Loup, les bases des mesures de protections promues par l'État sont similaires dans l'ensemble, avec la recommandation d'une présence humaine permanente, de chien de protections, et de clôture. Plusieurs facteurs sont cependant à prendre en considération pour comprendre les divergences en termes de politique de gestion en fonction des prédateurs.

Tout d'abord, ces mesures préconisées par l'État ont été développées dans un contexte d'élevage ovin dans le massif alpin et ne correspondent pas toujours au contexte de l'élevage ovin en Franche-Comté. De plus, du fait de la différence, en fonction des deux espèces, des modes d'attaques, des dégâts occasionnés et des moyens financiers et humains mis à disposition pour la gestion, les mesures de protection ne peuvent pas forcément être mises en place de la même façon.

En comparaison avec le dossier Loup, par l'ampleur de dégâts sur le cheptel et les enveloppes mises en œuvre, le dossier Lynx est le parent pauvre des politiques publiques concernant la protection et les gestions des grands prédateurs. Par exemple, les fonds publics consacrés au Lynx sont de l'ordre de 150  000 euros[1] alors que le budget Loup est de l'ordre de 10 millions.

L'absence d'une politique de financement des mesures de protection et d'accompagnement technique des exploitations agricoles constitue l'un des freins les plus importants pour la cohabitation avec le Lynx. Cette absence de mesures de protection a poussé des acteurs de l'environnement[2] à créer l'association «  Pôle Grand Prédateurs Jura  » (PGPJ) en 2007, soutenue financièrement par la DREAL Franche-Comté, afin de placer des chiens de protection, adaptés au système d'élevage en lots, pour contrer les attaques de Lynx, mais aussi pour permettre aux éleveurs d'anticiper le retour du Loup. Ce système de protection a fait ses preuves, puisque la plupart des exploitations équipées d'un chien n'a plus subi d'attaque de Lynx depuis. Le conseil général du Jura est venu en renfort du PGPJ en soutenant le dispositif d'acquisition d'un chien de protection par les éleveurs. Cela doit beaucoup à l'engagement personnel du Président socialiste du conseil général, Christophe PERNY, qui avait pris position pour les grands prédateurs et particulièrement pour le Lynx dont il souhaitait faire un emblème du département. Son opposition et une partie de son camp politique l'ont cependant énormément attaqué sur ses positions environnementales. Homme politique réputé intègre, indépendant et honnête, il doit céder sa place lors des élections départementales de 2015, véritable hécatombe pour les élus locaux socialistes. Des facteurs politiques nationaux ont vraisemblablement desservi cet élu, mais l'avenir du PGPJ qui pallie les déficiences locales en matière de gestion du Lynx se pose alors clairement.

Pour le Lynx, les mesures qui sont avérées les plus efficaces pour la protection des troupeaux sur le massif jurassien sont l'utilisation de clôture électrique et la présence d'un chien de protection avec le troupeau a montré son efficacité contre le Lynx. Cependant, les pouvoirs publics n'ont pas le même investissement en ressources humaines et financières que pour l'ours ou le Loup. Ces mesures ont un coût et ne sont pas forcément «  rentables  » pour l'éleveur si celui-ci ne subit que quelques attaques par an.

III. Freins à la gestion : résistance au changement et pouvoir périphérique

Ces actions en faveur de la cohabitation entre les activités humaines et les grands prédateurs se heurtent à des résistances au changement de la part, de certains acteurs du monde agricole et de la chasse.

Malgré une forte implication des acteurs des services de l'État sur le terrain, le manque de moyens techniques et financiers pour faire face aux attaques se fait sentir dans les territoires du Lynx. Pour les représentants agricoles, l'élevage de petits troupeaux, souvent divisés en lots, rend difficile, voire impossible l'application de ces mesures. Plus que la mise en place de mesures de protection, c'est l'organisation du système agricole qu'il s'agit de repenser pour faire face au retour des grands prédateurs. Mais derrière des arguments en apparence techniques, se cache en réalité une résistance idéologique refusant la prise en compte d'une contrainte naturelle associée à une politique de protection de la nature.

  1. Des solutions locales pour une meilleure acceptation des prédateurs

Pour se faire entendre, les acteurs locaux décident de prendre les choses en main, emploient différentes stratégies et proposent d'eux-mêmes des politiques d'accompagnement. Les services déconcentrés de l'État (DREAL, DRAAF, DDT), préoccupés par la cohabitation proposent des politiques d'accompagnement des éleveurs face aux attaques de Lynx en concertation avec les acteurs de la profession agricole. La création d'un poste de technicien pastoral, le financement de mesures expérimentales pour la protection des troupeaux contre le Loup, et la négociation de financement pour la protection des troupeaux contre le Lynx sont autant d'actions qui démontrent la volonté des services déconcentrés de l'État d'améliorer la cohabitation entre les hommes et les grands prédateurs.

Les associations de protection de l'environnement de leur côté proposent des actions locales de protection du Lynx, comme la mise en place par le Centre Athénas de signalisation routière sur les zones connues de collisions avec des Lynx, et des actions à l'échelle nationale avec la rédaction d'un plan Lynx et également des mesures pour le Loup.

Afin d'améliorer la cohabitation entre les activités d'élevage et les grands prédateurs, le Parc Naturel Régional du Haut-Jura a souhaité encourager plusieurs éleveurs ovins en affichant un soutien financier et humain dans leurs initiatives de protection des troupeaux. Les idées et les expérimentations de mesures venant d'éleveurs locaux sont ainsi moins sujettes aux controverses et aux critiques que des mesures proposées par les services de l'État, et souvent mieux acceptées par les autres éleveurs.

Alors que la présence du Lynx aurait pu permettre de préparer le retour du Loup, l'opposition de certains acteurs et les difficultés des pouvoirs publics à mettre en œuvre une politique lisible rendent difficile toute anticipation. Pourtant, concernant le Lynx, les services de l'État ne sont pas inactifs à l'image de la DREAL ou des DTT, mais ces dernières ne reçoivent ni les moyens, ni la commande politique claire pour asseoir la protection des grands prédateurs dans la région. Pour le Lynx, les pouvoirs publics ont longtemps utilisé la « béquille » du Pôle Grand Prédateur Jura à la mission avérée de service public dans l'installation et la promotion des mesures de protection. Le dossier Lynx est le parent pauvre de la gestion publique des grands prédateurs en France. Les mesures de protection sont identifiées, tout comme les résistances qui ne semblent pas insurmontables si une politique publique forte est décidée et mise en oeuvre à différentes échelles. De celle-ci également pourra résulter une vraie anticipation du retour du Loup qui paie les faiblesses surmontables du dossier Lynx.

 

Bibliographie

BENHAMMOU F. 2007. Crier au loup pour avoir la peau de l'ours : une géopolitique locale de l'environnement à travers la gestion et la conservation des grands prédateurs en France. Thèse de doctorat, Agro Paris Tech.

MERMET L., BILLE R., LEROY M., NARCY J.-B. & Poux X. 2005. L'analyse stratégique de la gestion environnementale : un cadre théorique pour penser l'efficacité en matière d'environnement. Natures sciences sociétés 13(2): 127-137.

MONROLIN M. 2014. Améliorer la cohabitation hommes - grands prédateurs : Le cas du lynx et du loup dans le Massif Jurassien. Mémoire de fin d'études, Master Agro Paris Tech Montpellier.

STAHL P., VANDEL J.-M., RUETTE S. & BALESTRA L. 2001. La prédation du lynx sur les moutons dans le massif du Jura. ONCFS rapport scientifique, CNERA Prédateurs - Animaux déprédateurs.

STAHL P., VANDEL J. M., RUETTE S., COAT L., COAT Y. & BALESTRA L. 2002. Factors affecting lynx predation on sheep in the French Jura. Journal of Applied Ecology 39(2): 204-216.

VANDEL J.-M., STAHL P., DURAND C., BALESTRA L., RAYMOND J. 2001. Des chiens de protection contre le lynx. Faune sauvage 254: 22-27.

 

 

[1] Il s'agit là d'un maximum, on en est à peine à quelques dizaines de milliers d'euros, mais le budget Lynx est difficile à définir.

 

[2] Dans l'analyse stratégique de la gestion de l'environnement, un acteur d'environnement est un acteur agissant concrètement pour le changement en faveur de la protection de l'environnement (associations, certaines administrations ...) (MERMET et al., 2005).

 

 

Dans son ouvrage (voir ci-dessous), Patrice Raydelet, président du Pôle Grands Prédateurs du Jura (PGPJ) évoque l'historique de la disparition et du retour du Lynx et du Loup dans le Jura et dresse l'état actuel des effectifs de ces prédateurs et de leur impact sur les troupeaux.

 

Il suggère les moyens de protection dont les éleveurs disposent, notamment l'usage d'ânes et de chiens de berger  comme le Patou.

 

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Couple de chiens patous

 

Le chien de montagne des Pyrénées ou Patou figure parmi les plus anciennes races françaises canines connues. Ce chien aux allures de seigneur a impressionné tous ceux qui l'ont croisé.

 

Le Patou séduit par sa puissance, sa fourrure, sa prestance. On s'y attache pour sa tendre affection et son dévouement sans borne.

 

Après avoir été le favori de la cour de Versailles, il est aussi la meilleure protection contre les prédateurs des troupeaux au Canada, en Israël et également en France. Sa présence dissuade les prédateurs comme les ours dans les Pyrénées, les loups, les lynx et surtout les chiens errants dans les Alpes

 

 

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Chien patou et troupeau de moutons

(cliché Patrice Raydelet)

 

Le Patou fait partie du troupeau avec lequel il vit. L’approche de tout élément étranger (animal, chien, randonneur, VTT, etc.) déclenche son intervention. À votre approche, le chien vient vous flairer pour vous identifier. Ensuite il regagne son troupeau. S’il estime que vous êtes trop près, il peut tenter de vous intimider. Il vaut mieux alors contourner largement le troupeau.

 

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Une mère et ses deux petits (cliché Patrice Raydelet)

 

En conclusion, en se référant à l’évolution positive de l’aire de présence régulière et l’ordre de grandeur moyen des effectifs, le statut de conservation du Lynx en France, sur la période 2005-2007, est jugé plutôt favorable.

 

Le pôle Grand Prédateurs Jura est optimiste. La situation géographique et le potentiel démographique du noyau de population font du Massif jurassien l’élément majeur d’une implantation durable du Lynx en France. En outre, les zones de contacts entre le sud du Jura et le nord des Alpes (Chaîne de l’Épine, Massif des Bauges, Chartreuse, Vercors) permettent aux subadultes, à la recherche de territoires inoccupés, de participer au processus de colonisation du Massif alpin. D’autre part, des indices de présence localisés dans la zone intermédiaire entre le nord du Massif jurassien et le sud du Massif vosgien laissent à penser qu’une connexion démographique entre ces deux populations soit en voie d’élaboration. Ces échanges permettraient un brassage génétique essentiel pour une population établie à partir d’un nombre relativement réduit d’animaux et pourraient aboutir à terme à la constitution d’une zone de présence compacte et homogène, indispensable à la conservation de l’espèce.

 

Début 2012, afin d'effectuer un comptage des lynx dans le secteur de la frontière avec la Suisse, dans les départements du Doubs, du Jura et de l’Ain, l’office national de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), la fédération régionale des Chasseurs de Franche-Comté, l’office national des Forêts, les fédérations départementales des Chasseurs et la Réserve Naturelle de la Haute Chaîne du Jura ont lancé une large étude de photographies intensives, L'échantillonnage comportait 74 points répartis sur 44 communes, couvrant une surface de près de 2 000 km².

 

En deux mois d’analyse, entre fin janvier et début avril 2012, 21 lynx ont été photographiés. Mais malgré ces flashages, certains animaux sont passés à travers le maillage du dispositif photographique et l'estimation sera corrigée en appliquant un modèle mathématique qui tiendra compte, en fonction du ratio d’individus enregistrés, de la probabilité que certains animaux aient pu échappé au dispositif. « Il y en aura peut-être un, deux, voire trois de plus. Mais nous sommes dans une fourchette normale, comparable à celle enregistrée par nos voisins suisses, d’1,2 individus pour 100 km² », explique Sylvain Gatti, chargé de l’enquête, qui a travaillé en partenariat étroit avec les différentes institutions dont les chasseurs qui ont aidé, par leur connaissance de la forêt et des indices potentiels, à placer les pièges photo aux endroits stratégiques.

 

Fait amusant, sur l'un des clichés recueillis, les auteurs de l'enquête ont eu la surprise de découvrir un loup, identifié formellement par les experts grenoblois. Ce loup a été photographié aux Molunes le 26 mars 2012, dans le sud du Jura à la frontière de l’Ain (voir l'article sur le Loup dans le Jura).

 

Voir également la vidéo sur le Lynx réalisée par le Muséum National d'Histoire Naturelle pendant le Tour de France

 

Sources :

 

Site du Pôle Grands Prédateurs Jura

 

Vidéo : Patrice Raydelet et le Lynx

 

 Ajout du 25 février 2016  : la situation du Lynx dans le Jura par Athénas

 

Schilling B, Singer D. & Diller H. (1986). - Guide des Mammifères d'Europe 284 p. Ed. Delachaux Niestlé.

 

 Ajout du 8 mars 2016 : Un lynx filmé dans le Haut-Doubs

 

Ajout du 15 avril 2016 : Que se passe-t-il lorsqu'un lynx rencontre un loup ?

 

Ajout du 14 février 2017 : un Lynx attaque deux moutons à Lods (Doubs)

 

Remerciements à Patrice Raydelet Président Fondateur du PGPJ pour sa correction du manuscrit. Ci-dessous, un fac-similé de son ouvrage sur le Lynx boréal.

 

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Patrice Raydelet (2006). - Le lynx boréal Coll. Les sentiers du naturaliste. 191 p. Delachaux & Niestlé Ed.

 

Le Lynx boréal : vidéo MNHN et Tour de France

Le Lynx dans la neige : vidéo Nat Géo Wild

Le Lynx dans la vallée de Joux : Video le Matin (janvier 2017)

12/06/2011

Relâcher de deux jeunes lynx

Relâcher de deux jeunes lynx

 

(Dernière mise à jour : 30/08/2016)

 

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© P. Raydelet

 

En application de la nouvelle réglementation, le relâcher de certaines espèces (dont le Lynx) est soumis à consultation publique. Le centre ATHENAS a pour projet de relâcher 2 jeunes lynx orphelins suite au braconnage de leurs mères.

Le centre ATHENAS est le seul centre de sauvegarde de France recueillir, soigner et relâcher des lynx.

Le "porter à connaissance" des projets de relâcher d'individus sauvages de certaines espèces (lynx, loup, ours, castor, grand tétras), fait partie des nouvelles dispositions réglementaires. L'Etat doit ensuite fonder son avis sur une synthèse des avis recueillis.

C'est un petit peu la mort d'une politique volontaire de conservation, au bénéfice d'une politique favorisant les factions ayant la meilleure capacité à se mobiliser. Compte tenu du contexte conflictuel entourant les grands prédateurs, il est indispensable qu'ait lieu une forte mobilisation des personnes favorables à des actions de conservations pour ces espèces.

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Syame et Lex © Athenas



Note du 15 juin 2011 :

 

SYAME ET LEX, LES DEUX JEUNES LYNX RELÂCHÉS



Repérés en détresse en novembre et décembre 2010 et capturés dans l’urgence, ces jeunes lynx issus de deux fratries différentes étaient orphelins suite au probable braconnage de leurs mères respectives. Ils ont été élevés durant 6 mois conformément au protocole d’élevage élaboré par le Centre et en application duquel Morissette et Fario ont été réinsérés avec succès en 2008 et 2009.


A l’issue d’une consultation organisée par la DREAL Franche-Comté (5500 avis exprimés : 95% favorables au relâcher, 4% d’opposants, 1% sans opinion), et après avis favorable du CNPN (Conseil National de Protection de la Nature), le Ministère de l’Écologie a accordé l’autorisation de relâcher pour ces deux individus.


Ils ont été remis en liberté le 13 juin : Syame sur la commune des Molunes et Lex sur la commune de Choux. Équipés de colliers avec balises Argos/GPS et balise VHF, ils seront suivis durant une année grâce à un partenariat d’ATHENAS avec l’IRD et le CNRS, ainsi que le soutien financier de l’État (achat des balises), de la région de Franche-Comté (aide au suivi) et de l’UFCS (avance de trésorerie).


Entouré de précautions et de confidentialité afin d’éviter les actes violents d’extrémistes, le double lâcher a été effectué en présence de représentants de la DREAL, de la DDT, de l’ONCFS et de la gendarmerie.

 

Note du 19 août 2011 :
LA TRACE DE LEX, LE MÂLE EST PERDUE.

Depuis le 13 juin, les deux lynx ont été relâchés dans le massif du Jura. On a pu les suivre "à la trace" grâce à leur collier GPS-Argos. Actuellement, la femelle Syame est toujours repérée : elle est passée en Suisse. En revanche, le mâle Lex lui n'a plus donné de signe de vie depuis fin juillet.

 

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Syame © Athenas

 

Un jeune lynx errant du Jura capturé (France 3 15/11/2012)

Depuis un mois, le jeune félin menait la vie dure aux chats sauvages du hameau d'Arinthod. Il était également en danger de mort car orphelin. Capturé lundi,  les bénévoles du centre de soins aux animaux sauvages Athénas sont à son chevet.

 

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Le jeune lynx © Athenas

 

Le 16 octobre, des habitants de Chisséria dans le Jura photographient la bête venant de tuer un petit chat. La photo permet de déterminer que le félin est orphelin et amaigri. En cinq jours, le centre Athénas obtient une dérogation de capture pour sauvetage. La traque peut se poursuivre. Âgé de moins de 25 semaines, le jeune lynx survit en tuant des chats errants.

 

Affaibli, il n'aurait pas survécu à l'hiver jurassien

 

Dans la nuit du 9 au 10 novembre, il tue une petite chèvre coincée dans un enclos à Arinthod. On décide de disposer une cage-piège à l'endroit de la carcasse.

 

Et notre orphe(lynx) est ainsi capturé. Les bénévoles du centre Athénas le découvrent parasité et dénutri, ne pesant que 5,250 kg contre 8 kg habituellement  pour un lynx de son âge. Il n'aurait pas survécu à l'hiver. Il sera conservé au centre pendant six mois avant, logiquement, de pouvoir être relâché.

Vous pouvez dès à présent faire plus ample connaissance avec lui en vous rendant sur le site du centre Athénas.

 

Vers un plan de conservation du lynx

 

Réapparu en France dans les années 70, le lynx n’a jamais bénéficié d’un plan de conservation. Issu des réintroductions suisses, il a colonisé le massif du Jura, y trouvant un biotope favorable. Toutefois, si son aire de présence s’est étendue de façon régulière jusqu’au début des années 2000, elle a commencé à stagner, voire à régresser localement (bulletin n°17 du Réseau lynx, bilan 2008/2010).

Les récents événements concernant la situation du lynx dans le Jura, venant s’ajouter à la régulière surenchère des ennemis des prédateurs complaisamment relayée par une presse locale avide de sensationnel et peu regardante sur ses sources a amené ATHENAS à prendre cette décision.

"Nous avons décidé d’initier une pétition pour la mise en place d’un Plan de conservation pour le lynx. Ce grand prédateur est le seul à ne pas en disposer, or la remise en cause de son statut par les milieux cynégétiques, l’absence d’intérêt de l’Etat pour cette espèce (excepté pour la gestion au coup par coup des déprédations), le fait qu’il soit le bouc émissaire des professionnels de l’élevage ovin mis à mal par le marché mondial et la concurrence néo-zélandaise masquent la fragilité de cette population.

Certains pensent que 150 lynx en France, c’est déjà trop. Nous, nous pensons que l’augmentation du trafic routier, les aménagements limitant et cloisonnant les noyaux de population, le braconnage , qui sournoisement chaque automne liquide des adultes et condamne des progénitures, menacent cette espèce encore fragile".

Pour qu’il bénéficie enfin d’un plan de conservation, il est nécessaire de se mobiliser et de témoigner d’un fort soutien du public à cette initiative en signant une pétition cyber@cteurs actuellement en ligne :

PETITION : POUR UN PLAN DE CONSERVATION DU LYNX BOREAL.

Pour en savoir plus :

Lire le communiqué complet sur le site d’ATHENAS.

Le braconnage des lynx continue (janvier 2014). Voir l'article de ATHENAS.

 

Ajout du 30 août 2016 (d'après Sciences et Avenir n° 835, septembre 2016, p. 54-55).

 LE LYNX : UNE ESPÈCE À SAUVER

Population estimée : 90 individus

Répartition : Massif du Jura

Statut : en danger critique d'extinction

Gilles Moyne, directeur de l'association Athenas, a participé au « relâchage » de quatre jeunes lynx au printemps munis d'une balise Argos en collier. La balise est en effet l'un des moyens de suivre la dernière population de lynx vivant en France. Celle-ci est désormais estimée à 90 individus, tous issus d'animaux de souche slovène relâchés côté Suisse dans les années 1970. Grâce à cette balise, les chercheurs ont aussi pu établir que les femelles vivent sur un territoire de 100 kilomètres carrés quand les mâles en parcourent 800. Ces individus solitaires, fidèles à leur territoire, sont dits cantonnés. L'analyse des poils et des crottes retrouvés le long de chemin parcourus régulièrement par les agents de l'ONCFS permet de distinguer chaque individu, les pièges photographiques les identifiant aussi grâce à des taches de pelage différentes.

Mais bien que les forêts du Jura regorgent de chevreuils et de petits rongeurs dont ils se délectent, ces carnivores sont toujours au bord de l'extinction. La faute aux accidents de la route et surtout aux braconniers. « Ces derniers considèrent les lynx comme des concurrents pour la chasse au chevreuil, dont ils tuent pourtant peu d'individus », dénonce Gilles Moyne. L'hiver 2015 a ainsi été particulièrement meurtrier pour ce félin strictement protégé. Outre Noëlle, 18 autres petits lynx ont été retrouvés abandonnés, signe que leur mère a été tuée. « En six mois, un quart des femelles adultes du Doubs et du Jura a disparu. Si ça continue, dans dix ans, il n'y aura plus de lynx en France » s'alarme Gilles Moyne.