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15/02/2013

Le Trèfle d'eau

Le Trèfle d'eau

 

Le Trèfle d'eau [Menyanthes trifoliota L.] appartient à la famille des Ményanthacées. Il appartient à la strate basse des Hélophytes (pied dans l'eau, tête au soleil)

 

Comme les Gentianes, les représentants de la famille des Ményanthacées ont un goût amer. Leurs feuilles à trois lobes, ressemblant à celles du Trèfle, ils ont été souvent désignés dans le langage populaire sous le nom de Trèfle amer ou, selon leur habitat Trèfle d'eau (Bitterkiee, Bitterblade en allemand, Marsh-trefoil en anglais, Trefeni dell' acqua en italien). Toutes les Ményanthacées poussent dans les marais et les eaux aussi bien sous les tropiques que dans la zone tempérée.

 

Le Trèfle d'eau est une plante assez rare, mais que l'on trouve dans toute l'Europe y compris en Islande, en Asie dans la zone tempérée et jusqu'au Japon, et dans les régions septentrionales de l'Amérique du Nord. Il pousse disséminé sur les tourbières et dans les prairies marécageuses, mais aussi dans les mares envahies par la végétation et au bord des étangs dans la zone des Carex. C'est une plante active dans l'envasement des eaux peu profondes.

 

La médecine populaire employait le Trèfle d'eau, à cause de sa teneur en substances amères, à la place de la Centaurée dans le traitement des maladies du tube digestif. On l'ajoutait parfois à la bière pour en accentuer l'amertume. Les feuilles sèches du Trèfle d'eau sont toujours utilisées en pharmacie : elles provoquent une augmentation des sécrétions gastriques ; on en prépare aussi des liqueurs amères. Cette plante étant relativement rare, on l'a classée dans les plantes menacées à protéger et on a créé des plantations pour les besoins de l'industrie pharmaceutique.

 

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Le Trèfle d'eau est une plante vivace peu élevée (15 à 30 cm), à rhizome rampant et articulé. C'est Théophraste qui a utilisé pour la première fois le nom scientifique du genre. (En grec, menysyn = apparaître, se montrer ; anthos = fleur).

 

Du rhizome s'élèvent des feuilles aux gaines enflées, au limbe en trois parties, à l'extrémité d'un long pétiole. Les feuilles contiennent un glucoside amer, la loganine, des tanins et d'autres substances. Les tiges sont en général dépourvues de feuilles et se terminent par une grappe de fleurs blanchâtres, décoratives, dont la corolle est formée de lobes frangés. Les fleurs ont des styles plus courts (1) ou plus longs (2) que les étamines.

 

Le Trèfle d'eau fleurit en mai et juin. Ses fruits sont des capsules.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

 

Le Jonc des chaisiers

Le Jonc des chaisiers

 

Le Jonc des chaisiers [Schoenoplectus lacustris (L) PALLA] appartient à la famille des Cypéracées (laiches en Franche-Comté). Il appartient à la catégorie des Hélophytes (pied dans l'eau, tête au soleil).

 

Le Jonc donne aux étangs et aux lacs un aspect vaguement exotique. Quand il fait partie des roselières des rives, perdu dans les peuplements de Massettes et de Roseaux, il échappe habituellement à l'attention. Mais il est beaucoup plus tolérant quant à la profondeur des eaux et il n'est pas étonnant qu'il remporte dans les eaux profondes, que ses chaumes élevés soient les seuls à émerger. Dans ces endroits, on a l'impression de voir flotter à la surface des colonies de Joncs. Ce n'est qu'une illusion car les tiges mesurent facilement environ 3 mètres de haut et les touffes sont solidement enracinées dans la boue tout comme sur les fonds sableux ou rocheux. Ces tiges vert foncé et dépourvues de feuilles se dressent, rigides comme des fils de fer au-dessus de l'eau.

 

Ce Jonc pousse dans presque toute l'Eurasie. Mais on le trouve aussi sur les autres continents à l'exception des régions arctiques. Bien que son nom d'espèce soit lacustris, ce Jonc ne pousse pas seulement dans les étangs et les lacs. On en trouve des peuplements sur les rives des cours d'eau où ses tiges habituellement rigides, sont courbées par le courant et s'y inclinent sur plusieurs mètres de long. Le Jonc supporte mal une longue période de sécheresse, s'atrophie, mais, dès que l'eau revient, il reprend vigueur.

 

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C'est une plante vivace, de 0,8 à 3 mètres de haut, au vigoureux rhizome articulé et rampant. Ses tiges puissantes, ovales, sont entourées à la base de gaines brun violacé. Le système radiculaire considérable donne toujours naissance à plusieurs tiges ; elles forment ainsi des touffes caractéristiques (1). L'inflorescence est une anthèle terminale, ramifiée à bractée en gouttière, pointue, un peu plus longue que l'inflorescence elle-même. Les fleurs sont hermaphrodites, à bractées ciliées, périanthe poilu, trois étamines et trois stigmates (2). Ce Jonc fleurit depuis le mois de juin, localement jusqu'en octobre.

 

En Amérique du Nord, pousse de façon continue et disséminé en Europe Sch. Americanus (PERS.) VOLK. aux tiges triangulaires aux feuilles dont le limbe mesure jusqu'à 20 cm de long et aux épillets sessiles.

Le Jonc épars

Le Jonc épars

 

Le Jonc épars (Juncus effusus L.) appartient à la famille des Joncacées. Les Joncs sont des plantes amphiphytes (sur les bords des collections d'eau) ou hélophytes (les pieds dans l'eau et la tête au soleil).

 

Les Joncs sont d'inévitables habitants des eaux. Le Jonc épars peut-être considéré comme une plante cosmopolite. Il s'étend de façon continue en Europe, dans la zone atlantique de l'Amérique du Nord, mais on le trouve aussi près du Pacifique, en Amérique du Sud et en Afrique et il occupe de grandes étendues dans le sud-est de l'Asie.

 

Les Joncs poussent non seulement au bord des eaux mais souvent aussi dans les forêts et les prairies. Leur présence signale toujours la proximité de la nappe phréatique ou des sols argileux humides.

 

Dans les prairies, ce sont des hôtes indésirables. Les pêcheurs n'aiment pas non plus les Joncs sur les rives et dans les eaux peu profondes des étangs : ils développent en effet des systèmes de racines puissants et leur multiplication végétative est très rapide : ils participent ainsi à l'envasement des eaux peu profondes. Ils ont pourtant été utilisés comme litière ou comme matériaux de vannerie. On extrayait la moelle blanche et cotonneuse de certains Joncs pour en orner en Europe centrale les couronnes de Pâques.

 

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Les tiges des grands joncs telles que celles du Jonc épars sont normalement rigides et dressées mais on connaît sur la côte atlantique des formes bizarres de Joncs étalés aux tiges irrégulièrement tordues ou enroulées en spirale. Les Joncs sont des plantes annuelles ou vivaces aux tiges solides et résistantes utilisées en vannerie et pour faire des liens, le nom du genre Juncus dérive en effet du latin jungere = lier. Le Jonc épars (1a) est une plante vivace qui mesure parfois 30 cm, parfois plus d'un mètre de haut, formant des touffes épaisses, d'un vert frais. La tige est plus ou moins ovale et dépourvue de feuilles; elle a des gaines rouge sombre à la base et à l'intérieur un cordon de moelle blanchâtre et cotonneux (1b). L'inflorescence est très étalée, apparemment latérale car la bractée s allonge dans le sens de la tige, très haut au-dessus d'elle.

 

L'inflorescence d'une espèce voisine qui ne pousse qu'en Europe, J. conglomeratus L., est en peloton (2). Ces deux Joncs sont souvent accompagnés par un autre que l'on distingue de loin par sa couleur grise, J. inflexus L, dont la moelle est coupée par des cloisons (3).

 

Les Joncs fleurissent de fin mai parfois jusqu'en octobre.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

La Linaigrette à larges feuilles

La Linaigrette à larges feuilles

 

La Linaigrette à larges feuilles Eriophorum latifolium HOPPE  appartient à la famille des Cypéracées (laiches en Franche-Comté).


II y a peu de plantes dont la plus grande beauté réside non dans leurs fleurs fraîches mais dans leurs fleurs fanées. La Linaigrette est une de celles-là, même si, pour apprécier sa grâce, on juge selon des catégories purement anthropomorphiques, ses poils blancs ouateux ne sont absolument pas une parure. Les Linaigrettes poussent souvent en terrain découvert où souffle le vent qui emporte les touffes blanches et, en même temps, les akènes mûrs.

 

Le genre Eriophorum a une grande extension : E. angustifolium HONCK. et E. vaginatum L. poussent sur tout le pourtour de la zone tempérée de l'hémisphère nord et dans les régions arctiques ; la Linaigrette (L. latifolium) pousse dans la zone tempérée de l'Ancien Monde : c'est un élément euro-sibérien.

 

Les Linaigrettes se voient de loin près des sources, dans les marécages et les plaines marécageuses et au bord des étangs, dans ces lieux où ne souffrant que peu de la concurrence, elles peuvent former de grands peuplements d'une émouvante beauté en été. E. vaginatum est plus abondante dans les tourbières de montagne jusqu'à l'étage subalpin ; son inflorescence est particulière : la tige se termine par un seul épillet, plus tard cotonneux. Dans les Alpes centrales, elle pousse jusqu'à 2600 mètres d'altitude.

 

Ces plantes portent le nom scientifique d'Eriophorum qui vient de deux termes grecs Erion = laine et Serein = porter qu'on leur a donné à cause de leur particularité morphologique.

 

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Les Eriophorum sont des plantes vivaces, en touffes, (par exemple E. latifolium) (1) ou à rejets (E. angustifolium). Les tiges dressées sont terminées par un seul (2) E. vaginatum) ou plusieurs épillets, plus tard pendants, à long pétiole (3). Les épillets sont à plusieurs fleurs. Les fleurs ont un périanthe formé de poils lisses qui s'allongent après la floraison et forment une touffe blanchâtre ébouriffée (4).

 

Les Linaigrettes fleurissent de bonne heure (entre mars et juin suivant la situation) mais leurs fleurs ne sont pas apparentes (5). Ce n'est que quand les poils blancs du périanthe se sont allongés que, au bord des eaux et dans les prairies, les Linaigrettes connaissent leur gloire.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

Les Pétasites fleurissent en avril, parfois au début de mai.

 

Le Pétasite officinal

Le Pétasite officinal

 

Le Pétasite officinal [Petasites hybridus (L) G. M. SCH.L.] appelé vulgairement l'Herbe aux teigneux appartient à la famille des  Astéracées (ex-Composées). Les pétasites croissent au bord des ruisseaux et des collections d'eau. Ce sont des amphiphytes dits colonisateurs des rives.

 

La plante est exceptionnelle. Son entrée dans la classification ou ses modes de multiplication ont posé de nombreux problèmes aux spécialistes.

 

Sur les bords des cours d'eau, en particulier en montagne, les premiers Pétasites apparaissent au début du printemps. Dès les premières chaleurs s'élèvent des hampes écailleuses, terminées par des grappes de capitules assez pauvres en fleurs. Sur la plante tout entière, on trouve dans les capitules soit des fleurs centrales hermaphrodites et sur les bords quelques fleurs femelles (parfois absentes), soit seulement quelques fleurs centrales hermaphrodites et beaucoup de fleurs femelles sur le bord. Les plantes du premier type sont considérées comme mâles (elles produisent surtout du pollen), les secondes comme femelles. Dans la nature, les deux sexes ne sont pas représentés également.

 

En Grande-Bretagne, par exemple, les plantes femelles poussent surtout dans le centre de l'Angleterre alors que les plantes mâles sont représentées partout. Pourtant, il ne manque de Pétasites nulle part. Ils sont remarquables par leur exceptionnelle capacité de se multiplier rapidement par leur long rhizome. C'est aussi pourquoi on rencontre rarement une fleur isolée mais toujours un peuplement continu de Pétasites. Après la floraison, la vie du Pétasite connaît une deuxième étape : la pousse de très grandes feuilles. Eles sont parmi les plus grandes feuilles des plantes de la zone tempérée : une feuille de Pétasite peut mesurer 1,20 x 1 mètre.

 

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Les Pétasites sont, depuis des siècles, des plantes médicinales : Le rhizome contient une substance qui est un remède dans les maladies des voies respiratoires et un antitussif.

 

Le Pétasite officinal produit au printemps des hampes florifères aux écailles rouges et aux filets des fleurs courts (1). Les feuilles sont vertes sur les deux faces, régulièrement dentelées, en forme de cœur à la base. Il pousse dans toute l'Europe, en plaine comme en montagne.

 

Dans les montagnes ou à leur pied, on trouve, dans la partie subocéanique de l'Europe, le Pétasite blanc [Petasites albus (L.) GAERTN. ]. Les écailles des hampes florifères sont vert pâle comme les bractées des capitules et les filets sont longs et pointus (2). Les feuilles sont blanc duveteux sur l'envers, profondément dentées et les lobes de la base se touchent presque (3).

 

En Europe occidentale, on assiste actuellement à une multiplication végétative rapide de P. japonicus F. SCHMIDT (4) originaire de l'est de l'Asie et introduit comme plante ornementale dans les jardins.

 

Les Pétasites fleurissent en avril, parfois au début de mai.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

La Prêle des marais

La Prêle des marais

 

La Prêle des marais (Equisetum fluviatile L.) appartient à la famille des Équisétacées. Il s'agit d'une plante amphiphyte inféodée aux zones humides.

 

Les Prêles sont, au point de vue de révolution, des reliques. Elles sont les témoins d'anciennes périodes géologiques de l'histoire de la terre. Les ancêtres des Prêles actuelles ont leur place dans la formation des bassins houillers et elles constituent donc une des principales sources d'énergie de notre époque.

 

Parmi les Prêles actuelles, E. fluviatile L. et E palustre L. sont celles que l'on trouve le plus fréquemment sur les rives et dans les eaux peu profondes, en Europe. La première pousse souvent sur des sols acides (siliceux) ou tourbeux en particulier au pied des montagnes, formant des peuplements au bord des eaux dormantes où elle peut prédominer dans les roselières.

 

E. palustre apparaît souvent dans les prairies marécageuses et les pâturages humides sur les sols argileux, principalement à basse altitude; on ne la trouve que rarement dans les endroits élevés bien qu'on l'ait trouvée dans les Alpes à 2450 mètres d'altitude. Les deux espèces sont circumpolaires dans l'hémisphère nord.

 

Les Prêles, grâce à une multiplication végétative abondante, (les rhizomes articulés rampants s'enfoncent jusqu'à un mètre de profondeur) participent à l'envahissement des rives; elles sont coriaces et supportent des fauchaisons fréquentes. On a compté par exemple, sur un mètre carré de marécage fauché, 1300 tiges de Prêles des marais. Elle ne convient pas comme fourrage car ses membranes cellulaires contiennent trop d'acide silicique. Les Grecs les appelaient "queues de cheval" ou "crins de cheval" et ce nom, latinisé, leur est resté (equus = cheval, saeta = crins, longs poils).

 

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Ce sont des plantes vivaces au rhizome souterrain formé de longs articles, aux tiges dressées, aux ramifications verticillées. Les tiges sont rayées, les articulations bien marquées ; la base de chaque article est entourée d'une gaine de feuilles écailleuses. Les plantes temporairement recouvertes d'eau forment souvent des racines dans ces "nœuds" (1).

 

Certaines Prêles forment deux sortes de tiges : printanières (fertiles) et estivales. E. fluviatile et E. palustre forment une seule tige verte terminée par un épi sporifère (2). Les épis sporifères apparaissent en été à l'extrémité des tiges. E. palustre a des tiges minces et des gaines à 6-10 dents (3); E. fluviatile a des tiges plus fortes, ovales, aux gaines à 15-30 dents (4).

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

La Salicaire

La Salicaire

 

La Salicaire ou Lythrum salicaire (Lythrum salicaria L.) apparitent à la famille des  Lythracées. Il s'agit d'une plante amphiphytes inféodée aix zones humides.

 

Les Lythracées constituent une famille de plantes très intéressante. On en connaît des restes fossiles du début du Tertiaire trouvés en Angleterre. Elle renferme environ 25 genres et 450 espèces qui poussent souvent dans les endroits humides ou directement dans l'eau, depuis les tropiques jusqu'à la zone tempérée. Toutes les femmes connaissent le henné, produit par Lawsonia inermis L, plante iranienne qu'on trouve en Asie tropicale et en Afrique du Nord et que les Égyptiennes de l'Antiquité utilisaient déjà pour donner à leurs cheveux un beau reflet roux.

 

Le Lythrum salicaire pousse près des eaux et dans les prairies humides et tourbeuses, aussi bien aux Hébrides, en Écosse et en Scandinavie que dans la péninsule de Kola, dans les environs du lac Baïkal en Sibérie, à l'embouchure du Yang-Tsé en Chine, au Tibet, près du Jourdain, en Algérie, au Canada, au Pérou et dans le sud-est de l'Australie.

 

L'ouvrage de Charles Darwin, The different forms of flowers on plants of the same species, paru en 1877, a introduit la Salicaire dans l'histoire des sciences naturelles. Elle servit d'exemple pour expliquer l'hétérostylie dans le règne végétal et son rôle comme mécanisme s'opposant à l'autopollinisation.

 

Dans la médecine populaire, les feuilles de la Salicaire étaient utilisées comme désinfectant : les gens de la campagne mettaient sur les plaies ouvertes des compresses de feuilles fraîches de Salicaire.

 

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La Salicaire est une plante vivace de 30 à 150 cm de haut, à robuste tige dressée, ramifiée dès la base et nettement quadrangulaire. Les feuilles sont entières, étroites, lancéolées. Les fleurs forment un faux épi à l'extrémité de la tige ou des ramifications latérales. Leur teinte rouge violacé particulière explique l'origine grecque de leur nom scientifique, lythron qui signifie ensanglanté.

 

Dans les peuplements de Salicaires on trouve des plantes à trois types de fleurs :

 

  • le premier (1) a de longs styles qui dépassent nettement six étamines courtes et six autres, un peu plus grandes, aux anthères jaunes ;

 

  • le second (2) a des styles très courts, six étamines longues à anthères bleu verdâtre et six étamines plus courtes à anthères jaunes ;

 

  • dans le troisième type (3), les styles sont de longueur intermédiaire, avec six étamines longues aux anthères bleues et six étamines plus courtes aux anthères Jaunes. La pollinisation ne se produit qu'entre stigmates et étamines de même longueur.

 

La Salicaire fleurit de juillet à septembre.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

 

Le Scirpe des bois

Le Scirpe des bois

 

Le Scirpe des bois Scirpus sylvaticus L. appartient à la famille des Cypéracées qu'on appelle laiches en Franche-Comté. Il se classe parmi les plantes amphiphytes caractéristiques des zones humides.

 

En latin, ce Scirpe est dit sylvaticus, pourtant on ne le trouve, dans les bois, que dans les mares, les chemins humides et les ornières. Dans les forêts naturelles, on ne le trouve en réalité que dans les aulnaies humides. Il pousse le plus souvent dans les prairies à Populage où il constitue généralement l'élément dominant ; il forme des peuplements indépendants au bord des rivières et aux environs des sources. Les peuplements de Scirpes sont accompagnés dans ces endroits de Carex, de Renoncules et de Joncs et ils sont assez dépendants du niveau de la nappe phréatique. Là où les eaux coulent rapidement, le Scirpe des bois forme des associations assez pauvres avec la Glycérie (Glyceria fluitans (L.) R.B.R.).

 

Les peuplements de Scirpes sont assez épais : ils recouvrent le sol à 90-100%. Leur valeur économique est à peu près nulle ; on a parfois utilisé les Scirpes pour la vannerie et comme litière.

 

C'est une plante qui pousse plutôt sur les hauteurs et au pied des montagnes ; dans les Alpes, elle pousse jusqu'à 1800 mètres d'altitude. Elle pousse de façon continue dans presque toute l'Europe, à l'exception des régions méditerranéenne et arctique ; elle forme des îlots en Sibérie.

 

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Le Scirpe des bois est une plante vivace, de 40 à 100 cm de haut, à rhizome formant des rejets, dont la tige dressée, triangulaire, est creuse. Les feuilles ont environ 1 cm de large et sont rugueuses sur le pourtour. Les tiges sont terminées par une très grande inflorescence, une anthèle. Celle-ci peut mesurer jusqu'à 30 cm. À l'extrémité des rameaux de l'inflorescence se trouvent des épillets à plusieurs fleurs. Ces fleurs sont hermaphrodites, ont 6 pièces florales caractéristiques, 3 étamines et un style à 3 divisions (1).

Ce Scirpe fleurit de mai à juillet.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

 

Le Carex vésiculeux

Le Carex vésiculeux

 

Le Carex vésiculeux Carex vesicaria L. apparitient à la famille des Cypéracées qu'on appelle laiches en Franche-Comté. Plantes des prairies humides, on le classe parmi les amphiphytes.


II n'est pas facile de choisir un représentant du genre Carex qui ait toutes les caractéristiques du genre : celui-ci est un des plus riches du monde végétal. Il rassemble environ 2000 espèces et on le rencontre dans le monde entier. Le nombre d'espèces de Carex d'Europe centrale approche la centaine. C'est un genre dont l'amplitude écologique est exceptionnellement grande. On y trouve de petits Carex des coteaux calcaires, rocheux et secs et des plantes aux touffes puissantes qui donnent, dans le monde entier, un aspect particulier aux terrains marécageux.

 

Les pêcheurs et les agriculteurs n'apprécient guère les Carex le long des eaux et dans les prairies humides. Dans les étangs peu profonds, les Carex représentent une étape vers l'envasement total ; ils constituent aussi un fourrage de qualité médiocre à cause de leur dureté et de leur acidité. Les peuplements de jeunes Carex n'étaient pâturés que par les chevaux. Les peuplements épais de C. brizoïdes L. poussant au bord des forêts et sur les rives des cours d'eau étaient fauchés, sèchés et utilisés pour rembourrer les sièges capitonnés.

 

On peut observer sur les rhizomes de certains Carex, tels que C. gracilis CURT. un géotropisme intéressant : le rhizome se développe toujours horizontalement quelle que soit l'orientation de la plante.

 

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Les Carex sont des plantes vivaces : certaines forment des touffes, d'autres telles que C. vesicaria et C. gracilis ont des rhizomes rampants à rejets. Leurs peuplements ressemblent à des prairies de Graminacées ; mais à la différence de ces dernières, beaucoup de Carex ont une tige anguleuse, le plus souvent triangulaire (1).

 

Les deux espèces citées ci-dessus ont des épillets floraux différenciés : mâles au sommet et femelles vers le bas. Le Carex vésiculeux (2) est l'un des plus répandus parmi les Carex ; il a des follicules apparents, jaune-verdâtre et gonflés (3).

 

C. gracilis est un Carex également abondant, grisâtre et formant de nombreux rejets (4); il pousse en plaine et en haute montagne. Ses follicules (5) n'ont pas de bec.

 

Les Carex fleurissent à la fin de mai, mais surtout en juin.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

Le Populage des marais

Le Populage des marais

 

Le Populage ou Caltha des marais Caltha palustris L. appartient à la famille des Renonculacées.

 

Le Populage (C. palustris ssp. palustris) pousse le plus souvent dans les prairies humides à eau stagnante ou sur les rives des étangs où il forme des peuplements caractéristiques. On le classe donc parmi les amphiphytes.

 

Les fleurs jaune d'or des Calthas paraissent de mars à juin. On rencontre le Populage dans l'hémisphère nord à la seule exception sans doute des régions arctiques du Canada et du Groenland. Le Caltha des marais est un complexe de petites races. Linné a été l'un des premiers à s'en apercevoir. Il a observé que, dans les populations européennes, les époques de floraison étaient différentes : en mars, en Hollande, d'avril à mai en Suède et en juin en Laponie. Cela correspond certainement aux conditions écologiques externes des régions considérées, mais il en découle aussi des conclusions taxonomiques et génétiques. Dans les caractères morphologiques également (par exemple dans le nombre des pièces du périanthe) le Caltha est assez variable et sa division en petites unités taxonomiques peut donc être justifiée. En Europe, les races (sans doute des sous-espèces) ont été constituées en groupes systématiques indépendants sur la base de la forme des fruits.

 

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Le Populage est une plante vivace à tige charnue et ramifiée. La tige est dressée dans la race typique ; elle est ascendante et forme des racines aux nœuds dans les autres races. Les feuilles radicales ont un limbe arrondi en cœur (1) et un long pétiole, les feuilles caulinaires sont sessiles, réniformes (2). Les feuilles d'été se distinguent des feuilles du printemps par des dents plus marquées.

 

Les fleurs dont le périanthe est du type cinq contiennent un grand nombre d'étamines ; les fruits sont des follicules (3) qui restent longtemps sur le réceptacle.

 

Le Populage est considéré comme toxique car il renferme une certaine quantité d'alcaloïdes.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

 

04/11/2012

Les OGM sont-ils des poisons ?

OGM-DANGER.jpgLes OGM sont-ils des poisons ?

 

(dernière mise à jour : 29/01/2013)

Des chercheurs français ont étudié secrètement, pendant deux ans, 200 rats nourris au maïs transgénique. Tumeurs, pathologies lourdes… une hécatombe. Et une bombe pour l'industrie OGM.

(Cet article signé Guillaume Malaurie est paru dans le "Nouvel Observateur" daté du 20 septembre 2012).
 

C’est une véritable bombe que lance, ce 19 septembre 2012 à 15 heures, la très sérieuse revue américaine "Food and Chemical Toxicology" - une référence en matière de toxicologie alimentaire - en publiant les résultats de l’expérimentation menée par l’équipe du français Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen. Une bombe à fragmentation : scientifique, sanitaire, politique et industrielle. Elle pulvérise en effet une vérité officielle : l’innocuité du maïs génétiquement modifié.


Lourdement toxique et souvent mortel

Même à faible dose, l’OGM étudié se révèle lourdement toxique et souvent mortel pour des rats. À tel point que, s’il s’agissait d’un médicament, il devrait être suspendu séance tenante dans l’attente de nouvelles investigations. Car c’est ce même OGM que l’on retrouve dans nos assiettes, à travers la viande, les œufs ou le lait.

En 2006, c’est comme un véritable thriller que commence cette recherche, dont le maître d’œuvre, Gilles-Eric Séralini, divulgue lui-même les conclusions dans un ouvrage à paraître la semaine prochaine ("Tous cobayes !", Flammarion, en librairie le 26 septembre 2012).


Nom de code In Vivo

Jusqu’en 2011, les chercheurs ont travaillé dans des conditions de quasi-clandestinité. Ils ont crypté leurs courriels comme au Pentagone, se sont interdit toute discussion téléphonique et ont même lancé une étude leurre tant ils craignaient un coup de Jarnac des multinationales de la semence.

Le récit de l’opération – nom de code In Vivo - évoque la très difficile récupération de semences de maïs OGM NK 603, propriété brevetée de Monsanto, par le truchement d’un lycée agricole canadien. Puis la récolte et le rapatriement des "gros sacs de jute" sur le port du Havre fin 2007, avant la fabrication de croquettes dans le secret le plus total et la sélection de deux cents rats de laboratoires dits Sprague Dawley. Bilan ? Glaçant : "Après moins d’un an de menus différenciés au maïs OGM, confie le professeur Séralini, c’était une hécatombe parmi nos rats, dont je n’avais pas imaginé l’ampleur".


Pathologies lourdes, tumeurs mammaires

Tous les groupes de rats, qu’ils soient nourris avec le maïs OGM traité ou non au Roundup, l'herbicide de Monsanto, ou encore alimentés avec une eau contenant de faibles doses d’herbicide présent dans les champs OGM, sont frappés par une multitude de pathologies lourdes au 13e mois de l’expérience. Chez les femelles, cela se manifeste par des explosions en chaine de tumeurs mammaires qui atteignent parfois jusqu’à 25% de leur poids. Chez les mâles, ce sont les organes dépurateurs, le foie et les reins, qui sont atteints d’anomalies marquées ou sévères. Avec une fréquence deux à cinq fois plus importante que pour les rongeurs nourris au maïs sans OGM.

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Les rats nourris pendant deux avec du maïs OGM

ont développé de spectaculaires tumeurs

© J+B SÉQUENCES



Comparaison implacable : les rats OGM déclenchent donc de deux à trois fois plus de tumeurs que les rats non OGM quel que soit leur sexe. Au début du 24° mois, c’est-à-dire à la fin de leur vie, de 50% à 80% des femelles OGM sont touchées contre seulement 30% chez les non-OGM.

Surtout, les tumeurs surviennent nettement plus vite chez les rats OGM : vingt mois plus tôt chez les mâles, trois mois plus tôt chez les femelles. Pour un animal qui bénéficie de deux ans d’espérance de vie, l’écart est considérable. A titre de comparaison, un an pour un rongeur, c’est à peu près l’équivalent d’une quarantaine d’années pour un homme…

 

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Exiger des comptes


C’est forte de ces conclusions que Corinne Lepage, dans un livre qui paraît vendredi 21 septembre ("La vérité sur les OGM, c’est notre affaire", Editions Charles Léopold Mayer), entend bien exiger des comptes auprès des politiques et des experts, français et européens, des agences sanitaires et de la Commission de Bruxelles, qui se sont si longtemps opposés et par tous les moyens au principe d’une étude de longue durée sur l'impact physiologique des OGM.

Cette bataille, l’ex-ministre de l’Écologie et première vice-présidente de la commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire à Strasbourg, la mène depuis quinze ans au sein du Criigen (Comité de Recherche et d’Information indépendantes sur le Génie génétique) avec Joël Spiroux et Gilles-Éric Séralini. Une simple association 1901 qui a pourtant été capable de réunir de bout en bout les fonds de cette recherche (3,2 millions d’euros) que ni l’Inra, ni le CNRS, ni aucun organisme public n’avaient jugé judicieux d’entreprendre.


Une étude financée par Auchan et Carrefour



Comment ? Autre surprise : en sollicitant la Fondation suisse Charles Léopold Mayer. Mais aussi les patrons de la grande distribution (Carrefour, Auchan..), qui se sont réunis pour l'occasion en association. Depuis la vache folle, ces derniers veulent en effet se prémunir de tout nouveau scandale alimentaire. À tel point que c’est Gérard Mulliez, fondateur du groupe Auchan, qui a débloqué les premiers financements.

L’étude du professeur Séralini laisse donc présager une nouvelle guerre meurtrière entre pro et anti-OGM. Les agences sanitaires exigeront-elles de toute urgence des études analogues pour vérifier les conclusions des scientifiques français ? Ce serait bien le moins. Monsanto, la plus grande firme mondiale de semences transgéniques, laissera-t-elle faire ? Peu probable : sa survie serait en jeu. Pour une seule plante OGM, il y a une centaine de variétés. Ce qui impliquerait au moins une dizaine d'études de 100 à 150 millions d’euros chacune !


Le temps de la vérité

Sauf que, dans cette nouvelle confrontation, le débat ne pourra plus s’enliser comme par le passé. Dés le 26 septembre, chacun pourra voir au cinéma le film choc de Jean-Paul Jaud, "Tous Cobayes ?", adapté du livre de Gilles-Éric Séralini, et les terribles images des rats étouffant dans leurs tumeurs. Des images qui vont faire le tour de la planète et d’internet, puisqu'elles ont été diffusées sur Canal+ (au "Grand Journal" du 19 septembre 2012) et le seront encore sur France 5 (le 16 octobre 2012 dans un documentaire). Pour les OGM, l’ère du doute s’achève. Le temps de la vérité commence.



À lire : l'interview de Gilles-Éric Séralini, ainsi que des extraits de son livre "Tous cobayes !" (Flammarion), dans "Le Nouvel Observateur" du 20 septembre 2012.


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Roxanne MITRALIAS


Pôle Agriculture et environnement :
OGM, sanitaire, semences, biodiversité
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La démarche expérimentale de Gilles-Éric Séralini a été vertement critiquée. Voir également l'article résumant les remarques de différents organismes sur la méthode.

 

Un article signé Hervé Ratel dans Sciences et Avenir de novembre 2012, p. 40 expose les arguments de l'autorité Européenne de Sécurité des Aliments (Efsa) :

 

OGM : les points clés de l'étude controversée


Après la publication de l'étude du Pr Séralini sur les effets toxiques des OGM, analyse des éléments fondamentaux pour comprendre les questions en jeu.


Des tumeurs grosses comme des balles de ping-pong, des atteintes hépatiques et rénales graves, des longévités amputées... Photos chocs à l'appui, les révélations clé l'étude de toxicologie sur des rats nourris avec un maïs OGM, publiées dans le Nouvel Observateur du 19 septembre 2012, ont fait l'effet d'une bombe, et la une des journaux. Publié dans la revue Food and Chemical Toxicology, le travail dirigé par Gilles-Eric Séralini (université de Caen) est le premier à montrer les effets toxiques d'une nourriture à base d'un aliment génétiquement modifié, en l'occurrence le maïs NK603 de la firme américaine Monsanto, en association ou non avec du Roundup, l'herbicide auquel il est tolérant. La  conclusion des auteurs de  l'étude est nette et effrayante :  oui, les OGM sont dangereux, et leur consommation peut avoir des conséquences graves pour la santé. Mais est-ce aussi simple et limpide ? Très vite, des critiques ont surgi dans les rangs des scientifiques pour mettre en doute l'étude et ses conclusions.


L'autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a conclu le 4 octobre 2012 en première analyse que l'étude « présente des lacunes qui ne permettent pas de considérer les conclusions des auteurs comme étant scientifiquement valables ». À l'heure où nous écrivons ces lignes, nous n'avons pas connaissance des conclusions de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de  l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), attendues le 20 octobre, mais il est peu probable qu'elles soient clémentes envers les auteurs. Plusieurs points litigieux sont à avoir en tête pour comprendre les débats à venir.


La souche de rats utilisée pour l'expérience, dite Sprague-Dawley, est fragile. Ces rongeurs ont une propension à développer spontanément des tumeurs au cours de leur vie, estimée à deux ans. Une étude de 1973 évalue ainsi l'incidence des tumeurs spontanées à 45 %. De plus, les mâles sont facilement sujets à des atteintes rénales dans des conditions normales.


La composition de l'alimentation des animaux n'est pas détaillée dans l'étude. Or, la  nourriture a pu être contaminée par des mycotoxines à l'effet cancérogène et hépatotoxique. De plus les rats Sprague-Dawley développent d'autant plus de tumeurs spontanées que leur nourriture est énergétique et riche en protéines, ce qui est le cas du maïs.


Le faible nombre de rats, dix par groupe, témoins compris, affaiblit la portée statistique de ce travail étant donné qu'il y a très peu de différence, au niveau du nombre et de l'ampleur des pathologies observées entre les rats témoins et ceux nourris aux OGM. Et une étude menée en 2007 au Japon sur du soja tolérant au Roundup avec des effectifs plus importants (50 rats par groupe) n'a rien mis en évidence.

 

LA RÉPONSE DE GILLES-ÉRIC SÉRALINI


Le chercheur critique les processus d'évaluation des OGM, confiés aux seuls industriels, avec des études courtes (trois mois) et confidentielles. Il dit avoir pris « la même lignée de rats que celle utilisée par Monsanto » et n'empêcher « personne de refaire l'expérience avec 50 rats par groupe ». Il appelle de ses vœux une agence d'évaluation indépendante, financée par l'industrie agroalimentaire.

 

Vendredi 26 octobre 2012, les Académies nationales d’Agriculture, de Médecine, de Pharmacie, des Sciences, des Technologies, et Vétérinaire ont publié un communiqué au sujet de l'étude de Gilles-Eric Séralini sur l'OGM NK 603 de Monsanto. Leur verdict ? Elle contient "de nombreuses insuffisances de méthodologie et d’interprétation". Paul Deheuvels, lui-même membre de l'Académie des sciences, s'indigne.


Je viens d'apprendre qu'un tout petit nombre de représentants des six Académies (Sciences, Médecine, Technologies,...) se sont réunis pour publier un communiqué commun concernant l'étude du professeur Séralini (éditée récemment dans la revue "Food and Chemical Toxicology").

 

Les Académies ne sont pas engagées dans leur ensemble


Sans même avoir lu leur déclaration, je me dois d'attirer l'attention du public sur le fait que le dit communiqué ne peut engager l'une ou l'autre de ces académies dans leur ensemble. En effet, un groupe d'experts a été convoqué en urgence, on ne sait par qui, on ne sait comment, dans une absence totale de transparence concernant le choix de ses membres, et sur la base de 2 représentants par académie. Ces personnes ont cru bon de rédiger dans un espace de temps très bref un avis très critique sur cette étude. Elles ne peuvent prétendre à elles seules incarner l'avis de l'ensemble du monde scientifique français, et ce serait une forfaiture que de le laisser croire.

Étant le seul membre de l'Académie des sciences représentant la discipline des statistiques en tant que telle, il aurait été normal que je sois consulté, et tel n'a pas été véritablement le cas.

Il ressort des conversations que j'ai eues a postériori sur ce communiqué que les représentants des cinq académies mentionnés plus haut y aient critiqué la partie descriptive de l'étude du professeur Séralini, concernant les tumeurs, en lui reprochant de ne pas être significative sur le plan statistique. Ils auraient, par contre, ignoré la partie toxicologique de l'article, traitée avec sophistication par des méthodes modernes (dites de PLS). Notons que l'article de Gilles-Eric Séralini est, justement, publié dans une revue de toxicologie.

 

Un mauvais procès fait à l'étude de Séralini

 

Dans tout texte du genre, la partie descriptive se contente de décrire, sans pour autant en tirer de conclusion démontrée. C'est bien ce qui se passe ici, et je ne trouve rien à redire sur le plan professionnel à cette composante, quoi que puisse en dire le petit groupe de signataires de la motion.

A l'inverse, la composante de toxicologie de l'article a l'immense mérite d'étudier la cohorte de données complète des analyses réalisée sur une durée d'environ 16 mois. Cette partie de l'article aboutit, quant à elle, à la mise en évidence de différences significatives sur le plan statistique, sous réserve, bien entendu, que leur traitement ait été correctement réalisé, et je ne vois aucune raison de penser que ce n'ait pas été le cas.

On pourra m'objecter que ce sont précisément ces parties descriptives de l'article de Séralini qui ont attiré l'attention des médias, puisqu'elles parlent des tumeurs dont les animaux d'expérience ont été victimes. Ce n'est pas la question. Je pense qu'on fait à cette étude un mauvais procès, par de mauvais arguments, et avec un acharnement parfaitement suspect compte tenu des immenses intérêts financiers qui sont en jeu. Il ne s'agit pas de savoir ce qu'en pensent les médias, mais plutôt de juger la qualité technique de ce travail.

Je tiens à dire, avec force, que l'article du professeur Séralini se situe à un niveau élevé de qualité parmi les articles de même catégorie. On ne peut lui reprocher sa valeur scientifique qui est indéniable. On ne peut l'attaquer sur sa partie descriptive qui ne cherche pas à établir des preuves, au sens statistique du terme, mais à donner une présentation lisible, purement factuelle, des résultats obtenus. Il est d'autant plus anormal que le communiqué des cinq académies ne s'intéresse guère (si mes renseignements sont corrects) à la composante toxicologique de l'analyse, qui, elle, fait usage de niveaux de confiance établis selon les règles habituelles de la statistique.

 

Pour une saine confrontation des idées

 

Je récuse donc par avance tout texte qui serait présenté au nom de cinq académies sur ce sujet, partant du fait évident que le comité qui l'a signé ne représente que lui-même, indépendamment de l'éminence de ses membres.

C'est d'ailleurs un procédé à la limite du scandale de vouloir parler au nom de tous lorsqu'on est peu nombreux. Quelle que soit la qualité des signataires, ils expriment un avis qui ne peut prétendre constituer une vérité universelle, tant que le problème n'aura pas été véritablement discuté ouvertement, et sur le fond.

L'article du professeur Séralini a l'immense mérite de mettre en évidence qu'il n'y a pas suffisamment d'études portant sur les effets à long terme des alimentations à base d'OGM. Au lieu de critiquer dans cette étude ce qui ne peut pas l'être, tout en omettant de l'apprécier pour sa composante authentiquement innovatrice, les organismes établis comme l'INRA ou l'ANSES, devraient entreprendre des études approfondies sur des échantillons plus nombreux. Celles-ci permettraient de sortir par le haut d'une querelle aux paramètres évidemment biaisés. Il faut que le débat d'idées ait lieu, dans le calme, et sans avoir à subir les pressions des lobbys qui s'expriment pour ou contre des opinions, sans même prendre le temps de les discuter.

J'exprime un avis personnel, basée sur mon expérience professionnelle, et je n'insulte pas ceux qui ont une opinion contraire. L'intérêt de la science se situe, avant tout, dans une saine confrontation des idées et des arguments, qui soit, si possible, sans parti pris. On est, semble-t-il, très loin d'une telle situation, je le crains.

 

OGM : Il a montré leur toxicité, il doit être exécuté


Une réaction indignée de Christian Vélot, 19 octobre 2012

L’étude de Gilles-Eric Séralini et de son équipe de l’Université de Caen sur le maïs génétiquement modifié NK603 et l’herbicide Roundup, publiée le 19 septembre 2012 dans l’excellente revue internationale Food & Chemical Toxicology[1], a provoqué un tollé mondial. Il s’agit de l’étude toxicologique la plus longue et la plus complète jamais réalisée au monde sur un organisme génétiquement modifié (OGM) et un herbicide sous sa formulation commerciale : elle a été effectuée sur 200 rats (100 mâles et 100 femelles) pendant deux ans (c’est-à-dire tout au long de leur vie) avec plus de 100 paramètres analysés sur chacun d’eux.

Pour bien comprendre ce qui a conduit G.E. Séralini (GES) et son équipe, soutenus par le CRIIGEN[2] (Comité de recherche et d’information indépendante sur le génie génétique) — dont GES est l’un des fondateurs et le président de son conseil scientifique — à entreprendre une telle étude, et l’acharnement qu’elle suscite, il est nécessaire de faire un bref historique et quelques rappels afin de replacer un certain nombre d’éléments dans leur contexte.

La quasi totalité (99,99%) des OGM agricoles cultivés à la surface de la planète sont des plantes-pesticides. Je rappelle au passage que “pesticide” est le terme générique qui englobe les insecticides (qui tuent les insectes), les fongicides (qui tuent les champignons), les herbicides (qui tuent les herbes, les plantes), etc. Et une plantepesticide est une plante qui accumule dans ses cellules un ou plusieurs pesticides, indépendamment de leur nature. Comment ?

Il s’agit de plantes qui ont été génétiquement modifiées soit pour produire elles-mêmes un insecticide afin de lutter contre un insecte dont elles sont la cible, soit pour ne plus mourir quand on les arrose avec un herbicide qui aurait dû les tuer. Les premières accumulent donc un insecticide parce qu’elles le produisent en permanence, les secondes accumulent un herbicide car elles peuvent l’absorber sans mourir. Alors que la première catégorie correspond donc plus précisément à des plantes-insecticides, la seconde concerne essentiellement des plantes (maïs, soja, colza) qui tolèrent l’herbicide Roundup commercialisé par la société philanthrope Monsanto : c’est le cas du maïs NK603 qui fait donc l’objet de l’étude de GES et de son équipe. Si un agriculteur pulvérise du Roundup sur ses cultures conventionnelles, il va tuer non seulement lesdites “mauvaises herbes”, mais également les cultures elles-mêmes, étant donné que cet herbicide est un herbicide non sélectif qui tuent toutes les plantes (et peut-être pas que les plantes d’ailleurs…). Avec les plantes tolérantes au Roundup, l’agriculteur peut pulvériser l’herbicide en question sans prendre la moindre précaution puisque sa culture tolère l’herbicide : il tuera lesdites “mauvaises herbes” sans détruire la plante cultivée.

Les plantes-insecticides d’une part, et les plantes tolérant le Roundup d’autre part, correspondent aux OGM agricoles dits “de première génération”. Elles représentent, respectivement, environ 20% et 60% de ces OGM, soit 80% au total des plantespesticides. Les 20% manquants (pour atteindre 99,99%) sont les OGM dits de “seconde, troisième et quatrième générations“, c’est-à-dire des plantes génétiquement modifiées qui cumulent plusieurs “caractères pesticides” : la production d’un ou plusieurs insecticide(s) et la tolérance d’un ou plusieurs herbicide(s). On n’arrête pas le progrès…

 

Les animaux qui vont manger ces plantes vont donc être exposés aux pesticides en question. Les humains qui vont manger les produits animaliers issus des animaux ayant consommé ces plantes vont — éventuellement — êtres confrontés à ces pesticides selon le devenir de ces molécules dans la chaîne alimentaire. La moindre des choses serait donc que ces plantes soient évaluées non seulement comme des plantes, mais également comme des pesticides, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

 

L’évaluation des pesticides utilisés dans l’agroalimentaire est encadrée par la directive européenne 91/414 qui précise qu’ils doivent être soumis à des tests toxicologiques pendant trois mois sur trois espèces animales différentes (dont le rat et la souris, le troisième n’étant pas un rongeur), auxquels s’ajoutent des études à deux ans sur le rat. Pourquoi deux ans? Parce qu’il s’agit justement de la durée de vie d’un rat. Ces études permettent donc d’observer les effets tout au long de la vie, c’est-à-dire les effets chroniques. Alors qu’à trois mois, on ne voit essentiellement que les effets aigus. Cependant, que l’on soit bien clair : loin de moi l’idée selon laquelle ces tests seraient suffisants alors que les pesticides sont connus, dans leur grande majorité, pour se comporter comme des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire pour avoir des effets sur les voies hormonales sexuelles. Il faudrait donc — si l’on s’inscrit dans la démarche de tests sur des animaux — qu’ils fassent également l’objet d’études sur des femelles en gestation, que les descendants soient étudiés sur plusieurs générations, etc. Par ailleurs, les pesticides sont très souvent évalués uniquement sur le principe actif et non sur les formules commerciales qui contiennent un certain nombre de molécules supplémentaires (les adjuvants). Ces mélanges sont pourtant, en général, beaucoup plus dangereux, comme cela a pu notamment être montré à maintes reprises avec l’herbicide Roundup dont les effets toxiques sont bien supérieurs à ceux de son principe actif chez les plantes, le glyphosate. Toutefois, en dépit de toutes ces carences, la législation européenne a au moins le mérite, pour les pesticides, de définir précisément un cadre minimum d’évaluation.

 

Qu’en est-il des OGM agricoles, c’est-à-dire des plantes-pesticides ? Il s’agit là non plus de la directive 91/414 mais de la directive 2001/18 (qui a été transcrite en droit français début 2008). Et que dit cette directive en matière d’évaluation ? Elle ne dit pas que ces OGM ne doivent pas être évalués, mais elle ne dit pas en quoi doit consister cette évaluation. C’est à l’appréciation des comités d’évaluation, tels que l’ANSES (l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail) ou le HCB (Haut Conseil des biotechnologies) pour la France, et l’AESA[3] (Agence européenne de sécurité des aliments) pour l’Europe. Dans les faits, les OGM agricoles n’ont jamais été évalués sur le plan toxicologique à plus de trois mois sur une seule espèce animale : le rat (ou la souris). On passe donc systématiquement à côté des éventuels effets chroniques.

Cerise sur le gâteau : les tests sont faits par des laboratoires choisis par les firmes semencières, et pour des raisons de protection industrielle, les données brutes des études en question sont maintenues confidentielles (au sein des agences d’évaluation), excluant ainsi la possibilité de toutes contre-expertises et analyses contradictoires.

 

Le CRIIGEN n’a eu de cesse de condamner cette carence et cette opacité de l’évaluation des OGM en exigeant d’une part la transparence des données brutes des études à trois mois, et d’autre part des études complémentaires sur deux ans réalisées par des laboratoires indépendants des firmes semencières. G.-E. Séralini a notamment réitéré ces demandes à maintes reprises et en vain au sein de la CGB (Commission du génie biomoléculaire, ancêtre du HCB avant le Grenelle de l’environnement) dans laquelle il a siégé pendant huit années sous la présidence de Marc Fellous, l’un de ses plus fervents détracteurs (qui a d’ailleurs été condamné pour avoir diffamé GES, et qui fait aujourd’hui l’objet d’un second procès de la part de GES et du CRIIGEN pour faux et usage de faux).

 

Ce n’est qu’au prix de procédures administratives ou judiciaires lourdes que le CRIIGEN a pu – directement ou par l’intermédiaire d’autres organisations — accéder aux données brutes des études à trois mois ayant conduit à l’autorisation de certains OGM de la firme Monsanto : le “fameux” maïs NK 603 et les maïs-insecticide MON 810 (autorisé à la culture commerciale en Europe) et MON 863. GES et le CRIIGEN ont alors réalisé, sur la base de ces données, des contre-expertises publiées en 2007[4] et 2009[5] dans des journaux scientifiques internationaux à comité de lecture[6]. Ces contre-études faisaient apparaître notamment des perturbations du foie et des reins différentes selon les sexes laissant craindre des toxicités hépatorénales chroniques.

Les laboratoires de Monsanto avaient bien observé les perturbations des paramètres hépatiques et rénaux en question, mais avaient conclu qu’elles n’avaient pas de signification biologique, au prétexte qu’elles n’étaient pas identiques dans les deux sexes et qu’elles n’étaient pas non plus proportionnelles à la dose d’OGM contenue dans l’alimentation des différents lots de rats.

On croit rêver ! Les différences selon les sexes laissent évidemment supposer un effet sur les voies hormonales sexuelles. Or ces plantes sont justement des éponges à pesticides qui se comportent très souvent comme des perturbateurs endocriniens. Malgré cela, aucun dosage hormonal n’a été exigé par les agences d’évaluation. Quant à la nonproportionnalité entre les effets et la dose, c’est un phénomène extrêmement courant lorsque les perturbations sont justement d’ordre hormonal. Par exemple, une petite dose de polluants aux propriétés féminisantes peut provoquer l’ovulation, alors qu’une concentration plus importante de ce même polluant peut agir comme une pilule contraceptive, c’est-à-dire de façon totalement opposée.

Peu importe : l’Agence européenne de sécurité des aliments (AESA) a repris à son propre compte les conclusions des laboratoires de Monsanto ("effets biologiquement non significatifs"), et a donné — comme toujours — un avis favorable à la commercialisation et/ou à l’importation pour l’alimentation de ces OGM.

Et les contre-expertises de GES et du CRIIGEN n’y ont rien changé : elles ont été balayées d’un revers de main par l’AESA et les agences nationales (CGB pour l’étude de 2007 ou HCB pour l’étude de 2009) qui ont conclu, en utilisant les mêmes arguments, que ces études n’étaient pas de nature à remettre en question l’innocuité des OGM en question. Circulez, il n’y a rien à voir !

 

Mais c’était sans compter sur la ténacité de GES. Soutenu par le CRIIGEN, il a alors entrepris de collecter les fonds (3 millions d’euros) dans le but de réaliser lui-même avec son équipe, et en s’entourant des collaborateurs apportant les différentes compétences nécessaires, l’étude à deux ans sur l’un de ces maïs : le NK 603.

Dans cette étude, GES ne s’est pas contenté d’étudier les effets de l’OGM (à trois doses au lieu de 2 dans toutes les autres études), mais également du Roundup (à trois doses également) auquel ce maïs a été rendu tolérant, ainsi que de la combinaison des deux (OGM + Roundup). Le but étant de savoir si les éventuels effets de cet OGM étaient dus à l’OGM lui-même ou aux résidus de Roundup qu’il accumule (ou aux deux). Dans chaque sexe, les 100 rats ont donc été divisés en 10 lots de 10 : un lot contrôle (qui ne mange pas d’OGM et ne boit pas de Roundup), 3 lots nourris avec OGM (à trois doses différentes), trois lots traités au Roundup (à trois doses différentes) et trois lots traités à la fois à l’OGM et au Roundup.

Les résultats révèlent non seulement, comme on pouvait s’y attendre au regard des contre-expertises précédentes, des effets hormonaux non linéaires et reliés au sexe, mais également des mortalités plus rapides et plus fortes au cours de la consommation de chacun des deux produits. Les femelles développent des tumeurs mammaires importantes et en grand nombre, ainsi que des perturbations hypophysaires et rénales, et les mâles présentent des atteintes hépatorénales chroniques sévères.

 

Évidemment, les réactions n’ont pas tardé. Dès le premier jour après sa publication, l’étude a fait l’objet d’attaques violentes, émanant essentiellement, comme par hasard, de ceux qui sont à l’origine de l’autorisation de ce maïs, tels Marc Fellous et Gérard Pascal, et ce avant même qu’ils aient pu la lire en détail et s’en imprégner. On comprend qu’ils soient piqués au vif, cette nouvelle étude remettant directement en cause la validité de leur propre évaluation. Et ceux là-mêmes qui se sont toujours opposés aux contre-expertises, demandées entre autres par GES et le CRIIGEN, deviennent tout d’un coup les fervents défenseur des contre-analyses et de l’expertise contradictoire : "cette étude doit être validée par des experts", des vrais, qui représentent LA communauté scientifique. Ben voyons. Je rappelle quand même que l’étude de GES n’a pas été publiée dans Pif le chien mais dans un journal à comité de lecture (qui plus est, très coté dans le monde de la toxicologie), ce qui signifie qu’elle a déjà été expertisée par les pairs (par des experts internationaux choisis anonymement par le bureau éditorial du journal).

Bien sûr, ceci n’exclut pas la critique. Il n’existe pas d’étude scientifique, et quelle que soit la notoriété du journal dans lequel elle est publiée, qui soit irréprochable et qui ne puisse faire l’objet de critiques. La contradiction, c’est ce qui fait respirer la démocratie. On en a besoin en sciences comme ailleurs. C’est sain. Mais ces critiques doivent être faites de façon constructive, selon certaines règles de déontologie, dans le but d’identifier les éventuels points faibles et proposer en fonction les modifications de protocole nécessaires à la répétition de l’étude tout en s’affranchissant d’éventuels obstacles ou certaines difficultés. Le mot clé en sciences est “reproductibilité”. Cette étude étant une première, elle doit de toute façon être refaite. Avec comme seule préoccupation la sécurité sanitaire et non pas le flinguage d’un collègue trop gênant. Voilà ce qu’on est en droit d’attendre de scientifiques dignes de ce nom.

 

Au lieu de cela, on assiste à un lynchage en règle de Séralini et ses co-auteurs. Leur étude ne vaut pas un pet de lapin. Tout est à jeter. Certes, ces attaques viennent essentiellement d’un petit groupe de scientifiques constitué des militants pro-OGM habituels — les Felllous, Pascal, Dattée et autres Joudrier de l’AFBV[7] (Association française des biotechnologies végétales) —, mais qui a le culot de prétendre représenter LA communauté scientifique dans une tribune largement relayée par le journal Marianne et son journaliste expert en OGM, Jean-Claude Jaillette. Et toujours avec les mêmes arguments stupides utilisés qui tournent en boucle depuis le premier jour.

 

1) Les rats utilisés ne sont pas les bons car ils sont réputés très sensibles aux cancers. Ah bon ? Mais ce sont pourtant ceux utilisés dans toutes les études de Monsanto qui ont conduit, entre autres, à l’autorisation de ce maïs. Et ce sont aussi ceux qui sont utilisés dans toutes les études de toxicologie, qu’il s’agisse de médicaments ou de pesticides.

En fait, quand on ne voit rien, ces rats sont parfaits, quand on voit des effets, c’est que les rats choisis ne sont pas les bons. Chat perché ! Sans doute Séralini et ses collaborateurs auraient-ils dû choisir des rats résistants aux cancers pour ne pas offusquer tous ces scientifiques bien pensants et, pour certains, contredire leur propre expertise. Vous voulez étudier le cancer de la prostate ? Faites-le sur des femmes, c’est plus sûr.

2) Les effectifs de rats traités et contrôles (lots de 10 rats) sont insuffisants. Ah bon ? Alors, pourquoi n’a t-on pas entendu ces scientifiques exemplaires protester contre toutes les études ayant conduit aux autorisations des OGM et pour lesquelles les groupes de rats n’ont jamais excédé 10 ? Pour la pomme de terre transgénique Amflora, il s’agissait même de groupes de 5 rats, et pour le maïs MIR 162 qui est sur le point d’être autorisé, des groupes de 6 rats.

En fait, quand on ne voit rien, 5 rats ça suffit, quand on voit des effets, 10 rats, c’est insuffisant et donc l’étude ne vaut rien. Chat perché ! Vous me suivez ? Oui, je sais, c’est compliqué la science !

 

3) Cette étude n’est pas la première étude de long terme effectuée pour des OGM. Il y en a eu beaucoup d’autres faites sur d’autres animaux, notamment sur des porcs pendant trois ans. Et aucun effet n’a jamais été observé ? Alors là, nos scientifiques de référence deviendraient-ils de mauvaise foi ou feraient-ils preuve d’une certaine incompétence ? Rappelons d’abord que deux ans pour des rats, c’est la vie entière. Ce qui n’est pas le cas de trois années pour le porc qui vit au moins quinze ans. Par ailleurs, les études auxquelles il est fait référence ne sont en rien des études toxicologiques, mais des études nutritionnelles qui consistent simplement à nourrir l’animal et à observer quelques paramètres macroscopiques (poids, volume de lait produit,…) sans faire la moindre analyse de sang, la moindre analyse d’urine, la moindre biopsie ou prélèvement d’organe, le moindre dosage hormonal, la moindre palpation pour détecter d’éventuelles grosseurs ou tumeurs, etc.

 

4) Des millions d’animaux et d’américains mangent des OGM tous les jours depuis des années et on n’a jamais rien observé de la sorte. Cet “argument” n’est pas nouveau. C’est notamment celui qu’avait utilisé Axel Kahn lors d’une émission « La tête au carré » sur France Inter. A la question d’un auditeur relayée par l’animateur Mathieu Vidard, demandant à l’invité s’il trouve normal que les OGM agricoles ne soient pas testés plus de 90 jours sur quelques dizaines de rats, et s’il pense vraiment que des tests aussi réduits peuvent assurer une innocuité raisonnable de ces produits, A. Kahn répond que "nous disposons d’un test en grandeur nature, à savoir qu’il y a 200 millions d’Américains qui mangent des OGMs depuis 10 à 20 ans et qu’aucun problème de santé n’a été recensé".

Si de tels propos avaient été tenus par Claude Allègre, nous aurions compris. Mais enfin, Axel Kahn, le généticien référent du journal de 20H ! Comment est-ce possible ? Sur quelles études sanitaires à grande échelle se base-t-il pour tenir de telles affirmations ? Sachant que depuis que les OGM existent sur le continent américain, il n’y a jamais eu aucun suivi systématique des animaux et des humains qui en ont mangé. Et comment de telles études pourraient-elles d’ailleurs exister dans la mesure où ce continent ne sépare pas les filières agricoles? Il est donc impossible de savoir qui consomme des OGM, à quelle dose et à quelle fréquence, et qui n’en consomme pas. Comment pourrait-on alors établir une corrélation de cause à effet entre l’apparition d’un quelconque problème sanitaire et la consommation d’OGM ? D’autant plus que les effets montrés par GES et son équipe sont justement des effets chroniques, qui peuvent donc, au sein d’une population, être masqués par d’autres effets chroniques aux origines multiples M. Kahn ignore t-il lui aussi ce qu’est une étude toxicologique ? Décidément, la science n’est plus ce qu’elle fut.

 

Cet argumentaire de haute volée a été repris dans un article paru sur Médiapart le 22 septembre dernier. Son auteur, Michel de Pracontal, semble s’y connaître autant en OGM que Nadine Morano en communication, au point qu’il n’a toujours pas compris le lien entre le maïs NK603 et le Roundup., et que son texte est cousu d’inepties à faire rougir Claude Allègre.

 

Nos scientifiques exemplaires s’offusquent également du "coup médiatique" qui a accompagné la sortie de cette étude: "Une telle démarche n’est pas une démarche scientifique éthiquement correcte". Bien sûr, ils auraient tellement préféré que cette étude reste dans le cercle fermé des scientifiques savants qui savent et que surtout les bouseux incultes, les sans grade et les gueux incapables de comprendre n’y aient pas accès. C’est une affaire de scientifiques enfin ! Ne mélangeons pas tout ! Et bien non, désolés de vous décevoir messieurs les référents en matière d’éthique, c’est avant tout une affaire qui concerne l’ensemble de la société. Chacun a le droit de savoir avec quelle transparence et quelle rigueur sont évalués les produits qui se retrouvent dans son assiette. Messieurs les scientifiques éthiquement responsables considèrent-ils que l’embargo sur les données brutes des études ayant conduit aux autorisations des OGM et des pesticides, et le fait qu’elles soient réalisées par leurs promoteurs, soient une démarche éthiquement correcte ? Ils sont soucieux de l’éthique depuis quand, ces messieurs de LA communauté scientifique : depuis le 19 septembre 2012 ? Si les méthodes de communication utilisées par GES et le CRIIGEN ont permis un déclic éthique chez certains de nos collègues, c’est déjà ça de gagné. On avance.

 

C’est ensuite au tour de l’agence européenne de sécurité alimentaire (AESA) – dont on connaît l’impartialité puisqu’elle a elle-même autorisé les produits évalués par GES et son équipe en émettant, comme toujours, un avis favorable auprès de la Commission européenne — et de l’Agence allemande de sécurité sanitaire BfR de donner leur avis sur l’étude. Et les conclusions des deux agences sont quasiment les mêmes au mot près : étude pas suffisamment robuste pour être validée. Et encore une fois sur la base des mêmes “arguments” foireux que ceux exposés ci-dessus et exploités par nos experts de l’éthique.

Ces deux agences ont réussi l’exploit d’évaluer en moins de deux semaines l’étude qui a nécessité 4 mois d’expertise de la part des experts internationaux de la revue Food & Chemical Toxicology. Et pour justifier un tel exploit, M. Jaillette, qui s’empresse de rapporter dans Marianne les conclusions de l’Agence BfR, précise qu’[elle] a mis les bouchées doubles (sic). Elle a tellement mis les bouchées doubles qu’elle n’a visiblement pas bien digéré l’étude et qu’elle n’y a, en tout cas, pas compris grand chose. L’agence BfR précise notamment que [cette étude] n’apporte aucune raison valable pour rééxaminer le glyphosate. Alors qu’elle concerne non pas le glyphosate mais le Roundup dans sa formule commerciale qui, lui, n’a jamais été évalué en tant que tel. GES n’a jamais demandé une réévaluation du glyphosate mais une évaluation du Roundup. Et Jaillette, en plein orgasme, qui s’empresse de conclure sur la base de ces analyses oh combien pertinentes : "Voici donc l’étude Séralini taillée en pièce…". Jaillette en a rêvé, l’Agence BfR l’a fait.

 

Et la furie continue : c’est tout récemment les académies scientifiques qui s’en mêlent en rendant publique une analyse très sévère de l’étude de GES. Alors là, évidemment, même si les académies le disent… Doit-on rappeler l’avis de l’académie de médecine sur l’amiante qui en minimisait les risques et confortait les thèses du lobby de ce poison[8] ? Doit-on rappeler l’avis de l’académie des sciences sur les dioxines qui en minimisait la toxicité et concluait que ces dernières ne constituaient pas un risque majeur pour la santé publique[9] ? On peut donc leur faire confiance…

Et non contentes de vilipender l’étude de GES, les académies, dans leur avis, vont jusqu’à recommander la création d’un "Haut comité de la science et de la technologie" dont la mission serait d’attirer l’attention du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) sur la médiatisation de travaux scientifiques remettant en cause des savoirs partagés par la très grande majorité de la communauté scientifique internationale. Magnifique ! Vive le retour au régime de Vichy ! Un comité de censure pour étouffer toutes les études scientifiques qui remettent en cause les dogmes et la pensée dominante de LA communauté scientifique ! On n’y avait pas pensé ! Mais qui a dit que les académies scientifiques ne servaient à rien ?

 

Face à un tel acharnement, et malgré le fait qu’il soit soutenu par de nombreux scientifiques en France et à travers le Monde, Gilles-Eric Séralini se retrouve dans la très inconfortable position du lanceur d’alerte, en proie aux représailles d’industriels menacés ou d’experts autoproclamés.

L’absence actuelle, en France notamment, de dispositif juridique permettant une protection du lanceur d’alerte et un encadrement du traitement de l’alerte est d’autant plus tragique que la recherche et son développement sont pilotés de plus en plus largement par des intérêts industriels à court terme nécessitant des retours sur investissements rapides. Cette politique — qui est le résultat de la déresponsabilisation progressive, depuis plusieurs décennies, des gouvernements successifs en matière de financement de la recherche publique — conduit inévitablement à de graves dérives, et notamment, comme c’est typiquement le cas avec les OGM, à une carence et une opacité des évaluations sanitaire et environnementale, le temps que demandent ces évaluations n’étant pas compatible avec l’urgence des brevets et des profits d’une part, et la protection industrielle justifiant l’absence de communication des données brutes issues des analyses des risques d’autre part. Dans un tel contexte, l’alerte et l’expertise prennent donc une place tout à fait primordiale. Il est donc urgent que la France se dote, dans son arsenal juridique, d’un dispositif de protection du lanceur d’alerte environnementale et sanitaire, à l’instar de pays comme les États-Unis et leur "Whistleblower Protection Act", ou comme la Grande-Bretagne ("Public Interest Disclosure Act"). Mais pour être réellement efficace, un tel dispositif juridique doit se replacer dans un contexte de loi réformant le système de l’expertise et reposant sur le principe de précaution.

Le 15 octobre 2012, le groupe écologiste du Sénat a présenté en première lecture une proposition de loi sur la protection des lanceurs d’alerte et la déontologie de l’expertise scientifique dans le domaine de la santé et de l’environnement, prévoyant notamment la création d’une Haute Autorité de l’expertise scientifique et de l’alerte qui serait chargée d’énoncer les principes directeurs de l’expertise scientifique et technique en matière de santé publique et d’environnement, d’en vérifier l’application et de garantir la mise en oeuvre des procédures d’alerte. Cette proposition, portée par la sénatrice du Nord, Marie-Christine Blandin, a été largement inspirée par les travaux de la Fondation Sciences Citoyennes[10] qui réclame depuis plusieurs années une telle avancée législative, ainsi que par le rapport d’étapes des travaux de la Commission Lepage sur la gouvernance suite au Grenelle de l’environnement. Les débats sur la mise en place d’une telle loi devraient reprendre au Sénat le 21 novembre 2012.

Le retentissement médiatique de certaines affaires, comme celles du Médiator avec Irène Frachon ou des OGM avec Gilles-Eric Séralini nous montre à quel point il est urgent de réformer totalement les systèmes d’expertise actuels, trop souvent gangrenés par l’opacité et les conflits d’intérêt, afin que les problématiques de santé et d’environnement ne soient plus à la merci des intérêts mercantiles, et que les quelques scientifiques qui ont le courage d’alerter en dénonçant et démontrant les carences d’une évaluation ne soient pas envoyés à l’échafaud.

Christian Vélot, Généticien moléculaire à l’Université Paris-Sud 11

Courriel : christian.velot@u-psud.fr

Membre du Conseil scientifique du CRIIGEN

Administrateur de la Fondation Sciences Citoyennes

Auteur de « OGM, tout s’explique » (Eds Goutte de Sable, 2009) et « OGM, un choix de société » (Eds de l’Aube, 2011)



[1] G.E. Séralini, E. Clair, R. Mesnage, S. Gress, N. Defarge, M. Malatesta, D. Hennequin, J. Spiroux de Venômois. Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize. 2012. Food and Chemical Toxicology 50 : 4221-4231

[2] Cofondé par Corinne Lepage, Gilles-Eric Séralini et Jean-Marie Pelt. http://www.criigen.org/

[3] Elle est parfois plus connue sous l’acronyme anglais : EFSA (European Food Safety Authorithy)

[4] G.E. Séralini, D. Cellier, J. Spiroux de Vendômois. New Analysis of a Rat Feeding Study with a Genetically Modified Maize Reveals Signs of Hepatorenal Toxicity. 2007. Archives of Environmental Contamination and Toxicology 52 : 596-602

[5] J. Spiroux de Vendômois, F. Roullier, D. Cellier, G.E. Séralini. A comparison of the effects of three GM corn varieties on mammalian health. 2009. International Journal of Biological Sciences 10 : 706-726

[6] Un journal à comité de lecture est un journal où toute publication scientifique nécessite une expertise préalable du contenu de l’étude par des experts internationaux choisis anonymement par le bureau éditorial

[7] Association de scientifiques agissant comme groupe de pression en faveur des OGM agricoles en se masquant derrière une prétendue neutralité scientifique

[8] http://www.liberation.fr/sciences/0101227124-amiante-le-rapport-qui-fache-la-publication-desconclusions-de-l-inserm-s-est-heurtee-a-une-serie-de-blocages

[10] La Fondation Sciences Citoyennes a pour objectif de favoriser et prolonger le mouvement actuel de réappropriation citoyenne et démocratique de la science, afin de la mettre au service du bien commun. http://sciencescitoyennes.org/.

 

Concernant toujours la publication de G.-E. Séralini, le magazine "Pour la Science" de novembre 2012, page 6-7 propose un article de Loïc Mangin : OGM : une étude qui en appelle d'autres.


Le même magazine "Pour la Science" de janvier 2013 (n° 423),  annonce que l'étude Séralini est rejetée par les instances officielles :

 

"Publiée le 19 septembre 2013, dernier dans une revue internationale, l'étude de Gilles-Éric Séralini, de l'Université de Caen et membre du CRIIGEN (un comité de recherche indépendant), a déchaîné les passions en France. Réalisée sur des rats, elle affirmait démontrer la toxicité du maïs transgénique NK603 vendu par Monsanto et de l'herbicide Roundup auquel cet OGM est résistant. Les passions et l'enjeu étaient tels, que plusieurs instances officielles ont dû se pencher sur ces travaux et se prononcer sur leur validité. Avec un verdict négatif : l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), le HCB (Haut Conseil des biotechnologies), l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) ont tous trois disqualifié l'étude Séralini (échantillon statistiquement trop petit, souche de rats inadaptée à des études sur deux ans...). Mais l'affaire aura au moins permis de souligner la nécessité, dans ce domaine sensible, de travaux indépendants, transparents et rigoureux - y compris du côté des industriels!"

http://www.criigen.org, http://www.anses.fr, http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr, http://www.efsa.europa.eu/fr/


Quoiqu'on en pense, les travaux de G.-E. Séralini auront réveillé les consciences et la Commission européenne. Voir l'article du magazine "Sciences et Avenir".


OGM : les institutions contre l'étude Séralini

 

Rachel Mulot (Science et Avenir n° 790, décembre 2012. p. 40)

Bien qu'"ambitieuse et originale", l'étude sur la toxicité des OGM par le professeur Gilles-Eric Séralini[1] échoue à apporter la preuve d'un lien entre la consommation de maïs NK603 et l'apparition de pathologies chez les rats nourris pendant deux ans avec cet OGM, traité ou non avec l'herbicide Roundup (voir S. et A. n° 789, novembre 2012, et le site Internet de Sciences et Avenir).


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Tel est l'avis de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire), qui, saisie par le gouvernement, a détaillé les faiblesses méthodologiques et statistiques de l'étude[2]. Le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) a repoussé les conclusions de l'article de la même façon[3]. Toutefois, les deux organismes publics recommandent que soient désormais menées, de façon indépendante, des recherches sur les effets à long terme des OGM associés aux pesticides. Seules trois études portant sur le rat, dont celle du Pr Séralini, ont été a ce jour été consacrées à ces effets à long terme. Et elles ne permettent pas de conclure sur le sujet.

Dans la foulée de ces avis, le gouvernement a plaidé pour une " remise à plat du dispositif européen d'évaluation, d'autorisation et de contrôle des OGM et des pesticides ». En outre, quatre ex-ministres de l'Environnement ont demandé que soient revues, de façon indépendante, et avec la même sévérité critique, les études qui ont permis l'autorisation du maïs NK603 et du Roundup[4].

Autant de révisions que l'Efsa, l'organisme européen en charge des OGM, avait estimé inutiles...

En attendant, Gilles-Éric Séralini s'apprêterait à publier, toujours dans la revue Food and Chemical Toxicology des articles complémentaires afin de répondre aux questions et aux critiques. R. M.


"Ce qu'on sait vraiment des OGM"

C'est le titre du dossier ouvert par Rachel Mulot et Hervé Ratel dans le magazine Sciences et Avenir n° 791 de janvier 2013 qui fait le bilan pages 8 à 13 des études effectuées sur l'innocuité des OGM en exposant les arguments des pro-OGM, des anti-OGM et des agences comme l'ANses ou le HCB qui se situent entre deux-feux. Ce dossier conclut sur la nécessité de financer des études à long terme menées par des organismes réellement indépendants. Voir également l'article publié sur le site de Sciences et Avenir.


29/09/2012

Naissance de la fondation “Maison Pasteur”

louis pasteur,maison pasteurNaissance de la fondation “Maison Pasteur”

 

Le 14 septembre à Arbois, les vendanges exceptionnelles au Clos de Rosières, vigne historique de Louis Pasteur ont été l’occasion d’annoncer la naissance de la fondation “Maison Pasteur” en présence de nombreuses personnalités de la communauté scientifique dont Jean-François Bach et Catherine Brechignac, secrétaires perpétuels de l’Académie des Sciences, Jean-Robert Pitte, éminent géographe, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques et Président de la mission française du patrimoine et des cultures alimentaires, Jean Saleçon, ancien Président de l’Académie des Sciences ou encore Gérard Orth, membre de l’Académie des Sciences et de l’Institut Pasteur, virologue. Missions de la Fondation “Maison Pasteur” et opérations “Terre de Pasteur

 

La Fondation “Maison Louis Pasteur” aura pour mission, en collaboration avec la Bibliothèque Nationale de France, d’inscrire les archives scientifiques de Pasteur à l’Unesco dans le programme “Mémoire du Monde” et de créer un Mémorial Louis-Pasteur, lieu dédié à l’enseignement de la science aux enfants. Le premier conseil d’administration de la fondation s’est tenu sur le domaine Henri Maire à Arbois. Il est composé de six membres de l’Académie des sciences – dont les deux Secrétaires perpétuels, un ancien Président et trois scientifiques de l’Institut Pasteur – et des représentants des collectivités territoriales du Jura (dont Arbois et Dole).

 

Enfin, en décembre 2012, le “mois Pasteur” permettra de célébrer le grand savant, élu à l’Académie des sciences le 8 décembre 1862. Au début des années 1860, Pasteur avait étendu ses recherches du domaine de la physique et de la chimie à celui de la biologie, multipliant les découvertes sur les germes, la pasteurisation, la vaccination… Le 27 décembre, jour du 190e  anniversaire de la naissance de Pasteur, un hommage tout particulier lui sera rendu, à Arbois comme à Dole. À cette occasion, la Fondation “Maison de Louis Pasteur” et ses partenaires lèveront le voile sur le programme des opérations “Terre de Pasteur” en 2013. Arbois et Dole, unies dans le projet Pasteur.

 

À Arbois, il est question du rachat de la maison Vercel faisant face à la maison Pasteur (qui doit maintenant être rénovée) afin d’étendre le musée Pasteur et de créer un nouveau pôle d’exposition et d’événements culturels. Cette nouvelle dimension touristique est aussi accompagnée d’un axe scientifique (biologie végétale, étude des cépages…) et pédagogique.

 

À Dole, l’avenir des Ateliers Pasteur semble prometteur avec une nouvelle dynamique autour de la formation des enseignants et de la culture scientifique. Comme l’a indiqué Jean-François Bach, “l’histoire des sciences est capitale pour capter l’attention des enfants et Pasteur en est son digne représentant”. Il s’agit là d’un projet d’ampleur locale, nationale et même internationale. Les Dolois et les Arboisiens sont unis dans ce projet.

 

A.S. GIRARD Pays Dolois, n° 142, octobre 2012

 

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28/09/2012

Alexis Millardet, ampélographe et botaniste franc-comtois

Millardet_01.jpgAlexis Millardet, ampélographe et botaniste franc-comtois

 

C’est dans la petite commune de Montmirey-la-Ville dans le Jura qu’a vu le jour le 13 décembre 1838 l’ampélographe et botaniste français Alexis Millardet.

 

C'est lui qui le premier conçut l'hybridation des cépages, rendant à la viticulture de grands services.  Après la grande crise du phylloxéra qui détruisit le vignoble européen à la fin du XIXe siècle,  il participe à la reconstitution des vignobles d'Europe, en fournissant aux cépages réputés de Vitis vinifera des porte-greffes résistants au phylloxéra  de l'espèce Vitis berlandieri ou vigne espagnole et tolérants au calcaire.

 

En 1882, Alexis Millardet et de Grasset, en réussissant à hybrider Vitis berlandieri et V. vinifera cv Chasselas B, obtiennent le très célèbre porte-greffe 41B, encore largement utilisé aujourd'hui.

 

Alexis Millardet est également l'inventeur de la bouillie bordelaise. Aujourd’hui, une rue de Montmirey-la-Ville porte son nom et une plaque commémorative en l’honneur du célèbre botaniste est apposée sur la façade de la mairie de Montmirey-la-Ville.

 

Alexis Millardet


Après des études à Dôle au Collège de l’Arc et à Besançon, il rejoint en 1854 son oncle le médecin Millardet à Paris, il y poursuit ses études médicales et scientifiques. Il fait des recherches en science pure, il fréquente alors la faculté des sciences, et consacre son temps à la botanique, sa passion. En 1861, il obtient sa licence et il est admis à la société des botanistes de France. Il entre au laboratoire du botaniste Montagne où il effectuera une étude sur les algues. Il part en Allemagne pour quatre années aux universités de Heidelberg et de Fribourg-en-Brisgau où il s'adonne à des études sur les monocotylédones et les lichens.

 

 À partir de cette date, il commence la publication de mémoires traitant de la botanique. Rentré en France, il obtient ses diplômes de docteur ès sciences et de docteur en médecine. Il obtient la chaire de professeur de botanique à l’université de Strasbourg puis de Nancy où il enseigne la botanique en 1870, puis de 1876 à 1899 à la Faculté des sciences de Bordeaux. Son arrivée à Bordeaux en 1876 marque une nouvelle étape de sa carrière car il va désormais s'occuper de botanique appliquée : la phytopathologie de la vigne, s'intéressant alors de très près au mildiou et à son développement.

 

Tests au château Ducru-Beaucaillou à Saint-Julien et au château Dauzac à Labarde


La petite histoire de la bouillie bordelaise débute en Médoc en 1882. Surpris par la belle tenue des vignes en bordure de la route, Alexis Millardet demanda plus d’explications au régisseur du domaine. Ce dernier lui expliqua que dans la région, on avait pris l’habitude de répandre un mélange de sulfate de cuivre et de chaux sur les ceps de vigne en bordure des routes pour dissuader les maraudeurs. Fort de cette constatation, Millardet lança plusieurs expériences en laboratoire, aux côtés d’Ulysse Gayon, professeur de chimie à la faculté des sciences de Bordeaux. Ils eurent ensuite l’opportunité d’effectuer des tests de terrain sur les vignes du château Ducru-Beaucaillou à Saint-Julien et du château Dauzac à Labarde. Les expériences menées entre 1883 et 1885 aboutirent à la jugulation du mildiou en 1886.

 

La bouillie bordelaise

 

La bouillie bordelaise, développée par Alexis Millardet, est rapidement devenue un algicide et fongicide populaire, permettant notamment de contrôler l’expansion du mildiou, si célèbre pour avoir dévasté les cultures irlandaises au début du XIXe siècle.

 

La bouillie bordelaise est obtenue par neutralisation d’une solution de sulfate de cuivre par de la chaux éteinte. Même si à partir des années 1930 la bouillie bordelaise a été largement remplacée en Europe et en Amérique du Nord, elle reste aujourd’hui un remède efficace et peu onéreux afin de lutter contre de nombreuses maladies foliaires.

 

Millardet-plaque.jpg

Plaque commémorative apposée sur la façade de la mairie de Montmirey-la-Ville


Source :


Pays Dolois, n° 142, octobre 2012

20/01/2012

Dossier Kokopelli devant la Cour de justice de l'UE

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Procès devant la Cour de Justice de l'Union Européenne : Kokopelli en marche pour la Victoire !

Communiqué de Kokopelli du 19 janvier 2012

L’avocat général chargé du dossier Kokopelli devant la Cour de Justice de l’Union Européenne a donné aujourd’hui lecture publique de ses conclusions. Nous avons la joie d’annoncer qu’elles nous donnent entièrement raison !

En effet, le magistrat conclut à l’invalidité de l’interdiction de commercialiser des semences d’une variété non inscrite au catalogue officiel, et ce aux motifs que cette interdiction, portée par la législation Européenne aussi bien que par la réglementation Française, viole le principe de proportionnalité, la liberté d’entreprise, la libre circulation des marchandises, ainsi que le principe de non discrimination. La quasi-totalité de nos arguments ont été retenus !

De plus, l’avocat général n’a pas manqué d’affirmer, au contraire de ce qui était avancé par nos nombreux adversaires (Commission Européenne, Conseil de l’Union Européenne, République Française, Royaume d’Espagne et société Graines Baumaux), que, d’une part, les règles relatives à l’admission des semences au Catalogue Officiel n’ont « aucun rapport avec la santé des plantes », d’autre part, que « il appartient aux agriculteurs de décider des variétés qu’ils cultivent », enfin que cette législation limite excessivement le choix des consommateurs qui n’ont « ni accès aux denrées alimentaires ou autres produits issus de variétés qui ne satisfont pas aux critères d’admission, ni la possibilité de cultiver eux-mêmes ces variétés, par exemple dans leur propre jardin ».

De même, l’avocat général rappelle à juste titre que « le fait que les agriculteurs soient cantonnés à des variétés admises réduit enfin la diversité génétique dans les champs Européens ».

Il en conclut logiquement que «les inconvénients de l’interdiction de commercialiser des semences de variétés non admises l’emportent manifestement sur ses avantages. »

Nous sommes extrêmement satisfaits de ces conclusions et nous avons maintenant l’immense espoir que la Cour suive l’avis de son avocat général et vienne enfin mettre un terme au totalitarisme pluri-décennal de la législation sur le commerce des semences.

Pour plus d’information, voir sur le site de la Cour de Justice de l'Union Européenne (conclusions de l'avocat général disponibles dans plusieurs langues).

Blanche MAGARINOS-REY

Avocate de l’Association Kokopelli.

contact@avocat-magarinos-rey.com

08/02/2011

Kokopelli fait appel à la Cour de Justice Européenne

Nouvelles de Kokopelli : Septembre 2014

Kokopelli fait appel à la Cour de Justice Européenne !

 

Dans le cadre du procès qui nous oppose à la société Graines Baumaux, nous avons demandé à la Cour d’Appel de Nancy de saisir la Cour de Justice de l’Union Européenne d’une question portant sur la validité de la législation européenne sur le commerce des semences potagères au regard de certains principes fondamentaux de l’Union Européenne et du Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture (TIRPAA).

Alors que la société Graines Baumaux s’opposait fortement à cette demande, qu’elle qualifiait de « cheval de Troie », la Cour d’Appel, par une Ordonnance du 4 février 2011, a fait droit à notre demande.

Les questions fondamentales, que nous soulevons depuis le début de notre existence, seront enfin posées à la juridiction suprême de l’Union Européenne. Les enjeux, en termes d’appropriation du vivant et de sauvegarde de la biodiversité, sont immenses et nous espérons que la Justice, ultime recours des opprimés, saura les mesurer.

Nous appelons tous les opérateurs européens de la semence ancienne à se joindre à nous pour témoigner, dans le cadre de ce procès historique, de l’absurdité de la législation actuelle sur le commerce des semences.

Contacts :

Association Kokopelli

communication@kokopelli.asso.fr

Blanche MAGARINOS-REY, Avocate de Kokopelli

contact@avocat-magarinos-rey.com

Nouvelles spéciales du 18 septembre 2014

Procès Kokopelli c. Graines Baumaux :
Après presque 10 ans de procédure, la Cour d’Appel de Nancy donne enfin raison à Kokopelli !

Dans l’affaire nous opposant, depuis près de 10 ans, à la société Graines Baumaux, le délibéré de la Cour d’Appel de Nancy a été prononcé le 9 septembre dernier et l’arrêt, dans son entier, vient de nous être communiqué.

A notre grande satisfaction, la Cour rejette l’essentiel des demandes de la société Graines Baumaux, et en particulier celle fondée sur une prétendue faute de concurrence déloyale liée à l’absence d’enregistrement des variétés distribuées par Kokopelli.

Le jugement de 1e instance, qui condamnait Kokopelli, est donc infirmé !!!

La Cour considère en effet que la société Graines Baumaux, qui reprochait à l’association de proposer à la vente une gamme plus élargie de variétés anciennes que la sienne, « ne se trouve aucunement empêchée de proposer à la vente les mêmes produits que l’association KOKOPELLI et donc d’offrir la même gamme élargie de semences à sa clientèle de jardiniers amateurs à la seule condition d’inscrire les variétés qu’elle entend commercialiser sur liste officielle de « variétés dont la récolte est principalement destinée à l’autoconsommation » sur laquelle l’inscription est libre et d’un coût modique par rapport à l’enjeu commercial, soit un montant de 125 euros par variété comme elle l’indique elle-même. Il lui est également loisible d’étoffer son catalogue en commercialisant davantage de variétés de graines sélectionnées parmi les 14 500 variétés que compte selon elle le catalogue officiel européen ».

C’est l’argument que nous lui avions suggéré. La société Graines Baumaux, qui prétendait que l’enregistrement au Catalogue était simple et peu coûteux, et que la biodiversité se trouvait déjà fort bien protégée et représentée par celui-ci, se trouve ainsi prise au piège de ses propres affirmations.

Toutefois, cela ne signifie pas que l’activité de Kokopelli se trouve officiellement avalisée par la Cour d’Appel. Bien au contraire. En effet, l’argument selon lequel la vente de semences à des jardiniers amateurs ne faisant pas une exploitation commerciale de celles-ci ne serait pas soumise aux exigences d’enregistrement au Catalogue, a été rejeté par la Cour.

Cet argument peu ambitieux – car ne faisant aucune place à l’agriculture professionnelle dans la lutte pour la sauvegarde de la biodiversité – avait été avancé, en dernier recours, après la décision défavorable prise par la Cour de Justice de l’Union Européenne en juillet 2012. Bien qu’il soit abondamment utilisé par de nombreuses associations de préservation des semences en Europe, il n’avait jamais été soumis à l’examen d’une juridiction.

C’est maintenant chose faite, mais la décision de la Cour d’Appel de Nancy, sur ce point, est très décevante. En effet, la Cour considère, à l’issue d’une leçon de grammaire particulièrement byzantine, que « la formulation de l’article 2 de la directive permet de retenir que sont soumises à ses prescriptions la vente ou l’offre de vente de semences ainsi que les autres formes de cession réalisées dans le cadre d’une exploitation commerciale, ce qui exclut les cessions de semences à des tiers dans un but autre, comme de réaliser des expérimentations et permet d’écarter du champ d’application du texte les échanges de graines entre particuliers amateurs de jardinage qui ne font pas commerce de leurs semences potagères. »

La Cour n’exclut donc du champ d’application de la législation que les échanges de semences entre jardiniers amateurs. Tout transfert de semences, à titre onéreux ou gratuit, réalisé non pas « en vue d’une exploitation commerciale », comme le dit le texte, mais « dans le cadre d’une exploitation commerciale », comme le dit la Cour, tombe sous le coup de la loi et son obligation d’enregistrement des variétés.

Cette interprétation, pour le moins aventureuse, aura vraisemblablement des répercussions dans toute l’Europe et nous espérons qu’elle sera corrigée par le législateur européen lorsqu’il devra voter sur le projet de réforme de la législation actuelle.

En tout état de cause, dans le litige particulier nous opposant à la société Graines Baumaux, la décision de la Cour d’Appel de Nancy signifie donc que s’il est vrai que Kokopelli commet des actes illicites par la vente de variétés non inscrites au Catalogue officiel, ces agissements ne sont pas générateurs de responsabilité vis-à-vis de la société Graines Baumaux et « n’ont pas pour effet de fausser le jeu de la concurrence ». Ces considérations nous mettent hors de danger vis-à-vis de Graines Baumaux et de l’industrie semencière, et c’est évidemment l’essentiel.

Quant aux accusations réciproques de dénigrement, la Cour renvoie les parties l'une contre l'autre et chacune est condamnée à payer 5 000 € de dommages-intérêts à l’autre. Si, par ce volet de sa décision, la Cour semble vouloir ménager la chèvre et le choux, il ne faut toutefois pas oublier que c'est bien la société Graines Baumaux qui poursuit Kokopelli depuis presque 10 ans et qu'elle souhaitait voir ordonnée la cessation pure et simple de nos activités. On peut donc dire que son initiative a simplement échoué... A l’évidence, l’association Kokopelli sort gagnante de ce long combat.

Si enfin l’on se souvient que la Cour de Justice de l’Union Européenne, statuant contre l’avis de son Avocat Général, avait désavoué Kokopelli et considéré que la législation européenne sur le commerce des semences, permettant supposément une augmentation de la productivité agricole, n’était pas critiquable, il faut saluer un exploit dans notre défense et une victoire inespérée de Kokopelli, qui maintient le cap de la biodiversité, contre vents et marées…!

Contacts :

Ananda Guillet, Directeur :
semences@kokopelli-semences.fr

Notre avocate, Blanche Magarinos-Rey :
contact@avocat-magarinos-rey.com

30/01/2011

La parole de Pierre

La parole de Pierre

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09/12/2010

Prolifération sauvage du colza OGM

brassica_napus.jpgProlifération sauvage du colza OGM

 

Lors des 95es rencontres annuelles de la Société américaine d'Écologie le 6 août 2010 à Pittsburgh, dans une communication, Cynthia Sagers, de l'université de l'Arkansas a avancé une observation inquiétante : sur 406 colzas prélevés le long des talus sur 5400 km de routes et autoroutes du Dakota du Nord, 347 (soit 86 %) présentaient un gène de résistance au glyphosate, molécule herbicide à la base du Round-Up de Monsanto. Cette annonce prouve la prolifération des gènes modifiés dans la nature. Étonnant : deux des plantes portaient plusieurs gènes modifiés différents. Or, comme l'assure la chercheuse, il n'y a pas encore eu de "commercialisation de variétés avec des traits transgéniques multiples, si bien que cette découverte suggère que les populations redevenues sauvages se reproduisent et s'implantent solidement en dehors des cultures".

16/11/2010

Characées du nord-est de la France

Conservatoire-botanique.jpgGuide illustré des Characées

du nord-est de la France

 

par Gilles Bailly et Otto Schaefer 


Characées.jpg

 

Les Characées sont des végétaux aquatiques mal connus du grand public malgré leur intérêt en tant qu'espèces sentinelles de pollution des eaux douces. Il faut être reconnaissant à Gilles Bailly, phytosociologue au CBNFC, d'appeler l'attention des hydrobiologistes et du grand public sur le rôle de ces algues particulières.

En effet, les Characées contribuent à l’édification d’habitats à forte valeur patrimoniale, les prairies benthiques à charophytes, et elles caractérisent de nombreuses communautés végétales d’habitats d’intérêt communautaire, les "eaux oligo-mésotrophes calcaires avec végétation benthique à Chara sp." (Code Natura 3140). Les Characées sont également connues pour être très sensibles à diverses pollutions ; elles sont de ce fait des révélateurs de la bonne santé écologique des milieux qui les abritent.

Ce guide permettra de faire avancer la connaissance de ce groupe encore mal connu en France malgré l’importance de celui-ci dans la détermination de communautés végétales d’habitat d’intérêt communautaire et dans le domaine de la bio-indication.

35 taxons sont présentés à travers des fiches richement illustrées de photographies indispensables pour la détermination difficile dans ce groupe. Vous trouverez également dans chaque fiche une description du taxon ainsi que de nombreux renseignements sur son habitat (écologie, phytosociologie, répartition).

Ce guide gratuit, réalisé grâce aux soutiens de la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) Franche-Comté et de la Région de Franche-Comté, permettra une meilleure intégration des Characées dans les expertises faites sur les milieux aquatiques. 


Pour recevoir cet ouvrage, il vous suffit de  faire parvenir à l’adresse suivante, une enveloppe C4 (renforcée à bulles, avec vos coordonnées) timbrée à 4,05 € pour les envois en France métropolitaine*.Un seul ouvrage sera envoyé par personne.


Conservatoire botanique national de Franche-Comté 

maison de l’environnement de Franche-Comté

7 rue Voirin 

25000 BESANCON


* Pour les personnes habitant en dehors de cette zone, merci de contacter le conservatoire botanique.


Tél. 03 81 83 03 58 - Fax 03 81 53 41 26 - cbnfc@cbnfc.org - www.cbnfc.org

 

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01/11/2010

Nature jurassienne par Michel Juillard

Nature jurassienne

par Michel Juillard

 

Dans le cadre de l'Année internationale de la Biodiversité, Michel Julliard, un "vieux de la vieille" de la protection de  la Nature dans le Massif du Jura, publie un ouvrage de plus de 300 pages présentant la biodiversité du Jura à l'aide de photographies. Cet ouvrage sort de presse le samedi 20 novembre prochain.

 

Je cherche à réaliser des images qui montrent la beauté d’une espèce végétale, une attitude ou le comportement insolite d’un animal, un détail anatomique ou une couleur particulière. La netteté de chaque document reste pour moi la valeur fondamentale.


Michel Juillard, biologiste

 

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Quelques commentaires de spécialistes.


De très belles images figurent à chaque page de ce livre. Elles me rendent presque jaloux. J’aimerais vraiment toutes les voir figurer en point d’orgue dans ma photothèque.


Claude Nardin, photographe

 

L’ouvrage de Michel Juillard est un hymne à l’émotion, un hymne à l’enthousiasme. C’est aussi un hymne à un petit coin de terre, un hymne à la nature. Quand on a contemplé de telles images, on sait ce que le mot beauté signifie, tout simplement.


Eric Grossenbacher, botaniste

 

Commande par internet: m.juillard@sunrise.ch

 

Format: 245 x 285 mm, relié,
couverture laminée en quadrichromie
Contenu: 304 pages
(plus de 300 illustrations en couleur)
Sortie de presse: novembre 2010
Prix de souscription: jusqu’au 23 décembre 2010, CHF 55.– (€40.–)
dès le 24 décembre 2010, CHF 69.– (€50.–)
Frais d’envoi en sus. TVA 2,4% comprise (dès le 01.01.2011, TVA 2,5%). 

02/10/2009

Source de la Loue et gorges de Nouailles

Loue_logo.jpgSource de la Loue
et gorges de Nouailles
 
par André Guyard
 
(Dernière mise à jour : 15/11/2014)
 
 
Source de la Loue_114-1.jpg
La source de la Loue est une résurgence du Doubs
dont l'ouverture mesure 60 m de large et 32 m de haut
 

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La résurgence s'ouvre dans une falaise bajocienne de 104 m de haut
 

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Au niveau de la source, la reculée présente une tectonique tourmentée
 

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La source de la Loue
 
Le cours supérieur du Doubs et celui de son affluent le Drugeon subissent une série de pertes dans la région de Pontarlier et d'Arçon. À la suite de l'incendie des usines Pernod de Pontarlier du dimanche 11 août 1901 à 12 h 30, 650 m3 d’alcool, dont 470 m3 d’absinthe sont déversés dans le puits perdu de l’usine et dans le Doubs.

Le mardi 13 août 1901 à 12 h, une forte odeur d’absinthe est décelée à la source de la Loue et jusqu’à 25 km en aval ; le fils du chimiste Berthelot (Marcellin), en vacances à Mouthiers, envoya pour analyse à son père, un échantillon d’eau de la Loue ; Berthelot conclut à l’origine non naturelle de cette odeur !
Le Doubs se perd partiellement entre Arçon et Maison-du-Bois dans les calcaires du Kimméridjien supérieur et du Portlandien. Il réapparaît à la source de la Loue à 550 m d’altitude, dans les calcaires du Bajocien.

Le 31 août 1910, 100 kg de fluorescéine sont déversés dans le Doubs en amont de Maison-du-Bois par E. Fournier. La coloration réapparaît deux jours plus tard à la source de la Loue.

Or, le débit moyen du Doubs est de 5 m3/s ; celui de la Loue à sa source est de 10 m3/s : d'autres cours d’eau souterrains viennent donc alimenter la Loue, en plus des propres pertes du Doubs.

En 1978, 10 kg de fluorescéine sont déversés au gouffre du Gros Foyard par le laboratoire de géologie de Besançon, sous la direction de P. Chauve ; le colorant réapparaît 4 jours après à la source de la Loue.

En décembre 2008, le cabinet Reilé déverse de la fluorescéine dans un réseau souterrain au niveau du Château de Joux au niveau de la Cluse-et-Mijoux : le colorant réapparaît quelques jours plus tard à la source de la Loue (voir article prochain).

Toutes ces expérimentations confirment que la Loue constitue une résurgence du bassin du Doubs dans la région de Pontarlier à 800 m d'altitude.
R.C.Source de la Loue-(1)-12-10-08..jpg
Les pertes du Doubs et du Drugeon
dans la région de Pontarlier
(document dû à Gilbert Michaud)
 
La source de la Loue a engendré, par érosion régressive, une reculée connue sous le nom de "Gorges de Nouailles". Il s'agit d'un splendide cours d'eau dont le cours supérieur est très apprécié des pêcheurs de truite à la mouche. Présentation ici de sa partie apicale jusqu'au village de Mouthier-Hautepierre.
 
Gorges de Nouailles.jpg
Les gorges de Nouailles vues du belvédère de Renédale
 
La reculée entaille les calcaires du jurassique moyen, entraînant la formation de falaises propices à la nidification de différents rapaces, tous protégés.

 

Falaise à faucon.jpg
Falaises propices à la nidification de rapaces

 

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Hibou Grand Duc


Hibou Grand Duc
 
 
 
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Faucon pélerin au vol

Faucon pélerin

 
 
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Même le Circaète Jean-le-Blanc s'est récemment montré dans la vallée de la Loue

 

Les bords du plateau ainsi entamé par la reculée sont couverts d'une forêt sèche.

 

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Forêt sèche

 

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Polypore bai (Polyporus durus)

sur une souche de la forêt sèche

 

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Vallée sèche dont l'emplacement indique une circulation d'eau sous-jacente
 
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Des vaches écossaises de race galloway sont utilisées pour le débroussaillage des pâtures
 
 
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Des lapiaz entaillent le sol, trahissant la pénétration
des eaux de pluie acidifiées par l'humus et sa percolation
à travers les strates calcaires du jurassique moyen
 
Barrage hydroélectrique de la source de la Loue_130.jpg
Barrage hydroélectrique de la source de la Loue
 
La Loue près de sa source_1231.jpg
Chute en éventail à proximité de la source
 

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Le grand Saut

 
La Loue près de sa source_1171.jpg
Cours de la Loue ralenti par un barrage
 
La Loue_170.jpg
Une succession de seuils séparés par des mouilles oxygène l'eau
 
 
En suivant le sentier qui longe la Loue rive gauche, quelques observations photographiques.
 
Mousse (Plagiomnium ?)_0126.jpg
Plagiomnium undulatum (Bryophytes)
 
La Loue_1901.jpg
Les eaux limpides de la Loue
 
Truite fario.jpg
La transparence de l'eau permet d'apercevoir
quelques truites fario à la robe zébrée caractéristique
 
Actée en épi, Herbe de saint Christophe (Actaea spicata)_0174.jpg
Actée en épi, Herbe de saint-Christophe
(Actaea spicata)
 
Barbe de bouc, Reine des bois (Aruncus dioicus)_101.jpg
Barbe de bouc, Reine des bois
(Aruncus dioicus)
 
Aconit tue-loup (Aconitum lycoctonum)_164.jpg
Aconit tue-loup
(Aconitum lycoctonum)
 
Mélique penchée (Melica nutans)_103.jpg
Mélique penchée
(Melica nutans)
 
Chapelière, Herbe aux teigneux (Petasites hybridus)_1491.jpg
Chapelière, Herbe aux teigneux
(Petasites hybridus)
 
Drave faux-aïzoon (Draba aizoides)_01061.jpg
Drave faux-aïzoon
(Draba aizoides)
 
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Plagiomnium affine
(Bryophytes)
 
Épiaire des bois (Stachys sylvatica)_1311.jpg
Épiaire des bois
(Stachys sylvatica)
 
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Digitale à grandes fleurs
(Digitalis grandiflora)
 
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Saxifrage paniculée
(Saxifraga paniculata)
 
Lunaire vivace, Lunaire odorante (Lunaria rediviva)_1551.jpg
Lunaire vivace, Lunaire odorante
(Lunaria rediviva)
 
Moehringie mousse, Sabline mousse (Moehringia muscosa)01951.jpg
Moehringie mousse, Sabline mousse
(Moehringia muscosa)
 
 
La tuffière
 
Taillée dans les calcaires du jurassique moyen, la vallée est parcourue de ruisselets latéraux qui, percolant à travers les strates calcaires, se chargent de carbonate de calcium. L'eau qui sourd des roches calcaires dépose du tartre, au contact des mousses à travers lesquelles elle filtre. Cela forme progressivement une roche tendre, appelée tuf. Ce phénomène est très fréquent en relief karstique.
 
Cascatelles.jpg
Des cascatelles qui vont rejoindre la Loue
ou s'infiltrer dans le sol
 
Le tuf ou travertin est une roche sédimentaire calcaire d’origine organique, légère et vacuolaire. Elle a été utilisée comme pierre de construction, principalement pour ses qualités d’isolant thermique et phonique ; sa couleur varie du blanc au brun selon sa charge en matières organiques.

Les organismes tuffigènes (qui engendrent le tuf) sont généralement des Bryophytes (mousses), mais aussi des algues vertes et des cyanobactéries.
 
 
Comment se forme le tuf ?

 

L’eau courante traversant l'humus et la végétation devient acide en se chargeant de dioxyde de carbone (CO2). Elle attaque la roche calcaire formée de carbonate de calcium (CaCO3) insoluble) et libère les ions calcium (Ca²+) et hydrogénocarbonate (HCO3-). Ces derniers forment alors l’hydrogénocarbonate de calcium (Ca(HCO3)2 qui est soluble, selon la réaction suivante :

 

CaCO3+ CO2+ H2O => Ca(HCO3)2

 

Cette réaction est réversible : de sorte qu'au niveau de la tuffière, sous l’effet de la turbulence de l’eau, une partie du CO2 est libérée, engendrant ainsi la formation de calcaire qui vient se fixer autour des végétaux ainsi pétrifiés.

 

Ca(HCO3)2=> CaCO3+ CO2+ H2O

 
L'examen attentif de la tuffière nous permet de lire de haut en bas une véritable pétrogenèse en temps réel : on peut suivre l'évolution progressive du substrat fait de mousses se chargeant progressivement de calcaire pour aboutir, au bas de la falaise à une véritable roche.
 
Tuffière.jpg
La tuffière
 
Mousse tuffière_11.jpg
Stade 0 de la pétrification d'une mousse
(Hylocomium splendens)
 
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Stade 1 de la pétrification
 
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Stade 2 de la pétrification
 
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Stade ultime de l'évolution de la mousse en tuf
 
Tuf consolidé.jpg
Tuf consolidé
 
Maion bâtie en tuf.jpg
Mur en tuf d'une habitation de Mouthier-Hautepierre
 
Bords de fenêtre en tuf.jpg
La structure du tuf est bien visible
dans l'encadrement de la fenêtre
 
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Une hépatique qui adore le substrat tuffier
(Pressia quadrata)
 
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Ctenidium molluscum
(Bryophytes)
 
Ctenidium molluscum_0127.jpg
Ctenidium molluscum
(Bryophytes)
 
Ctenidium molluscum_0124.jpg
Ctenidium molluscum
(Bryophytes)
 
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Cirriphyllum piliferum
(Bryophytes)
 
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Larves de salamandres dans une vasque d'une cascade
 
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Pucerons lanigères
 
Usine hydroélectrique de Mouthiers-Hautepierre_2071.jpg
Usine hydroélectrique de Mouthier-Hautepierre
 
Orchis tacheté (Dactylorhiza maculata)_02121.jpg
Orchis tacheté
(Dactylorhiza maculata)
 
Céphalanthère rouge (Cephalanthera rubra).jpg
Céphalanthère rouge
(Cephalanthera rubra)
 
Œillet des rochers, œillet sauvage (Dianthus sylvestris)_1931.jpg
Œillet des rochers, œillet sauvage
(Dianthus sylvestris)
 
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Chenille de Buveuse (Euthrix potatoria L.)
Famille des Lasiocampidae
 

Le long de la route, peu avant Mouthier-Hautepierre, une superbe et rare capillaire : la Capillaire de Montpellier, plus connue sous le nom de  Cheveu de Vénus, installée dans une fissure suintante de la falaise.

Capillaire de Montpellier, Cheveu-de-Vénus (Adiantum capillus-veneris)jpg.jpg
Capillaire de Montpellier, Cheveu-de-Vénus
(Adiantum capillus-veneris)
 
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Coronille bigarrée
(Securigera varia)
 
 
Visite rapide du village de Mouthier-Hautepierre
 
Mouthier–Hautepierre est un village d'environ 400 habitants qui est remarquable
  • par la production d'un kirsch, fabriqué de façon artisanale depuis le XVIIe siècle, à partir de la Marsotte, variété de cerise locale ;

  • par son couple d'herpétologues célèbres, Césaire (1852-1906) et Marie Phisalix qui ont mis au point un vaccin contre les morsures de vipère ;
  • par son église des XIIe et XVIe siècles avec son clocher en tuf  et l'architecture de ses vieilles maisons.

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Le village de Mouthier-Hautepierre
 
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Vieilles maisons de Mouthier-Hautepierre
 
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L'église de Mouthier-Hautepierre au clocher bâti en tuf
 
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Vierge à l'enfant (statue de bois)
 
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Statue de Saint-Vernier, patron des vignerons
 
Dans sa partie aval, la Loue parcourt les départements du Doubs et du Jura avant de rejoindre le Doubs aux environs de Dole (Jura).
 
Remerciements à Pierre Millet pour la détermination des plantes supérieures, à Michel Caillet pour la détermination des Bryophytes (= Mousses) et à Gilbert Michaud pour la carte de la source de la Loue.