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15/05/2018

L'Union Européenne réduit l'usage de trois néonicotinoïdes

néonicotinoïdes,abeilles,bourdons,union européenne,pesticides,clothianidine,imidaclopride,thiaméthoxameL'Union Européenne (UE) réduit encore un peu plus l'usage de trois néonicotinoïdes

 

par Sciences et Avenir avec AFP le 27.04.2018 à 14h30

 

La Commission européenne a décidé de réduire encore un peu plus l'usage de la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame. Des substances connues sous le nom de néonicotinoïdes sont destructrices pour les abeilles.

 

  • Députés et sénateurs souhaitent une application stricte de l'interdiction des néonicotinoïdes,
  • Des traces de néonicotinoïdes dans 75 % des miels du monde entier.

 

Les néonicotinoïdes s'attaquent au système nerveux des insectes pollinisateurs.

 

L'Agence européenne pour la sécurité des aliments (Efsa), a confirmé le 28 février 2018 le risque pour les abeilles posé par trois néonicotinoïdes actuellement soumis à des restrictions d'usage dans l'UE dans un rapport attendu de longue date. "Globalement le risque pour les trois types d'abeilles que nous avons étudiés est confirmé", a expliqué Jose Tarazona, à la tête du département Pesticides de l'Efsa, dans un communiqué de l'agence. Dans tous les cas d'utilisation en extérieur de ces substances, au moins un des aspects évalués indique un "risque élevé" pour l'abeille, précise l'Efsa.

 

Une étude encore plus poussée que la précédente

 

L'avenir de ces trois pesticides néonicotinoïdes (la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame), subtances neurotoxiques qui s'attaquent au système nerveux des insectes, est en suspens dans l'Union depuis 2013 après une première évaluation de l'agence scientifique. Celle-ci s'est lancée deux ans plus tard dans une évaluation encore plus poussée des effets des néonicotinoïdes sur les abeilles, visant à rassembler "toutes les preuves scientifiques" publiées depuis son premier avis, et dont la conclusion avait pris du retard face à la masse de données collectées. En outre, l'évaluation couvre cette fois non seulement les abeilles à miel, mais aussi les insectes sauvages tels que les bourdons et les abeilles solitaires.

 

Bayer a immédiatement critiqué le rapport

 

Le géant allemand des pesticides Bayer a immédiatement réagi à la publication de l'Efsa. Il a clamé son "désaccord fondamental" avec l'analyse mise à jour de l'agence sur l'imidaclopride et la chlothianidine. "Les résultats de l'Efsa la placent en dehors du courant scientifique dominant actuel sur la santé des abeilles, comme représenté par de récentes évaluations similaires" par les agences scientifiques environnementales aux Etats-Unis et au Canada, soutient Bayer dans un communiqué.

L'association européenne des producteurs de pesticides, l'ECPA, a également fait part de sa désapprobation. "Nous ne contestons pas la possibilité d'un risque pour les abeilles, toutefois nous ne partageons pas l'avis de l'Efsa sur la nature de ce risque", explique-t-elle sur Twitter. "Avec les bonnes mesures, tout risque posé aux abeilles par les néonicotinoïdes peut être géré", estime l'ECPA.

 

Plus d'une centaine de députés et de sénateurs ont exigé le 27 mars 2018 une application stricte de l'interdiction des pesticides néonicotinoïdes à partir de l'automne 2018, en limitant au maximum les dérogations, et une meilleure traçabilité pour le miel. Utilisées en agriculture pour protéger les cultures de ravageurs, mais aussi en tant que biocides ou médicaments vétérinaires, les néonicotinoïdes sont des substances insecticides dites systémiques (c'est-à-dire qui pénètrent dans les végétaux), d'après l'Agence nationale de sécurité sanitaire Anses. 

 

Des substances qui contribuent au déclin des insectes

 

Les pesticides néonicotinoïdes s'attaquent au système nerveux des insectes, désorientent les pollinisateurs, contribuant au déclin spectaculaire des colonies d'abeilles. Elles touchent aussi des invertébrés terrestres et aquatiques et persistent dans l'eau et les sols. Au niveau européen, Bruxelles a restreint en décembre 2013 l'usage des trois principales substances pour les cultures à fleurs (clothianidine, imidaclopride, thiaméthoxame), mais pas sur les céréales d'hiver. Deux autres substances néonicotinoïdes, le thiaclopride, dont l'usage est en hausse, et l'acétamipride, n'étaient pas concernées par ce moratoire partiel. "Si on peut se réjouir d'une véritable prise de conscience sur la question climatique, on a vraiment laissé la biodiversité sur le bord du chemin dans nos priorités", a déploré Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), alors qu'une étude récente fait état d'un déclin "vertigineux" des oiseaux de campagne. "Il n'y a qu'une ambassadrice qui réveille un peu nos consciences, c'est l'abeille", a-t-il souligné.

 

"Pour nous, les choses sont claires,

c'est le moins de dérogations possibles"

 

Réunis dans un comité de soutien à l'abeille et aux apiculteurs, ces 135 élus entendent soutenir la filière apicole, qui emploie environ 100.000 personnes en France, et protéger les abeilles, alors que la production nationale a été divisée par trois entre 1995 et 2016 et que les importations ont augmenté d'autant. "Pour nous, les choses sont claires, c'est le moins de dérogations possibles", a expliqué la députée Delphine Batho (Nouvelle Gauche) lors d'une conférence de presse. En effet, la loi sur la biodiversité de 2016 prévoit l'interdiction des néonicotinoïdes en France à partir du 1er septembre 2018, avec des dérogations possibles au cas par cas jusqu'au 1er juillet 2020. Pour mieux lutter contre ces substances, "on va proposer enfin une définition dans la loi pour définir précisément ce que c'est, un pesticide néonicotinoïde", a fait savoir le député Matthieu Orphelin (LREM).

 

Ce comité défend aussi une meilleure traçabilité des miels. La législation européenne prévoit de mentionner sur l'étiquette des pots de miel le pays d'origine de récolte, sauf pour les miels mélangés provenant de plusieurs pays. Or les miels mélangés importés représentent 75% des miels consommés en France, selon ce comité. Il faut "faire en sorte que les consommateurs sachent ce qu'ils consomment", a souligné Henri Clément, porte-parole de l'Union nationale de l'apiculture française.

 

Trois néonicotinoïdes considérés comme dangereux pour les abeilles - des pesticides déjà soumis à des restrictions d'usage dans l'UE - vont être quasi totalement interdits après le vote le 27 avril 2018 d'une majorité d'Etats membres, a annoncé la Commission européenne. Une majorité qualifiée d'entre eux (au moins 16 pays sur 28 représentant 65% de la population) a apporté son soutien à la proposition de la Commission lors d'un comité d'experts réuni, a précisé l'exécutif européen dans un court communiqué.

 

Une utilisation de ces 3 substances actives désormais très limitée

 

L'avenir de la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame - des subtances neurotoxiques qui s'attaquent au système nerveux des insectes largement utilisées - était en suspens depuis 2013, après une première évaluation négative de l'Agence européenne pour la sécurité des aliments (Efsa). L'agence a confirmé son opinion fin février 2018, une évaluation qui est venue soutenir la volonté de l'exécutif européen d'élargir l'interdiction. Celle-ci s'applique désormais à toutes les cultures en plein champ, avec pour seule exception les usages en serres, à condition que graines et plantes ne quittent pas leur abri fermé.

 

"La Commission avait proposé ces mesures il y a des mois, sur la base de l'avis scientifique de l'Efsa. La santé des abeilles a toujours une importance cruciale pour moi, puisque cela concerne la biodiversité, la production alimentaire et l'environnement", a réagi le commissaire européen à la Santé et la Sécurité alimentaire Vytenis Andriukaitis. "Je suis heureux que les Etats membres aient voté en faveur de notre proposition d'aller plus loin dans la restriction de l'utilisation des substances actives imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame connues sous le nom de néonicotinoïdes", a-t-il écrit sur Twitter.

 

"C'est un triste jour pour les agriculteurs", a réagi Bayer

 

Le géant Bayer a déjà réagi à cette décision. Dans un communiqué, l'entreprise allemande assure que "c'est un triste jour pour les agriculteurs et une mauvaise affaire pour l'Europe". "Aujourd'hui, la décision prise par les Etats membres de l'UE de réduire l'utilisation de certains néonicotinoïdes (...) est une mauvaise affaire pour le secteur agricole européen et l'environnement et qui ne permettra pas d'augmenter le nombre d'abeilles et d'autres pollinisateurs", assure Bayer. Le chimiste prévient que dorénavant, les agriculteurs s'attaqueront avec plus de difficultés aux parasites, "dont beaucoup non pas de traitements alternatifs", autre que les néonicotinoïdes. "Au delà du coût pour les agriculteurs européens, les restrictions en place ont déjà conduit à des conséquences inattendues considérables ; un manque de solutions alternatives, plus de pulvérisations menant à plus d'émissions de CO2 ; un risque accru d'émergence de parasites résistants et un retour aux vieux et peu efficaces, produits chimiques", ajoute l'entreprise.

 

néonicotinoïdes,abeilles,bourdons,union européenne,pesticides,clothianidine,imidaclopride,thiaméthoxameUn néonicotinoïde accusé de réduire

la fertilité des reines bourdons

 

par Sciences et Avenir avec AFP le 17.08.2017 à 09h00.

 

Le thiaméthoxame, un néonicotinoïde utilisé dans les cultures céréalières, diminuerait la proportion de reines capables de pondre des oeufs et donc de fonder des colonies.

 

Selon une étude menée par des chercheurs britanniques, le thiaméthoxame réduit la fertilité des reines bourdons.

 

Le thiaméthoxame, un insecticide néonicotinoïde utilisé dans les cultures céréalières, pourrait à terme conduire à la disparition des bourdons (Bombus terrestris) note une étude parue le 14 août 2017 dans la revue Nature Ecology & EvolutionCe pesticide controversé diminue la proportion de reines capables de pondre des oeufs et donc de fonder des colonies. Cela pourrait conduire à l'effondrement de la population de ces insectes pollinisateurs déjà menacés entre autres par le changement climatique, la destruction de leur habitat et les espèces invasives.

 

Baisse de 26 % du nombre de reines pondant des œufs

 

Les chercheurs britanniques ont exposé en laboratoire des reines de bourdons à des doses de thiaméthoxame comparables à celles auxquelles elles seraient confrontées dans la nature. Et ils ont constaté que cette exposition entraînait "une baisse de 26 % de la proportion de reines pondant des oeufs". Or "créer de nouvelles colonies est vital pour la survie des bourdons. Si les reines ne produisent pas d'oeufs ou ne fondent pas de nouvelles colonies, il est possible que les bourdons disparaissent complètement", souligne Gemma Baron, de la Royal Holloway University of London.

 

Une utilisation déjà restreinte en Europe

 

Les néonicotinoïdes sont des substances neurotoxiques qui s'attaquent au système nerveux des insectes et ont de ce fait contribué au déclin des abeilles constaté notamment en Europe et en Amérique du Nord. Depuis 2013, l'Union européenne a restreint l'usage des trois principales substances néonicotinoïdes (la France souhaite en interdire 4 autres d'ici septembre 2018) dont le thiaméthoxame pour les cultures à fleurs mais pas pour les céréales à paille d'hiver. Or, pour fonder de nouvelles colonies, les reines doivent survivre à cette période. Les néonicotinoïdes sont donc une menace supplémentaire à cette étape cruciale pour les bourdons dont les effectifs sont en déclin au niveau mondial.

 

17/04/2018

Composition : miel toutes fleurs et néonicotinoïdes

Composition : miel toutes fleurs et néonicotinoïdes

par Alexandre Aebi

 

Article publié dans le numéro 274 de janvier 2018 de

"En Direct" le journal de la Recherche

et du Transfert de l'Arc jurassien

 

 

Élaboré avec patience selon un processus complexe et grâce à une organisation du travail imparable de la part des abeilles, le miel est un chef-d’œuvre de la nature paré de mille vertus. Mais malgré la vigilance des abeilles qui assurent un rôle de filtre, le miel est contaminé par des néonicotinoïdes, une famille de pesticides largement employée sur les grandes cultures. Un phénomène observé à l’échelle de la planète tout entière, ainsi que le révèle une étude sans précédent menée à l’université de Neuchâtel.

 

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C’est à partir de cent quatre-vingt-dix-huit échantillons butinés à travers le monde par des voyageurs attentionnés que cette étude d’une ampleur inédite a pu être menée. Une récolte initiée par le jardin botanique de Neuchâtel alors qu'il préparait une exposition sur les abeilles en 2013. Une équipe de travail s’est depuis constituée avec des chercheurs de l’université de Neuchâtel, qui ont utilisé leurs moyens en biologie et chimie analytique pour extraire de toutes ces variétés de miels leur teneur en néonicotinoïdes, un terme qui sonne comme une offense à la réputation du produit symbole par excellence d’une alimentation saine.

 

Pourtant le miel comporte bien les traces des cinq pesticides étudiés de cette famille, couramment utilisés dans l’agriculture et pour un usage domestique. Acétamipride, clothianidine, imidaclopride, thiaclopride et thiaméthoxane sont d’ailleurs mis en évidence de façon criante : 75 % des miels étudiés contiennent au moins l’une de ces substances. Les écarts sont significatifs d’un continent à l’autre : 86 % des échantillons nord-américains sont contaminés, contre 57 % de ceux provenant d’Amérique du Sud. Entre les deux, les miels asiatiques et européens sont presque ex aequo avec respectivement 80 % et 79 %. Ce triste palmarès montre également que plus de la moitié des miels analysés renferment au moins deux néonicotinoïdes différents Cependant la teneur en toxiques de la très grande majorité des échantillons n’implique pas de danger pour la santé humaine, si l’on s’en tient aux indications données par les normes en vigueur.

 

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Pour les abeilles, c’est une autre histoire, comme le souligne Alexandre Aebi, qui, enseignant-chercheur en agroécologie et apiculteur, fait preuve d’une double expertise en la matière. « L’étude démontre que les abeilles sont exposées à des concentrations nocives pour leur comportement, leur physiologie et leur reproduction ». Si les pesticides ne sont pas seuls responsables du déclin des abeilles, du moins peut-on jouer sur ce levier en limitant leur utilisation voire en l’interdisant, une réflexion en cours dans certains pays. « Dans la littérature scientifique, de nombreuses études révélent qu’à partir de 0,1 ng/g, la teneur en néonicotinoïdes a des effets toxiques sur certains organismes. Or dans le miel, cette concentration atteint 1,8 ng/g en moyenne ! »

 

Un cocktail explosif derrière la douceur du miel ?

 

Derrière cette moyenne, des chiffres incontestables, fournis par la plateforme neuchâteloise de chimie analytique (NPAC) de l’université de Neuchâtel, qui dispose d’outils capables de déceler les néonicotinoïdes à des concentrations infimes, de l’ordre d’une part par dix milliards, dans une matrice aussi complexe que celle du miel. Il n’en reste pas moins que « l’effet cocktail » produit par le mélange de ces substances demeure une inconnue. Le problème se complique encore avec la présence de deux autres facteurs : les métabolites, substances fabriquées lors de la dégradation des pesticides, et les adjuvants. Pas moins de trois cent cinquante pesticides différents sont répandus dans les cultures, rien qu’en Suisse.

 

On ne peut qu’imaginer le nombre incroyable de combinaisons possibles entre toutes ces molécules, rendant vaine toute tentative de cerner le problème de manière exhaustive. L’étude a été réalisée par l’université et le jardin botanique de Neuchâtel entre 2015 et 2016, et c’est la première d’une telle ampleur en termes d’échantillonnage et de représentation de territoires. Elle a fait l’objet d’une publication scientifique dans la revue de référence Science en octobre dernier, et suscite depuis de nombreuses réactions tant auprès des apiculteurs et des citoyens que des médias… Peut-être fera-t-elle un jour écho dans la sphère politique ?

 

Équipe pluridisciplinaire pour étude planétaire

 

Cette recherche sur les teneurs en néonicotinoïdes des miels du monde entier est la somme des compétences cultivées au sein de différents laboratoires de l’université de Neuchâtel : le laboratoire de biodiversité du sol, placé sous la direction d’Edward Mitchell, l’institut de biologie et l’institut d’ethnologie, une double-appartenance pour Alexandre Aebi, et la plateforme neuchâteloise de chimie analytique représentée par Gaétan Glauser, ingénieur de recherche, qui confirme : « Il nous est possible de quantifier ce type de molécules avec une excellente précision, à des concentrations de l’ordre d’une part par dix milliards, voire moins ».

L’équipe ainsi constituée a bénéficié, outre des cent quatre-vingt-dix-huit échantillons de miel qui étaient conservés dans ses murs, de l’expertise du Jardin botanique de la ville de Neuchâtel, sous la houlette  de son directeur, Blaise Mulhauser.

 

Contact :
Alexandre Aebi
- Instituts de biologie et d’ethnologie - Université de Neuchâtel

Tél. +41 (0)32 718 31 47

 

 

06/06/2016

Le poison des néonicotinoïdes en débat au Parlement

Le poison des néonicotinoïdes

en débat au Parlement

(Sciences et Avenir de juin 2016)

 

Dernières mises à jour des 3, 16 et 31 juillet 2016

(voir au pied de l'article)

 

Les pesticides neurotoxiques, nocifs pour les insectes pollinisateurs, sont au cœur d'une bataille exemplaire.

 

Interdire ou non, sur le territoire français, l'ensemble des insecticides de la famille des néonicotinoïdes[1] : c'est l'enjeu crucial de la loi biodiversité, en discussion au Parlement, qui tient en haleine tous les apiculteurs.

 

La question divise bien au-delà des couleurs politiques car elle remet en question notre système de production agro-industriel.

 

Sur le plan scientifique, c'est clair : ces insecticides systémiques — qui pénètrent le système vasculaire de la plante — qui représentent 40 % du marché, sont toxiques à faible dose pour les pollinisateurs domestiques ou sauvages (lire Sciences et Avenir nos 783 et 796). "Ils fragilisent également les invertébrés du sol, la microfaune des cours d'eau, les amphibiens" selon une méta-analyse publiée dans Environnemental Science and Pollution Research (2015), Même la végétation alentour non traitée est contaminée, qu'il s'agisse de cultures de colza ou de fleurs sauvages, car la plante n'absorbe qu'une infime portion du produit : l'essentiel persiste dans les sols pendant plusieurs années ou file dans les cours d'eau. Sans que l'on sache encore leur impact — faute d'études suffisantes — sur la santé humaine. Ainsi, même s'ils étaient interdits dès 2018 — l'une des dispositions débattues par les élus —, les néonicotinoïdes continueront à produire leurs effets durant de longues années sur les abeilles en particulier et sur tous les pollinisateurs en général. Ils perturbent leur appétit et leur sens de l'orientation, compromettent leur retour à la ruche, aggravent leur fragilité face aux maladies, forment des cocktails délétères avec les autres produits chimiques employés dans la nature ou dans la ruche (lire Sciences et Avenir 771).

 

Défenseurs de la nature et agro-industriels s'affrontent.

 

Sur le plan économique, défenseurs de la nature et agro-industriels avancent des chiffres contradictoires. Pour les premiers, avec ou sans pesticides, les rendements seraient à peu près les même. Si pour les seconds, c'est la faillite qui menace la betterave ou le blé. « Rotations de culture. engrais verts, techniques de bio-contrôle : des alternatives sans chimie existent déjà », arguent la Fondation Nicolas Hulot ou la Confédération paysanne. Leur mise en œuvre et leur efficacité peuvent être empêchées par les conditions climatiques, la nature et l'intensité des attaques des ravageurs » rétorquent les producteurs qui préfèrent « un traitement préventif unique par enrobage de semences à des pulvérisations répétées ». Le changement des pratiques, là est le véritable sujet.

 

[1] Depuis les années 1990, les apiculteurs suspectaient certains pesticides d'être responsables d'une mortalité accrue des abeilles domestiques. Les scientifiques l'ont confirmé récemment. Parmi les substances incriminées par les chercheurs pour leurs effets sur les pollinisateurs et dont l'usage est déjà restreint en Europe et en France : imidaclopride (molécule active du Gaucho et du Confidor), clothianidine (molécule active du Poncho-Maïs), thiamétoxame (molécule active du Cruiser).

 

La réaction de la LPO : le Sénat protège les néonicotinoïdes au mépris des abeilles, de la biodiversité et de la santé publique

 

Dans le cadre de l’examen de la loi biodiversité, les Sénateurs ont rejeté l’interdiction des néonicotinoïdes.

 

Alors que la démonstration scientifique est faite et indiscutable que les néonicotinoïdes sont extrêmement dangereux pour notre environnement et que les premiers signes d’impact apparaissent sur la santé humaine ;

 

Alors que l’ANSES a récemment rappelé qu’en l’absence de mesures de gestion renforcée, « l’utilisation des néonicotinoïdes entraîne de sévères effets négatifs sur les espèces non-cibles qui fournissent des services écosystémiques incluant la pollinisation et la lutte intégrée » ;

 

Alors qu’aujourd’hui même une équipe internationale impliquant l’INRA révèle qu’en augmentant le nombre et la diversité des insectes pollinisateurs, on accroît le rendement des cultures de plus de 20 % en moyenne à l’échelle mondiale;

 

Alors que notre proposition d’amendement visant à interdire l’usage des néonicotinoïdes a reçu un soutien exceptionnel dans le cadre de la consultation sur la plateforme Parlement & Citoyens (99,6% de votes favorables) ;

 

Alors que le gouvernement a soutenu l’amendement visant à interdire les néonicotinoïdes en enrobage de semences au 1er septembre 2017, nos organisations environnementales, apicoles et paysannes dénoncent fermement le rejet de cet amendement et le déni scientifique et démocratique que ce vote représente.

 

L’amendement et son sous-amendement, adoptés en lieu et place de cette interdiction sont une provocation faite aux apiculteurs et aux défenseurs de la biodiversité et de l’agriculture paysanne. Fuyant leurs responsabilités, les sénateurs ont choisi de ne rien décider et de laisser au ministre Stéphane Le Foll la décision de mettre en pratique les recommandations de l’ANSES, pourtant précédemment qualifiées d’inapplicables par la ministre de l’Ecologie.

 

Nos organisations, avec le soutien des citoyens, poursuivront leur travail vers les députés pour obtenir enfin, et une fois pour toutes, l’interdiction de ces produits.

 

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Le vote des sénateurs comtois : un seul s'oppose à l'empoisonnement de la nature

SÉNATEURS-COMTOIS-néonicotinoïdes-450.jpg

 

Nouvel ajout du 3 juillet 2016 dû à Benoit André

 

La commission du développement durable de l'Assemblée Nationale a examiné les 13, 21 et 22 juin 2016 les amendements déposés sur la version votée par le Sénat, à la suite de quoi l'Assemblée a voté le texte en séance publique du 21 au 23 juin.


Le texte retenu a rétabli une grande partie des dispositions supprimées par le Sénat, mais laisse un goût amer à certains acteurs, comme les ONG environnementales.


Dossier le plus emblématique, l'interdiction des néonicotinoïdes a été restaurée à la date du 1er septembre 2018 sur l'ensemble des cultures et semences, mais la porte a été ouverte à un contournement via des dérogations possibles jusqu'au 1er juillet 2020.


Cette loi ayant un champ assez large [1], et compte tenu des intérêts variés que mes signataires ne manquent pas de montrer, je ne vais pas entrer dans le détail de tous les articles.


Je voudrais simplement vous signaler l'existence d'une mine d'informations sur la gestation de cette loi, sur les luttes entre majorité et opposition, sur les différences de conception entre les deux blocs et les arguments utilisés par les deux parties pour défendre leur point de vue. Je salue au passage la transparence des débats parlementaires, bien qu'il faille un peu de temps pour exploiter tout ça.



Sur le site de l'Assemblée Nationale [2], vous trouverez en bas la section "Assemblée nationale - Nouvelle lecture", qui contient les transcriptions complètes des discussions en commission et en séance.
Si un sujet en particulier vous intéresse, vous pouvez rechercher le numéro de l'article qui lui correspond via le texte adopté par l'Assemblée [3], puis rechercher dans la liste des réunions celle où l'article a été discuté, en commission (sous "Travaux des commissions") ou en séance publique (sous "Discussion en séance publique").



Un petit exemple : lors de la première réunion en commission [4], la discussion du principe de non-régression, sur lequel avait buté la commission mixte paritaire (CMP), témoigne de conceptions totalement différentes de la part de la majorité et de l'opposition. Au passage, vous pourrez voir là l'avis de notre David Douillet national, député (LR) des Yvelines.


Second exemple : la bataille sur les néonicotinoïdes en séance publique [5], très longue mais hautement intéressante, close par le vote de l'amendement 452.


Le texte va de nouveau être discuté au Sénat en séance publique les 11 et 12 juillet ; je ne pense pas qu'il soit efficace de se manifester auprès des sénateurs. Ensuite, la lecture définitive par l'Assemblée devrait avoir lieu le 19 juillet. Il n'y aura pas de nouvel amendement possible selon le droit parlementaire [6], l'Assemblée votera son propre texte dans sa version actuelle, en reprenant éventuellement à son compte des amendements déposés par le Sénat. Il faut donc rester vigilant, et il sera bon de se rappeler au bon souvenir de nos députés - je publierai une mise à jour à temps.



Pendant ce temps, continuez à diffuser ! https://www.change.org/p/m-claude-pour-une-loi-sur-la-bio...

Merci pour votre soutien.




Sources citées dans le texte

[1] http://www.senat.fr/dossier-legislatif/pjl14-359.html

[2] http://www.assemblee-nationale.fr/14/dossiers/biodiversit...

[3] http://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0775.asp

[4] http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-dvp/15-16/c151606...

[5] http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2015-2016/201602...

[6] https://www.senat.fr/role/fiche/navette.html


Autres sources

Articles du Monde sur le dernier passage à l'Assemblée :


- http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/06/22/les...


- http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/06/25/bio...

 

Ajout du 16 juillet 2016 dû à Benoit André

 


Le Sénat a de nouveau examiné la loi sur la biodiversité le lundi 11 juillet 2016 en séance publique, et a de nouveau fait reculer le texte sur certains points, si bien que les sénateurs communistes et écologistes ont voté contre la nouvelle mouture [1].

Les sénateurs ont notamment supprimé l'inscription dans la loi du principe de non-régression de l'environnement et repoussé la date butoir d'interdiction des insecticides néonicotinoïdes au 1er juillet 2020. Ils ont également rejeté un amendement écologiste visant à supprimer l'avantage concurrentiel de l'huile de palme [2].

L'Assemblée Nationale doit examiner le texte en lecture définitive, en commission du développement durable, à partir du mardi 19 juillet à 11h [3], en repartant du texte voté par elle en juin. Comme je le disais lors de ma dernière mise à jour, l'Assemblée a le droit de modifier son texte, mais ne peut pas déposer de nouvel amendement. Il faut rester vigilant pour que le texte ne subisse pas de perte de dernière minute. Je vous invite donc à contacter votre député de la commission du développement durable. Vous trouverez une explication de la façon de le faire dans ma deuxième mise à jour du 3 juin 2016, disponible sur le site de la pétition [4]. Un dernier effort et on peut partir en vacances l'esprit tranquille (ah, les insectes qui s'écrasent sur votre pare-brise sur l'autoroute... c'est aussi un marqueur de biodiversité !).

J'enverrai la semaine prochaine une ultime mise à jour pour faire le bilan de cette loi et de notre mobilisation.

Merci pour votre soutien.



Sources citées dans le texte :

[1] http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/senat-adopte-nouv...

[2] http://ecologistes-senat.fr/loi-biodiversite-adoptee-au-s...

[3] http://www.assemblee-nationale.fr/14/dossiers/biodiversit...

[4] https://www.change.org/p/m-claude-pour-une-loi-sur-la-bio...


Autre source :

Texte de la loi votée par le Sénat :
http://www.senat.fr/petite-loi-ameli/2015-2016/766.html

 

Ajout du 31 juillet 2016 : ce qu'en pense Gérard Charollois : un temps d’enfumage.

 

www.ecologie-radicale.org


La lettre de Gérard CHAROLLOIS        Le dimanche 31 juillet 2016
Tél. 06 76 99 84 65
        
 
Dans le silence médiatique, donc dans l’ignorance de l’opinion publique, le parlement adopte une loi insipide prétendument destinée à « protéger la biodiversité », grand défi de ce monde.
 
Pas question, pour le législateur Français, aux ordres des mafias lobbystiques, d’interdire la chasse aux gluaux des petits oiseaux, les destructions de mammifères en période de reproduction, d’édicter l’opposabilité aux aménageurs des couloirs écologiques, l’exclusion des néonicotinoïdes, tueurs d’insectes, avant le premier septembre 2018, avant changement de majorité politique, propositions qu’avait soutenues Laurence ABEILLE, députée écologiste, que je salue pour la qualité de son travail parlementaire.
 
En France, seuls les tueurs d’animaux, les exploiteurs de la nature, les promoteurs sont protégés.


Pour occuper les médias de leurs vaines présences, les leaders politiques, charognards impudiques, feignent de s’exciter à l’annonce d’un attentat perpétré par des faibles d’esprits égarés par une mythologie grotesque.
Derrière tout attentat contre la vie, fleurissent, d’un côté, la souffrance des victimes, de l’autre, le défaut d’hominisation des assassins.


Pendant que les hommes s’obnubilent sur les manifestations, parfois criminelles, souvent ridicules, d’arriérations mythiques, ils oublient les soucis de la  planète. Le  spectacle ressassé du terrorisme religieux occulte le terrorisme quotidien et ordinaire que les ennemis de la terre exercent à l’encontre de la nature et du vivant.


Ne nous laissons pas fasciner par les crimes des obscurantistes, leur inculture, le choc indéniable de civilisations, choc sans perspectives d’amélioration de la condition de vie.


Bien sûr, la simple légitime défense justifie la guerre faite aux djihadistes, mais cette guerre, imposée par l’ennemi, doit être étroitement circonscrite à son objet et ne saurait devenir un poison sociétal, une obsession.
L’avenir ne réside pas dans ces querelles médiévales.


Toute mesure de police et de sécurité doit s’accompagner d’accroissement et de garanties de la liberté, cet antidote au totalitarisme, cette arme suprême contre la superstition et le fanatisme.


Les politiciens dévoyés qui, pour plaire aux badauds, remettent en cause l’état de droit se révèlent auxiliaires des adversaires de la raison et de la liberté.


Ne nous détournons pas d’un objectif supérieur et premier :


Comment réduire la souffrance, mal absolu, la détresse, l’avilissement des êtres vivants ?


Pour demeurer dans leur rhétorique guerrière, les fronts ne manquent pas.


Il est curieux que les hommes, loin de redouter les vrais périls qui les menacent, ont toujours peur que le « ciel leur tombe sur la tête ».


Nous n’avons rien à faire des guerres de religions, ni, d’ailleurs, des réconciliations des religions, puisque l’essentiel est de dépasser le dolorisme dont elles sont porteuses.


La souffrance, le sacrifice, le supplice, le martyr, la mort n’ajoutent rien de bon au monde et ne rachètent rien, puisqu’il n’y a rien à racheter.


La finalité de la vie est la vie.


Notre radicalité tient à ce changement de fondement éthique de la société à laquelle nous aspirons.


Puisque ses facultés cognitives ont permis à l’animal humain d’acquérir une grande maîtrise, il lui faut élever son niveau de conscience et la qualité de son comportement.


Or, entre ses croyances farfelues, ses loisirs débiles et calamiteux, sa volonté primaire d’accaparement, son développement comportemental demeure en grave décalage avec ses capacités d’intervention sur le monde.


Loin d’élever la réflexion, de proposer une issue de secours, d’appeler à cette révolution comportementale, nos politiciens, médiocres et narcissiques, instrumentalisent les ignorances et les peurs pour pérenniser leur détention des apparences du pouvoir.


Apparences, parce qu’en fait, ces petits personnages ne maîtrisent rien, ni les aléas économiques, ni les coups de folie des islamistes, ni les accidents du Marché de la finance et des emplois.


Ils essaient seulement de gérer leurs petites carrières et se donnent en spectacle comme sur la scène d’un théâtre où se jouent des pièces dont ils ne sont pas auteurs.


Notre objectif : séparer l’écume des faits divers, des mouvements de fond de la civilisation et mettre, enfin, le vivant au centre des valeurs.


Amis lecteurs, ne vous laissez pas enfumer par les faiseurs d’opinion :


C’est la guerre !


Oui, mais ceux que vous aimez vont mourir d’une rupture d’anévrisme, d’un cancer métastasé, d’un accident vasculaire cérébral et non de la main cruelle d’un fou de Dieu.


La protection de la nature, l’accession au respect de l’animal, être sensible, l’instauration d’une économie de solidarité et non de concurrence féroce, le souci d’offrir aux hommes de meilleures conditions de vie, la victoire sur les maladies valent mieux que les affrontements entre ZEUS et OSIRIS.


Non, je ne préconise nullement la censure d’informations relatives aux attentats, la dissimulation des images choquantes, le refus d’indiquer l’identité des tueurs. La seule censure qui vaille est celle de la censure.


Il ne faut jamais infantiliser les citoyens, filtrer, prédigérer, édulcorer les informations.


Le citoyen est un adulte et doit être considéré comme tel.


En revanche, je considère comme enfumage le fait d’asphyxier la pensée, de stériliser le débat de fond en suivant l’agenda dicté par les terroristes, agenda dans lequel les politiciens puisent le paravent de leur insignifiance.
De nos jours, les attentats tiennent lieu de divertissements, au sens philosophique du terme.


Apprenons à nos contemporains qu’il est idiot et criminel de tuer au nom d’un quelconque ZEUS, comme il est idiot et criminel de capturer des petits oiseaux à l’aide de glu.


 
Gérard CHAROLLOIS
CONVENTION VIE ET NATURE
MOUVEMENT D’ÉCOLOGIE ÉTHIQUE ET RADICALE
POUR LE RESPECT DES ÊTRES VIVANTS ET DES ÉQUILIBRES NATURELS.

 

Article de l'Est Républicain du 30 juillet 2016

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