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20/07/2014

Les sols de la forêt de Chailluz

 Les sols de la forêt de Chailluz

(dernière mise à jour : avril 2015)

 

Généralités

 

Au cours des temps historiques, la forêt comtoise était habitée de bûcherons, de charbonniers, de forgerons et de leveurs d’écorces, sans compter les chasseurs, braconniers et simples usagers. Peuplée de jour comme de nuit, théâtre d’une activité intense, elle était largement exploitée.

 

Si la Franche-Comté est aujourd’hui couverte à plus de 40 % de résineux et de feuillus en tout genre, on sait de manière certaine que ce taux était largement inférieur entre la fin du Moyen-Âge et le XVIIIe siècle. Ici comme ailleurs, la déforestation devient massive à partir du XVe siècle pour répondre à la fois aux besoins en énergie et en matériau de construction.

 

« Il ne faut pas oublier que la région est riche d’une tradition industrielle pluriséculaire, rappelle Paul Delsalle, historien à l’université de Franche-Comté[1], et que dès le Moyen-Âge, les usines comptent parfois jusqu’à deux ou trois cents ouvriers ! » Les salines disséminées sur tout le territoire en sont des exemples. Avec près de mille ouvriers au XVIIe siècle, celle de Salins-les-Bains (39) est sans conteste la plus importante. Trois mille cinq cents hommes s’emploient à la fournir en bois régulièrement !

 

L’exploitation de la forêt est soumise à des contraintes et des règles précises, cela des siècles avant le rattachement du Comté au royaume de France en 1678 et l’adoption des règles édictées par Colbert en matière de gestion forestière.

 

Certaines essences étaient réservées à l’industrie, et le droit des habitants se limitait en général au « mort bois » comprenant tilleul, noisetier et charme. Il était interdit de se servir en fruitiers, qui, outre les pommiers, poiriers, pruniers et cerisiers qui abondaient en forêt, comptaient aussi le chêne et le hêtre. Les dossiers de justice fourmillent de condamnations comme celle, au XVIe siècle, de ce Bisontin de retour de Chailluz, arrêté porte de Battant avec un chariot chargé de branches de cerisier. « Mais est-ce que nous ne surestimons pas la présence de ces variétés du fait qu’elles sont régulièrement citées dans les archives ? », se demande Paul Delsalle, qui voit d’un bon œil l’apport d’autres disciplines pour compléter les sources documentaires.

 

Propriété de la ville de Besançon depuis des temps immémoriaux, la forêt de Chailluz s'étend sur 1673 ha formant un massif compact de plus de 4000 ha avec les forêts adjacentes, toutes communales. Parmi les grandes villes françaises, Besançon est la seule à posséder en toute propriété une forêt d'une grande étendue très proche de l'agglomération.

 

La forêt de Chailluz constitue l'essentiel du patrimoine forestier de la cité de Besançon qui offre une étendue exceptionnelle de 2073 ha. Une légende attribue à une "Dame de Chailluz" la donation de cette forêt à la ville, sous réserve que les produits en seraient distribués aux pauvres.

 

La réalité historique est tout autre. Depuis la délimitation du territoire de Besançon en 1442, la propriété de la forêt avait été reconnue à la Ville pour être ensuite contestée pendant trois siècles par les  Ducs de Bourgogne, jusqu'à ce qu'un arrêté du Parlement pris en 1705 mette définitivement fin à cette querelle alimentée par les ressortissants des paroisses voisines. La difficulté à établir de façon précise des limites de propriété à l’intérieur des forêts n’est pas sans générer des tensions qui parfois tournent au pugilat. La forêt de Chailluz n’échappe pas à la règle et les Bisontins du XVIe siècle sont à couteaux tirés avec les habitants de Tallenay, Bonnay, Vieilley, Braillans, Chalezeule ou encore de Chatillon-le-Duc dans la défense de leurs lopins communaux. Une réalité d’autant plus criante que l’exploitation de la forêt est capitale à cette époque. Les habitants de Tallenay plantent même du Gamay sur les coteaux sylvestres en 1609. Mais la vigne s’avère difficile à entretenir, le vin de piètre qualité, et devant une production qu’il juge excessive, le Parlement de Dole ordonne l’arrachage des ceps. Le vin de Chailluz ne sera plus conservé que dans des pages d’archives…

 

Céline Bouvresse[2] est enseignante en histoire et travaille régulièrement sur les forêts comtoises au travers de travaux de recherche universitaires. « Au XVIe siècle, les limites étaient fixées grâce à des points de repères naturels comme la crête d’une colline, ou d’autres plus discutables car potentiellement changeants : le tracé d’un chemin, la pose d’une borne en pierre ou la gravure d’un emblème sur un arbre. Les descriptions n’étaient qu’orales et on apprenait aux enfants à reconnaître les lieux. Il n’est pas rare que les dossiers de justice s’appuient sur les témoignages des anciens du village faisant appel à leurs souvenirs d’enfance pour servir de preuve. » Il faudra attendre le début du XVIIIe siècle pour que les premiers plans apparaissent et limitent les conflits en même temps que les propriétés.

 

Traitée pendant des siècles en "taillis sous futaie" en vue de la production de bois de chauffage (taillis) et accessoirement de bois de construction (futaies = troncs des gros arbres provenant des tiges réservées au moment des coupes périodiques du taillis), cette forêt donnait lieu à l'exploitation annuelle d'une coupe de 42 ha et d'un coupon de 14 ha. Les milliers de stères de bois étaient façonnés par une Régie municipale employant une grand nombres de bûcherons et de voituriers. Les habitations construites aux Grandes Baraques étaient autrefois plus nombreuses et destinées au logement des bûcherons de la Ville. Le régisseur revendait le bois au prix coûtant pour tenter de satisfaire les énormes besoins de la Ville en bois de feu. Cette régie municipale existe toujours, mais elle joue un rôle plus limité, la plupart des coupes étant vendues sur pied à des exploitants ou des industriels du bois.

 

Aurore Dupin est une jeune chercheuse spécialiste en anthracologie, l’étude des charbons de bois. Doctorante au laboratoire Chrono-environnement et rattachée à la MSHE où elle prépare une thèse en archéologie, la forêt de Chailluz s’avère pour elle un excellent terrain d’investigation depuis que la technologie LIDAR (télédétection par laser aéroporté) a révélé les traces d’un millier de charbonnières, dédiées précisément à la fabrication du charbon, dont les résidus permettront d’identifier les essences d’origine.

 

« De nombreuses informations nous proviennent de la forêt de Chaux, où l’on perpétue encore la tradition du travail des charbonniers, explique Aurore Dupin. Pour la forêt de Chailluz, il n’existe plus de mémoire, peu de documents et pas de vestiges d’habitations qui toutes étaient construites en matériaux périssables. » Les méthodes scientifiques aident à pallier ce déficit. La susceptibilité magnétique confirme dans un premier temps les relevés du LIDAR. Elle certifie que l’argile du sol a subi des températures extrêmes. « Lorsque l’on chauffe fortement de l’argile, les minéraux qui la composent s’organisent d’une manière particulière, guidés par le champ magnétique terrestre. » La datation au carbone 14 atteste ensuite l’existence de la majeure partie des vestiges entre le XVIIe et le XIXe siècles. À partir d’infimes résidus, le microscope optique à réflexion est capable de déterminer l’essence du bois grâce à des caractéristiques anatomiques que le charbon présente sur trois faces. Paul Delsalle aura peut-être dans les mois qui viennent des réponses quant à la présence des fruitiers en forêt sur laquelle il s’interroge…


 

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Charbonnière en forêt de Chaux - Le bois était empilé en meule selon une géométrie étudiée, puis recouvert de terre de façon à garantir une combustion « à l’étouffée ». Le feu était surveillé jour et nuit. Une charbonnière atteignait en moyenne six mètres de diamètre  et deux mètres de hauteur, et représentait cinq à six stères de bois. © En direct n° 254 septembre-octobre 2014

 



[1] Paul Delsalle - Aurore Dupin  Laboratoire Chrono-environnement Université de Franche-Comté Tél. (0033/0) 3 81 66 58 74

[2] Céline Bouvresse Tél. (0033/0) 6 83 24 90 78

 

Aperçu sur la flore et la faune de la forêt de Chailluz

 

Poussant sur un sol souvent ingrat, la forêt de Chailluz est relativement pauvre, mais elle a été progressivement enrichie grâce à la vigilance et aux efforts conjugués de la Municipalité et des forestiers.

 

La zone nord-est a été longtemps occupée par des cultures comme le prouvent les vestiges de murets et d'amas d'épierrement. La forêt de Chailluz a donc progressé en superficie comme une hêtraie pratiquement pure. Pendant des siècles, les traitements qui lui ont été appliqués ont favorisé le Charme et le Chêne. De sorte que le Chêne occupe une place importante même dans certaines zones qui ne lui sont pas particulièrement favorables. Il faut dire que cette essence a été longtemps favorisée au détriment du Hêtre grâce à une sélection pratiquée lors des coupes, et que pendant très longtemps on a planté quantités de Chênes. Au début du XXe siècle, on plantait chaque année 10 000 Chênes !

 

Autres espèces arborescentes feuillues rencontrées : du Frêne, des Érables, du Tremble, du Merisier, du Bouleau, de l'Alisier. L'Orme a pratiquement disparu à cause de la graphidiose. Les résineux ont tous été introduits : de l'Épicéa, en grand nombre ainsi que des Sapins et quelques Pins.

 

Les flores arbustive et herbacée caractéristiques des collines calcaires sont bien représentées. Et dans certaines parcelles (parcelles  8 à 16), la présence d'argiles à chailles favorise quelques espèces calcifuges comme le Châtaignier et la Fougère Aigle.

 

La macrofaune comporte des sangliers, des chevreuils, des renards, des blaireaux et une vingtaine d'espèces d'oiseaux.

 

Qu'est-ce que la pédologie ?

 

Les sols constituent l'élément essentiel des biotopes propres aux écosystèmes continentaux. Leur ensemble, dénommé pédosphère, résulte de l'interaction de deux compartiments biosphériques : l'atmosphère et les couches superficielles de la lithosphère. La pédogenèse représente la formation des sols et l'étude des sols est une science qui s'appelle la pédologie. Les ressources de notre environnement n'étant pas inépuisables, on se doit de les utiliser au mieux. Cet impératif passe obligatoirement par une gestion rationnelle des forêts et des terres, ce qui nécessite une connaissance approfondie des qualités actuelles des sols, des mécanismes capables de les dégrader et de les détruire, et des moyens de les conserver et de les améliorer. Les différentes couches de matériaux homogènes qui constituent le sol sont appelées horizons en pédologie.

 

La formation des sols représente un processus complexe consistant en la transformation des roches situées à la surface de la croûte terrestre (roches mères) par l'effet conjugué des facteurs climatiques et des êtres vivants. Il est en réalité impossible de comprendre la genèse des sols si l'on ne prend pas en considération le rôle des organismes : bactéries, champignons et autres cryptogames, plantes vertes, pédofaune.

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L'altération des roches mères commence par un phénomène de désagrégation physique. Celui-ci est provoqué par faction des facteurs climatiques : variations nycthémérales de température, érosion hydrique à laquelle s'ajoute ultérieurement la fracturation du substratum rocheux par les racines des végétaux. Un processus de décomposition chimique qui fait suite, induit par le lessivage qu'effectuent les eaux d'infiltration chargées de substances dissoutes (CO2 par exemple) qui solubilisent la roche et aussi par les sécrétions corrosives de divers végétaux pionniers. L'ensemble de ces processus fragmente la roche mère et la transforme chimiquement en la dissociant en ses composés initiaux.

 

 

En définitive, les sols résultent de l'action extrêmement intriquée et complexe des facteurs abiotiques et biotiques qui conduit à l'élaboration d'un mélange intime de matières minérales et organiques provenant de la décomposition des êtres vivants après leur mort et de leurs excréta (litière, racines mortes, cadavres d'animaux, fèces, etc.)

 

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Le sol met des milliers d'années pour se former. C'est un bien précieux qui peut disparaître avec une facilité et une rapidité déconcertantes. Les exemples ne manquent pas. Dans le monde, des surfaces considérables de terres fertiles sont irréversiblement perdues chaque année par érosion, sur-exploitation ou à la suite d'aménagements inappropriés.

 

Caractères physiques des sols

 

Les principaux facteurs édaphiques sont constitués par la texture et la structure des sols, leur hygrométrie, leur pH et leur teneur en éléments minéraux.

 

Texture des sols

 

Tous les sols comportent deux fractions distinctes l'une minérale, l'autre organique, intimement mélangées en un complexe organo-minéral. La texture dépend de la nature des fragments de roche mère ou de minéraux provenant de sa décomposition que renferme la fraction minérale. L'analyse granulométrique permet de distinguer dans cette dernière des éléments grossiers (cailloux et graviers) ainsi que des éléments fins (sables, limons et argiles).

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Les cailloux sont de taille supérieure à 20 mm, les graviers mesurent entre 2 et 20 mm de dimension maximale, les sables de 2 mm à 20 µm de diamètre, les limons de 20 µm à 2 µm, les argiles moins de 2 µm.

 

La proportion relative des éléments fins constituant la fraction minérale permet de classer selon leur texture les divers types de sols. Elle présente une grande importance agronomique et de façon plus générale pour l'ensemble des écosystèmes terrestres car c'est d'elle que dépend pour une grande part la circulation de l'eau dans les sols.

 

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Structure des sols

 

L'architecture des sols dépend de l'état des particules qui les constituent. Lorsque les particules les plus fines, de nature colloïdale, sont floculées, elles forment des agrégats en cimentant les éléments de plus grande taille entre lesquels existent des lacunes.

 

Si, à l'opposé, elles sont dispersées, les éléments du sol vont rester indépendants et ne délimiteront pas de système lacunaire bien défini. Les sols du premier type sont dits en agrégats, ceux du second type, particulaires.

 

La porosité constitue un autre paramètre édaphique important qui combine les critères propres à la texture et à la structure du sol considéré. La porosité peut se définir comme la proportion du volume des lacunes par rapport au volume total.

 

De cette dernière dépend la circulation de l'eau et des gaz dans les sols dont le rôle est essentiel aussi bien pour assurer le développement des plantes supérieures que celui de la microflore et de la faune édaphique.

 

La porosité décroît lorsque l'on passe de structures en agrégats très lacunaires vers des structures de plus en plus particulaires. Lorsque les sols particulaires sont dépourvus de sable, ils peuvent devenir asphyxiants car ni l'eau ni les gaz ne peuvent y circuler normalement.

 

Formation des sols ou pédogenèse

 

La pédogenèse résulte de l'action des facteurs écologiques abiotiques et biotiques sur les couches supérieures de la lithosphère.

La formation des sols commence par la fragmentation de la roche mère suivie d'une seconde étape marquée par la corrosion des minéraux présents. Celle-ci résulte de processus complexes : oxydation, réductions, hydratation, hydrolyse, etc. Le lessivage provoqué par les pluies et des facteurs topographiques (sols en pente ou sols plus ou moins bien drainés) va mettre en solution les produits de ces réactions chimiques. Le processus est favorisé par l'action des végétaux pionniers. Des cryptogames, tels les lichens exercent par leurs sécrétions une action corrosive intense sur les minéraux constitutifs des roches. De plus, les racines des plantes pionnières, outre qu'elles fissurent le substratum rocheux, accélèrent la dissolution des minéraux par leurs exsudats, conjointement au CO2 dissous dans l'eau d'inhibition.

 

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Si l'érosion des sols est apparemment réduite en Franche-Comté, c'est d'abord le résultat des aménagements judicieux menés pendant des générations, à quelques. La forêt primitive a généralement fait place à un bon équilibre agro-sylvo-pastoral. Les cas d'aménagements mal appropriés proviennent la plupart du temps d'une méconnaissance des qualités des sols et de leur environnement.

 

La monoculture d'une espèce végétale, que ce soit en milieu agricole ou forestier, est toujours néfaste à plus ou moins longue échéance. La monoculture d'une essence forestière diminue obligatoirement l'activité des microorganismes. Ceux-ci en effet se trouvent fortement stimulés quand les aliments proviennent de sources diverses, mais n'apprécient guère le "plat unique". De ce fait, le cycle biologique se ralentit et les éléments nutritifs, les cations notamment, se retrouvent bloqués dans les débris organiques qui se décomposent plus lentement, d'où une acidification du sol.

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Les résineux sont souvent accusés de dégrader les sols : comme nous le verrons plus loin, les feuillus comme le hêtre et le chêne sont tout aussi dégradants s'ils sont cultivés en peuplement pur. La dégradation des terres est en fin de compte liée bien davantage aux propriétés intrinsèques des sols et aux actions d'aménagements qu'aux résineux eux-mêmes.

 

Facteurs édaphiques

 

Formation de l'humus

 

Elle s'effectue par addition de matière organique aux constituants minéraux des sols et représente la troisième phase de la pédogenèse dont la responsabilité est dévolue en premier lieu aux êtres vivants. Ce processus est donc contrôlé essentiellement par les facteurs biotiques.

 

La matière organique incorporée aux sols provient essentiellement de la litière, laquelle est constituée de feuilles mortes, de brindilles et d'autres fragments végétaux. Les branches et les troncs morts et, dans une bien moindre mesure, les excréments des herbivores contribuent à cet apport de matière organique.

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 Par le jeu de la photosynthèse, les végétaux apportent beaucoup plus de matières aux sols qu'ils n'en prélèvent. En tout état de cause, les éléments minéraux absorbés par les racines sont restitués lors de la mort des producteurs primaires. Certains micro-organismes, telles les bactéries fixatrices d'azote, incorporent des nitrates aux sols à partir de l'azote atmosphérique. En conséquence, l'activité des plantes supérieures et de certaines bactéries édaphiques apporte au sol plus de matière qu'elle ne leur en enlève. En outre, cette matière est généralement amenée sous forme de dérivés organiques complexes dont certains ne se décomposent que très lentement.

 

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Les facteurs biotiques vont intervenir de façon déterminante dans la dégradation des matières organiques mortes.

Une première phase est sous la dépendance de nombreuses espèces animales qui vivent à la surface ou à l'intérieur des sols. Celles-ci interviennent directement et (ou) indirectement pour fragmenter la matière organique et pour l'introduire dans les couches profondes.

Certaines espèces, comme les rongeurs terricoles, amènent des résidus provenant de l'accumulation des détritus végétaux à l'intérieur des sols par suite de leur activité de fouissage.

À l'opposé, les invertébrés saprophages jouent un rôle pionnier dans la formation de l'humus en fragmentant la matière végétale morte : litière, branchages, fragments de bois dont ils se nourrissent dans le cas des termites. Il en est de même des coprophages, qui s'alimentent des excréments de vertébrés, en particulier d'ongulés, dont le rôle est essentiel dans les écosystèmes prairiaux (savanes, steppes, etc.).

Par son activité, la faune du sol (pédofaune) disperse dans les couches profondes la matière organique morte présente en surface et ramène dans les couches superficielles leurs excréments contenant les produits de digestion de la litière.

La pédofaune est constituée par une grande variété de groupes taxonomiques d'invertébrés. Parmi ces derniers, on dénombre des arthropodes, des annélides oligochètes, des mollusques, des crustacés isopodes (cloportes) et divers autres phyla ; rotifères, nématodes, protozoaires, etc.

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Principaux types d'organismes saprophages (invertébrés) et décomposeurs (bactéries, champignons) constituant les peuplements de la litière et des sols.

A, B, C, collemboles gen. Tomocerus, Isotoma, Folsomia ; D, larve de bibionide (diptère) : E, diploure ; F, lombric (annélide oligochète) : G, Lithobius (chilopode) : H, Glomeris ; I, iule (diplopodes) ; J, nématode ; K, L. acariens Oribatides gen. Belba et Oribotridia ; M, N, R, champignons phycomycètes (Rhizopus), ascomycètes (Aspergillus) et Pénicillium ; O, streptomycètes ; P et Q bactéries : Cytophaga (cellulolytique aérobie ; Clostridium (fixateur d'azote, anaérobie). D'après Duvigneaud, La synthèse écologique, 2e édition, 1980, mais modifié. Doin, Paris.

 

Par leur biomasse, les oligochètes (lombrics ou vers de terre) et, par leur nombre, les arthropodes constituent les deux groupes dominants. Ces derniers sont représentés par des acariens oribatides, des myriapodes (diplopodes et chilopodes), des aptérygotes (surtout collemboles), des insectes (surtout des larves de diptères et de coléoptères).

 

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En définitive, la biomasse constituée par la pédofaune est aussi considérable que le nombre d'individus qu'elle comporte à l'hectare. Il est par exemple banal de dénombrer dans une forêt caducifoliée tempérée plusieurs dizaines de millions d'arthropodes par hectare. De même, la biomasse de vers de terre, en moyenne de l'ordre de 500 kg/ha, peut atteindre plus de 1 000 kg/ha dans des sols forestiers très riches en matière organique et même dépasser 2800 kg/ha dans certaines prairies tempérées ! Comme le fait remarquer fort à propos Duvigneaud, en Europe occidentale pourtant surpeuplée, la biomasse des lombrics dépasse celle des hommes !

 

Types d'humus

 

La formation de l'humus, conditionnée en premier lieu par l'activité biologique des sols, dépend aussi de facteurs physicochimiques — dont certains ont d'ailleurs une forte interdépendance avec les facteurs biotiques — aération, teneur en eau édaphique (drainage), pH, nature du substratum rocheux, etc. Ainsi le type d'humus constitue-t-il une caractéristique essentielle car il intègre l'influence de l'ensemble des facteurs écologiques propres au biotope considéré.

 

On distingue quatre types d'humus en fonction de la rapidité de dégradation de la litière et de la décomposition des matières organiquesqui en dérivent : les Mull, les Moder, les Mor et les tourbes.

 

La formation des Mull prend lieu dans les sols riches et profonds, frais, bien drainés donc bien aérés. Ici, la décomposition de la litière est très rapide par suite de la grande abondance de la pédofaune, en particulier des vers de terre dont l'activité assure en outre une excellente dispersion de l'humus dans l'horizon[1] supérieur du sol. Les lombrics ingèrent en effet un mélange de fragment de litière et de terre. On estime que pour une densité de 50000 lombrics par hectare, ces annélides "consomment" quelque 2,5 tonnes de feuilles mortes pendant la belle saison mélangées à 25 tonnes de terre. On évalue en moyenne à 42 tonnes par an la masse de déjections produites par ces invertébrés[2]. En une trentaine d'années, les premiers décimètres du sol sont donc entièrement "digérés" par les lombrics. Si l'on ajoute à ces considérations le fait que les sécrétions muqueuses des vers de terre sont indispensables à l'activité de nombreuses bactéries du sol, en particulier de celles qui fixent l'azote, on imaginera bien l'importance écologique capitale de ces invertébrés dans les écosystèmes terrestres tempérés).

Par suite de l'intense activité des lombrics et autres animaux saprophages, l'horizon A1des Mull forestiers est caractérisé par une excellente homogénéisation des matières organiques en décomposition conférant à cet horizon une teinte plus foncée.

 

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Dans les écosystèmes où prédominent les végétaux herbacés croissant sur sol calcaire, il se forme un Mull carbonaté. Ici la décomposition de la litière est un peu moins rapide que dans les Mull forestiers, d'où formation d'un horizon A1, épais et foncé.

 

Les Moder correspondent à des humus très répandus sur les sols pauvres. Comme dans le cas des Mull, il s'agit d'un humus dit coprogène car constitué essentiellement d'une poudre brune provenant des déjections globuleuses de divers invertébrés coprophages, dont le rôle consiste à déchiqueter la litière, à la fragmenter ainsi que les autres débris végétaux dont ces animaux se nourrissent.

Ici, le rôle des arthropodes est prépondérant, en particulier sur sols squelettiques où les myriapodes dominent au détriment des acariens et collemboles. A l'opposé, les lombrics sont moins bien représentés que dans les Mull. En conséquence, la litière non encore décomposée et celle en voie de dégradation sont beaucoup plus abondantes dans les sols à Moder, constituant un horizon A1 bien différencié.

Peu à peu ramollie par l'eau d'imbibition, la litière des Moder est envahie par une multitude de métazoaires inférieurs (rotifères, tardigrades, nématodes), de protozoaires (rhizopodes et flagellés) sans omettre une myriade d'algues microscopiques et de bactéries qui prolifèrent dans le compost ainsi formé.

Ce compost est en outre le siège d'un intense développement fungique, un abondant feutrage mycélien envahissant la matière organique en voie d'humification.

 

Les Mor constituent un autre type d'humus dit mycogène car sa production est essentiellement assurée par des champignons saprophytes. Les Mor se rencontrent souvent sur des sols très pauvres, installés sur une roche mère granitique, dans des landes à bruyères ou sous toute autre formation végétale acidifiante (forêt de conifères par exemple), et lorsque les conditions climatiques sont défavorables (froid humide).

Les Mor apparaissent en définitive sur des sots marqués par une faible activité biologique. L'importante accumulation de la litière se traduit par l'existence d'un horizon A0 très épais. Elle résulte de la rareté des animaux saprophages, lombrics et myriapodes en particulier. À l'opposé s'observe une grande abondance de champignons saprophytes qui peuvent représenter en poids jusqu'à 15 % de l'horizon A0 !

À la base de cet horizon s'accumule une couche organique de couleur brun-noir, fibreuse, dénommée "humus brut", superposée directement au sol minéral car l'horizon A1, est peu développé voire inexistant.

Les conditions d'acidité des Mor défavorisent l'activité bactérienne. De la sorte, la matière organique est mal décomposée et l'humification n'est pas menée à terme. Il se forme surtout des acides fulviques, composés phénoliques partiellement solubles qui sont produits par l'altération des membranes cellulaires. Ces acides, entraînés par les eaux d'infiltration, altèrent les colloïdes des argiles et interdisent de ce fait la formation des agrégats propres au complexe argilo-humique.

 

Pour mémoire, car il n'y en a pas en forêt de Chailluz, mais dans le Haut-Jura, les tourbes sont constituées par l'accumulation d'une grande quantité de matériaux organiques incomplètement décomposés, caractérisés par un taux d'humification généralement assez faible. Les tourbes se forment dans des milieux saturés en eau de façon quasi permanente — les tourbières — où apparaissent des conditions d'anaérobiose défavorables à toute activité biologique. Par suite de la quasi-absence de la faune et de la grande pauvreté de la flore bactérienne et cryptogamique, la matière organique se transforme très lentement et s'accumule souvent sur plusieurs mètres.

 

On distingue deux types de tourbes, les tourbes eutrophes qui s'édifient dans les tourbières de fond de vallée, là où la nappe phréatique affleure en permanence et les tourbes acides, quiseforment dans les tourbières de montagne, aux dépens des eaux de pluie qui s'accumulent dans des dépressions, sur sols acides. Dans un cas comme dans l'autre, seuls les horizons superficiels sont partiellement humifiés, lors des périodes d'assèchement de la surface qui en permettent l'aération.

 

Processus biochimiques de la formation de l'humus

 

Ces processus caractérisent la transformation de la matière organique morte par les agents microbiologiques, actinomycètes et bactéries, après qu'elle a transité dans le tube digestif des animaux saprophages. Les composés solubles ou facilement solubilisables qui préexistent dans la litière — dénommés composés hérités — vont migrer rapidement dans les sols, de même que les composés solubles néoformés, provenant en particulier de l'hydrolyse de la cellulose. Après séparation dans l'espace des composés insolubles et solubles, ces derniers vont se mélanger aux éléments minéraux, étape qui représente un des facteurs essentiels de l'humification.

 

Dans les Mull et les Moder, l'action des micro-organismes sur les matières insolubles est différente selon qu'il s'agit de cellulose ou de lignine. En milieu basique, la cellulose est dégradée plus rapidement que la lignine alors que leur vitesse de dégradation est comparable dans les Mull acides et dans les Moder.

 

Dans les Mull neutres ou basiques, la lignine est transformée en humus brun, insoluble. Il s'y constitue en outre des associations stables lignine-protéines. Dans ces mêmes milieux, l'action des bactéries conduit à des formations de composés cellulose-protéine, qui constituent les acides humiques gris, plus stables et résistants que les précédents. D'autre part, la biodégradation de la lignine, mais aussi la néoformation bactérienne de polysaccharides, conduisent à la production d'un ensemble de composés insolubles, de fort poids moléculaire, désignés sous le terme général d'humine. Celleci arrive à représenter en poids plus de 50 % de diverses fractions constituant l'humus.

 

Dans les Mull, et aussi dans une moindre mesure dans les Moder, acides humiques et humine se lient aux argiles colloïdales. Il s'édifie de la sorte, grâceà ces "ciments" humiques, des structures composites, dénommées sous le terme général de complexe absorbant argilo-humique, auxquelles sont également associés divers autres composés minéraux : calcaire actif, allophanes, et cations lourds.

 

On constate que l'activité bactérienne des sols diminue au fur et à mesure que l'humus s'accumule. De la sorte, une certaine quantité des sels minéraux nutritifs (nitrates, phosphates, sels de potassium, etc.) libérés par dissolution et (ou) dégradation de la matière organique deviennent disponibles pour les racines des phanérogames et autres végétaux autotrophes.

 

Enfin, l'humus est peu à peu minéralisé par l'action des microorganismes de sorte que la teneur des sols en matières humiques correspond à un équilibre dynamique entre biosynthèse et dégradation des divers constituants de ces dernières.

 

L'écologie des sols de la forêt de Chailluz

 

La région a été épargnée par les glaciers et possède par conséquent une histoire pédologique longue, datant souvent de l'ère tertiaire. Les roches-mères, au cours des millénaires, se sont altérées de façon continue en fournissant une couche épaisse de matériaux pédologiques. Les roches mères étant diverses, leurs altérites sont également très variées. D'autre part l'altération n'intervient jamais seule. L'érosion s'exerce aussi, avec ses périodes modérées et ses paroxysmes. Certains horizons poreux peuvent ainsi migrer, progressivement ou en masse, vers d'autres positions où parfois ils recouvrent des sols déjà constitués.

Troncatures, transports, recouvrements, affectent inégalement les sols, dont l'histoire devient ainsi non plus une évolution continue mais une succession d'épisodes apportant chacun leur marque. De tels sols formés en plusieurs étapes sont dits polygéniques.

 

Un climat lessivant à peu près constant depuis le tertiaire

 

Au cours de la pédogenèse, le climat joue un rôle considérable. On sait qu'à l'ère tertiaire une longue période d'altération a démantelé des masses énormes de calcaire. Cette décarbonatation intense n'a pu s'exercer que grâce à un fort drainage climatique, ce qui suppose des conditions d'humidité et de fraîcheur proches des conditions actuelles.

 

Mais on a pu mettre en évidence d'importantes fluctuations climatiques. Certaines périodes qui ont permis le développement d'une flore de palmiers et d'espèces méditerranéennes ont été chaudes et sèches. Les minéraux ont subi une altération différente et certains sols ont pris une teinte vive due aux oxydes de fer déshydratés (rubéfaction).

 

Quant aux périodes froides du quaternaire, elles n'ont pas pu rester sans influence sur les sols situés aux marges des calottes de glace. Les alternances de gel et de dégel ont provoqué un brassage par cryoturbation dont certaines traces sont encore bien visibles : nodules d'argiles arrondis isolés dans des limons, fentes en coin remplies d'éléments blanchis (glosses).

 

Enfin le climat actuel est encore très favorable à l'entraînement par lessivage puisque les précipitations remportent sur 1'évapotranspiration potentielle, sauf pendant les mois d'été qui accusent un léger déficit hydrique. L'existence de cette relative sécheresse estivale aura, dans les secteurs les mieux exposés, certaines incidences sur l'évolution des sols (rubéfaction actuelle). On remarque aussi que dans cette région de faible altitude, les températures moyennes mensuelles ne descendent pas en dessous de zéro degré.

 

De nombreux faciès calcaires, à l'origine d'une grande variété d'altérites

 

o     Les argiles de décarbonatation

 

Les roches mères les plus répandues restent à cette altitude les calcaires jurassiques à faciès durs et relativement purs. Leur dissolution laisse de 1 à 10% d'éléments insolubles, surtout de l'argile et quelques grains de quartz. Ces argiles sont un constituant important des sols. Elles donnent les terra fusca (jaunes) et les terra rossa (rouges) qui emplissent les fissures et tapissent les bancs calcaires.

 

Un cas particulier est constitué par les calcaires de l'Argovien. Dans la partie Ouest du Jura, ce sont des bancs très riches en impuretés argilo-limoneuses et en rognons siliceux, de quelques centimètres de diamètre, constituant les chailles. La dissolution du carbonate laisse donc un abondant résidu connu sous le nom d'argiles à chailles, bien que les argiles proprement dites y soient beaucoup moins abondantes que la partie limoneuse formée par une poudre de silice.

 

o     Les limons et sables de décarbonatation

 

Certains faciès argoviens sont des calcaires gréseux formés de grains de silice cimentés par du calcaire. La disparition du ciment laisse alors un résidu limono-sableux fin, très filtrant, formé de silice amorphe (calcédonite) très acide.

 

o     Les limons éoliens ou ruisselés de compositions différentes[3].

 

Les recouvrements de limons occupent des surfaces importantes sur les premiers plateaux jurassiens et dans les plaines alluviales. Leur origine n'est pas partout élucidée mais on peut cependant reconnaître deux catégories :

 

—   les limons éoliens, identifiés par la présence en quantité importante d'éléments minéraux qui n'existent pas dans les calcaires sur lesquels ils reposent. Ils correspondraient à des nuages de poussières déposés par des vents venus du Sud-Est qui auraient arraché des matériaux fins aux moraines alpines, après les glaciations. De tels transferts de poussières s'observent encore de nos jours à une échelle plus réduite : plusieurs fois par an on peut remarquer sur les voitures stationnées en plein air, une couche jaunâtre que les spécialistes attribuent à des nuages de particules d'origine lointaine.

 

—   les limons ruisselés qui peuvent provenir du remaniement des premiers par les eaux de ruissellement, ou bien être déposés lors des crues importantes dans le lit majeur des rivières.

 

Les études au microscope électronique à balayage permettent de déceler sur les grains soit des cupules résultant des chocs entre grains dans le cas de l'éolien, soit des polissages arrondis dans le cas du transport par eau. Mais plus que leur origine, c'est la qualité des limons qui intéresse le pédologue, et celle-ci est extrêmement variable. On n'a encore jamais trouvé en Franche-Comté de limons carbonates. Ils sont donc probablement acides à l'origine et plus ou moins appauvris selon la durée du lessivage auquel ils ont été soumis.

 

o     Les épandages de chailles

 

Les résidus des calcaires à chailles de l'Argovien sont des formations particulièrement mobiles. Ils constituent des boues limono-argileuses et caillouteuses qui se sont beaucoup déplacées au cours du temps. Ramollies par les alternances de gel et de dégel, elles ont glissé, même sur des pentes très faibles. Soumises à l'érosion de leurs particules fines, elles se sont parfois enrichies relativement en chailles. Il en résulte que certains placages sont constitués par une accumulation de ces cailloux siliceux cassés, au cortex patiné par le transport. La pauvreté du substrat est alors aggravée par la compacité de cette formation.

 

Caractères et distribution des sols de la forêt de Chailluz

 

La forêt de Chailluz s'étend sur un plateau et les pentes faibles, les actions pédogéniques s'exercent surtout dans les altérites anciennes acides, extrêmement peu influencées par le calcaire, même si ce dernier se trouve proche de la surface ; les sols ont une longue histoire et sont polygéniques.

 

o     Le paradoxe des calcaires durs : des roches-mères acides

 

Le socle calcaire qui s'étend sur de vastes surfaces porte des sols qui évoluent, de façon totalement indépendante de ce substratum, dans des altérites tertiaires acides.

Dans le Bois des Épesses par exemple (Montfaucon, Doubs), on rencontre des profils de vingt-cinq centimètres formés d'un limon ocre recouvrant un banc massif de calcaire bathonien. On s'attend à un sol neutre ou faiblement acide, bien pourvu en calcium : or, le pH est de 5 et le taux de saturation[4] de 24% !

 

Ce cas, loin d'être isolé, constitue plutôt la règle. Beaucoup de sols forestiers ont des pH de 4 dans l'humus et sont acides dans la plus grande partie de leur profil (Forêt de Chailluz). On comprend combien la présence du socle calcaire peut être trompeuse. Que ce dernier soit recouvert par des apports allochtones ou par ses propres résidus totalement décarbonatés, il intervient très faiblement dans la pédogenèse. La végétation naturelle en forêt n'apparaît d'ailleurs calcicole que dans des zones très restreintes. Le plus souvent elle traduit les propriétés mésotrophes, voire oligotrophes, des humus et des sols.

 

o     Le caractère polygénique des sols

 

La longue histoire des pédogenèses successives est inscrite dans les sols. Le meilleur moyen de la reconstituer est d'étudier les microstructures des différents horizons ce qui permet de reconnaître toutes les étapes qui ont façonné le sol actuel. C'est ainsi que l'on retrouve à peu près partout au contact des bancs calcaires, des argiles de décarbonatation. Elles constituent les matériaux dans lesquels les sols ont pris naissance. Les effets des actions périglaciaires s'y manifestent par la présence de nodules arrondis formés par cryoturbation. Mais les argiles de décarbonatation ont le plus souvent été remaniées et érodées. Ce qu'il en reste a été recouvert par plusieurs générations de limons déposés au cours des périodes interglaciaires. La micromorphologie permet là aussi de détecter très nettement ces apports successifs. Enfin, on retrouve la trace de tous les processus d'évolution, en particulier des phases successives de lessivage des argiles, témoins du caractère polygénique des sols.

 

o     L'évolution générale : brunification et lessivage

 

La plupart des sols de cette région, bien que débarrassés du calcaire, sont tenus à l'abri d'une acidification extrême par la qualité de leurs matériaux minéraux. Il s'agit en effet, à quelques exceptions près que nous signalerons plus loin, de limons toujours en mélange avec des argiles. Or ces dernières par leurs propriétés de colloïdes jouent un rôle fondamental dans la fixation des ions minéraux et la structuration. Elles sont par là un facteur important d'équilibre et de fertilité.

 

Sur ces roches-mères effectives des sols, l'action du climat aboutit à la "brunification", processus pédogénique dans lequel l'altération des minéraux demeure modérée et le fer prend un état cristallisé caractéristique (goethite), responsable de la couleur brune.

 

À pH modérément acide, les argiles ont tendance à se mettre en suspension dans l'eau de pluie qui traverse le profil. Elles migrent et se déposent généralement un peu plus bas. Ce transport s'appelle "le lessivage" et conduit à différencier le sol en trois horizons typiques :

 

A1, organo-minéral grumeleux et teinté par les composés humiques ;

A2, plus minéral et éclairci par perte d'argiles, de fer et d'éléments nutritifs ;

Bt , coloré en brun rougeâtre par le fer associé aux argiles qui revêtent les unités structurales polyédriques (argilanes).

 

o     Les excès de l'évolution : l'hydromorphie et la podzolisation secondaires

 

La brunification et le lessivage mènent aux profils peu différenciés et peu humifères des sols bruns et bruns lessivés caractéristiques de notre climat atlantique tempéré. Mais avec l'âge, le lessivage s'accentue et conduit aux sols lessivés. Le processus poussé à l'extrême tend à acidifier fortement la partie supérieure des profils (pH de 4 en A1 et A2) et à colmater les pores de la partie inférieure (les argiles entraînées s'accumulent en Bt). Selon les cas, les sols lessivés se dégradent en sols à pseudogley ou bien en sols podzoliques. La première voie s'observe dans les matériaux les plus sensibles à la battance et à la dispersion rapide des argiles, la seconde dans les matériaux capables par contre de conserver une grande perméabilité.

 

1.   Les sols lessivés à pseudogley

 

Dans les limons très battants, les argiles dispersées dans les horizons supérieurs se déposent et ferment très vite les vides des horizons inférieurs. L'eau ralentit son infiltration puis marque un temps d'arrêt avant d'être évacuée à la fois par le fond, par écoulement latéral et par pompage dû à la végétation. Mais ces mécanismes ne sont pas synchronisés : quand il pleut beaucoup l'hiver, la végétation n'évapore pas et l'eau s'installe pour un certain temps sur le plancher imperméable, constituant ainsi une nappe temporaire.

 

Au niveau du sol, cela se marque par des transformations de l'état du fer. Dans l'eau stagnante de la nappe, il prend une teinte gris-bleu (état réduit ou ferreux). Quand l'eau se retire, les parties les plus oxydées (trajets des racines, fentes) prennent une teinte rouille (état oxydé ou ferrique). La partie du sol soumise à la présence de la nappe se caractérise par un bariolage de zones grises et rouilles, qui persistent même en période sèche et permettent de diagnostiquer à coup sûr l'hydromophie. Survenant à la suite du lessivage, cette hydromorphie est dite secondaire. Le sol temporairement engorgé est appelé lessivé à pseudogley.

 

Pour la végétation, cette dégradation est évidemment peu favorable. La zone colmatée fait obstacle à la pénétration des racines. Ces dernières ne prospectent plus qu'un volume réduit de terre. En été, la réserve hydrique s'épuise très vite. En forêt, la végétation naturelle évolue vers des groupements d'espèces capables de supporter alternativement l'hydromorphie asphyxiante et la sécheresse, comme certaines laîches et la molinie.

 

2.   Les sols lessivés podzoliques

 

Dans les limons grossiers filtrants, l'acidification s'intensifie rapidement dans les horizons supérieurs lessivés. L'activité des microorganismes diminue par manque d'éléments nutritifs. Les débris végétaux se décomposent incomplètement et produisent des acides organiques capables d'agresser et de détruire les minéraux à l'exception du quartz. Ce dernier donne un résidu blanchi, totalement inerte et infertile. Parmi les éléments lessivés, le fer migre avec des matières humiques à l'état de complexes et va précipiter plus bas. Ces mécanismes constituent la dégradation podzolique.

 

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Dans le profil, cela se traduit par plusieurs caractères : la litière s'accumule en couche épaisse et fibreuse (humus brut) ; les grains de silice, dans l'humus et au-dessous sont décapés et apparaissent en blanc sur fond noir (horizons A1 et A2) ; sous une bande un peu éclaircie on voit une couche irrégulière correspondant à l'accumulation de produits organiques brun-rougeâtre qui enrobent et colorent les grains de sable (horizon Bh) ; enfin on découvre un horizon ocre vif ((Bfe), témoin de la forte altération des minéraux et de la libération intense du fer.

 

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De remarquables turricules tricolores qui extériorisent les horizons brun foncé, beige clair et ocre rosé du sol lessivé podzolique sous-jacent. Fontaine Sainte-Agathe, Bois de Chailluz, Doubs (cliché S. Bruckert).

 

Pour la végétation, la dégradation podzolique est extrêmement préjudiciable. L'humus brut freine en effet le recyclage des constituants absorbés par les plantes. Il bloque les éléments nutritifs sous une forme inassimilable. De tels milieux ne peuvent être colonisés que par des espèces végétales peu exigeantes : la callune, le polytric...

 

 Épaisseur des sols de la forêt de Chailluz

 

Au cours de sa thèse consacrée à la Forêt de Chailluz, Catherine Fruchart (2014) a pu estimer l'épaisseur des sols forestiers grâce aux techniques LiDAR.

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Carte estimative de l'épaisseur des sols forestiers.

Vue LiDAR en modèle ombré

(SIG et DAO C. Fruchart 2014 MSHE C. N. Ledoux)

 

Valeur pédologique et stationnelle des sols forestiers

 

Comme pour les terres cultivées, le classement des sols forestiers tient compte de l'estimation analytique du profil pédologique, des conditions stationnelles et du comportement des essences forestières en place. Les propriétés du matériau et la profondeur du sol constituent dans ce cas aussi des critères de qualité. En revanche, les cailloux et les pentes qui entravent les travaux agricoles, les blocs rocheux qui rendent impossible la mise en culture, ne sont plus ici des contraintes ; ce qui compte au plus haut point, c'est le volume de terre meuble prospecté par les racines : les éboulis et colluviums des pentes donnent naissance la plupart du temps à d'excellents sols forestiers, alors que les bancs rocheux compacts n'offrant qu'une mince couche de terre, ont des potentialités forestières médiocres.

chailluz_pédologie_fig4-450.jpg

Classes de valeurs des sols de la forêt de Chailluz (d'après S. Bruckert et M. Gaiffe 1985)

 

Comme dans l'estimation de la valeur des terres agricoles, la démarche méthodologique employée pour réaliser le document présenté vise à classer les sols comme des objets définis par des propriétés précises. L'échelle des valeurs retenue reste totalement indépendante de l'aptitude des sols à cultiver une essence donnée. C'est au forestier que revient ce choix, compte tenu des exigences édaphiques et climatiques de l'espèce, des conditions de sylviculture et d'exploitation, du contexte économique.

 

L'ENRÉSINEMENT EST-IL UN FACTEUR DE DÉGRADATION DES SOLS FRANCS-COMTOIS ?

 

On admet généralement que les aiguilles de résineux se décomposent plus difficilement que les litières de feuillus. C'est une des raisons qui font mettre au pilori les résineux, souvent accusés de dégrader les sols, c'est-à-dire d'acidifier l'humus et de provoquer un appauvrissement en éléments nutritifs par lessivage. Dans les cas extrêmes, on assimile cette dégradation à de la podzolisation. Qu'en est-il exactement ? Les résineux et les feuillus ont-ils des actions fondamentalement différentes ? Existe-t-il des sols plus sensibles que d'autres à la dégradation ? Les résineux dégradent-ils les sols ?

 

De nombreuses observations faites depuis une dizaine d'années démontrent que les résineux sont loin d'avoir tous la même influence nocive : si l'épicéa est en effet très acidifiant, le sapin et surtout le Douglas, le sont beaucoup moins. Quant aux feuillus, leur action peut être tout aussi dégradante ; le hêtre, le chêne ou le châtaignier fournissent des litières qui résistent longuement aux attaques des microorganismes.

 

On estime maintenant qu'une des premières causes de dégradation est avant tout liée à la monoculture d'une essence forestière, pratique qui se solde inévitablement par une inappétence de la microflore. C'est pour cette raison que les forestiers conservent de plus en plus dans les peuplements un pourcentage de 5 à 15% d'essences secondaires, dans le seul but de maintenir un bon niveau d'activité microbiologique dans l'humus.

Une deuxième cause de dégradation est à rechercher dans les sols. Les matériaux siliceux limoneux ou limono-sableux y sont particulièrement sensibles parce qu'ils ont une faible capacité d'échange cationique et sont inaptes à retenir les cations. Ils sont donc fortement prédisposés à l'acidification.

 

Pour illustrer ce propos, voici deux exemples choisis au Bois de Chailluz :

 

 

Sols à haut risques (Combottes)

Sols sans risques (Montarmots)

Horizon

Profondeur

en cm

Argile*

CEC**

Taux de saturation.*

pH

Argile

CEC

Taux de saturation.*

pH

A1

10

15

10

4.4

4.1

29

25

63

4.9

A2

40

16

7

1.2

4.3

31

25

19

3.9

Bt

60

38

14

2.1

4.4

47

31

60

5.1

IIBt

90

26

8

2.1

4.4

63

33

85

6.0

* en %     ** en milliéquivalents pour 100 grammes

 

Le sol des Combottes qui s'est forme aux dépens d'un faciès gréseux de l'Argovien se distingue par une capacité d'échange et un taux de saturation en cations extrêmement bas : ses caractéristiques analytiques le font ranger dans les sols à hauts risques. En revanche, celui des Montarmots développé dans un limon de meilleure qualité possède une capacité d'échange et un taux de saturation beaucoup plus élevés qui les rangent dans les sols sans risques.

 

Ces observations répétées sur un grand nombre d'échantillons, démontrent que ce sont effectivement ces deux données analytiques qui permettent de diagnostiquer d'une façon simple et sûre la sensibilité à la dégradation. On soulignera au passage que le pH des 40 premiers centimètres ne distingue absolument pas les deux sols.


[1] Les pédologues dénomment "horizons" les strates successives de couleur, texture et structure différentes, dont l'ensemble constitue le profil d'un sol, mis à jour par une coupe verticale.

[2] Compte tenu de la toxicité de la plupart des pesticides pour les lombrics, on est en droit de s'interroger sur les conséquences de leur usage, à long terme, sur la fertilité des terres cultivées.

[3] Rappelons que l'on appelle limons, les particules dont la taille est comprise entre 2 et 50 millièmes de millimètre.

[4] Taux de saturation : proportion des sites effectivement occupés par les cations Ça2+ , Mg2+, K+, par rapport aux sites électro-négatifs potentiels : les sites non saturés sont comblés par des ions H+.

 

Sources :
 
Bruckert S. &  Gaiffe M.(1985). — Les sols de Franche-Comté, Centre Universitaire d'Études régionales, Université de Franche-Comté Éd., 142 p.
 
Ramade F. (1984). — Éléments d'écologie fondamentale. McGraw-Hill Ed. Paris, 404 p.

08/03/2014

Usage massif des OGM aux États-Unis : pas de réduction des herbicides

Usage massif des OGM aux États-Unis : pas de réduction des herbicides

(Sciences et Avenir n° 806 Avril 2014, p.18)

 

Le Département américain de l'agriculture vient de publier le bilan de plus de quinze ans de culture d'organismes génétiquement modifiés, les premières semences ayant été commercialisées en 1996. Ce document montre que, si au cours de ces quinze ans, les cultures OGM ont progressé aux États-Unis, seule l'utilisation des insecticides a baissé. En revanche l'usage massif des OGM n'a pas limité les herbicides. En somme, les agriculteurs américains ont adopté ces cultures pour augmenter la production et non pas pour réduire les pesticides.

 

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Certes, le succès des plants génétiquement modifiés auprès des agriculteurs américains est incontestable, mais le bilan est mitigé. Si le coton, le soja et le maïs OGM sont utilisés massivement, c'est en raison de leur rendement supérieur et non pour diminuer le recours aux pesticides.

 

Si, par ailleurs, la réduction des insecticides est réelle, elle est due principalement à une baisse très importante des populations de pyrales, des papillons ravageurs du maïs et d'autres plantes cultivées, laquelle profite aussi aux cultures non OGM. De plus, la création de zones non OGM a permis de limiter l'émergence de résistances aux pesticides chez les insectes.

 

En revanche, des résistances aux herbicides sont apparues pour 14 "mauvaises herbes", ce qui a contraint les agriculteurs à maintenir les épandages chimiques.

10/02/2014

Le Printemps des Campenottes

Le Printemps des Campenottes

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

Oui elle est là bien là, illuminant les sous-bois de sa couleur jaune vif pour nous rappeler qu'elle est avant tout la fleur du printemps.

 

La Campenotte, comme on la surnomme dans le Pays de Montbéliard est chère à ses habitants. Une histoire ou légende de vieux Druide et sa fille vivant dans le Mont-Bart lui accorderait l'origine de sa naissance à cet endroit magique.

 

Alors quelle qu’en soit la croyance, les centaines de jonquilles qui tapissent le sol sont toutes autant de raisons de poser le regard sur chacune d’entre elles, la lumière qui les traverse, transformant chaque corolle en une petite tache couleur d'or.

 

Campenottes-Delfino-450.jpg

Cliché © Dominique Delfino

 

La Jonquille (Narcissus pseudonarcissus, famille des Amaryllidaceae), appelée Campenotte en Franche-Comté a fait l'objet d'une chanson que publie le site "La Cancoillotte".

 

Sur l’air de "Ma Normandie"

 

Premier couplet

Dans Paris, fleur abandonnée,
De mon pays doux souvenir.
Ô ! Campenotte infortunée
Toi qui viens jusqu’ici mourir,
N’as-tu pas vu dans ton voyage
Ma jolie diaichotte aux yeux doux ?
Ô ! parle moi de mon village,
De mon pays et des rives du Doubs.

 

Deuxième couplet

Si tu viens de cette montagne
Qui de l’Allan voit les roseaux,
Si tu as vu notre campagne
Du haut de la roche aux corbeaux,
Ah ! tu dois connaître je gage
Ma jolie diaichotte aux yeux doux,
C’est la plus belle du village
De mon pays et des rives du Doubs.

 

Troisième couplet

As-tu vu passer le dimanche
En corset noir baissant les yeux,
Les bras nus sous la guimpe blanche
Le diairi sur ses longs cheveux
Rubans flottants sur son corsage,
Ma jolie diaichotte aux yeux doux ?
C’est la plus belle du village,
De mon pays et des rives du Doubs.

 

Quatrième couplet

Mais si ma mie est la plus belle
Toi, notre emblème de gaieté,
Vous deux à la saison nouvelle
Serez toujours de la Comté
Toi, reine de nos fleurs sauvage
Et la diaichotte aux yeux si doux,
Reine des fleurs et des villages
De mon pays et des rives du Doubs.

 

Paroles de P. de Resener, dédié au poète Frédéric Bataille et chantée pour la première fois le 11 juillet 1891 à Montbéliard par M. Jordy.

 

08/02/2014

Massacre de haies dans le pays de Montbéliard

Pas de sentiments pour les haies

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

C'est un véritable massacre végétal que l'on peut constater dans la pâture qui borde l'A36 avant la Savoureuse sur la commune de Vieux-Charmont.

 

massacre-de-haies_01.jpg

 

À mon retour de voyage, je constate que l'ensemble des haies et massifs buissonnants qui caractérisaient le biotope de cette pâture, avaient été coupés. En me rendant sur place, le spectacle de désolation est à son comble. Ce sont près d'une centaine de massifs qui ont été arrachés, déracinés, broyés, laissant place nette, seuls les pylônes électriques sont encore debout, mais il s'en fallait de peu !

 

Le service environnement de PMA me confirme qu'il avait également constaté cet état de faits mais que les terrains sont totalement privés sans contrôle de leur services.

 

Massacre-haies_02.jpg

 

Alors qu'aujourd'hui, l'intérêt majeur que représente les haies n'est plus à démontrer, ce type de gestion radicale d'un milieu naturel est grave de conséquences pour la faune locale surtout dans un secteur au contact de l'agglomération montbéliardaise.

 

 La Pie Grièche-écorcheur, espèce protégée dont les effectifs se font de plus en plus rares, trouvait là le biotope idéal. Il est dorénavant sûr de ne plus la revoir comme d'ailleurs d'autres espèces dépendantes de ces milieux ouverts clairsemés d'espaces buissonnants devenus rares sur le Pays de Montbéliard.

 

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Un très bon ami naturaliste me confiait, il y a quelques années que les hivers doux étaient souvent fatals pour la nature, car certains agriculteurs passaient leur temps à couper les vieux arbres et les haies à tort et à travers... La preuve en est.

04/11/2013

Stage de permaculture à Froidevaux

Stage de permaculture à Froidevaux

 

Ce stage de permaculture est co-organisé par une nouvelle association créée pour l'occasion (en fait le potager d'une curieuse avec quelques amis) et Bernard Alonso, permaculteur canadien qui est déjà venu à Besançon en 2012.

 

La permaculture est un ensemble de pratiques et de modes de pensée visant à créer une production agricole soutenable, très économe en énergie (travail manuel et mécanique, carburant...) et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques. Elle vise à créer un écosystème productif en nourriture ainsi qu'en d'autres ressources utiles, tout en laissant à la nature "sauvage" le plus de place possible.

 

Elle utilise des notions d'écologie, de paysagisme, d'agriculture biologique, de biomimétisme, d'éthique, de philosophie et de pédologie. La permaculture invite à mettre ces aspects théoriques en relation avec les observations réalisées sur le terrain.

 

La base de la permaculture n'est pas uniquement d'analyser les éléments constitutifs d'un système individuellement, mais aussi de prendre en compte leurs interactions, dans le but de produire une compréhension de l'écosystème dans l'optique d'une utilisation par l'Homme.

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11/04/2013

Le temps des bourgeons

Le temps des bourgeons

 

par Dominique Delfino

photographe animalier

 

Le printemps est bien là, même si les températures de ces derniers jours nous font encore douter. La nature a néanmoins profité des journées très ensoleillées de la semaine dernière favorisant l'éclosion spontanée des bourgeons et des feuilles en forêt.

Très friands de cette végétation qui s'offre à eux après l'hiver, les chevreuils trouveront là une réserve de nourriture presque inépuisable.

Chaque année, au printemps, des chevreuils se retrouvent en ville après avoir consommé des bourgeons gorgés de sève qui les enivrent en fermentant dans leur estomac. Désorientés, titubants, ils se trompent alors de chemin…

Le cliché que j'ai pu réaliser lors de cette rencontre avec ce brocard en forêt témoigne de l'intérêt que celui-ci manifeste pour ces feuilles tendres qu'il consommera jusqu'à les cueillir au plus haut des branches sans trop se préoccuper de ma présence discrète.

 

Brocard-Delfino-450.jpg

Cliché © Dominique Delfino

19/02/2013

Le Callitriche des étangs

Le Callitriche des étangs

 

Le Callitriche des étangs ou Étoile d'eau [Callitriche stagnalis SCOP] appartient à la famille des Callitrichacées.


La plante se présente comme un semis d'étoiles. Les Callitriches sont des hydrophytes fixés et dont le feuillage présente un aspect artistique.

 

Le classement systématique des Callitriches et la recherche de liens de parenté avec d'autres plantes sont très difficiles. L'ordre des Callitrichales est formé d'une seule famille les Callitrichacées qui ne comportent que le seul genre Callitriche. Ces plantes, nées sous le signe de l'unicité, ont des fleurs unisexuées et les fleurs mâles sont réduites à une seule étamine.

 

Ce sont des plantes très variables, petites et fragiles, qui ont des formes aquatiques, immergées ou flottantes, et des formes terrestres, qui vivent, éphémères, sur la boue humide.

 

Le Callitriche des étangs (C. stagnalis) pousse le plus souvent dans les eaux peu profondes, dormantes ou à faible courant ; plus rarement sur un sol humide. En Europe, on le trouve surtout dans l'ouest et le centre ; C. palustris L. est plus abondant ; il est considéré comme un élément arctico-alpin qui pousse même en Scandinavie et en Islande. En Angleterre, on ne le connaît que dans une seule station. Il supporte bien le froid et verdoie parfois sous la glace.

 

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Les Callitriches sont des plantes vivaces quand elles poussent dans l'eau, annuelles quand elles poussent sur terre, fines, vert vif, à feuilles étroitement linéaires, groupées en étoiles au sommet de la plante, particulièrement remarquables quand on les voit de haut (1).

 

Les fleurs unisexuées sont très réduites ; les fleurs mâles n'ont qu'une seule étamine, les fleurs femelles un seul pistil à 2 styles et 4 ovules. Les pièces florales se réduisent à 2 écailles. Les fruits de C. stagnalis (2) sont entourés par des ailes et les styles, s'ils se maintiennent, sont retombants. Les fruits de C. palustris (3) ont des ailes peu développées à leur partie supérieure et les styles disparaissent rapidement.

 

Les fleurs s'épanouissent l'une après l'autre du mois d'avril au mois d'octobre.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

 

Les Lentilles d'eau

Les Lentilles d'eau

 

Les Lentilles d'eau appartiennent à la famille des Lemnacées. Ce sont de petites plantes aquatiques flottant à la surface dont les organes sont très réduits. Leur corps est représenté par un organe foliaire considéré soit comme une seule vraie feuille plus ou moins transformée, soit comme une tige plate en forme de feuille. Dans le genre Spirodela, on peut dire que la grande feuille plate est une tige car elle possède en dessous deux vraies feuilles en écailles. Les Lentilles d'eau fleurissent très rarement, mais se multiplient végétativement de façon très intense. Dans la "feuille" maternelle se trouve un creux qui contient la gemmule : elle donne une nouvelle "feuille" qui s'émancipe chez la plupart des Lentilles d'eau mais reste attachée chez certaines autres (Lemna trisuica).


Les Lentilles d'eau sont des plantes cosmopolites transportées facilement et à de grandes distances, par exemple sur les pattes et dans les plumes des oiseaux aquatiques. Elles poussent dans toutes les eaux calmes, souvent en très grand nombre. La représentation des différentes espèces dans leurs associations peut varier considérablement au cours d'une même période de végétation : c'est ainsi que dans un étang, entre le mois de mai et le mois de juillet, on a constaté une extension continue de Spirodela polyrhiza (L) SCHL. suivie de son déclin. Lemna trisulca évolua de manière inverse, tandis que Lemna minor déclina continûment depuis son maximum printanier.

 

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La Petite Lentille d'eau (Lemna minor L.) a des feuilles (articles) plates aux deux faces vertes, flottant à la surface, et une seule racine (1).

 

La Lenticule bossue (Lemna gibba L) a des feuilles gonflées (2).

 

La Lenticule à trois lobes (Lemna trisuica L ) a des feuilles ovoïdes, lancéolées, comme enfoncées dans l'eau, à longs pétioles et attachées ensemble (3) pendant plusieurs "générations".

 

La Spirodèle à racines nombreuses [Spirodela polyrhiza (L) SCHL] a des feuilles ovoïdes arrondies à l'envers rougeâtre et portant chacune un petit faisceau de racines filamenteuses (4).

 

Les fleurs des Lentilles d'eau, quand elles fleurissent, sont réduites à une seule étamine ou un seul pistil.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

Les Renoncules d'eau

La Renoncule flottante

 

La Renoncule flottante [Ranunculus fluitans Lam., 1779] appartient à la famille des Renonculacées.

 

Les surfaces aquatiques où fleurissent des Renoncules d'eau ont l'air d'être couvertes d'une sorte d'écume blanchâtre. Et l'impression produite par la masse fleurie des Renoncules est renforcée du fait qu'elles ne sont pas seules dans les eaux calmes.

 

La Renoncule flottante (Ranunculus fluitans) habite les cours d'eau au plus fort du courant Dans les zones calmes où elles sont enracinées, elles forment des amas épais entraînés par les eaux où s'abritent souvent les brochets et les anguilles.

 

La Renoncule aquatique [Ranunculus aquatilis (L.) DUM.] plante importante, pratiquement cosmopolite, préfère les eaux dormantes, les mares et les bras morts des cours d'eau, à 50 cm de profondeur environ. Sur les fonds asséchés, et sur les rives, elle produit une forme terrestre aux feuilles entières.

 

Les Renoncules d'eau sont souvent classées dans le genre Ranunculus. De récentes études sur l'anatomie, la morphologie et la biologie florales de ces plantes montrent qu'elles forment un groupe séparé, indépendant. Les Renoncules d'eau sont des plantes vivaces dépendant presque entièrement du milieu aquatique. Les feuilles submergées des plantes flottantes sont souvent divisées en filaments.

 

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Les plantes et les filaments foliaires de Ranunculus fluitans (1) flottent avec le courant ; les feuilles de Ranunculus aquatilis sont doubles : feuilles immergées en filaments et feuilles flottantes ou émergées dont le limbe est plat (2).

 

Les fleurs sont à 5 divisions (3) ; mais il y a parfois jusqu'à 7 pétales. Les Renoncules qui fleurissent en juin ont des fleurs beaucoup plus grandes que celles qui refleurissent en août et septembre.

 

Les fleurs fécondées donnent une tête (4) composée d'akènes bien séparés (5) qui flottent à la surface.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

La Renouée amphibie

La Renouée amphibie

 

La Renouée amphibie [Polygonum amphibium L.] est une plante de la famille des Polygonacées.

 

C'est une plante réellement amphibie. Elle peut passer toute sa vie dans l'eau, sous sa forme flottante, ou bien sur la terre ferme sous sa forme terrestre. Ces formes diffèrent au premier regard par leur aspect et un profane peut les prendre pour deux espèces indépendantes. Comme beaucoup de plantes dépendant de l'eau, elles poussent circumpolairement dans toute la zone tempérée, en Europe, en Asie et en Amérique du Nord, mais aussi en Inde, au Mexique, etc.

 

La Renouée amphibie est une plante fréquente et utile des eaux dormantes ou à faible courant. Elle préfère des eaux peu profondes à fond sableux ou vaseux, les étangs de profondeur moyenne. Elle s'échappe des roselières des rives jusqu'aux eaux libres et profondes, mais sans excès. La Renouée offre de bons abris pour le frai des poissons. À l'époque où l'on asséchait les étangs une fois par an, la Renouée était une des plantes aquatiques qui supportait le mieux cette période de sécheresse, subsistant alors sur les fonds sous sa forme terrestre.

 

Le nom du genre Polygonum dérive du grec poly (beaucoup) et gonia (nœud) : les tiges de la Renouée ont en effet de nombreux nœuds apparents.

 

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La Renouée amphibie (1) forme de longues feuilles flottantes et des tiges assez ramifiées ayant souvent plus d'un mètre de long. Les feuilles supérieures flottent à la surface et meurent au cours de l'année. Les feuilles sont groupées en faux épis toujours émergés ; les fleurs sont rose vif.

 

La forme terrestre (2) a des tiges dressées d'environ 50 cm aux entre-nœuds raccourcis (2 à 7 cm au lieu de 20 cm dans la forme flottante), aux feuilles sortant d'une ochréa à longs poils. Cette forme terrestre fleurit rarement ; les faux épis sont courts, les fleurs roses.

 

Les Renouées fleurissent en juin et juillet et refleurissent parfois plus tard.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

15/02/2013

Le Myriophylle en épi

Le Myriophylle en épi

 

Le Myriophylle en épi [Myriophyllum spiccitum L.] fait partie de la famille des Halorragidacées. C'est une plante hydrophyte à feuilles submergées.

 

La comparaison des Myriophylles avec les Cératophylles montre bien comment un même milieu peut influencer l'évolution et l'aspect de plantes assez éloignées dans la classification.

 

Les Halorragidacées sont des plantes aquatiques ou de marécage qui poussent depuis les tropiques jusqu'aux zones tempérées, en particulier dans l'hémisphère sud et sur le littoral de l'Australie. Le genre Myriophyllum rassemble environ quarante espèces : les espèces australiennes sont habituellement amphibies, les espèces américaines sont plutôt aquatiques.

 

L'appellation scientifique composée des mots grecs myrios = très nombreux, innombrable et phyllon = feuille rappelle l'aspect du Myriophylle.

 

Le Myriophylle en épi est cosmopolite dans les eaux de l'Europe, de l'Amérique du Nord et du nord de l'Afrique; on ne le trouve ni en Amérique du Sud ni en Australie. Ses belles tiges ornementales peuvent avoir jusqu'à 2 mètres de long et sont garnies de feuilles de près de 2,5 cm. Il pousse disséminé dans les eaux dormantes ou à faible courant, seul ou en petits peuplements.

 

À la différence de nombreuses autres plantes aquatiques, qui forment dans le courant de longues feuilles flottantes, les Myriophylles ne produisent dans les eaux courantes que de courtes tiges de 30 à 50 cm au maximum.

 

Le Myriophylle en épi supporte les eaux profondes et pures des lacs mais aussi les eaux calcaires. Par contre, M. alterniflorum DC. qui est plus abondant dans l'ouest de l'Europe et l'est de l'Amérique du Nord, exige une eau propre et fraîche, non calcaire et riche en oxygène, un fond caillouteux et un mètre de profondeur au maximum.

 

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Les Myriophylles sont des plantes aquatiques vivaces aux rhizomes rampants. Les feuilles sont disposées en verticilles par 5 chez M. verticillatum L, par 4 chez M. spicatum et M. altemiflorum; elles sont penniséquées, formées de 6 à 20 divisions filamenteuses sur chaque moitié de feuille (1).

 

Les tiges du Myriophylle en épi sont rougeâtres, ce qui donne aux plantes flottant dans les eaux un aspect exotique, irréel.

 

Les fleurs s'épanouissent en épis terminaux émergés. Elles sont hermaphrodites [ou bien femelles à la base (2) et mâles au sommet (3)], petites, rougeâtres ou rosés. Le fruit se divise en quatre parties (4). La plante fleurit en juillet et août.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

Le Cératophylle immergé

Le Cératophylle immergé

 

Le Cératophylle immergé [Ceratophyllum demersum L.] fait partie de la famille des Cératophyllacées. C'est une plante hydrophyte à feuilles submergées.

 

Le petit Cératophylle immergé, aux feuilles en filaments, ne rappelle pas le Nénuphar. Il est pourtant classé dans l'ordre des Nymphéales.

 

Les tissus des Cératophylles sont très simplifiés : un seul vaisseau, rigide, au centre de la tige, entouré de liber, représente son système vasculaire. La structure des feuilles est également différente : celles-ci, divisées en fourche, sont disposées en verticilles sur les tiges.

 

La famille des Cératophyllacées est représentée par le seul genre Ceratophyllum dont les trois espèces poussent dans les régions méridionales de la Russie, l'une en Extrême-Orient, les deux autres étant pratiquement cosmopolites. En Europe, le Cératophylle pousse depuis près de 70 millions d'années, depuis le milieu du Tertiaire.

 

Le Cératophylle immergé pousse dans les eaux dormantes ou à faible courant, dans les mares, les bras morts, mais aussi dans les étangs et, plus particulièrement, en plaine. Il peut pousser en eau profonde où les conditions d'éclairement lui conviennent (lumière diffuse) ; il forme parfois des peuplements denses et continus qui gênent la pêche au filet. Ni lui, ni C. submersum L. ne prospèrent en aquarium où ils périssent au bout d'une saison.

 

C. submersum est une espèce thermophile voisine qui supporte les eaux saumâtres où il remplace C. demersum. Les Cératophylles sont des plantes aquatiques vivaces qui ne peuvent vivre en dehors de l'eau. Les racines sont atrophiées ou même absentes, remplacées éventuellement par de courts "rhizoïdes".

 

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Les feuilles se divisent en filaments disposés en fourches [1 —2 x chez C. demersum (1) et 3 x chez C. submersum (2)]. Sur les tiges, qui peuvent avoir 1 à 2 mètres de long et qui sont ramifiées, les feuilles sont disposées en verticilles. C. demersum fleurit rarement ; les fleurs isolées, sessiles à l'aisselle des feuilles sont unisexuées. Les fleurs mâles ont 10 à 20 étamines et un périanthe à 12 divisions ; il y a environ 10 divisions dans les fleurs femelles et un seul ovaire qui donne une petite noisette à 3 arêtes (3).

 

La floraison, quand elle se produit, a lieu de juin à septembre.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

L'Élodée du Canada

L'Élodée du Canada

 

L'Élodée du Canada [Elodea canadensisMICHX.] fait partie de la famille des Hydrocharitacées. C'est une plante hydrophyte à feuilles submergées.

 

L'Élodée a reçu, dans plusieurs langues, le nom injurieux de "peste d'eau". Les premières plantes sont arrivées en Europe, venant d'Amérique du Nord, vers 1840. Dix ans après, les jardins botaniques d'Europe échangeaient ces plantes intéressantes. Mais il ne leur fallut pas un si long temps pour envahir toutes les eaux qu'elles pouvaient rencontrer. Bien qu'on n'eût fait traverser l'océan qu'à des fleurs femelles incapables de produire fruits et graines, cette peste aquatique se répandit rapidement. Tout fragment de tige voguant sur l'eau donnait rapidement des pousses nouvelles de plusieurs mètres de long, étroitement enchevêtrées. Elle devenait un fléau pour les pêcheurs et la navigation fluviale.

 

L'Élodée pousse à toutes les profondeurs. À l'état frais, c'est un excellent fourrage vert dont la valeur alimentaire vaut celle du Trèfle. On la cultive en aquarium avec l'espèce voisine Elodea densa PLANCH. qui provient de l'Amérique du Sud subtropicale ; en passant par l'Amérique du Nord, elle a été introduite sur les autres continents. On a constaté, en Allemagne, sa présence dans certains canaux.

 

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E. canadensis est une plante vivace, immergée, à tiges articulées, très ramifiées, portant de nombreuses feuilles. Les feuilles poussent en verticilles, généralement par trois (1) ; elles sont sessiles et légèrement dentées. La plante femelle introduite en Europe (la population européenne actuelle est vraisemblablement un clone) fleurit rarement et ses petites fleurs sont pratiquement invisibles de la rive.

 

E. densa a de grandes fleurs femelles (2) d'un blanc lumineux et les feuilles sont groupées par cinq dans des verticilles.

 

Les Elodées fleurissent rarement, de mai à août.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

Le Faux Aloès

Le Faux Aloès

 

Le Faux Aloès [Stratiotes aloides L.] fait partie de la famille des Hydrocharitacées. C'est une plante hydrophyte à feuilles submergées.

 

Dans beaucoup de langues, cette plante porte le nom d'Aloès aquatique (cf. l'allemand : Wasseraloë, le français Faux Aloès). Le nom scientifique de l'espèce, aloides, évoque lui aussi la ressemblance des feuilles et de toute la rosette avec celles de quelques plantes du genre Aloe.

 

Il s'agit pourtant d'une plante aquatique dont la rosette de feuilles s'ouvre tout près de la surface de l'eau. Dans les eaux profondes, on trouve parfois des rosettes submergées, aux feuilles plus fines et bien enracinées dans le fond. Normalement, les rosettes semi-immergées, flottent et les longues racines massives ne se fixent que parfois dans l'eau.

 

Le Faux Aloès pousse dans les eaux dormantes ou à faible courant, dans les mares, les bras morts, formant parfois des peuplements très étendus et impénétrables ; il concourt ainsi au comblement des pièces d'eau et des canaux. Il s'agit néanmoins de plantes assez rares dont le domaine est l'Europe centrale et l'ouest de la Sibérie ; on les trouve isolément dans le nord et le nord-ouest de l'Europe.

 

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Le Faux Aloès est une plante vivace, du court rhizome de laquelle s'élève une rosette de nombreuses feuilles rigides, triangulaires en coupe (1) dont le bord est denté et piquant. Cette particularité expliquerait le nom de la plante, car le mot grec stratiotes signifie soldat, homme armé.

 

Les très belles fleurs blanches sont unisexuées : les fleurs mâles ont de longs pédoncules, de nombreuses étamines dont une douzaine ont des iinihères. Les fleurs femelles sont plus petites, à courts pédoncules et 6 stigmates. Le fruit est une capsule coriace, munie de piquants. La multiplication est surtout végétative : à l'extrémité de longs rejets rampants de la partie inférieure du pied-mère, naissent de nouvelles rosettes de feuilles.

 

Le Faux Aloès fleurit à partir de juin, souvent plusieurs fois jusqu'au début de septembre.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

L'Hippurus vulgaire

L'Hippurus vulgaire

 

L'Hippurus vulgaire [Hippuris vulgaris L.] fait parite de la famille des Hippuridacées. C'est une plante hydrophyte à feuilles submergées.

 

Hippuris est le seul genre de l'unique famille (Hippuridacées) de l'ordre des Hippuridales et les relations avec les autres groupes d'angiospermes sont assez confuses. En tout cas, il n'y a aucun rapport avec les Prêles même si les Hippurus leur ressemblent beaucoup. Il semble qu'il s'agisse d'une ancienne branche d'évolution, développée dès le Secondaire, c'est-à-dire il y a environ 140 millions d'années. On a trouvé leurs restes au Quaternaire, dans les sédiments des périodes interglaciaires. Plusieurs espèces du genre Hippuris poussent aujourd'hui dans l'hémisphère nord et en Amérique du Sud, et, parmi elles, H. vulgaris.

 

Les Hippurus poussent dans les eaux dormantes ou sur les rives le long de cours d'eau, dans la boue et forment des peuplements continus d'aspect assez exotique. Quand elles parviennent à se fixer dans un courant plus rapide, elles adoptent la forme flottante (en ruban), constamment immergée.

 

Les Hippurus supportent bien les basses températures : on les trouve même dans les régions arctiques et antarctiques.

 

L'Hippurus vulgaire est un habitant caractéristique des lacs septentrionaux, sur les bords pauvres en végétation desquels il pousse avec un petit nombre d'autres espèces, comme par exemple Potentilla palustris (L.) SCOP.

 

L'Hippurus vulgaire est une plante aquatique et des marécages, vivace, à long rhizome rampant et tiges dressées, d'environ 40 cm de haut. Les tiges, dans les eaux à fort courant, peuvent atteindre un mètre.

 

La tige est articulée et les feuilles disposées en verticilles.

 

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À l'aisselle des feuilles supérieures qui émergent de l'eau, se forment des fleurs réduites. Elles sont unisexuées et formées soit d'une étamine unique soit d'un seul pistil. Les enveloppes florales sont atrophiées. La disposition des fleurs et la forme des verticilles des feuilles est plus facile à voir sur une coupe transversale de la tige à l'endroit de l'insertion des feuilles (1). Le fruit est une petite drupe sèche.

 

L'Hippurus fleurit de mai à août.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

 

L'Hottonie des marais

L'Hottonie des marais

 

L'Hottonie des marais [Hottonia palustris L.] fait partie de la famille des  Primulacées.

 

C'est une plante hydrophyte à feuilles submergées. Les Hottonies sont sans doute les seules représentantes de la famille des Primulacées dont les feuilles soient découpées en filaments. Cette particularité provient du milieu aquatique dans lequel elles vivent. Nous avons déjà rencontré de nombreux exemples de cette adaptation des feuilles au milieu aquatique. Ces plantes doivent leur nom à P. Hotton, professeur de botanique à Leyde.

 

Hottonia palustris pousse dispersée dans les mares et dans les eaux peu profondes des étangs ainsi que dans les bras morts des rivières. Elle pousse aussi assez souvent dans les sous-bois des aulnaies périodiquement inondées. À l'époque des basses eaux, elle peut y affecter des formes terrestres : la plante possède alors une tige considérablement raccourcie et des feuilles pennées, agglomérées, formant comme une rosette radicale. Elles sont très décoratives vues d'en haut.

 

L'Hottonie se multiplie souvent végétativement par des "boutons" qui passent l'hiver dans la boue ; parfois, avant la floraison, la plante tout entière s'arrache au fond, monte à la surface et ne s'enracine à nouveau dans la vase, qu'à la fin de l'été.

 

H. palustris pousse dans la zone tempérée d'Europe, depuis l'Angleterre et le sud de la Suède jusqu'à l'Oural. Les aquariophiles européens cultivent quelquefois l'espèce nord-américaine H. influta ELL. à la tige plate, originaire des états de l'est des États-Unis.

 

Ce sont des plantes vivaces, de 20 à 60 cm de haut (dans les eaux profondes, on en a trouvé de plus d'un mètre) aux tiges ramifiées, aux feuilles alternes, parfois apparemment verticillées. Le limbe des feuilles est divisé en filaments. À l'aisselle des feuilles apparaissent parfois de petites racines blanches filamenteuses.

 

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Les fleurs se développent sur des hampes de 10 à 30 cm de long. On y remarque parfois, comme chez les autres Primulacées. un dimorphisme floral (hétérostylie). Après la pollinisation, la hampe florale se rétracte avec les fruits mûrissants (1) sous la surface.

 

L'Hottonie fleurit de mai à juin.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

L'Isoète

L'Isoète

 

L'Isoète [Isoëtes lacustris L.] fait partie de la famille des Isoétacées. C'est une plante hydrophyte à feuilles submergées.

 

Les Isoètes constituent un groupe isolé de ptéridophytes dont le biotype est le fond des lacs et des étangs. Avec le genre sud-américain Stylites, ils sont les derniers exemplaires vivants d'une branche d'évolution pratiquement presque disparue, les Lycopodiophytes.

 

Ce groupe a connu son apogée au carbonifère (Primaire) et l'on trouve ses fossiles dans les gisements de charbon. Les vigoureux genres, en arbres de terre ferme, ont depuis longtemps disparu et il ne reste plus qu'environ soixante-dix espèces d'Isoètes dont les plus grands centres d'expansion sont le nord de l'Amérique et la Méditerranée.

 

Dans l'Europe du nord-ouest, subsistent deux espèces dont on trouve des stations isolées en Europe centrale. À la fin de la dernière période glaciaire, les Isoètes étaient beaucoup plus abondants en Europe mais ils se sont réfugiés aujourd'hui dans les lacs glaciaires où ils peuvent vivre entre 0,5 et 5 mètres de profondeur, parfois davantage. Ils sont considérés comme des plantes "reliques". Le nom des Isoètes dérive du grec isos = semblable et etos = année, parce que ces plantes gardent toute l'année le même aspect.

 

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Les Isoètes sont des plantes vivaces, en touffes, aux feuilles linéaires et pointues (1) : celles-ci ont à la base des sporogones surmontés d'une excroissance membraneuse dite lingula (2). Les spores sont de deux ordres : les macrospores, qui donnent naissance aux organes sexuels femelles, et les microspores qui donnent les spermatozoïdes mâles.


I. lacustris et I. echinospora DURIEU sont deux espèces qui ne diffèrent qu'à peine dans la structure fine de la surface des macrospores (3) et dans leur taille, dans la forme des feuilles [coupe de feuille de I. lacustris (4)] et dans la couleur : I. echinospora est d'un vert plus clair, Il est difficile d'indiquer la période de "floraison" : les spores s'échappent des sporogones environ de mai à septembre.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

 

Le Potamot nageant

Le Potamot nageant

 

Le Potamot nageant [Potamogeton natans L.] fait partie de la famille des Potamogétonacées. C'est une plante hydrophyte à feuilles submergées.

 

II n'est pas aisé de choisir un spécimen représentatif parmi les quatre-vingt-dix espèces du genre Potamogeton ; chacun est intéressant à sa manière. Les Potamogétonacées constituent une famille très étendue dont on trouve des représentants sous les tropiques et dans la zone tempérée. Ils s'adaptent facilement au milieu dans lequel ils vivent et sont très variables en particulier dans la forme des feuilles. On trouve des espèces à larges feuilles flottant à la surface (P. natans), des espèces au limbe en filaments et à la manière d'un peigne (P. pectinatus) ou linéaires allongées (P. rutilus).

 

Ce sont des plantes habituellement immergées ou flottant à la surface mais toujours bien enracinées dans la boue du fond. Leurs feuilles et leurs tiges renferment suffisamment de tissus aériens qui alimentent en air les parties immergées de la plante. Elles se multiplient végétativement avec une grande facilité, les parties cassées produisant rapidement des racines. Les oiseaux concourent à leur dissémination : les graines du Potamot ne sont pas digérées et sont ainsi rejetées avec la plante dans les eaux éloignées ou isolées.

 

L'économie des étangs tire profit des peuplements de Potamot (flore molle) et ils sont un abri convenable pour le frai des poissons. Par contre, les colonies cachées de Potamot crépu sont très désagréables pour les nageurs. En grec, potamos signifie fleuve ; geiton, voisin, proche ; Potamogeton désignait jadis certaines plantes aquatiques et ne désigne plus aujourd'hui que le Potamot.

 

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Les Potamots sont des plantes vivaces aux rhizomes solidement fixés dans la boue et aux longues tiges flottantes. Les feuilles de P. natans (1) mesurent jusqu'à 12 cm de long et 6 cm de large ; elles sont longuement pétiolées, coriaces, et nagent à la surface. P. fluitans ROTH. est un Potamot à deux types de feuilles : les feuilles immergées sont étroites, lancéolées, celles qui nagent à la surface sont largement ovoïdes (2). Les feuilles de P. crispus L sont ondulées sur les bords (3).

 

Les fleurs (4) s'épanouissent de juin à août sur des épis dressés émergeant au-dessus de la surface. Elles sont hermaphrodites et le connectif vert assume la fonction du périanthe qui n'est pas développé.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

L'Utriculaire vulgaire

L'Utriculaire vulgaire

 

L'Utriculaire vulgaire [Utricularia vulgaris L.] fait partie de la famille des Lentibulariacées. C'est une plante hydrophyte à feuilles submergées.

 

Les Utriculaires sont des plantes aquatiques, sans racines, mixotrophes, aux feuilles adaptées à la capture des petits animaux aquatiques. (Les plantes mixotrophes sont celles qui, en dehors de la photosynthèse, c'est-à-dire d'une alimentation autotrophe, se procurent les substances qui leur manquent dans le corps d'autres organismes, c'est-à-dire d'une manière hétérotrophe).

 

Entre les segments des feuilles existent des vésicules, d'origine foliaire, fermées par une sorte de valve et ne s'ouvrant que vers l'intérieur. Autour de l'orifice, s'étalent des poils, des antennes, qui réagissent aux contacts. Si par exemple un petit crustacé aquatique heurte une antenne, la valve s'ouvre brutalement et toute la vésicule se dilate. Par là même, elle aspire de l'eau et en même temps l'animalcule qui finit par périr dans la vésicule et dont les substances résultant de sa décomposition sont absorbées par les tissus de la plante.

 

Certains naturalistes attribuent à ces vésicules une fonction natatoire : avant la floraison, elles sont normalement emplies d'air de sorte que la plante flotte près de la surface, les hampes florales émergeant au-dessus.

 

Les Utriculaires sont des plantes rares, disséminées dans les eaux dormantes à fond vaseux, cosmopolites ou circumpolaires dans l'hémisphère nord.

 

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Ce sont de petites plantes aquatiques vivaces, sans racines. (Il arrive que la partie non verte de la plante se fixe dans la boue, comme par exemple chez l'espèce Utricularia intermedia HAYNE). Les tiges sont peu ramifiées, les feuilles sont alternes, palmées, longuement divisées en filaments et portent des vésicules (1a, 1b). Le mot latin utriculus signifie petit sac, bourse.

 

Les fleurs s'ouvrent au bout d'un long pédoncule émergeant à la surface sous forme d'épi ; le calice est composé de deux sépales, la corolle est à deux lèvres, il n'y a que deux courtes étamines.

 

L'Utriculaire fleurit rarement, entre juin et août. Elle se multiplie végétativement par des bourgeons qui passent l'hiver sur le fond.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

L'Hydrocharis Mors de grenouille

L'Hydrocharis Mors de grenouille

 

L'Hydrocharis Mors de grenouille [Hydrocharis morsus-ranae L.] fait partie de la famille des Hydrocharitacées. C'est un hydrophyte à feuilles flottantes.

 

Le Mors de grenouille et le Faux Aloès constituent une exception dans la famille des Hydrocharitacées, essentiellement marines. Dans les mers, poussent neuf genres et trente et une espèces qui, avec les Potamogétonacées, sont les plus fréquents et souvent les seuls représentants des angiospermes dans la flore marine.

 

L'Hydrocharis Mors de grenouille pousse dans les eaux dormantes ou à faible courant, dans les mares, les petits lacs, dans les petites surfaces d'eau où il peut former des peuplements denses et continus. La plante produisant souvent des rejets, de tels peuplements (colonies) sont presque impénétrables, ils assombrissent les eaux et gênent les pêcheurs.

 

L'Hydrocharis est précieux pour étudier le système radiculaire des plantes aquatiques. Il s'agit là de plantes flottantes ou plutôt se soutenant sur leurs feuilles flottantes, dont les racines pendent librement dans l'eau et qui, à la différence des plantes terrestres enracinées dans le sol, conservent pendant toute leur existence leurs poils absorbants ; la surface totale des racines se trouve ainsi multipliée par huit.

 

C'est une plante euro-sibérienne que l'on trouve surtout dans l'ouest et le centre de l'Europe et qui est absente en Écosse, dans le nord de la Scandinavie et le sud de l'Europe. Le nom latin de cette plante semble assez paradoxal car, si Hydrocharis signifie à peu près, "ornement des eaux", "mors de grenouille" signifie "morsure de grenouille" ce qui a une connotation nettement moins agréable.

 

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L'Hydrocharis est une plante aquatique vivace à court rhizome et longues racines ; les feuilles forment des rosettes caractéristiques qui flottent à la surface. On peut distinguer facilement le Petit Nénuphar (Nymphoides peltata) (GMEL.) KUNTZE de l'Hydrocharis qui possède des écailles à la base des pétioles des plantes hors floraison.

 

Les fleurs sont unisexuées et à trois divisions : les fleurs mâles, à l'extrémité de longs pédoncules, ont 12 étamines et se développent à l'aisselle de spathes membraneuses ; les fleurs femelles sont presque sessiles dans les spathes et possèdent 6 stigmates divisés (1). La plante se multiplie souvent par de longs stolons à l'extrémité desquels se développent de nouvelles rosettes de feuilles ou des "boutons" ovoïdes qui passent l'hiver et montent à la surface au printemps.

 

La floraison a lieu de juin à août.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

Le Nénuphar jaune

Le Nénuphar jaune

 

Le Nénuphar jaune [Nuphar lutea (L.) SM.] fait partie de la famille des Nymphéacées. Les nénuphars sont des plantes hydrophytes à feuilles flottantes.

 

Le développement des Nénuphars est d'abord lent : à partir des graines dispersées par les oiseaux aquatiques ou par le courant, naissent des plantules qui ne fleurissent pour la première fois qu'au bout de quatre ans. Les premières feuilles de chaque année se développent dès l'automne de l'année précédente. Dès que la température tombe à 10°C le développement s'arrête et les Nénuphars se préparent à hiverner. Le développement reprend au printemps et, après les feuilles minces, immergées, apparaissent à la surface les caractéristiques feuilles flottantes, plates et coriaces.

 

Le Nénuphar jaune pousse à 80-200 cm de profondeur dans les étangs, les lacs, les mares et les zones calmes ou les bras morts des cours d'eau. Ce sont des plantes euro-sibériennes. La construction de barrages, les déchets industriels dans les eaux, l'excès d'engrais dans les étangs ont provoqué le déclin de ce précieux élément de la flore européenne. Les guérisseurs et les anciens herboristes appréciaient le Nénuphar jaune. Son rhizome contient certains alcaloïdes et un glucoside cardio-tonique ; on l'utilisait comme sédatif pour calmer les grands nerveux, mais à forte dose, il pouvait provoquer la paralysie des centres respiratoires.

 

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Le Nénuphar jaune est une plante aquatique vivace à longs rhizomes (parfois 10 cm d'épaisseur et plus de 2 mètres de long) dont la face inférieure produit les racines et dont la face supérieure bosselée garde la cicatrice des feuilles tombées (1). À l'extrémité du rhizome poussent des feuilles longuement pétiolées dont certaines restent immergées, et d'autres, à nervures ramifiées caractéristiques (2), flottent à la surface. Leur limbe peut atteindre 40 cm de long et 30 cm de large.

 

Les fleurs jaunes s'épanouissent à l'extrémité de longues hampes, de juin à août, et se ferment la nuit. Après la pollinisation, le pistil et son stigmate se transforment en un long fruit en forme de bouteille et à plusieurs loges (3).

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

Le Nénuphar blanc

Le Nénuphar blanc

 

Le Nénuphar blanc [Nymphaea alba L.] fait partie de la famille des Nymphéacées. Les nénuphars sont des plantes hydrophytes à feuilles flottantes.

 

Le Nénuphar blanc pousse dans les eaux dormantes à fond vaseux dans le centre et l'ouest de l'Europe (N. alba est européen, N. candida PRESL euro-sibérien ; ce dernier pousse un peu plus au nord-ouest et on ne le trouve ni en Grande-Bretagne, ni sur le littoral atlantique).

 

Les feuilles flottantes du Nénuphar blanc sont le modèle des feuilles flottantes dont les stomates ne se trouvent que sur la face supérieure (l'endroit) des feuilles. Les fleurs s'ouvrent périodiquement, vers 7 h du matin par temps clair, pour se fermer entre 16 et 17 h. La pollinisation est assurée par les insectes, plus particulièrement par les mouches. Les pétales tombent au bout d'une semaine et le pédoncule floral s'enroule en spirale sous la surface. Il donne une grande capsule charnue qui ressemble à la capsule de pavot.

 

Les rhizomes du Nénuphar blanc fournissaient une substance qu'on utilisait comme calmant pour les nerveux.

 

Les Nénuphars blancs sont des plantes aquatiques vivaces à rhizome ovale (1), d'environ 5 cm d'épaisseur, 30 à 50 cm de long, poussant presque verticalement dans la boue, à la différence des rhizomes du Nénuphar jaune qui poussent obliquement. Les cicatrices dues aux feuilles se répartissent sur toute la surface du rhizome qui peut donner des feuilles sur sa totalité.

 

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Les feuilles du Nénuphar blanc ont des nervures caractéristiques, différentes de celles du Nénuphar jaune. Les feuilles du Nénuphar blanc (Nymphaea alba) (2) ont des lobes cordiformes à leur base, écartés ; celles de N. candida (3) ont des lobes rapprochés, se recouvrant parfois.

 

Les fleurs blanches qui peuvent atteindre parfois 12 cm de diamètre, à nombreux pétales, s'épanouissent de juin à août.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

Le Petit Nénuphar

Le Petit Nénuphar

 

Le Petit Nénuphar [Nymphoides peltata (GMEL.) KUNTZE] fait partie de la famille des Ményanthacées. Comme les nénuphars proprement dits le Petit Nénuphar est une plante hydrophyte à feuilles flottantes.

 

À la différence des Gentianes voisines, qui poussent souvent très haut dans la montagne et très loin vers le nord, la plupart des Nymphoïdés sont des plantes tropicales, thermophiles. Le Petit Nénuphar lui-même aime la chaleur. Il forme des rhizomes de deux sortes :

 

- longs rhizomes de plus d'un mètre à grands entre-nœuds de 8 à 20 cm, pendant l'été ;

 

- courts rhizomes, de 2 à 20 cm de long, en automne.

 

Ce sont les longs rhizomes de l'été qui servent plus particulièrement à la rapide multiplication végétative du Petit Nénuphar. L'aspect des feuilles se modifie également suivant la saison en liaison avec la température et la luminosité : les premières feuilles flottantes, qui apparaissent dès la fin avril, sont vert clair; les feuilles définitives postérieures sont vert foncé et rigides, l'envers est rouge violacé et parsemé de petits points. Les dernières feuilles, celles d'automne, renferment plus d'anthocyane et sont vert violacé foncé. Les Petits Nénuphars qui se développent en eau profonde ont des feuilles immergées plus petites. Sur le fond des étangs asséchés en été, le Petit Nénuphar a une forme terrestre caractérisée par des feuilles à court pétiole.

 

Le Petit Nénuphar est une espèce euro-asiatique : il pousse depuis l'Europe centrale (mais il s'étend jusqu'en Hollande) jusqu'en Chine, mais il a été introduit partout comme plante ornementale et il semble qu'en beaucoup d'endroits il soit retourné à l'état sauvage.

 

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Les feuilles du Petit Nénuphar rappellent par leur aspect les petites feuilles du Nénuphar. Cette convergence, vraisemblablement écologique, a déterminé l'appellation de la plante. C'est une plante vivace dont le rhizome rampant (1) donne naissance à des tiges ovales aux feuilles presque opposées, aux longs pétioles munis de gaines. Les fleurs, à cinq divisions, ont de longs pédoncules; la corolle jaune d'or est en entonnoir dont les lobes sont ciliés et mesurent jusqu'à 3 cm de large. Les fleurs sont pollinisées par les abeilles. Le fruit est une capsule pointue.

 

Les Petits Nénuphars fleurissent en juillet et août.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

Le Plantain d'eau ou Alisma

Le Plantain d'eau ou Alisma

 

L'Alisma Plantain d'eau [Alisma plantago-aquatica L.]  fait partie de la famille des Alismatacées. C'est une plante hélophyte.

 

Les Alismatacées sont des plantes qui, pratiquement, ne peuvent vivre que dans l'eau. C'est une famille cosmopolite qui, à l'exception de l'Antarctique, croît sur tous les continents. L'Alisma Plantain d'eau a, lui aussi, un domaine étendu et pousse (en dehors des régions arctiques les plus rudes) dans tous les continents de l'hémisphère nord. On trouve un Alisma fossile du Tertiaire dans les régions arctiques actuelles.

 

Cette plante est souvent très grande, elle peut avoir près d'un mètre de haut et sa période de végétation est relativement courte : elle fleurit et donne ses graines deux mois après le début de sa végétation.

 

Elle se multiplie aussi végétativement par des bourgeons latéraux. Sa facilité de multiplication fait qu'elle est l'une des premières plantes de rives et de marécages qui apparaisse dans les pièces d'eau nouvelles ou rénovées. On en a vu se développer avec les massettes dans les flaques d'eau de chemins peu fréquentés. L'Alisma prospère surtout sur les rives marécageuses et dans les eaux calmes et peu profondes. Elle se développe dans des eaux plus profondes et prend alors sa forme immergée. Son système radiculaire est puissant et solide.

 

C'est une plante vivace dont la taille dépend de nombreuses conditions externes : elle peut n'avoir que 10 cm mais mesurer aussi un mètre de haut. À partir d'une souche bulbeuse, s'élève une touffe puissante de feuilles à longs pétioles. Les feuilles immergées peuvent être seulement linéaires avec des formes de passage vers les feuilles flottantes, comme cela se produit pour la Sagittaire.

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Les inflorescences sont de grandes panicules ; les ramifications latérales poussent par trois ou davantage, en verticilles. Les fleurs hermaphrodites sont du type trois (1). Elles s'ouvrent de juin à septembre. Les fruits (akènes) ne mûrissent que sur les plantes émergées.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

 

L'Acore calame

L'Acore calame

 

L'Acore calame [Acorus calamus L.] fait partie de la famille des Aracées. C'est une plante hélophyte.

 

De nos jours, nous aurions peine à nous représenter un étang et un lac sans sa végétation d'Acore calame. Il n'en a pas toujours été ainsi. À l'époque de la création de la plupart des étangs européens, c'est-à-dire entre le XIVe et le XVIe siècle, il n'y avait pas trace d'Acore en Europe. Il croissait alors quelque part dans l'est de l'Inde et en Chine sans que l'on puisse préciser davantage. C'est vers la fin du XVIe siècle que les premières souches sont arrivées des environs de Constantinople à Vienne, d'où ensuite, l'Acore s'est répandu dans toutes les eaux douces de l'Europe.

 

L'Acore, quand il n'est pas fleuri, se distingue mal au milieu des Massettes et des Iris mais, par contre, on sent son odeur. Le parfum d'une feuille d'Acore froissée est unique et ne se confond avec aucun autre ; comme d'ailleurs le parfum d'une de ses souches. C'est à elle que l'Acore doit son renom, car on remployait en médecine et en confiserie, dès l'Antiquité en Inde, en Grèce et à Rome. Radix calami aromatici, la racine de l'Acore, est une substance très utile. L'Acore était utilisé pour confectionner des tisanes digestives amères qui étaient réputées donner de l'appétit aux animaux comme aux personnes. On prescrit des bains d'Acore pour les cas de nervosité excessive.

 

Les Acores introduits en Europe et en Amérique fleurissent quelquefois mais les graines ne mûrissent pas. Tous les Acores des peuplements européens actuels sont donc des clones, c'est-à-dire des individus multipliés végétativement.

 

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L'Acore fait partie de la famille des Aracées dont la structure des fleurs est caractéristique.

 

Les petites fleurs (1) sont agglomérées sur un spadice gros comme un doigt qui est entouré par une spathe verte, très semblable aux feuilles et continue dans le sens de la tige. L'inflorescence, le spadice, apparaît donc comme latérale (2) bien qu'elle soit au sommet.

 

Les feuilles de l'Acore sont brillantes, en longs rubans, parfois frangées sur le pourtour du limbe.

 

Les rhizomes renferment jusqu'à 4% d'essences, de sels et le séchage fait apparaître des tanins. L'odeur est attribuée à des aldéhydes.

 

L'Acore fleurit en juin et juillet.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

La Baldingère

La Baldingère ou Ruban de bergère

 

La Baldingère ou Ruban de bergère ou Phalaris [Phalaris arundinacea L.] appartient à la famille des Poacées (ex-Graminacées). Il s'agit d'une plante hélophyte.

 

La Baldingère, surtout quand elle n'est pas en fleurs, est souvent confondue avec le Roseau par les profanes. Elle lui ressemble un peu par la couleur et la rugosité des feuilles. Elle pousse très souvent au bord des eaux, dans les fosses et dans les prairies humides. Elle ne souffre pas des variations du niveau de l'eau, il semble au contraire que cela lui soit profitable. Elle pousse très souvent sur les rives des cours d'eau où elle forme des peuplements caractéristiques dans les méandres et les zones calmes, à l'écart du courant principal.

 

Le Phalaris peut constituer un bon aliment pour les chevaux et le bétail : on prétend que manger du Phalaris donne au chevaux un poil très lustré et que les vaches donnent alors du beurre d'une saveur d'une particulière délicatesse. On a même développé des cultures de Phalaris dans les prairies difficiles à drainer.

 

La Baldingère pousse dans presque toute l'Europe, dans l'ouest, le nord et l'est de l'Asie et en Amérique du Nord. C'est donc une espèce circumpolaire ; on considère qu'elle a été introduite dans le sud de l'Afrique.

 

On cultive comme plante d'ornement dans les jardins des variétés panachées : la variété 'Picta' (Ruban de bergère) a des feuilles bigarrées, la variété 'Elegans' est rayée de blanc.

 

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La Baldingère est une herbe vivace vigoureuse à rhizome rampant. Les chaumes se terminent par une panicule assez grande, étroite et lobée. Avant la floraison, celle-ci est blanc verdâtre teinté de rouge puis, comme toute la plante quand elle s'est desséchée, jaune paille (1). Mais elle ne se disloque pas et reste sur les chaumes jusqu'à la saison suivante. Cela donne aux peuplements de Phalaris leur aspect caractéristique.

 

Les épillets de l'inflorescence n'ont qu'une fleur (2), hermaphrodite et l'on y trouve les restes (les enveloppes) de deux autres fleurs atrophiées.

 

La Baldingère fleurit en juin et juillet.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

 

Le Butome en ombelle

Le Butome en ombelle

 

Le Butome en ombelle [Butomus umbellatus L.] appartient à la famille des Butomacées. C'est une plante hélophyte.

 

Les Butomacées sont des plantes des eaux et des marécages. Leur seul représentant, Butomus umbellatus, pousse dans toute l'Europe, à l'exception des régions septentrionales de l'Écosse et de la Scandinavie, il ne pousse pas dans les montagnes très élevées. Son aire d'extension continue s'étend jusqu'au centre de l'Asie.

 

Le Butome pousse dans les plaines et les collines qui jouissent d'une température clémente. On le trouve dans les mares, les étangs et les lacs, sur les rives et au milieu des roselières, de préférence dans la vase. Il a des feuilles étroites, rubanées, très fermes et qui, comme celles des Rubaniers et des Massettes, servaient à tresser des nattes et des paniers.

 

On utilisait jadis la racine amère dans la médecine populaire sous le nom Radix Junci floridi. L'aspect de ses feuilles et son habitat évoquaient sans doute le Jonc (Juncus) pour nos ancêtres, mais la fleur est plus colorée.

 

Le Butome en ombelle est une plante vivace dont le robuste rhizome donne naissance à des feuilles étroitement rubanées (linéaires), élargies en gaine à la base, puis en gouttière, puis plates à l'extrémité et mesurant jusqu'à 2 mètres de long.

 

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L'inflorescence naît au sommet d'une hampe ovale. Les fleurs (1) sont régulières, hermaphrodites, du type trois. Les fruits sont des follicules (2) renfermant des semences légères, qui peuvent flotter. Ces graines germent facilement, même après avoir passé une longue période hors de l'eau. Néanmoins, le Butome se multiplie plus souvent végétativement par les bourgeons du rhizome.

 

Il fleurit de juin jusqu'en août.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

La Grande Glycérie

La Grande Glycérie

 

La Grande Glycérie [Glyceria maxima (HARTMAN) HOLMBERG] appartient à la famille des Poacées (ex-Graminacées). C'est une plante hélophyte.

 

La Glycérie est, après le Roseau et la Massette, la troisième grande composante des hautes roselières des rives. Comme ces deux autres plantes, elle s'est montrée une plante utile. À l'aube de l'histoire, les caryopses de la Glycérie flottante [G. fluitans (L) R.BR.] récoltées et moulues en semoule servaient de nourriture (manne) en période de disette ; les feuilles servaient à confectionner des toitures.

 

La Grande Glycérie est une plante circumpolaire dont les centres d'expansion se trouvent dans l'ouest, la centre et l'est de l'Europe, dans le centre de l'Asie et dans la partie non arctique de l'Amérique du Nord ; la Glycérie flottante vit en Europe où elle s'étend plus au nord que la Grande Glycérie, et dans un petit nombre d'endroits de la côte atlantique de l'Amérique du Nord.

 

La Grande Glycérie est une robuste plante qui forme des peuplements étendus et monotones (les prairies "à Glycéries"), dans les eaux peu profondes. Elle supporte bien les basses températures et sa période de végétation est longue. Grâce à une multiplication végétative intensive, elle supporte bien la fauchaison ou les dégâts causés par exemple par le rat musqué. Dans les eaux profondes et courantes (les canaux d'alimentation des étangs par exemple), elle forme des feuilles submergées ou flottantes et ne fleurit pas.

 

La Glycérie flottante est appréciée dans l'économie des étangs car elle indique de bonnes conditions pédologiques et parce qu'elle assure aux poissons des refuges et des lieux de frai.

 

Les Glycéries donnaient un bon fourrage sucré pour le bétail et les chevaux. De là vient probablement leur nom, glykeros. en grec, signifiant sucré ; mais on peut aussi en chercher l'étymologie dans une caractéristique des caryopses de la Glycérie flottante, la manne, qui renferme 40% de sucre assimilable.

 

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La Grande Glycérie (1a) est une plante vivace qui atteint souvent 2,5 mètres, à long rhizome rampant et peu profondément immergé. Les chaumes rigides sont lisses et brillants ; l'inflorescence est une panicule étalée assez épaisse. Les épillets (1b) ont plusieurs fleurs jaune verdâtre ou violacées.

 

La Glycérie flottante est également vivace ; les feuilles ont 50 à 200 cm de long. Les chaumes fertiles n'ont que 30 à 100 cm de haut et se terminent par une panicule unilatérale (2) dont les ramifications, en pleine floraison, sont presque horizontales.

 

Les Glycéries fleurissent de mai (juin) jusqu'en août.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

L'Iris jaune

L'Iris jaune

 

L'Iris jaune [Iris pseudacorus L.] appartient à la famille des Iridacées. Il s'agit d'une plante hélophyte.

 

L'Iris jaune n'est pas une plante très abondante : bien qu'il se multiplie végétativement avec facilité, il disparaît rapidement de ses lieux d'origine et c'est pourquoi, dans un certain nombre de pays, il est protégé. La disparition de l'Iris jaune est due surtout aux anciens herboristes qui récoltaient la plante et prescrivaient la "racine" (rhizome) de l'Iris contre les hémorragies (dans l'herbier de Mattiolla contre les hémorroïdes). À l'époque où Acorus calamus L. est apparu en Europe, le rhizome de l'Iris était appelé Radix Acori palustris (racine d'Acore des marais) et l'Iris lui-même Faux Acore. Cela résulte sans doute de la ressemblance des feuilles des deux plantes et de certaines autres propriétés communes. Le rhizome de l'Iris jaune était également mis en conserve dans le vin et utilisé comme remède contre la jaunisse.

 

On peut démontrer la flétrissure par le froid par l'exemple des feuilles persistantes de l'Iris jaune. Les feuilles normalement rigides se fanent par basse température. Cela résulte de la déshydratation car les feuilles vertes transpirent même en hiver mais les organes souterrains, dans le sol gelé ne peuvent leur procurer de l'eau. On peut observer le même phénomène chez les plantes ligneuses toujours vertes telles que les rhododendrons.

 

Le nom grec Iris désignait l'arc-en-ciel. Les fleurs de nombreux Iris, en particulier celles des hybrides horticoles modernes, ont en effet des couleurs éclatantes. Finalement, à côté d'eux, l'Iris jaune est une plante modeste.

 

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Il est vivace, mesure 50 à 100 cm de haut et possède un vigoureux rhizome ramifié, la tige est dressée, légèrement aplatie, ramifiée, terminée par des fleurs à long pétiole qui poussent à l'aisselle des feuilles vertes. Ces feuilles ont une forme gladiolée caractéristique ; elles sont plus longues que la tige fleurie. Le fruit est une grande capsule triangulaire, arrondie et pointue (1).

 

L'Iris jaune pousse disséminé au bord des étangs et des plans d'eau, dans la broussaille des rives et dans les aulnaies dans presque toute l'Europe, à l'exception des régions arctiques ; il s'étend jusqu'à l'ouest de la Sibérie.

 

II fleurit en juin.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.

La Massette à larges feuilles

La Massette à larges feuilles

 

La Massette à larges feuilles [Typha latifolia L. ] appartient à la famille des Typhacées. Il s'agit d'une plante hélophyte.

 

Les Massettes poussent partout où l'eau stagne, ne serait-ce qu'un court instant, même dans les flaques sur les routes. Les plus répandues sont probablement les Massettes à larges feuilles qui poussent dans le monde entier et donc dans tout l'hémisphère nord. T. angustifolia L, la Massette à feuilles étroites, est également une espèce circumpolaire dont les centres d'extension se trouvent dans l'est de l'Amérique du Nord, en Europe et dans le nord-ouest de l'Asie.

 

Les Massettes sont de gros producteurs de biomasse. Elles poussent en grands peuplements homogènes sur les rives des eaux dormantes ou vives, pouvant être recouvertes d'eau de façon continue jusqu'à la moitié de leur hauteur. Leur multiplication végétative par les rejets souterrains est très active de sorte qu'elles occupent rapidement les eaux peu profondes. À l'état frais, les Massettes constituaient un fourrage de complément pour le bétail et leurs rhizomes servaient à nourrir les porcs. Elles ont un ennemi naturel, le rat musqué, qui est capable de dévaster rapidement de grandes surfaces.

 

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Les Massettes sont des plantes vivaces, souvent très vigoureuses, atteignant jusqu'à 3 mètres de haut. Dans la boue, elles se multiplient par de vigoureux rhizomes tendres partant du pied-mère dans tous les sens (1a, 1b). Au cours d'une saison, un peuplement de Massettes peut ainsi devenir le triple de ce qu'il était.

 

L'inflorescence se compose de deux spadices : l'inférieur femelle et le supérieur mâle. Chez la Massette à larges feuilles, ils sont immédiatement réunis (2), alors que chez la Massette à feuilles étroites ils sont séparés de 1 à 9 cm (3). L'inflorescence mâle disparaît rapidement après la floraison, les fleurs femelles donnent des akènes à longs poils.

 

Les fleurs de Massettes (hermaphrodites, sans périanthe, limitées à 3 — rarement 1 à 7 — étamines ou un pistil) fleurissent en juillet et août.

 

Source :

V. Vetvicka (1981). - Plantes du bord de l'eau et des prairies. Ed. Gründ.