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31/01/2017

Nid d'abeilles

Construction de l'extrême

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

Découverte étonnante, dont me fait part Étienne Chalamet (apiculteur amateur) demeurant à Sévenans 90, avec cette colonie d'abeilles installée sur une branche au-dessus de la Savoureuse.

 

Habituellement construite dans des cavités naturelles de bois ou de pierres, la colonie d'abeilles est, dans ce cas précis, élaborée en brèches (structures alvéolaires) à plein vent et ce, certainement depuis plusieurs années, compte tenu de l'architecture générale.

 

Regroupés au cœur de ces brèches, les insectes les plus à l'extérieur bruissent des ailes afin de réchauffer la colonie tout en progressant à l'intérieur pour se faire relayer assurant ainsi leur survie dans les périodes de froid.

 

Cette construction, élaborée à quelques mètres au-dessus de l'eau, profite-t-elle peut-être, dans ce cas précis, d'une atmosphère humide tempérant quelque peu le milieu, été comme hiver ?

 

dominique delfino,photographe naturaliste et animalier,abeilles

Cliché © Dominique Delfino

 

30/10/2016

Le frelon asiatique
 exterminateur d'abeilles
 en Franche-Comté

espèces invasives,frelon asiatique,abeilles,piègeageLe frelon asiatique
 exterminateur d'abeilles


Vespa velutina nigrithorax envahit la France

 

Il est désormais signalé dans l'Ain

et dans le Pays de Montbéliard

(dernière mise à jour : 30/10/2016)

 

Depuis l'année 2004, de multiples observations ont démontré la présence dans le sud-ouest de la France du Frelon asiatique, un hyménoptère prédateur d'abeilles qui gagne progressivement les autres régions françaises. Mais l’introduction en France est sans doute plus ancienne : selon un producteur de bonzaïs de la région Aquitaine, le Frelon asiatique a pu être introduit accidentellement avec les cartons de poteries chinoises qu’il importe régulièrement depuis plusieurs années.

 

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Le frelon asiatique

(photo J. Haraire)

 

Le Frelon asiatique est bel et bien acclimaté dans notre pays puisqu’il est capable d’y nidifier, de s'y reproduire, et que les femelles reproductrices y passent l’hiver.

 

L’espèce est très facile à reconnaître car c’est la seule guêpe en Europe à posséder une livrée aussi foncée : les adultes sont d’un brun très noir et apparaissent, de loin, comme des taches sombres sur le nid. En fait, il s’agit de la sous-espèce V. velutina nigrithorax, au thorax entièrement brun-noir velouté et aux segments abdominaux bruns, bordés d’une fine bande jaune. Seul le 4e segment de l’abdomen est presque entièrement jaune orangé. Les pattes brunes sont jaunes à l’extrémité. La tête est noire et la face jaune orangé. Ce frelon est donc impossible à confondre avec l'unique espèce européenne, le Frelon d’Europe V. crabro, au corps taché de roux, de noir et de jaune et l’abdomen jaune rayé de noir.

 

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Le Frelon européen (Vespa crabro)

© Entomart http://home.tiscali.be/entomart.ins/

 

Dans les régions tempérées, les colonies de toutes les guêpes sociales de la famille des Vespidés (guêpes communes, frelons et polistes) ne vivent qu’un an. On peut ainsi, au cours de l’hiver, détacher sans risque l'un de leurs nids car les habitants en sont morts. C’est vers la fin de l’été que les femelles reproductrices de la nouvelle génération quittent le nid en compagnie des mâles pour s’accoupler ; elles survivront seules pendant l’hiver tandis que mâles et ouvrières meurent. Au printemps, chaque reine fondatrice ébauchera un nouveau nid, pondra quelques œufs et soignera ses premières larves qui deviendront des ouvrières adultes (femelles stériles) capables de prendre en charge la construction du nid et l’entretien de la colonie.

 

La sous-espèce V. velutina nigrithorax vit au nord de l’Inde, en Chine et dans les montagnes d’Indonésie (Sumatra, Sulawesi). Elle a été signalée pour la première fois en Corée en 2006. En Asie continentale, elle se développe sous des climats comparables à ceux du sud de l’Europe. La canicule de l'été 2006 en France a sans aucun doute été favorable à son développement. Seul un hiver très rigoureux pourrait entraîner la mort des femelles hivernant dans la nature, mais comme l’espèce nidifie volontiers à proximité de l’homme, bon nombre de futures reines peuvent survivre à l’abri du gel, dans une cave ou un grenier, par exemple.

 

il est à craindre que le Frelon asiatique n’envahisse peu à peu les parties les plus chaudes de l’Europe. Or son expansion pourrait avoir des conséquences néfastes, puisque l’insecte est un prédateur avéré des autres Hyménoptères sociaux et notamment des abeilles. À l’automne, il s’attaque aussi aux fruits mûrs, comme le Frelon d’Europe qui fait parfois de gros dégâts dans les vergers.

 

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Tête de frelon. L'armature buccale montre des mandibules impressionnantes (Cliché DR)

 

Depuis 2004, le Frelon asiatique s'est répandu dans au moins 39 départements français (juin 2011) et a été signalé en 2009 dans l'Indre et en 2010 pour la première fois en Espagne. L'invasion qui progresse inexorablement vers le Nord et l'Est est inquiétante pour la Franche-Comté car l'espèce est désormais signalée  en Côte d'Or.

 

Ajout du 29 octobre 2016 : le Frelon asiatique signalé dans l'Ain

 

Patrick PAUBEL, vétérinaire conseil du GASA (Groupement d'Action Sanitaire Apicole de l'Ain) travaille dans le cadre de cette structure, en relation avec le Syndicat d'Apiculture de l'Ain. Il est également naturaliste, ornithologue amateur (Groupe Pèlerin Jura) et intéressé par les insectes, notamment les Sphingidae. C'est lui qui a découvert le premier nid de frelon asiatique dans l'Ain, ce 26 octobre 2016 au terme d'une demi-journée terrain.

 

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Le nid de frelons  (cliché © Patrick Paubel)

 

Le repérage s'est effectué après piégeage et relâcher de plusieurs frelons sur trois sites différents, et de prendre l'azimut des lignes de vol que l'on reporte sur GPS et carte Google Earth. Le nid est situé au bord de la Saône.

Du fait de la chute des feuilles, il est possible que d'autres nids soient découverts. Leur destruction serait urgente, le couvain à cette époque produit les futures fondatrices de l'année suivante, soit 200 à 500 par nid, c'est dire le potentiel d'expansion.

 

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Frelon asiatique (Cliché © Patrick Paubel)

 

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Frelons asiatiques sur un fruit (Cliché © Patrick Paubel)

 

 

Ajout du 30 octobre 2016 : le Frelon asiatique signalé dans le Pays de Montbéliard

 

Nous vous transmettons le texte ci-dessous rédigé par Gilbert MANCA du GDSA 25 sur la présence de frelon asiatique découvert par des adhérents dans les environs de Montbéliard. C'est une mauvaise nouvelle. Soyons vigilants.

Dominique LACHAMBRE, secrétaire UAPM

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Avis important :

Cette information est donnée sous toute réserve. Contactée pour accord de diffusion, Mme Dominique LACHAMBRE, secrétaire UAPM  me communique le texte suivant : "Après que des frelons asiatiques aient été découverts, il y a toute une procédure administrative pour valider cette "découverte". Aussi, nous ne pouvons pas pour l'instant, tant que cette procédure n'est pas terminée, vous autoriser à utiliser cet article à "usage uniquement de nos adhérents". Quand les autorités auront validé, nous pourrons vous la donner.

 

Un bilan des travaux (MNHN et IRBI) sur l'invasion en France de Vespa velutina a été établi en 2011. Il montre que V. velutina se répand très rapidement à travers la France et risque d'envahir la majeure partie de l'Europe occidentale. Il décrit le développement saisonnier des colonies et estime le nombre moyen d'ouvrières et de sexués produits par colonie. L'étude du régime alimentaire prouve que les abeilles domestiques, les guêpes sociales, les diptères pollinisateurs et nécrophages sont parmi les proies les plus communes, la prédation sur les abeilles étant maximale en milieu urbanisé. Enfin, l'étude des hydrocarbures cuticulaires montre que chaque colonie possède sa propre signature chimique et que des individus de nids différents peuvent chasser devant les mêmes ruchers. Mieux caractériser les colonies de V. velutina en termes d'effectif et de biomasse et mieux chiffrer la pression qu'elles exercent sur l'apiculture et les pollinisateurs est un préalable essentiel à l'élaboration de modèles permettant dévaluer les risques dans les pays voisins de la France, qu'ils soient déjà envahis (Espagne) ou très fortement menacés (Belgique, Pays-Bas, Grande Bretagne, Portugal, Italie...). Ainsi, des moyens coordonnés et efficaces de surveillance et/ou de lutte contre cet envahisseur pourront être rapidement mis en place dans toutes les régions où la présence de V. velutina est suspectée ou avérée.

 

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Progression de V. velutina en France (2010)

document MNHN

 

En Inde, V. velutina est considéré comme un redoutable ennemi des ruchers. On estime que 20 à 30% d’une colonie de l’Abeille domestique orientale, Apis cerana, succombe après l’attaque du frelon. Après avoir décimé une à une toutes les gardiennes de la ruche, les ouvrières de V. velutina s’enfoncent dans le nid pour prélever le couvain dont elles nourrissent leurs propres larves.

 

Mais Apis cerana a développé contre son agresseur une stratégie de défense très efficace, qu’un chercheur chinois a mis en évidence à l’aide d’une caméra thermique : le frelon agresseur est rapidement entouré d’une masse compacte d’ouvrières qui, en vibrant des ailes, augmentent la température au sein de la boule jusqu’à ce que leur adversaire meure d’hyperthermie! Au bout de cinq minutes, la température ayant atteint 45°C, le frelon succombe mais pas les abeilles, qui sont capables de supporter plus de 50°C. Cette méthode est très efficace mais, trop souvent répétée, elle entraîne l’affaiblissement de la ruche car les ouvrières consacrent alors moins de temps à l’approvisionnement.

 

En Asie, l’élevage de l’Abeille domestique d’Europe, Apis mellifera, s’est développé progressivement depuis une cinquantaine d’années et cette espèce est désormais largement répandue dans la région. Elle emploie le même moyen de lutte, mais son adaptation au prédateur étant plus récente, sa défense est moins efficace : la boule autocuiseuse d’A. cerana rassemble en effet une fois et demi plus d’ouvrières que celle d’A. mellifera. La crainte que le Frelon asiatique, en se multipliant, puisse devenir une menace pour l’apiculture nous conduit à signaler sa présence en France via Internet (“Épingle” sur le site /opie-insectes/ et forums) et dans la presse locale (articles dans Sud Ouest des 4, 5 et 9 août 2006). Ceci dans le but d'évaluer rapidement l’étendue de l’invasion grâce aux témoignages des habitants de la région mais aussi de faire éradiquer les premiers nids afin d’éviter que l’espèce se répande. Fin juillet 2006, V. velutina n’est en effet signalé que dans quatre communes du Lot-et-Garonne et seuls trois nids sont recensés (un à Tombeboeuf et deux aux environs de Tonneins).

 

À la grande surprise de tous et contrairement aux dires de spécialistes sceptiques quant aux risques d’invasion, la collaboration active du public permet de constater que V. velutina est, en 2006, déjà largement répandu en Aquitaine. Après vérification sur place par Jean Haxaire ou grâce aux photos transmises par Internet, la présence de nids du Frelon asiatique est attestée dans de nombreuses localités du Lot-et-Garonne, ainsi qu’en Dordogne, en Gironde, dans les Landes et même en Charente-Maritime. La plupart des nids observés ont été détruits comme le sont chaque année les nids de Frelon d’Europe placés trop près des habitations. Comme son congénère, V. velutina nidifie aussi mais exceptionnellement, dans les creux de murailles ou dans une cavité du sol. Le plus souvent, il façonne son nid dans la frondaison des grands arbres, et on ne le repère alors qu’au bruit produit par les allées et venues des ouvrières dans le feuillage (mais, aux dires de nombreux observateurs, il se déplace en vol beaucoup plus discrètement que le Frelon d’Europe) ou seulement en automne lorsque l’arbre a perdu ses feuilles.

 

Lorsqu’il s’installe dans un espace bien dégagé (habitation, arbre au port étalé), le Frelon asiatique est un artiste qui façonne un magnifique nid de papier dont la forme, quasiment circulaire, est très caractéristique. La paroi du nid, formée de larges écailles de papier striées de beige et de brun, est très fragile. Le diamètre atteint en général 40 à 50 cm, mais on a observé à Taïwan, pendu à une branche à 8 mètres de haut, un nid sphérique de 70 cm de diamètre. En Thaïlande, un nid de 51 cm de diamètre renfermait plus de quatre mille cellules et environ mille cinq cents ouvrières. Les conditions climatiques et la richesse en insectes proies des pays sud-asiatiques favorisent probablement un développement optimal des colonies. En Europe, le nid du Frelon européen mesure en moyenne 40 cm de diamètre et 60 cm de haut et sa colonie renferme en général moins d’un millier d’ouvrières.

 

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Nid de Frelon asiatique

Cliché J. Haxaire

 

En France, tous les observateurs s’accordent sur le fait que V. velutina n’est pas agressif et qu’il est possible d'observer son nid à 4 ou 5 mètres de distance sans risque. Les rares personnes piqûres l’ont été en tentant de détruire un nid ou en touchant une ouvrière par inadvertance. La piqûre n’est pas plus douloureuse que celle d’une guêpe, mais les personnes allergiques au venin d’Hyménoptères doivent bien sûr rester très prudentes.

 

Comme V. velutina, le Frelon d’Europe s’attaque aussi aux ruches pour prélever des abeilles. Le Frelon asiatique se comporte de façon différente : les ouvrières font du vol stationnaire devant et autour de la ruche, attendant le retour des butineuses.

 

Lorsqu’une abeille rentre, 2 ou 3 frelons l’attaquent, la font tomber au sol et la neutralisent. Puis l’un d’eux l’emporte au nid. Le Frelon asiatique est très attiré par les cadres de ruche entreposés pour laisser les abeilles récupérer les dernières traces de miel. Dans l’ensemble, les apiculteurs ne sont pas inquiets car le Frelon asiatique ne semble pas s’en prendre au couvain, apparemment empêché de pénétrer dans les ruches en raison de leur configuration.

 

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Frelon asiatique :

affût en vol stationnaire à l'entrée de la ruche

(cliché J. Haxaire)

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Frelon asiatique : attaque d'une butineuse

(cliché J. Haxaire)

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Frelon asiatique : attaque et isolement d'une butineuse

(cliché J. Haxaire)

 

Frelon asiatique et Frelon européen ont apparemment le même habitat et se nourrissent tous deux d’insectes et de fruits mûrs. Si les conditions climatiques restent favorables à V. velutina, il sera intéressant d'observer si les deux espèces de frelon cohabiteront, ou bien si l’une, se reproduisant plus, l’emportera. En tout état de cause, l’ampleur de l’invasion est telle à ce jour que l’éradication n’est plus envisageable, ce qui n’était pas le cas début juillet 2006 lorsque trois nids seulement étaient connus. Il reste aussi à suivre l’expansion de cette nouvelle espèce en Europe, dont l’installation pourrait être signalée en Espagne et le long du littoral méditerranéen dès l’année prochaine.

 

Lutte contre les frelons asiatiques

 

1. Piéger les reines fondatrices

 

Bien qu'il ne soit pas encore déclaré nuisible, nous pouvons agir individuellement contre le Frelon asiatique.

 

En effet, les nids construits dans l'année se vident de leurs habitants en hiver car 
l'ensemble des ouvrières et des mâles ne passent pas l'hiver et meurent. Seules les reines et les jeunes reines se camouflent dans les arbres creux, sous des tas de feuilles, 
dans des trous de murs, etc. pour en ressortir courant février et commencer à s'alimenter.

 

C'est le moment pour disposer des pièges dans nos jardins ou sur nos balcons pour attraper ces futures fondatrices de nids : une reine donnera naissance à 2 
000-3 000 individus.

 

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Pour l'agrandir, cliquer sur le cliché

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Pour l'agrandir, cliquer sur le cliché

 

Pour fabriquer ces pièges, il suffit de récupérer des bouteilles d'eau minérale en plastique, de découper le tiers supérieur et de le retourner dans la partie basse, puis 
verser à l'intérieur 10 centimètres d'un mélange de bière brune, de vin blanc (pour repousser les abeilles), et de sirop de cassis.

 

Il suffit de laisser en place ces pièges de la mi-février à la fin avril. Après cette date, il est trop tard : les futures reines auront commencé à se reproduire. Il faudra donc supprimer les pièges pour empêcher la capture d'autres insectes.

 

2. Destruction des frelons dans leurs nids

 

Pour attaquer et détruire les frelons dans leurs nids, les apiculteurs peuvent utiliser du dioxyde de soufre (SO2). D'un emploi aisé, notamment pour les nids situés en hauteur et d’un faible coût, le soufre a une action sélective sur les nids et n'a pas d'impact sur l'environnement.

 

Or, le dioxyde de soufre ne fait pas partie des substances actives biocides insecticides autorisées, faute de dépôt de dossier en vue de son évaluation dans le cadre de la directive 98/8/CE. De sorte que la bureaucratie européenne ne l’entend pas de cette oreille. Afin de démêler cette situation, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses[1]) a été saisie par les pouvoirs publics en juin 2013 et a remis son avis le 23 juillet. L’Anses préconise une autorisation temporaire et encadrée du dioxyde de soufre. Suite à cela, le Gouvernement a pris un arrêté qui a été publié au Journal officiel le 7 septembre autorisant l’utilisation du SO2 pour une période limitée de 120 jours, à savoir jusqu’au 5 janvier 2014.

 

Cette dérogation temporaire est accompagnée d’un encadrement strict et notamment réservée à des opérateurs ayant suivi une formation spécifique à la manipulation du produit. De plus les opérations de destruction des nids devront être accompagnées de mesures de gestion des risques telles que : bonnes pratiques de manipulation, protection des opérateurs, information préalable et mesures de protection des riverains…

 

Par la suite, la porte reste ouverte à une utilisation  plus définitive du SO2, et selon le Ministère de l’écologie : « il appartient aux professionnels de compléter l’évaluation de l’efficacité du produit et de ses risques pour la santé et l’environnement, afin d’obtenir une autorisation pérenne dans le cadre général de la réglementation biocide, au même titre que les autres substances. »

 

3. Utiliser des pièges avec phéromones attractives (Kaldy P., Le frelon asiatique croqué par une plante. Sciences et Avenir, n° 822 — août 2015, p. 58).

 

 Une plante carnivore est capable de digérer le frelon asiatique. Attiré par le nectar et les phéromones de Sarracenia, le frelon asiatique reste piégé dans ses feuilles en forme d'urnes. Une découverte qui pourrait aboutir à la mise au point d'appâts capables de neutraliser cette espèce invasive, tueuse d'abeilles.

 

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Cliché © Sarracenia.com

 

L'idée est née au Jardin des Plantes de Nantes après une étonnante découverte : les feuilles en forme d'urne d'une plante originaire d'Amérique du Nord du genre Sarracenia, contenaient des frelons asiatiques à moitié décomposés par ses sucs digestifs. Serait-ce une arme de choix dans la lutte contre l'insecte envahisseur, débarqué en France il y a plus d'une décennie depuis la Chine ? La plante disposerait-elle d'une substance l'attirant spécifiquement ? « L'idée n'est pas d'utiliser directement cette plante, car ses pièges — nectar et phéromones — sont déployés trop tard dans l'année pour attraper les reines des frelons, précise Éric Darrouzet, biologiste à l'Institut de recherche sur la biologie des insectes (Irbi), à Tours. Mais parmi les dizaines de substances attractives qu'elle libère, nous trouverons peut-être celle pour laquelle le frelon a une attirance particulière. » Si tel était le cas, celle-ci pourrait être utilisée dans un piège physique.

 

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Un pied de Sarracenia peut piéger jusqu'à 50 frelons

 

Visionner également le reportage de France 3 Pays de Loire.

 

Par ailleurs, des chercheurs du CNRS et de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) ont récemment montré que le frelon asiatique est très attiré par l'odeur du miel et du pollen, produits associés à son mets préféré, l'abeille. Il y a urgence, car Vespa velutina, sans prédateur ni parasite en Europe, a déjà gagné la majeure partie de la France et se retrouve au Portugal, en Belgique, en Allemagne. Il fait des ravages en Espagne et en Italie du Nord.

 

Un autre moyen de lutte ciblée consisterait à utiliser un insecte parasitoïde pondant ses œufs dans la reine des frelons, ce qui entraîne sa mort et par conséquent celle de sa colonie. Seul problème, elle s'attaquerait aussi probablement aux reines des guêpes et des bourdons. D'où l'intérêt de trouver un péché mignon du frelon pour le piéger.

 


[1] L’Anses a été créée le 1er juillet 2010 par la fusion de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset).

 

Une méthode originale de lutte contre le frelon asiatique : la volaille. Voir la vidéo.

Sources :

 

  • Haxaire J., 2006. Le frelon asiatique Vespa velutina, un nouveau prédateur de l'abeille ? La santé de l'abeille, 216.
  • Haxaire J., Bouguet J.-P. & Tamisier J.- Ph., 2006. Vespa velutina.
  • Lepeletier, 1836, une redoutable nouveauté pour la faune de France (Hymenoptera, Vespidae). Bulletin de la Société Entomologique de France, 111 (2) : 194.
  • Villemant C., Haraire J., Streito J.-C. (2006) La découverte du Frelon asiatique Vespa velutina, en France document CNRS-MNHN-INRA.
  • Villemant C., Muller F., Haubois S., Perrard A., Darrouzet E., Rome Q. 2011. - Bilan des travaux (MNHN et IRBI) sur l'invasion en France de Vespa velutina, le Frelon asiatique, prédateur d'abeilles. in : Barbançon, J-M. L'Hostis, M (Eds). Journée Scientiffique Apicole JSA, Arles 11 février 2011.
  • Plaquette du Conseil général de la Gironde.

 

16/03/2016

Disparition des ressources nectarifères et pollinifères dans les zones de prairies laitières

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17/01/2016

Des abeilles pour protéger les cultures… des éléphants

Des abeilles pour protéger les cultures…

contre les éléphants

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Photo © Save the Elephants

 

Sous une pression démographique croissante, les interactions « hommes-éléphants » sont de plus en plus fréquentes en Afrique, avec notamment la mise à mal des cultures des premiers, par les seconds… Dans ce cadre, depuis quelques années, plusieurs pays africains (Botswana, Kenya, Mozambique, Ouganda, Tanzanie…) recourent à des abeilles « sentinelles » pour protéger leurs cultures des pachydermes.

 

Ayant constaté que plus de 90 % des éléphants fuient le bourdonnement des abeilles, en 2008, Lucy King[1], une chercheuse du département de zoologie de l’université d’Oxford, a mis au point avec l’ONG Save the elephants, un astucieux système pour protéger les cultures et donc limiter les sources de conflits entre les hommes et les éléphants, lesquels conduisent régulièrement à des morts, d’un côté comme de l’autre.

 

Le principe est simple et repose sur la mise en place d’un réseau de ruches « sentinelles », espacées d’une dizaine de mètres et reliées les unes aux autres par un fil. Fixées à des poteaux ou suspendues dans les branches des arbres, les ruches sont secouées dès lors qu’un éléphant tente de passer outre cette « clôture », provoquant immanquablement l’alerte des abeilles. Inquiètes, celles-ci bourdonnent alors fortement, tandis que certaines sortent pour défendre leur ruche. Piqués dans des zones où leur peau est fine, mais aussi sensible (autour des yeux, au niveau de la trompe, etc.), les éléphants prennent la fuite, sans manquer de prévenir leurs congénères.

 

Après une telle expérience, à l’avenir les éléphants, piqués dans des zones sensibles et ayant associé le bourdonnement des insectes à la douleur des piqûres, quitteront d’autant plus rapidement des zones ainsi protégées !

 

Outre la protection des cultures et la fin des conflits avec les communautés rurales ainsi protégées, la mise en place de cette technique permet aux villageois de bénéficier de la pollinisation des abeilles et de leur production de miel.

 

[1] Lucy King est à l’origine de l’ONG Save the Elephants. Il est possible de soutenir son action sur http://elephantsandbees.com

 

Source : Univers nature

03/04/2012

Abeilles: Le Cruiser OSR perturberait le système d'orientation des insectes

abeilles,cruiser osr,pesticides,mortalité des abeillesAbeilles : Cruiser OSR et Gaucho suspectés de perturber le système d'orientation des insectes

 

 (dernière mise à jour du 23 juillet 2014)

 

Pour la première fois, deux études, l'une française, l'autre britannique publiées toutes deux le 30 mars 2012 dans la revue scientifique américaine Science, démontrent les effets délétères des néonicotinoïdes, à faibles doses, sur les pollinisateurs dans des conditions naturelles. Ce qui expliquerait leur déclin, ces insecticides systémiques étant utilisés massivement dans l'agriculture. Elles montrent en effet que les néonicotinoïdes ont, à faible dose, des effets puissamment délétères sur les insectes pollinisateurs domestiques et sauvages. Introduits dans les années 1990, ces insecticides systémiques qui enrobent directement les semences sont les plus couramment utilisés en agriculture. Ils joueraient un rôle majeur dans la disparition de ces insectes, dont le déclin menace à terme les cultures de plantes à fleurs, et, bien sûr, la production de miel.

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 Dans l'étude française, les chercheurs Mickaël Henry, Maxime Beguin, Fabrice Requier, Orianne Rollin, Jean-François Odoux, Pierrick Aupine, Jean Apte, Sylvie Tchamitchian et Axel Decourtye ont marqué 653 abeilles en collant sur leur thorax une puce à radio-identification permettant de suivre leurs déplacements. Ils ont ensuite donné à certaines d'entre elles une dose infinitésimale, soit non létale, de Cruiser. Le Cruiser OSR est le nom commercial du thiaméthoxam (famille des néonicotinoïdes) qui est un produit fongicide et insecticide enrobant les semis de colza. Cet enrobage doit notamment protéger la plante contre les fontes de semis, le mildiou et les pucerons. Les chercheurs ont constaté que les butineuses avaient du mal à retrouver leur ruche, réduisant d'autant leurs chances de vivre. Un modèle mathématique établit d'ailleurs que les populations d'abeilles exposées au pesticide chutaient à un niveau ne permettant plus leur renouvellement.

 

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(Agrandir le document en cliquant dessus)

 

De leur côté, pour réaliser leur expérience, Penelope Whitehorn et Dave Goulson de l'université de Stirling (Royaume-Uni) ont exposé des colonies de bourdons (Bombusterrestris) en développement à des faibles niveaux d'un néonicotinoïde appelé imidaclopride et commercialisé sous le nom de Gaucho. Les chercheurs ont ensuite placé les colonies dans un terrain où les bourdons ont pu s'alimenter dans des conditions naturelles. Ils ont soigneusement pesé les nids - comprenant les insectes, la cire, le miel, les larves, le pollen - au début et à la fin de l'expérience. Et les résultats ont été sans appel : les colonies exposées à l'imidaclopride ont un poids 12 % plus faible que les colonies non exposées, suggérant ainsi qu'elles se sont moins nourries. "Plus terrible et surprenant : elles ont produit 85 % de reines en moins", souligne Penelope Whitehorn. Or, après le dépérissement hivernal, la production de reines est indispensable à l'établissement de nouvelles colonies puisqu'elles sont les seules à pouvoir les fonder... 85% de reines en moins peut donc signifier 85 % de nids en moins l'année suivante. De quoi expliquer - peut-être - le déclin de ces insectes qui disparaissent massivement en Amérique du Nord et dont trois espèces sont désormais éteintes en Grande-Bretagne.

 

Pesticide dans le collimateur

 

Le ministère de l'Agriculture a par ailleurs demandé à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et à l'Association de coordination technique agricole (Acta) "d'accélérer les recherches en plein champ" pour évaluer si les résultats de leur expérimentation "se retrouvent en condition réelle".

Le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire a indiqué avoir demandé l'avis de l'Agence de sécurité sanitaire concernée, l'Anses, pour qu'elle confirme, ou non, d'ici deux mois, c'est-à-dire avant la nouvelle campagne de semences, que les dangers présentés par le pesticide dans le cadre de l'étude se confirmaient en plein champ. "Si ces nouvelles données étaient confirmées, l'autorisation de mise sur le marché" du Cruiser OSR, qui protège les semis de colza, "serait retirée", a-t-il indiqué.

 

Les apiculteurs pour un retrait immédiat

 

L'Union nationale de l'apiculture française (Unaf), qui milite de longue date contre ce pesticide, s'est réjouie du "nouvel éclairage apporté par l'étude". Mais craignant que les déclarations de Bruno Le Maire ne s'expliquent que par "la période électorale", elle a demandé une interdiction immédiate. Selon l'Unaf, un avis au 31 mai 2012 serait trop tardif par rapport au calendrier de commande des graines de colza. "Le temps n'est plus aux études mais à l'action politique courageuse", estime le syndicat des apiculteurs. Le réseau France Nature Environnement (FNE) a pour sa part vu "un message extrêmement positif" dans la réaction du ministère.

 

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 Le fabricant conteste

 

Comme on pouvait s'y attendre, le fabricant du pesticide, Syngenta, numéro un mondial de l'agrochimie, a pour sa part contesté les conclusions de l'étude, en affirmant qu'elle était "fortement éloignée de la réalité". Selon le groupe suisse, la dose d'insecticide administrée est "au moins trente fois plus élevée que celle du nectar de colza protégé avec du Cruiser", et pour atteindre la quantité de thiaméthoxam retenue dans l'étude, l'abeille devrait consommer quotidiennement jusqu'à sept fois son propre poids en nectar.

 

Mais Axel Decourtye, un des co-auteurs de l'étude, a contesté ce point, indiquant que l'étude avait été conduite avec une dose qui peut être rencontrée en conditions réelles. Il a par ailleurs fait valoir qu'en tout état de cause, le travail des chercheurs consistait à "regarder le danger de ce pesticide sur l'abeille, pas l'exposition des abeilles en condition réelle".

 

Argument également rejeté par Jean-Marc Bonmatin, du CNRS, spécialiste de la concentration des pesticides dans les pollens et nectars. « Selon mes calculs, laconcentration utilisée par l'équipe française est sans doute effectivement supérieure de cinq à dix fois à ce que rencontre en moyenne l'abeille, mais elle peut correspondre à des "pires cas" qui peuvent parfois survenir dans la nature. D'autant que d'autres chercheurstrouvent des concentrations plus élevées que les miennes, assez compatibles avec les chiffres de l'étude française. Ce qu'il faut retenir - et que montrent maintenantune dizaine d'études -,c'est que les insecticidessystémiquesagissent comme des poisons à très faibles doses. Notez que l'imidaclopride est au moins 7000 fois plus toxique que le DDT" (voir le schéma ci-contre). De son côté, le ministère de l'Agriculture a indiqué attendre d'ici à la fin du mois de mai un avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur cette étude. "Si ces nouvelles dones étaient confires, l'autorisation de mise sur le marché" du Cruiser OSR, utilisé sur le colza, "serait retirée". Il pourrait ainsi rejoindre le Gaucho et le Régent sur la liste des insecticides systémiques partiellement interdits en France

 

Mortalité en hausse de  85 %

 

Ces débats autour du Cruiser OSR interviennent alors qu'en juin 2011 des experts avaient indiqué que la mortalité des colonies d'abeilles restait largement inexpliquée malgré toutes les recherches sur la toxicité des pesticides. Selon l'ONU, la mortalité des abeilles est en progression, jusqu'à 85 % dans certaines régions, et pourrait avoir de graves conséquences sur la production alimentaire puisque la plupart des plantes, cultivées ou non, sont pollinisées par les abeilles.

 
Interdiction définitive du Cruiser OSR en France
 
 
Selon Libération du 29 juin 2012, le gouvernement a annoncé vendredi 29 juin 2012 l'interdiction définitive du Cruiser OSR, un pesticide utilisé pour le colza, dont plusieurs études ont confirmé les effets néfastes sur les abeilles.

Début juin, le ministère avait indiqué qu'il était favorable à cette interdiction à la suite d'un avis de l'Agence sanitaire pour l'alimentation et l'environnement (Anses), qui dénonçait l'impact néfaste sur les abeilles d'une des molécules actives du Cruiser, le thiaméthoxam.

Les arguments avancés par le groupe suisse Syngenta, fabricant du pesticide, lors d'une procédure contradictoire, n'ont pas été de nature à remettre en cause l'avis de l'Anses, aussi le gouvernement a décidé de confirmer sa décision d'interdire le Cruiser OSR, a expliqué le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll.

Cette interdiction qui "prend effet immédiatement", a précisé le ministre, concerne exclusivement le Cruiser OSR qui est utilisé pour le colza en enrobage de la semence.

La décision était très attendue car les semis sont réalisés vers la fin août et les agriculteurs passent leurs commandes avant.

Le produit est utilisé en France sur 650.000 hectares, soit la moitié des surfaces plantées en colza. En Europe, il atteint près de 3 millions d'hectares.

La décision de retirer l'autorisation de marché "a été prise au vu de résultats scientifiques selon lesquels la molécule présente dans le Cruiser OSR a un impact sur le comportement des abeilles, en particulier sur leur capacité à retourner à la ruche", a expliqué le ministre.

M. Le Foll a confirmé son souhait de porter la discussion à Bruxelles afin d'interdire ce type de molécule à l'échelle européenne. Il souhaite aussi un débat plus large sur la famille des néonicotinoïdes, molécules présentes dans les insecticides.

 

"Pas d'alternative au Cruiser OSR ?"

 

Interrogé sur l'éventualité pour la France de voir sa décision retoquée par Bruxelles, le ministère a indiqué ne pas craindre un tel veto puisque, a-t-il indiqué, sa décision est du ressort national.

Le groupe Syngenta, qui va attaquer cette interdiction en référé suspension devant le tribunal administratif, "dénonce avec la plus grande fermeté une décision pénalisante pour l'agriculture française, qui utilise comme argument une seule expérience non validée et très éloignée de la pratique agricole".

"Il n'y a pas d'alternative au Cruiser OSR", a ajouté un porte-parole du numéro un mondial de l'agrochimie qui a mis en garde contre "un développement des pulvérisations [...] moins efficaces" dans les champs.

L'abandon du Cruiser OSR handicapera la compétitivité de l'agriculture française, toujours selon Syngenta qui affirme qu'il représentera également un manque à gagner pour les semenciers français de 72 millions d'euros.

Les apiculteurs se sont réjouis de l'interdiction du pesticide et espèrent qu'elle entraînera celle du Cruiser 350 servant pour le maïs.

"On boit du petit lait avec cette décision, c'est une très bonne nouvelle que l'on attendait avec impatience", a indiqué à l'AFP Olivier Belval, président de l'Union nationale de l'apiculture française.

"Cette bonne décision en appelle une autre, l'interdiction du Cruiser 350, utilisé pour le maïs, et que l'on attend depuis 2008", a dit encore M. Belval.

Le député socialiste Gérard Bapt, président du groupe environnement-santé à l'Assemblée nationale, a, lui aussi, exprimé sa "satisfaction", estimant que c'est "toute la famille des néonicotinoïdes qu'il faudrait considérer", et non le seul Cruiser OSR.

À France Nature environnement, Claudine Joly a parlé de "première victoire", qui "marque un tournant dans la lutte contre les fléaux menaçant les pollinisateurs".

 

L'effet cocktail des pesticides démontré

 

(Rachel Mulot, Sciences et Avenir, n° 790, décembre 2012, p. 32.)

Perte d'orientation, récoltes plus maigres, morts prématurées et massives... Les bourdons exposés à plusieurs pesticides quand ils butinent d'un champ à l'autre sont fortement fragilisés, au point de menacer la survie de leur colonie. L'effet cumulatif des pesticides vient en effet d'être démontré par Nigel Raine, de l'université de Londres, dans l'une des rares études portant sur ces cocktails (lire S. et A. n° 783, mai 2012, et n° 771, mai 2011).

Le chercheur a équipé de puces RFID les bourdons Bombisterrestra d'une quarantaine de ruches. Il les a ensuite exposés à deux pesticides différents, séparément ou simultanément : un néonicotinoïde  (l'imidachlopride, molécule active du Gaucho de Bayer, enrobant les semences) et un pyréthroïde (la lambdacyhalothrine, molécule active du Warrior de Syngenta pulvérisée sur les cultures). Le tout aux faibles doses qu'ils rencontrent dans les champs.

Conclusions ? Chez les insectes doublement exposés, le nombre de bourdons qui se sont égarés a augmenté de 50 % par rapport au groupe témoin. Les ouvrières affamées ont délaissé les larves pour butiner à leur tour et les naissances ont chuté. In fine, les taux de mortalité cumulés observés pour chaque type d'exposition étaient de 41 % dans le groupe exposé à l'imidaclopride, 51 % avec le pyréthroïde et 69 % parmi ceux qui étaient exposés aux deux - contre 30 % pour le groupe témoin. « Les premiers effets de la double exposition se sont fait sentir au bout de deux semainesseulement, pour s'aggraver à la quatrième semaine, souligne Nigel Raine. Les tests actuels qui évaluent la toxicité (aiguë) des pesticidesen 96 heures sonttotalement insuffisants. » 

 

Les pesticides reconnus nocifs pour les abeilles par l'Efsa

 

(Rachel Mulot dans Sciences et Avenir793, mars 2013)

Les autorités européennes viennent d'admettre le risque élevé de toxicité des néonicotinoïdes pour les insectes pollinisateurs.Seront-ils interdits ?

Tardivement, mais scrupuleusement, la très conservatrice Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) reconnaît - enfin ! - des risques de toxicité pour les abeilles exposées aux néonicotinoïdes[1]. Ces insecticides, les plus employés dans les pays développés, se répandent dans le système vasculaire de la plante et s'attaquent an système nerveux central des insectes. L'Efsa avait été saisie par la Commission européenne à la suite de la publication dans la revue Science en avril 2012 d'une étude de l'équipe de Mickael Henry à l'Inra d'Avignon (voir Sciences et Avenir783 de mai 2012).

Les scientifiques avaient alors clairement montré des effets mortels à long terme de ces produits sur les butineuses, et cette expérience, la première effectuée dans des conditions naturelles, avait connu un écho mondial. Elle venait compléter de nombreuses éludes in vitro (voir Sciences et Avenir771 de mai 2011), puis in vivo, qui montraient depuis dix ans de nombreux effets toxiques : désorientation des insectes, perte des fonctions cognitives, surmortalité et fragilité des larves, etc. Certains de ces effets se manifestant après exposition à des doses infimes. L'Efsa a donc conclu que des risques aigus existent bien pour les abeilles collectant un pollen ou un nectar imprègnés de clothianidine (Poncho-Maïs) ou d'imidaclopride (Gaucho, Confidor). Les risques du thiamethoxame (Cruiser) n'ont pu être prouvés, faute de données suffisantes. Antre source d'intoxication possible : l'exposition à des poussières émanant de l'ensemencement de graines traitées ou de l'application de granules d'insecticides pour les trois molécules étudiées. Les experts de l'agence se sont enfin intéressés à une dernière voie : via les gouttelettes d'eau produites par les plantes traitées. Dans ce cas, « la seule évaluation des risques ayant pu être finalisée concède le maïs traité avec du thiaméthoxame », explique l'agence.

La Commission européenne a proposé aux états membres d'interdire purement et simplement l'usage des néonicotinoïdes sur le colza, le maïs, le tournesol et le coton. Dénonçant un rapport « politique », Syngenta (Cruiser) a promis de défendre vigoureusement le thiamétoxame. Bayer CropSdence (Gaucho, Confidor) a décidé d'investir dans un programme destiné à réduire leurs effets sur les abeilles. Le temps est compté : si les Etats membres valident les interdictions, elles entreront en i^in urie 1er juillet prochain.

 

Rappel : une décennie de découvertes sur ce problème

2004 : contamination des pollens et persistance des insecticides dans les sols pendant deux ans.

2010 : synergie mortelle entre un parasite de l'abeille, le Nosemacerenae, et l'imidaclopride, mais aussi le thiaclopride et le fipronil.

2012 : effets délétères à faibles doses in vivo du thiamétoxame et de l'imidaclopride. Effet cocktail et cumulatif de plusieurs pesticides.

 



[1] Les différents avis de l'Efsa : sur la clothianidine : http://urls.fr/ful ; surl'imidaclopride : http://urls.fr/fuo ; sur le thiamétoxame : http://urls.fr/fup

 

Pour en savoir plus :

 

  • Mickaël Henry, Maxime Beguin, Fabrice Requier, Orianne Rollin,Jean-François Odoux, Pierrick Aupine, Jean Apte, Sylvie Tchamitchian, Axel Decourtye. (2012). - A Common Pesticide Decreases Foraging Success and Survival in Honey Bees, Science 29 March 2012, Vol. 335,  n° 6076.

 

  • Penelope Whitehorn et Dave Goulson (2012). - Neonicotinoid pesticide reduces bumble bee colony growth and queen production, Science, 29  march 201, Vol. 335, n° 6076.

 

  • Rachel Mulot (2012) - Abeilles : la mort à très petites doses, Sciences et Avenir783, mai 2012 pp. 8-13.

 

 

Mise à jour du 29 avril 2013

 

Abeilles : trois pesticides suspendus pour deux ans

La Commission européenne a décidé le 29 avril de suspendre à titre provisoire l'utilisation de trois pesticides soupçonnés de contribuer au déclin des abeilles.

 

Le 29 avril 2013, la Commission Européenne a suspendu trois insecticides pour une durée de deux ans.C'est une victoire d'une courte tête, mais une victoire quand même pour les apiculteurs de toute l'Union européenne. En ce lundi 29 avril, était soumise au vote des États membres une proposition de loi visant à suspendre pour une durée de deux ans certains pesticides couramment utilisés en agriculture. Figuraient dans le collimateur de cette loi trois insecticides dits "neonicotinoïdes" (car voisins chimiquement de la nicotine) : le clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame. Ces derniers agissent sur le système nerveux des insectes et sont soupçonnés de participer à l'effondrement des colonies d'abeilles : leur usage est désormais suspendu pour une durée de deux ans.

 

"Confrontées à des résidus d'insecticides systémiques neurotoxiques, même infinitésimaux, les abeilles sont désorientées, se refroidissent et ne retrouvent plus leurs ruches. Leur système immunitaire étant affaibli, elles peuvent aussi développer des maladies neurodégénératives qui entraînent la mort en quelques jours", explique sur son site l'Union nationale de l'apiculture française (UNAF).

 

Cette classe de pesticides, principalement produite par le chimiste Allemand Bayer et le Suisse Syngenta fait d'ailleurs déjà l'objet d'un certain nombre de restrictions. Par principe de précaution, l'utilisation du Gaucho (fabriqué par Bayer et dont l'élément actif est l'imidaclopride) a été suspendu depuis 1999, en France, sur certaines cultures (tournesol puis maïs).

 

L'usage du Régent, un insecticide neurotoxique produit par une autre entreprise de chimie allemande (BASF Agro), a été suspendu pour les mêmes raisons en 2004. Enfin, en juillet 2012, c'était le tour du Cruiser (contenant du thiametoxam), de faire l'objet d'une interdiction sur les cultures de soja en France, suite à un avis négatif émis par l'Anses (Agence sanitaire pour l'alimentation et l'environnement).

 

Ce lundi 29 avril, un pas de plus a été franchi en matière de restriction de ce type d'insecticides. Mais il s'en est fallu de peu. "Bien que la majorité des États membres approuvent cette proposition de loi, la majorité nécessaire pour son adoption ou son rejet n'a pas été atteinte" déplore Tonio Borg, commissaire européen à la santé et à la politique des consommateurs. Le projet a en effet recueilli 15 voix en sa faveur, 8 contre et 4 abstentions. "La décision finale revenait donc à la commission", explique-t-il. 

 

"Les abeilles sont vitales à notre écosystème et contribuent à plus de 22 milliards d'euros chaque année dans l'agriculture européenne" - Tonio Borg, commissaire européen à la santé et à la politique des consommateurs

 

"Puisque notre proposition est basée sur un certain nombre de risques pour les abeilles identifiés par l'EFSA, la commission a décidé son adoption, explique Tonio Borg sur le site de la Commission européenne. J'ai l'intention de faire tout mon possible pour m'assurer de la protection des abeilles. Elles sont vitales à notre écosystème et contribuent à plus de 22 milliards d'euros chaque année dans l'agriculture européenne"chiffre-t-il.

 

En effet, selon la FAO (l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), sur la centaine d'espèces cultivées qui constituent 90 % de l'alimentation mondiale, 71 dépendent des abeilles pour leur pollinisation. 

 

Ces nouvelles restrictions s'appliqueront dans toute l'Europe à partir du 1er décembre 2013

 

De ce fait, l'usage de ces trois néonicotinoïdes est interdit pour le traitement des graines, des sols et des feuilles sur toutes les plantes et céréales qui attirent les abeilles. Leur usage reste toutefois autorisé sur les cultures en serre. L'usage en plein air est également toléré s'il survient après la période de floraison.

 

Ces nouvelles restrictions s'appliqueront dans toute l'Europe à partir du 1er décembre 2013. La Commission se réservant le droit de statuer sur le renouvellement ou non de cette suspension d'ici deux ans, en fonction des nouvelles données scientifiques disponibles d'ici là.

 

Ajout du 23 juillet 2014

 

Abeilles : L'effet des pesticides de mieux en mieux cernés

15/05/2011

Mort des abeilles : cocktail mortel du Gaucho et du champignon Nosema cerenae

La conjonction d'un agent infectieux et d'un insecticide serait la cause de la mortalité des abeilles.

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