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17/10/2011

Retour du Loup : le point de vue de l'historien

loup,retour du loup,historien,jean-marc moriceau,sciences et avenirLe Loup : le retour en grâce

d'un roi maudit ?

 

par Jean-Marc Moriceau

 

Jean-Marc Moriceau, historien, est spécialiste de l'histoire des campagnes. Professeur à l'université de Caen et président de l'Association d'histoire des sociétés rurales, il conduit actuellement une enquête européenne sur les relations entre l'Homme et le Loup.

 

Le texte ci-dessous cumule des entretiens avec Jean-Marc Moriceau (Sciences et Avenir n° 774 août 2011 p. 94, propos recueillis par Rachel Mulot et François Folliet et Sciences et Avenir hors série n° 170 avril/mai 2012, pp.60-63, propos recueillis par Andreina de Bei).

 

Dans ses ouvrages, appuyés sur des sources abondantes et détaillées, Jean-Marc Moriceau a répertorié jusqu'à 4702 attaques de loups sur l'homme en France entre le XVe et le XXe siècle. Cet éclairage comportemental précisément contextualisé a provoqué de vives réactions dans les milieux sensibles au sort du Loup. En effet, Canis lupus, disparu de France autour de 1930, n'a jamais cessé, depuis son retour naturel d'Italie en 1992, d'exciter les passions de ses partisans et détracteurs. Animal protégé internationalement par la Convention de Berne (1979) et en France par un arrêt de 1996, le Loup a progressé dans notre territoire, du Massif Central jusqu'aux Vosges, où la présence d'un deuxième individu a été confirmée cet hiver par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. On en compterait en tout aujourd'hui à peu près deux cents.

Depuis l'Antiquité, et jusqu'à sa protection en France en 1992, l'animal a été perçu comme l'ennemi public n°l. Objet de haine et de fascination, le Loup a subi la fureur des hommes, jusqu'à l'éradication. Le Loup est un révélateur des sociétés.

 

Le Loup a été construit comme un ennemi public

 

Le Loup est un animal politique. Il a servi d'épouvantail et d'adversaire aux sociétés humaines depuis le VIe  siècle avant notre ère. Nous lui avons mené une véritable guerre, deux mille ans durant. Mais la France est le seul pays où la lutte a pris un tour institutionnel avec la mise en place de la Louveterie, un corps d'agents publics consacré à sa destruction, formellement établi au XIVe siècle. La France étant un État centralisé, ce carnassier servait d'ennemi intérieur en temps de paix : on comptait jusqu'à 20 000 loups à la fin du XVIIIe siècle, s'immisçant jusque dans les villes.

 

La peur viscérale de cet animal est justifiée

 

J'ai documenté plus de 3000 attaques sur l'Homme en France entre le XVe et le XXe siècle. Un chiffre non exhaustif... Des réalités effectives ont nourri l'imaginaire du Loup. Jusqu'en 1880 en Dordogne, les attaques ont créé des psychoses collectives, L'animal a disparu dans les années 1930, mais jusqu'en 1940-1950, on savait qu'était le Loup. Cependant, la mémoire s'est effilochée. Une autre image, positive celle-là, est alors venue du Grand Nord canadien, où l'animal n'est pas en concurrence avec l'Homme. Pourtant, des attaques ont encore lieu. Ainsi, en Espagne, quatre enfants ont été tués entre 1962 et 1971. En France, le risque est infinitésimal, mais il n'est pas nul. Certes, les victimes sont peu nombreuses, mais il y a une transgression anthropologique terrible : l'Homme est dévoré vivant.

 

Que dit l'image du loup de notre société ?

 

Le Loup est un révélateur du fonctionnement des sociétés et de leur rapport à l'espace. Cet animal intelligent et opportuniste met en lumière les faiblesses de notre organisation. Il est aussi un ferment de division : c'est le seul animal qui ait autant excité les passions économiques, culturelles et politiques. Il éclaire aussi la fragilité de notre occupation de l'espace. Aujourd'hui, nous sommes divisés pour savoir s'il faut le protéger ou le réguler. Depuis son retour naturel en France en 1992, les attaques sur le bétail ont été multipliées par quatre ou cinq. Il est désormais présent dans une douzaine de départements. Notre culture d'élevage extensif et à l'air libre, souvent pour la viande, offre des secteurs très exposés.

J'ai étudié les luttes menées par l'Homme contre le Loup : il s'agissait de tenter de répondre à une question de société actuelle : quelle est la place de l'animal sauvage ? Car elle fait aujourd'hui débat au sein de l'opinion publique, eu raison de l'intérêt suscité par la préservation de la biodiversité et des contradictions qu'elle soulève en termes de développement durable. Les historiens étaient plutôt absents de la discussion.

 

Que représentait pour l'homme cet animal que l'on a voulu « éradiquer » ?

 

Au départ, il n'était pas question d'éradiquer le Loup, mais simplement de le repousser hors de la zone d'emprise de l'humain afin de prémunir celui-ci d'un danger. Car, pendant des siècles, l'Homme a été conscient de son impuissance à venir à bout de cet animal. La question de "l'extermination" ne s'est posée qu'au XIXe siècle, quand les moyens techniques et le contexte politique se sont prêtés à une entreprise de cette nature. Le Loup représentait alors essentiellement un concurrent de l'Homme pour l'alimentation, puisqu'il restai! le seul grand prédateur camivore en Europe et ponctionnait régulièrement le bétail en tout genre. Occasionnellement s'ajoutait à cette menace un comportement véritablement dangereux pour les humains, de la part soit de loups enragés s'attaquant à tous les êtres vivants rencontrés sur leur passage, soit de loups prédateurs à comportement anthropophage. Agresseurs de l'Homme, ils transgressaient clairement l'ordre naturel des choses.

 

Le loup porte une charge symbolique

 

Une charge récupérée par l'Église. Il faut s'imaginer qu'en France, il y a eu jusqu'à 20 000 loups, largement répandus dans tout le pays. Lorsque se produisaient des attaques sur l'homme - agressions traumatisantes et répétées -, il était très difficile d'identifier les coupables. Dans un pareil contexte, le lien avec les bêtes apocalyptiques décrites par les Écritures, mis en évidence par les sermons des clercs, devenait incontestable : aux yeux de l'Église, ces drames que l'on n'arrivait pas à éviter étaient souvent considérés comme des signes de la colère divine.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, le Loup a été l'emblème majeur du "sauvage" s'opposant à la civilisation. Le représentant d'un ordre différent de celui des humains. C'est un animal extrêmement intelligent, résistant, qui s'adapte à tous les environnements, et qui non seulement défiait l'Homme mais parvenait à lui résister, y compris lors de battues organisées. Il a fallu attendre sa quasi-disparition en France pour que, par exemple, une démarche de type naturaliste gagne du terrain, auprès des louvetiers), afin de tenter de juguler l'extinction totale de l'espèce. Ce mouvement a en quelque sorte anticipé le retournement dont fait l'objet de nos jours l'image du loup.

Le Loup a changé d'image en plusieurs étapes. La première, fondamentale, c'est sa disparition physique - définitive après la guerre de 1914 -, qui a entraîné la fin de l'insécurité. Les attaques sur les troupeaux ont cessé, permettant à l'élevage de se reconfigurer géographiquement. Les agressions sur l'Homme, de la part de loups prédateurs jusque vers 1820-1830 et de loups enragés jusque vers 1880, se sont également arrêtées. Dans ces conditions, l'imaginaire négatif traditionnel attaché à l'animal qui n'avait jamais été dompté a commencé à s'effilocher. Par la suite nous sont parvenues d'Amérique du Nord des images de loups habitant d'immenses espaces sauvages, où les rapports avec l'Homme n'avaient pas lieu d'être conflictuels. Ces icônes séduisantes allaient préparer le terrain à une véritable entreprise de "réhabilitation" de l'animal.

Un premier décalage existe entre une opinion publique qui se convertit de plus en plus à l'idée de défendre la biodiversité et des milieux économiques, certes très limités, mais directement concernés par la présence d'un animal qui peut se révéler perturbateur. Cette tension est rendue plus complexe encore par le statut du loup, protégé par des conventions internationales et par la législation européenne, mais dont la présence fait néanmoins l'objet d'aménagements tenant compte indirectement et a posteriori des dégâts qu'il provoque. Le Loup ne peut pas faire bon ménage avec l'élevage. Il ne peut être strictement protégé : dans certaines régions de France, les "dommages collatéraux" que provoque son développement sont modestes, dans d'autres, ils sont beaucoup plus importants. De mon point de vue, il semble intelligent de garder en tête cette différence d'échelle afin d'éviter d'avancer des discours absolutisants.

 

Relations avec le milieu scientifique, plus précisément avec les biologistes ou les zoologues

 

Mes rapports avec les biologistes sont bons, après avoir été conflictuels. Le Loup semblait leur appartenir au premier chef ! Il existe une sorte de guerre des territoires qui fait qu'un historien, dès qu'il s'approche du loup, suscite au mieux par son prétendu manque de connaissances le sourire amusé des biologistes. Aujourd'hui, la situation a évolué, même si l'attitude de certains de ces spécialistes me laisse perplexe, notamment lorsqu'ils relativisent la dangerosité du Loup pour l'Homme de peur de compromettre l'opinion favorable du public à son égard. Malgré ces positions à mon sens trop prudentes, des collaborations sérieuses avec des biologistes m'ont permis d'avancer.

 

Comment peut-on, in fine, cohabiter ?

 

Selon moi, la cohabitation avec le Loup, extrêmement complexe, est quasiment impossible. Le Loup est un animal sauvage, et son retour naturel en France depuis vingt ans pose de réelles difficultés d'aménagement et de gestion des milieux agropastoraux. À la différence des décideurs et de l'opinion publique, ces derniers subissent au jour le jour les conséquences de sa présence. Je le répète, il nous incombe de faire des choix et d'avoir une vision claire de la question ; une vision qui tienne compte des contraintes posées par une politique de gestion efficace. Je plaide pour l'organisation d'"états généraux du Loup" rassemblant non seulement des scientifiques français et étrangers de différentes disciplines, mais aussi tous les acteurs touchés par la question.

 

Cohabite-t-on mieux avec lui en Espagne et en Italie ?

 

Une sensibilité écologiste fait du Loup "un mal français". Cela est faux. En Espagne, il y a du braconnage et des plans d'abattage draconiens. Le pays a obtenu un statut dérogatoire à la convention de Berne qui autorise sa mise à mort au nord du fleuve Duero s'il se révèle gênant.

 

Notre relation avec les animaux, sauvages et libres par excellence, passe encore par la domination

 

Il ne faut pas oublier que la planète, depuis quelques millions d'années, et surtout quelques dizaines de milliers, est sous la maîtrise d'une espèce particulière, l'espèce humaine, dont la survie et le développement sont considérés, à tort ou à raison, comme primordiaux. Simplement, depuis plusieurs décennies, nous avons pris conscience de l'existence des autres espèces et de l'obligation de les préserver. L'équilibre est donc perçu différemment.

 

Que peut apporter l'historien à cette question ?

 

L'expérience de deux millénaires de lutte : il a été démontré à toutes les périodes de l'histoire que les mesures de compensation et de protection pouvaient réduire les préjudices mais pas éliminer les risques et dommages collatéraux. La chaîne liée à la présence du Loup est bien plus compliquée que "brebis tuée, indemnité et point barre". Il y a le stress des éleveurs et celui des bêtes, qui altère leur production. De même, la concentration et la protection des troupeaux compromettent aussi l'entretien des alpages Si l'on veut favoriser le retour du loup, il faut donc aller bien au-delà du régime indemnitaire.

 

Que préconisez-vous ?

 

Que voulons-nous ? Un retour du Loup sur tout le territoire ? Seulement dans certains espaces ? Chaque année, scientifiques, écologistes, chasseurs et bergers devraient se réunir pour assurer une gestion zonale, considérer les risques sans abdiquer le souci de la préservation. Pour cela il faut quitter la vulgate biologique "le Loup n'attaque pas l'Homme". À mon sens, l'animal devrait être protégé non pas sur tout le territoire mais dans certains espaces aménagés. Car nous marchons actuellement sur la tête : un éleveur doit attendre de voir ses bêtes éventrées pour demander l'autorisation de tirer sur tel ou tel animal dérangeant.

 

Pour en savoir plus :

 

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Histoire du méchant loup. 3000 attaques sur l'homme en France XVe - XXe siècle, Fayard, 2007.

L'Homme contre le loup. Une guerre de deux mille ans, Fayard, 2011 479 p. 26 €.

 

Critique de l'ouvrage de Jean-Marc Moriceau par Roger Mathieu, médecin et naturaliste, "ouvrage qui semble plus relever de la compilation laborieuse que d'une véritable enquête. Le texte intégral de Roger Mathieu est visible sur le forum de discussion de loup.org.

 

Mise au point sur ce livre par Pierre Jouventin (Ajout janvier 2013)

 

dans un article publié dans "Pour la Science" de janvier 2013, pp. 42-49 intitulé : La domestication du loup

 

Moins dangereux que le chien

 

Le loup a toujours occupé la première place dans notre imaginaire animalier. Pour autant, les connaissances précises sur ses mœurs dans la nature, pour la plupart acquises par les biologistes nord-américains, datent de moins d'un demi-siècle. Aussi n'est-il pas étonnant que sur un sujet aussi crucial que le danger que cet animal représente pour nous, les avis s'opposent d'une discipline et d'un continent à l'autre. Jean-Marc Moriceau, historien membre de l'Institut universitaire de France, a sous-titré 3 000 attaques sur l'homme en France xve-xxe siècles son livre récent Histoire du méchant loup. Mais en Amérique du Nord, la prime qui avait été promise à celui qui prouverait une attaque sur un humain n'a jamais pu être attribuée… Il est en fait très difficile de distinguer les véritables attaques de celles de loups enragés et de chiens errants, autrement plus communes. Depuis 20 ans que le loup est de retour en France, aucune morsure de loup sur l'homme n'a été signalée, alors que des milliers de personnes mordues par des chiens se présentent chaque année aux services d'urgences ; 33 d'entre elles sont mortes en 20 ans… Comme le requin, le loup a très mauvaise réputation, sans doute parce que les cadavres dévorés à la suite de suicides ou pendant les guerres ont été interprétés comme des victimes d'attaques. En tout cas, aujourd'hui en France, le loup représente un risque statistiquement nul, alors que les morsures de chien constituent un problème de santé publique…

 

 [Pierre Jouventin, écoéthologue et directeur de recherche émérite du cnrs, a dirigé pendant près de 15 ans le Laboratoire cnrs d'écologie de Chizé, dans le département des Deux-Sèvres.]

 

Plus de renseignements sur le Loup en France :

http://loup.org/spip/IMG/pdf/ddploupsfepm_dec2012.pdf

 

Quel est l'animal le plus dangereux pour l'Homme ?

Le loup (le retour) et l'agneau (le départ ?)

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par Christian Deverre

  • INRA-SAD-Avignon, unité d'Écodéveloppement
    domaine Saint-Paul, site Agroparc, 84914 Avignon cedex 9
    deverre@avignon.inra.fr

Après quelques années de doutes et de controverses sur sa possible réintroduction volontaire, la cause paraît dorénavant entendue : le retour du loup dans le massif alpin est un phénomène naturel. Le suprême prédateur a repris tout seul sa place d'espèce-clé des écosystèmes montagnards. Son retour et son expansion rapide témoignent de la bonne santé retrouvée de la nature dans cette région et sont, dans le même temps, les garants du rétablissement des équilibres entre les composantes de cette nature. Ils assurent la régulation future des fonctionnements écologiques.

 

Dès lors, pour les amis du loup, les obstacles qui freinent ce sain retour ne peuvent être que traités comme des entraves à cette harmonie naturelle en voie de rétablissement. Et l'hostilité des bergers à la présence du loup, la première et principale manifestation de son refus, ne peut être interprétée que comme la poursuite condamnable de la prétention humaine à remodeler l'univers en artifices productivistes. Les éleveurs montagnards, dont les proches ancêtres sont d'ailleurs responsables de la disparition temporaire de l'animal, sont dorénavant tenus de mieux respecter les fonctionnements écologiques et de s'y adapter s'ils veulent continuer à être tolérés sur des territoires reconquis par la nature.

 

Cette argumentation, qui renouvelle en la renversant la barrière ontologique édifiée depuis la Genèse entre l'homme et la nature, soulève néanmoins un certain nombre d'interrogations, tenant en particulier à la nature de cette nature que l'on vise à protéger, et dont le retour du loup serait le symbole.

 

La qualité retrouvée des espaces naturels dans lesquels revient l'animal serait d'abord due à l'allégement de la "pression anthropique", à l'amoindrissement de l'impact des activités humaines sur ces territoires ; bref, elle serait la conséquence bénéfique de la "désertification" rurale, particulièrement sensible dans les régions montagnardes. Cependant, outre le fait que le phénomène de dépeuplement humain a peu à voir avec des lois naturelles et beaucoup plus avec les transformations de la géographie du capital et de la politique agricole, ces " déserts " montagnards sont-ils vraiment l'objet d'un abandon des attentions de la société ? Ne sont-ils pas seulement l'objet d'une transformation de ces attentions ? A côté des stations de ski et des chasses privées, les parcs nationaux, réserves et autres conservatoires naturels ont peu à peu remplacé les finages et communaux villageois, mais ils sont loin d'être des sanctuaires où une nature sans hommes reprendrait seule ses droits. La mise en défens de ces territoires à certaines activités s'est accompagnée de multiples interventions tout aussi humaines depuis les réintroductions de faune " sauvage " jusqu'aux plans de " gestion " de celle-ci, en passant par les suivis floristiques et faunistiques plus ou moins systématiques, les nombreuses réglementations régissant la chasse, la cueillette et la fréquentation des sites et leurs zonages correspondants, tous légitimés par des " listes rouges ", directives et conventions nationales ou internationales. La nature qui s'est épanouie dans ces espaces protégés correspond à un mélange complexe entre des potentialités biologiques liées aux facteurs du milieu et des choix que leurs administrateurs ont fait au nom de la société, en notre nom.

 

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Ce qui est paradoxal dans la situation actuelle, c'est que les administrateurs des choix sociaux de la nature se sont, de manière croissante ces dix dernières années, appuyés sur les activités pastorales pour accompagner les plans de gestion des territoires confiés à leurs soins. Ce sont à des éleveurs, transhumants ou locaux, qu'ont été largement confiées les tâches de maintenir l'ouverture de milieux favorables aux espèces végétales et animales fragiles et menacées par l'extension de la forêt ; c'est à eux que l'on a demandé de contribuer à 1'entretien des alpages et des mosaïques paysagères favorables aux ongulés sauvages comme aux grands rapaces. Au travers d'incitations financières comme les mesures agri-environnementales, les propriétaires de troupeaux domestiques ont été encouragés à reconquérir des espaces embroussaillés, pauvres en biodiversité et menacés par les incendies, et des bergers alimentent les charniers qui facilitent la réintroduction des vautours. Dans l'élaboration des futurs plans de gestion des sites du réseau Natura 2000, l'élevage se voit confier un rôle central dans tout l'arc alpin et en général dans toutes les zones montagnardes où l'on annonce l'inéluctable et prochaine réapparition des loups.

 

Les menaces que fait peser cette réapparition sur la poursuite sereine des activités pastorales encouragées au titre de la protection des espaces naturels ne plongent-elles pas les naturalistes lycophiles dans le doute ? À moins, mais c'est bien sûr impossible, que certains d'entre eux n'établissent implicitement une hiérarchie dans leurs préférences naturelles, plaçant les grands prédateurs à un rang supérieur à celui de l'Iris nain ou du Gypaète barbu ? Le loup, animal particulièrement adaptable à une grande variété d'habitats, peut subsister dans des zones presque entièrement boisées, pourvu qu'elles accueillent aussi des ongulés, et il ne souffrirait pas spécialement de la disparition des chaînes trophiques liées aux espaces ouverts que les troupeaux domestiques contribuent à conserver. Mais, au regard des connaissances écologiques actuelles en matière de biodiversité et des inventaires internationaux des espèces et habitats protégés, comment la préservation d'un seul animal, certes répertorié dans la Convention de Berne, pourrait-elle se justifier sur ces territoires au détriment sans doute de dizaines d'autres espèces ?

 

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Certes, peu de protecteurs du loup sont prêts à tenir un langage aussi radical. La grande majorité d'entre eux affirme sa volonté de réfléchir aux conditions de la cohabitation entre loups et troupeaux dans les espaces montagnards. Mais leurs propositions pratiques ne concernent que des aménagements des seules pratiques pastorales, rétablissant ainsi le fossé entre la vraie nature, celle sur laquelle on ne peut intervenir sans la dénaturer - ce qui amène à rejeter avec dégoût, par exemple, l'institution de réserves à loups dans certaines zones boisées -, et l'autre, l'anthropique, que l'on peut manipuler à souhait. Gardiennage plus actif, présence d'aides-bergers et de chiens de protection, confinement des troupeaux domestiques la nuit sont ainsi proposés pour limiter les prélèvements des loups. Chacune de ces "solutions" pose, en sus des difficultés économiques de mise en œuvre, de nouveaux problèmes écologiques (dégâts possibles des chiens au " reste " de la faune sauvage, érosion des sols et pollution des eaux causées par la concentration de ruminants confinés dans des parcs...). Et bien sûr, la "part du loup", même réduite, n'est jamais complètement exclue. Ce dernier élément, inéluctable dès lors que l'on se refuse à cantonner les prédateurs, est supposé pouvoir être réglé par le biais d'indemnisations monétaires dont on discute si elles doivent être, comme aujourd'hui, distribuées selon le nombre de têtes prélevées, ou plus globalement forfaitaires, contractuelles. Et là encore, le fossé entre nature sauvage et nature domestique est inlassablement recreusé : la relation proie-prédateur n'est pas traitée dans ce cas selon le modèle écologique de la concentration d'énergie sur une chaîne trophique, avec ses régulations propres, mais sur le mode dichotomique entre l'animal naturel, qui accomplit ses fonctions vitales, et l'animal domestique, ravalé au rang de simple marchandise, nié en tant qu'objet biologique, unité interchangeable avec de la monnaie. La partition s'accentue encore lorsque, alors que l'on affirme que l'unité de base de la vie sociale du loup est la meute, on nie de fait la réciprocité au troupeau domestique en ne prenant pas en compte les effets d'une attaque sur les ruminants témoins survivants, blessures par bousculades, stress, insomnies, avortements.

 

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Faut-il lire au travers de ces quelques remarques et interrogations un nouveau plaidoyer en faveur d'une ruralité archaïque opposée à la réhabilitation de la nature sauvage ? Sans doute, si l'on considère que leur auteur n'est pas insensible à la détresse humaine que provoque l'injonction faite à tout un groupe professionnel, beaucoup plus profondément attaché à ses animaux que les marchandisateurs ne le pensent, de se plier sans réagir aux "lois" d'un animal que, naguère, toute une culture abhorrait. Mais avant tout, mon souci est ici d'appeler à briser les constantes barrières que l'on tend inlassablement à reconstruire entre vraie nature et nature anthropique. C'est au nom de cette barrière que les plus dangereuses prédations humaines ont pu être faites au sein de ce qui n'était considéré que comme un réservoir de ressources plus ou moins illimitées. Mais le renversement complet de la perspective est tout aussi à craindre, celui qui attribue à la nature sauvage muette – et donc à ses porte-parole humains au nom de la connaissance révélée de ses "lois" et de ses impératifs – un poids supérieur à celui des agents humains et de leur nature domestique. Des loups, armés d'exemplaires de la Convention de Berne et dont le régime alimentaire estival est constitué en majorité de brebis ou de veaux, sont-ils vraiment plus sauvages que des herbivores choisissant leur menu entre les dizaines d'espèces d'herbes et d'arbustes que leur offrent les parcours montagnards, que leurs préférences changeantes façonnent année après année ? Le sort des uns et des autres, comme des territoires qu'ils fréquentent, ne peut être que de notre choix, consenti après un débat public sans hiérarchie, et non imposé par une quelconque destinée manifeste reposant sur une douteuse prédominance de la nature naturelle ou humaine. Ces deux natures sont inextricablement mêlées et leur opposition renouvelée ne peut que nous rendre successivement aveugles à nos responsabilités vis-à-vis de leur inéluctable conjonction.

 

Plus de renseignements sur le Loup en France :

http://loup.org/spip/IMG/pdf/ddploupsfepm_dec2012.pdf

 

27/09/2011

Victoire pour le loup ! Un collectif d'associations obtient l’arrêt des battues dans les Alpes-Maritimes

loup,jura,prédateursVictoire pour le loup ! Un collectif d'associations obtient l’arrêt des battues dans les Alpes-Maritimes

 

Le Tribunal administratif de Nice vient, à la demande de l’Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS), France Nature Environnement et Ferus, de suspendre aujourd'hui les arrêtés des 13 et 20 septembre 2013 pris en toute illégalité par le Préfet des Alpes-Maritimes. Ces arrêtés autorisaient l'abattage de loups dans le cadre d’une battue au « gibier », sur les secteurs concernés par les tirs de « prélèvement ».

Lire la suite

Télécharger la brochure: « Loup : pour en finir avec les contre-vérités sur le pastoralisme et sur la chasse »

 

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Méchants, les loups ?

 

Quel est l'animal le plus dangereux pour l'Homme ?

L’éradication des loups s’accélère : l’État coupable

L’éradication des loups s’accélère :

l’État coupable

 

par Pierre Athanaze, Président de l'ASPAS

 

(Mis en ligne le mardi 27 septembre 2011

Illustration Charlie Hebdo)

(Dernier ajout : le 26 août 2014)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche dernier 25 septembre 2011, dans le parc national du Mercantour, le collier émetteur dont une louve avait été équipée a été retrouvé sectionné manuellement. Mardi 20 septembre, un deuxième loup succombait à un tir de prélèvement autorisé par l’État dans le Haut-Verdon (04). Le lendemain, le cadavre d’un troisième animal était découvert dans la Gordolasque (06).


Incapable d’endiguer le braconnage, le ministère de l’Écologie continue néanmoins à délivrer des autorisations de tirs de cette espèce protégée. Nos dirigeants ont-ils décidé d’éliminer les plus beaux représentants de notre biodiversité ?


Tranché au couteau et jeté dans une rivière, le collier détérioré ne peut laisser présager qu’une sombre issue à sa porteuse, dont toute trace a été perdue. Il s’agit du troisième loup équipé de la sorte dans le cadre d’un suivi scientifique mené dans le parc national du Mercantour et… de la troisième disparition mystérieuse. Mardi, donc, un nouveau canidé venait alourdir le tableau de chasse du ministère dit de l’Écologie, après une autorisation de tir délivrée dans le Haut-Verdon.

 

Suite à un recours déposé par l’ASPAS, Association pour la protection des animaux sauvages, l’audience prévue pour étudier la légalité du tir devait avoir lieu le 29 septembre ! À ce jour, l’État a ordonné plus de 70 autorisations de tirs de canidés sauvages dans le cadre du protocole loup, qui permet à la France d’en abattre «officiellement» six. Trois loups ont ainsi été abattus et un autre blessé dans le Doubs. Un tir d’effarouchement a même été autorisé dans les Vosges, secteur où le prédateur vient à peine de poser les pattes. Mercredi soir, le cadavre d’un autre individu est retrouvé dans ce même département, probablement victime d’un acte malveillant.

 

Le braconnage de nos loups se multiplie aux quatre coins de la France. Déjà, en janvier 2008, le cadavre d’un animal décapité était retrouvé à Presle, en Savoie. En 2009, deux loups étaient abattus impunément par des chasseurs, en Haute-Savoie et dans les Hautes-Alpes. À ces cas avérés et connus s’ajoutent les cas suspectés ou inconnus, bien plus nombreux. Selon une expertise scientifique s’appuyant sur la comparaison des taux de croissance des populations et des effectifs réels, une centaine de loups (au minimum) auraient été braconnés en une dizaine d’années ! (Source : FERUS.)


Au moins cinq loups seraient donc morts cette saison, un sixième blessé. Or, selon l’article 2 de l’arrêté interministériel organisant les destructions de loups, les individus braconnés doivent être comptés dans le «quota» de six loups à abattre. L’ASPAS demande donc que soit immédiatement ordonné un moratoire des tirs de loups, car plus de 50 opérations de tirs sont toujours en cours.


Pierre Athanaze
Président
ASPAS
•  www.aspas-nature.org

Plus de renseignements sur le Loup en France :

http://loup.org/spip/IMG/pdf/ddploupsfepm_dec2012.pdf

 

Ajout du 7 mars 2014 (Est Républicain)

Les éleveurs demandent la révision du statut du loup : ils veulent une réunion de crise avec les ministres de l'Écologie et de l'Agriculture.

Les principaux syndicats et associations d'éleveurs ont demandé jeudi la révision de la législation européenne qui confère au loup le statut d'espèce protégée. « L'État est dépassé par la situation tant dans les zones de présence historique, où les attaques explosent, que dans les nouvelles zones qu'ils (les loups) colonisent jour après jour » affirment dans un communiqué commun plus d'une dizaine d'organisations, dont les syndicats d'agriculteurs FNSEA (majoritaire), Jeunes Agriculteurs, Confédération paysanne et la Fédération nationale ovine.

« Le plafond de 24 prélèvements pour la saison 20132014 était déjà insuffisant pour enrayer l'explosion démographique et géographique des loups en France », estiment-ils, rappelant que « seuls sept loups ont finalement pu être prélevés sur les 71 autorisations pourtant délivrées » l'an dernier du fait des recours juridiques.

« En plus d'être la plupart du temps impossibles à réaliser, ces prélèvements sont sans cesse attaqués juridiquement. Aussi, malgré la mise en place de moyens de protection, plus de 6 000 bêtes sont encore tuées chaque année », poursuivent-ils, en prévenant que « les éleveurs sont à bout ».

Les organisations et sept associations de bergers demandent en conséquence « une réunion de crise » avec les ministres de l'Écologie et de l'Agriculture.

Un rapport d'information parlementaire publié mardi a préconisé de rétrograder le prédateur d'espèce « strictement protégée » à « espèce protégée simple », de l'annexe II à l'annexe III de la Convention de Berne, relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe.

 

Ajout du 26 août 2014 :


Clientélisme et populisme sont les 2 mamelles...

 par Marc Laffont, le 6 juin 2014



Le 29 mai 2014, en réponse à une question du sénateur Roland Povinelli (qui doit se sentir seul dans cet univers anti-nature qu’est le Sénat...) restée sans suite pendant un an, madame la ministre de l’écologie a laborieusement admis que 93 % des indemnisations l’ont été sur la base suivante : "cause de mortalité liée à une prédation, responsabilité du loup non exclue".


Ce qui signifie que seuls 7 % des constats ayant conduit à une indemnisation sont incontestablement le fait du loup. Pour les (très nombreux) autres constats, il y a doute.


  Et c’est donc sur cette base de 93 % de doute que l’actuel gouvernement décide de programmer l’abattage de 24 + 12 = 36 loups sur une population estimée entre 220 et 380 individus. Soit entre 9,5 et 16,5 % de la population.


Évidemment, aucune précision n’est fournie pour indiquer ce que seront les critères retenus pour porter de 24 à 36 les loups pudiquement "prélevés"...

 

On peut imaginer que cela dépendra par exemple du degré d’énervement des anti-loups les plus virulents. Lesquels ne risquent pas de se contenter de 24 loups. Ni de 36. Ni de 48 ou même 64 d’ailleurs, vu que leur objectif est de ramener la population de loups en dessous du seuil de viabilité.


L’ours dans les Pyrénées est là pour montrer qu’une petite population est bien suffisante pour générer quantités de subsides publics supplémentaires pour les éleveurs allergiques à la Nature. L’État étant tenu de respecter ses engagements, l’argent coule à flot, sans pérenniser pour autant la population d’ours.


À l’instar des anti-ours, avec lesquels ils sont d’ailleurs en étroite relation, les anti-loups rêvent eux aussi de pouvoir tenir l’État par les parties intimes... Mais Canis lupus est peu enclin à servir de faire valoir, l’infâme...

 

Revenons à ces arrêtés.

 

Puisqu’il est d’ores et déjà prévu d’occire un certain nombre de loups, il convient, a minima, que la France reste dans les clous de la directive Habitats. Les finances du pays n’ont pas besoin d’une énième condamnation pour non respect du droit environnemental européen...


Cela sous-entend un certain nombre d’exclusions de situations d’abattage.



Tout d’abord, il n’est pas pensable d’envisager un tir létal dans une zone où le loup ne fait que timidement son retour.  Exit donc l’Ardèche, l’Ariège, l’Aude, les Bouches du Rhône, la Haute-Marne, la Meuse, les Pyrénées Orientales, la Haute-Saône...

 

Tirer des loups en dehors de la présences des troupeaux est une aberration qui n’a que fort peu de chances de porter sur LE loup qui aurait (peut être) attaqué un troupeau, il y a plusieurs semaines, à X km du lieu du tir...


De même, si un tir doit quand même être décidé pour calmer quelques esprits (mais sans résoudre quoi que ce soit au problème...), il faut impérativement qu’il soit effectué sur un loup EN SITUATION EFFECTIVE D’ATTAQUE, et sur un troupeau où les moyens de protection ont été EFFECTIVEMENT ET CORRECTEMENT mis en place.



Le gibier bénéfice d’une période de quiétude durant laquelle il n’est pas chassé, pour permettre la reproduction et l’élevage des jeunes. Il serait particulièrement incongru qu’une espèce comme le loup, strictement protégée et à ce titre inscrite à l’annexe II de la directive "Habitats", ne bénéficie pas, a minima, de la même faveur, le loup n’étant pas soumis à un plan de chasse mais seulement passible de tirs dérogatoires exceptionnels. Il est donc proprement scandaleux que des tirs létaux puissent être programmés en mai et juin, période d’élevage de la plupart des louveteaux.
Dans le cas contraire, ce serait l’aveu d’une volonté délibérée de régulation d’une espèce strictement protégée. Les associations les plus en pointe en matière de sollicitation des tribunaux pourraient donc d’ores et déjà se frotter les mains...



Le gouvernement gagnerait en crédibilité en limitant la liste des tireurs potentiels à des professionnels patentés, comme l’ONCFS. Et donc en excluant les pratiquants d’un loisir mortifère, dont le principal fait d’armes depuis 40 ans est d’avoir organisé la multiplication du cochonglier au delà des capacités de gestion par ses adeptes...

 

L’écran de fumée des tirs de loups ne pourra pas indéfiniment reculer la question de la mise en place d’une assurance-prédation, englobant TOUTES les causes, et dont le montant de la cotisation serait d’autant plus bas que les moyens de protection, financés par l’État et le contribuable, seraient le plus efficacement mis en place.

La seule solution durable pour le pastoralisme, c’est cette incontournable mise en œuvre efficace des mesures de protection qui restreindront l’accès au troupeau, que ce soit pour le loup ou tout autre prédateur à 2 ou 4 pattes.

 

Plus globalement, tous les tirs et toutes les éradications du monde ne changeront rien à ces quelques statistiques implacables :



- La production de viande ovine française a été divisée par 2 entre 1983 et 2013.
- La consommation de viande ovine par habitant a presque été divisée par 2 entre 1994 et 2013.
- L’approvisionnement en viande ovine en France est assuré à plus de la moitié par les importations (GB, NZ, Irlande, Espagne...).
- Le taux de pénétration de la viande ovine en France est tombé à 56 % en 2010. On attend la prochaine évaluation, prévue normalement pour fin 2014...
- Les plus de 65 ans représentent 40 % des volumes achetés, les - de 35 ans, 5 % seulement.
- Le coût de revient moyen de l’agneau français est de l’ordre de 12 € le kg, alors que le prix payé au producteur est d’environ 6 €/kg, ce qui est pourtant le plus élevé des pays producteurs d’Europe.
- Pourquoi un tel écart ? Parce que la productivité numérique par brebis est de 0,7 agneau, ce qui est une trop faible technicité pour espérer rentabiliser un élevage ovin viande.

Pour finir, la conséquence des point précédents : la dépendance aux subventions est devenue apocalyptique.

Vu que ces arrêtés concernent essentiellement les zones pastorales, tenons nous en au montant des subventions versées dans cette zone : un élevage de 460 brebis nécessite (chiffres 2012) 52 400 € de subventions/an, pour induire la production de 33 200 € de viande ovine et générer 18 100 € de revenu pour l’unique unité de main d’œuvre que parvient à "rémunérer" une exploitation de 460 brebis.

Nul doute que l’abattage de 36 loups va fondamentalement modifier cet "équilibre".



 Source : la buvette des alpages

Quel est l'animal le plus dangereux pour l'Homme ?

09/07/2011

Tigres de Sumatra

tigre,sumatra,tigre de sumatra,wwf12 tigres filmés par une caméra-piège

dans une forêt menacée à Sumatra

 

En Indonésie, à Bukit Tigapuluh (au centre de Sumatra)  début 2011, 12 tigres ont été découverts et photographiés par les équipes du WWF sur une période de deux mois. Parmi ces tigres, deux mamans et leurs petits. Une caméra vidéo placée dans la même région a réussi à filmer, grâce à des capteurs infrarouges, trois jeunes tigres pendant qu’ils jouaient dans les feuillages.

 

« Notre équipe a été ravie de découvrir 47 images de tigre sur nos caméras. Nous avons pu identifier, sur ces images, 6 tigres différents. », se réjouit Karmila Parakkasi, responsable de l’équipe de recherche sur le tigre de Sumatra au WWF Indonésie. « Il s’agit du plus grand nombre de tigres et d’images de tigres jamais découverts, et ce, uniquement pour le premier mois de l’étude. Les résultats du deuxième mois sont encore plus impressionnants puisque nous avons découvert non pas une mais deux familles de tigres. Soit 6 tigres supplémentaires ! »

 




 

Une forêt menacée par l’industrie des pâtes et papiers

 

Cette famille de tigres est pourtant menacée par le déboisement de leur territoire par deux grandes compagnies papetières (Sinar Mas/APP et APRIL), et par les plantations de palmiers à huile.

 

« Les vidéos sont d’une importance énorme pour ces forêts. » explique Anwar Purwoto, directeur du programme forêts et espèces du WWF Indonésie. « Nous demandons aux concessions de la région de mettre leurs plans de côté et de protéger ces forêts à haute valeur de conservation. »

 

Seuls 400 tigres de Sumatra vivent encore à l’état sauvage

 

Trouver trois bébés tigres vivants est extrêmement rare, soulignent les experts en tigre du WWF. Classés en danger critique d’extinction, on estime qu’il ne reste plus que 400 tigres de Sumatra dans la nature.

 

Depuis mars, le WWF a intensifié ses efforts pour lutter contre la déforestation et étendre les zones boisées d’Indonésie. Aujourd’hui, seuls 3200 tigres vivent encore à l’état sauvage dans le monde. Le WWF travaille aujourd’hui à susciter les soutiens politiques, financiers et publics pour doubler le nombre de tigres sauvages d’ici 2022.

 

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13/06/2011

Le Lynx dans le Jura

lynx,jura,franche-comté,raydelet,biodiversité,prédateurs,loup-cervier,felis lynxLe Lynx boréal dans le Jura

 

Lynx lynx Linné 1758 (famille des Félidés)

 

par André Guyard

(dernière mise à jour : 15 avril 2016)

 


 

Le sauvetage de deux petits lynx orphelins par Athenas (voir article relâcher de deux jeunes lynx), a soulevé une polémique dans le monde des chasseurs francs-comtois. C'est l'occasion de faire le point sur ce prédateur magnifique.

 

Appelé autrefois Loup-cervier, d'une stature équivalente à celle d'un berger allemand, le Lynx boréal est beaucoup plus grand que le Chat domestique et le Chat sauvage. Il est doté d'un arrière-train puissant, de longues pattes, d'une queue très brève et noire à l'extrémité. Ses oreilles se terminent par un long pinceau de poils. Le pelage roussâtre ou gris, plus ou moins couvert de taches foncées. La face ventrale est plus claire et à peine tachetée.

 

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Lynx boréal

(dessin de H. Diller)

 

Les formes de lynx à pelage tacheté se rattachent à l'espèce ibérique Lynx pardina, connue sous le nom français de Lynx pardelle. En fait, les deux formes de lynx s'hybrident entre elles. Chez l'espèce ibérique, Lynx pardina, la coloration et les taches sont plus contrastées que chez les sujets nordiques. En maintes régions, par exemple dans les Carpathes, on rencontre des sujets très tachetés et d'autres qui le sont à peine.

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Lynx pardelle de la péninsule ibérique

(dessin de H. Diller)

 

 

Dimensions : Longueur totale du corps : 80 cm-130 cm ; queue de 11-25 cm ; hauteur au garrot : 60-75 cm ; poids : 15-38 kilos. Le mâle est un peu plus grand et plus lourd que la femelle.

 

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Empreintes de lynx boréal dans la boue

(cliché P. Dahlström)

 

Les empreintes ressemblent beaucoup à celles du Chat, mais elles sont plus grandes. L'empreinte de la patte antérieure mesure environ 6,5 cm de long et 5 cm de large alors que celle de la patte postérieure mesure 7,5 cm de long sur 6 cm de large.

 

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Empreintes de lynx boréal dans la neige

(cliché P. Dahlström)

 

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Empreinte dans la neige

 

Répartition : Le Lynx boréal occupe le centre et le nord de l'Eurasie ainsi qu'en Amérique du Nord (Alaska. Canada). Aux États-Unis et dans le sud du Canada, on rencontre également deux autres espèces : le Lynx du Canada (Lynx canadensis)un peu plus petit et le Lynx roux (Lynx rufus). En Eurasie, on rencontre le Lynx boréal jusqu'à l'Himalaya et le Deccan au sud et le bord de la toundra au nord.

 

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Lynx du Canada (Cliché J. Chester)

 

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Lynx roux (Cliché Don Debold)

 

Le Lynx boréal était autrefois bien répandu dans la plus grande partie de l'Europe continentale, surtout dans la taïga et les forêts de montagne. Actuellement, il est éteint dans la plupart des pays d'Europe et il ne subsiste que de petites populations en Péninsule Ibérique, Scandinavie ainsi que dans l'est et le sud de l'Europe : Balkans, Tatras, Carpathes. Actuellement des programmes de réintroduction du Lynx dans sa zone de répartition d'origine et notamment en Suisse et dans d'autres régions d'Europe. C'est ainsi qu'il a déjà été réintroduit en Allemagne (Forêt de Bavière), en Suisse (depuis 1970), en Yougoslavie et en France (Vosges) depuis 1983.

 

En Franche-Comté, notamment dans le département du Doubs, le Lynx boréal avait disparu dans les années 1950. Cette disparition n'a pas été subite. La raréfaction de l'espèce a été progressive au cours des siècles pour aboutir à son extinction à la fin du XIXe siècle. Comme dans d’autres pays d’Europe, plusieurs facteurs ont contribué à la disparition du lynx jurassien : déforestation importante, raréfaction des populations d’ongulés sauvages (chevreuil, chamois) et destructions directes perpétrées sur une population en constante régression. La dernière donnée connue fait état d’un individu abattu sur la commune de Salins-les-Bains en 1885, dans le Jura.

 

C'est à la faveur de la réintroduction d'une vingtaine d'individus en Suisse entre 1972 et 1975, que certains d'entre eux ont franchi la frontière. Le retour de l’espèce dans le Massif jurassien est attesté par le tir d’une femelle le 20 octobre 1974 à Thoiry, dans l’Ain.

 

Avec une aire de répartition de 8496 km2, et une densité moyenne de 1 à 1,5 Lynx pour 100 km2, l'espèce est aujourd'hui bien implantée dans le massif.

 

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Répartition du Lynx en Europe (1) et en France (2)

(d'après Pôle Grands Prédateurs Jura)

 

Depuis cette date, le Lynx a colonisé une grande partie de la façade est du pays, principalement dans les trois grands massifs montagneux que sont les Alpes, le Jura et les Vosges. Une petite vingtaine de départements français est concernée par la présence du félin, que ce soit de façon permanente, irrégulière ou récente.

 

Mais c’est dans le Massif jurassien (Ain, Jura, Doubs) que l’espèce est la mieux implantée.

L’aire de présence totale du Lynx en France, au cours de la période triennale 2005-2007 est de 17 307 km2. La répartition par massif est la suivante :

 

* Massif jurassien : 8946 km2

* Massif alpin : 4734 km2

* Massif vosgien : 3627 km2.

 

Il n’existe aucune méthode directe permettant de connaître de façon certaine le nombre de lynx vivant en France. Le procédé le plus logique pour tenter d’évaluer l’effectif de la population est d’effectuer le rapport entre la surface de présence estimée et la densité théorique de référence. Les valeurs de densités retenues sont celles déterminées par Breitenmoser-Würsten et al. (2007) dans le Massif jurassien variant de 1,1 à 1, 6 individus pour 100 km2.

 

 En tenant compte des réserves inhérentes à cette méthode (sur ou sous estimation de l’aire de présence occupée, extrapolation de la densité mesurée dans un secteur à l’ensemble de l’aire de présence), l’effectif de lynx en France, au cours de la période 2005-2007, serait de 112 à 163 individus avec une l'estimation par massif suivante (cf Pôle Grands Prédateurs Jura) :

 

  • Massif jurassien : 74 à 108 individus,
  • Massif vosgien : 23 à 34 individus,
  • Massif alpin : 15 à 22 individus.

 

Habitat : surtout les forêts (de feuillus, conifères ou mixtes) comportant des éclaircies. Également lieux secs, rocheux, riches en buissons. De la plaine à la haute montagne (2700 m).

 

Biologie : Rarement en couples les lynx sont normalement solitaires, crépusculaires et aussi nocturnes et diurnes. Une seule portée de 2 à 3 jeunes voit le jour en été, dans une tanière on dans un arbre creux, une fente de rocher ou tout autre site similaire. Les jeunes restent en compagnie de leur mère jusqu'à l'année suivante. Leur voix est semblable à celle des chats domestique et sauvage mais au printemps le mâle émet un cri perçant lors du rut. Son hurlement prend fin par un grondement plus doux.

 

Le Lynx occupe un territoire allant de 10 à 300 km carrés (celui du mâle recouvre normalement ceux de plusieurs femelles qui sont plus petits). Dans son territoire, il suit des itinéraires plus ou moins réguliers. Le repaire où les jeunes naissent se trouve à la base d'un arbre creux, parmi des rochers, sous un arbre renversé. Perception des mouvements excellente, ouïe très fine. Chasse à l'affût et à l'approche.

 

Nourriture : Le régime alimentaire du lynx boréal se compose quasi exclusivement d'ongulés de taille moyenne (Chevreuil et chamois). Il y a des variantes à ce régime mais elles concernent surtout les subadultes (jeunes en cours de dispersion qui consomment une part importante de petites proies, notamment des renards).

 

Reproduction et longévité : copulations au printemps (plus tôt dans le sud, plus tard dans le nord). Gestation : 9 à 11 semaines. Généralement 2 ou 3 petits qui ouvrent les yeux à la fin de leur 2e semaine et sont allaités environ 2 mois, âge auquel ils quittent le nid et commencent à manger des aliments solides. Durant les premières semaines, le mâle participe parfois à leur élevage. Les jeunes restent généralement avec leur mère jusqu'à la fin de leur première année et acquièrent la maturité sexuelle à 2 ans environ. Longévité : 18 ans.

 

Voix: semblable à celle des Chats sauvage et domestique ; au printemps cri perçant du mâle en rut: hurlement prenant fin par un grondement.

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(dessin de B. Pearson)

 

Le jeune lynx de Plaimbois-du-Miroir

 

En octobre-novembre 2012, les habitants du village de Plaimbois-du-Miroir (Doubs) se sont passionnés pour un jeune lynx.

 

Bien connue de Stéphane Regazzoni, agent des services de l’Office nationale de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), sa mère l’avait mis au monde en juin dernier avec deux autres bébés dans la vallée du Dessoubre. Pour des raisons probablement alimentaires et biologiques, cette dernière l’a perdu ou abandonné, ce rejeton étant génétiquement le plus faible.

 

Le jeune félin a plusieurs fois été repéré aux abords du village, et notamment dans le bâtiment de stockage de fourrage de l’exploitation de Marie-Thérèse et Patrice Devillers, ce dernier étant par ailleurs le maire des lieux. Dimanche, il a été signalé dans le garage de Cyrielle et Julien Boillon et, mardi après-midi, plus précisément localisé sur des bottes de foin, dans leur grange, où François Vuillemin correspondant local de presse (Est Républicain) a pu l’approcher et le prendre en photo.

 

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Le jeune lynx de Plaimbois-du-Miroir

© François Vuillemin

 

Alertés par l’ONCFC du Doubs et son directeur, Emmanuel Renaud, Gilles Moyne et deux bénévoles du centre Athenas de l’Étoile (39) ont obtenu les autorisations administratives pour essayer, mardi soir, de capturer l’animal, qui se nourrit actuellement de chats de ferme.

 

Si Gilles Moyne l’a touché avec son épuisette, le félin est cependant parvenu à trouver un passage sous la charpente de la ferme, avant de disparaître dans la nature.

 

Doit-on s'inquiéter du retour du Lynx et du Loup dans le massif jurassien ?

 

La prédation exercée sur le cheptel domestique crée une gêne pour l'activité pastorale et les mesures de protection peuvent nécessiter des modifications dans le fonctionnement des exploitations agricoles et les pratiques de chasse. Ainsi, quels sont ces éléments qui déterminent les oppositions actuelles aux Lynx en Franche-Comté ?

 

Dans le cadre d'un stage de fin d'études consacré aux grands prédateurs que sont le Lynx et le Loup, Marie MONROLIN1 & Farid BENHAMMOU ont recueilli une quarantaine d'entretiens semi-directifs de mai à août 2014 dans les départements du Jura et du Doubs, auprès des acteurs locaux, régionaux et nationaux concernés par la problématique : professionnels de l'élevage, chasseurs, écologistes, scientifiques et membres des services de l'État (DREAL, DDT). Ils ont cherché à connaître l'origine des conflits entre les activités humaines et les grands prédateurs, la gestion et les mesures actuellement mises en place, les contraintes qu'elles peuvent amener, et éventuellement les propositions de solutions pouvant ressortir du terrain afin de mettre en place une anticipation durable. Ci-dessous un extrait des conclusions de ces deux auteurs.

 

  1. Origine des conflits entre activités humaines et grands prédateurs

 

Contrairement au massif des Alpes, le massif du Jura est majoritairement pâturé par des vaches montbéliardes pour la production de lait. Le secteur laitier et fromager est un enjeu économique important, notamment grâce à l'AOC Comté, qui permet le maintien d'un élevage en pays de montagne, avec une agriculture herbagère importante et la forte valeur ajoutée du lait.

 

Les troupeaux ovins y sont rares et modestes, répartis entre quelques éleveurs professionnels et une majorité de pluriactifs et de particuliers. Les éleveurs ovins conduisent leurs troupeaux sous forme de lots en parcs clos non gardés par l'homme, sur les terroirs les plus difficiles (VANDEL et al., 2001). Ces élevages sont les plus vulnérables aux attaques de grands prédateurs. Les attaques de Lynx, environ une centaine par an et les pertes sont de une à trois bêtes par an, indemnisées par l'État. Cependant la moitié des attaques de Lynx sur le massif jurassien est concentrée sur quelques exploitations. Ces foyers d'attaques sont généralement situés dans des parcs enclavés en forêt, une situation reconnue très favorable aux attaques de Lynx (STAHL et al, 2002). Dans ces contextes très particuliers, il a été montré que certains individus, dits «  spécialisés  », développaient un comportement de prédation régulier sur les moutons (STAHL et al., 2001). La disposition du lot (isolement, densité de la végétation, non gardiennage) favoriserait également l'émergence de tels comportements. Ce sont ces fortes concentrations d'attaques, qui ne concernent pourtant que quelques troupeaux, qui engendrent des situations de crispation de la part de l'ensemble des représentants du monde agricole sur le territoire franc-comtois, et des revendications pour une intervention sur les individus spécialisés (MONROLIN, 2014).

 

La situation concernant le Lynx reste conflictuelle, puisqu'un Lynx connu pour être responsable d'un foyer d'attaque a été braconné en 2014. Ainsi, la dynamique anti-Lynx est fluctuante en Franche-Comté, avec des phases différentes et des pics d'oppositions au rythme des attaques de Lynx.

 

L'arrivée du Loup en Franche-Comté provoque des réactions vives typiques des nouveaux fronts de colonisation (BENHAMMOU, 2007), et certaines exploitations dont le fonctionnement n'était pas menacé par des attaques ponctuelles de Lynx se retrouvent en difficulté face aux attaques de Loup.

 

Pour les éleveurs, les attaques et les dégâts de loups sur les troupeaux sont beaucoup plus impressionnants et choquants que les attaques de Lynx, qui causent moins de dégâts, directs et indirects aux troupeaux. Elles ont moins de conséquences économiques et psychologiques pour les éleveurs. Cette différence de contrainte au niveau des prédations et des mesures de protection sont des arguments qui font que le Lynx est valorisé par rapport au Loup par la majorité des acteurs locaux, et par les représentants des éleveurs eux-mêmes. Cette conception du Lynx comme un «  moindre mal  », est flagrant dans la sphère personnelle et les échanges individuels. En revanche, dès que l'on se situe dans un discours public syndical ou une manifestation, c'est le regain de tensions contre « tous les prédateurs » qui domine, Lynx et Loup étant mis au même plan.

 

Concernant les troupeaux de bovins, le Lynx n'a cependant jamais été une source d'inquiétude pour les éleveurs, que ce soit pour les éleveurs de vaches laitières ou allaitantes. Les représentants de la filière n'étaient d'ailleurs pas directement impliqués dans les problématiques de prédation de Lynx.

 

La protection du Lynx sur le massif jurassien constitue aussi une contrainte pour l'activité de la chasse, qui peut représenter des menaces et des risques sur ces espèces (braconnage, battues, mobilisation politique éventuelle) (BENHAMMOU, 2007). Bien que les fédérations des chasseurs du Jura, du Doubs et de l'Ain soient partenaires du suivi du Lynx dans le massif jurassien, la majorité des chasseurs, qui voit toujours ce félin comme un concurrent direct, reste réticente aux mesures de protection de l'espèce et demande une régulation de l'espèce pour protéger les ongulés.

 

Deux tendances ressortent des conflits avec le Loup et le Lynx sur le massif jurassien, qui mettent en avant les différences d'appréhension en fonction des espèces et des acteurs.

 

Ainsi, pour le Lynx, l'opposition principalement portée par les acteurs cynégétiques. Ils demandent une régulation du Lynx, alors que les représentants agricoles, sont plutôt favorables au tir ciblé de Lynx « spécialisé » dans les cas des foyers d'attaques évoqués précédemment. Le tir vise ici tout simplement à acheter la paix sociale. La potentialité du retour du Loup va alors desservir le Lynx et le remettre sur «  le devant de la scène  », même si le nombre global d'attaques de Lynx sur cheptel domestique diminue.

 

En revanche, pour le Loup, l'opposition est davantage portée par le monde agricole, en particulier les syndicats agricoles, et soutenue par le monde cynégétique. Les chasseurs se présentent alors comme des partenaires du monde agricole et de la puissance publique, en proposant leur service pour participer à la régulation de l'espèce par des tirs de prélèvement lors de battues (MONROLIN, 2014). Ces revendications sont soutenues et portées par certains élus locaux qui exercent une pression sur les préfets pour les obtenir.

 

Face à ces oppositions et la montée des conflits, les acteurs de l'environnement s'organisent pour assurer des populations pérennes de Lynx et de loups et favoriser la cohabitation et le dialogue en mettant en place des mesures de protection des troupeaux.

 

         2. Gestion et mesures mises en place

 

Comme pour le Loup, le suivi biologique de la population de Lynx est coordonné par l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), qui réalise également les procédures de constat de dommages aux troupeaux. Le procédé d'indemnisation des dommages est en place et à la charge des Directions Départementales des Territoires, avec cependant des difficultés d'harmonisation des barèmes en fonction du prédateur, ce qui génère parfois l'incompréhension de la part des éleveurs. Cette administration et les procédures d'indemnisation subissent souvent les pressions politiques du préfet et de certains élus, contribuant à rendre difficile une gestion sereine et équitable des dossiers. Le climat politique local devient ainsi déterminant. Enfin, des interventions d'effarouchement ou de prélèvement sont possibles sur les deux espèces, à la différence qu'il n'existe pas d'arrêté ministériel pour dérogation à la protection de l'espèce Lynx, et que chaque cas doit fait l'objet d'une dérogation validée par le Conseil National de Protection de la Nature. Cependant, le passage de la décision par Paris, concernant une espèce gérée localement, ne facilite pas les débats avec les acteurs locaux.

Que ce soit pour le Lynx ou pour le Loup, les bases des mesures de protections promues par l'État sont similaires dans l'ensemble, avec la recommandation d'une présence humaine permanente, de chien de protections, et de clôture. Plusieurs facteurs sont cependant à prendre en considération pour comprendre les divergences en termes de politique de gestion en fonction des prédateurs.

Tout d'abord, ces mesures préconisées par l'État ont été développées dans un contexte d'élevage ovin dans le massif alpin et ne correspondent pas toujours au contexte de l'élevage ovin en Franche-Comté. De plus, du fait de la différence, en fonction des deux espèces, des modes d'attaques, des dégâts occasionnés et des moyens financiers et humains mis à disposition pour la gestion, les mesures de protection ne peuvent pas forcément être mises en place de la même façon.

En comparaison avec le dossier Loup, par l'ampleur de dégâts sur le cheptel et les enveloppes mises en œuvre, le dossier Lynx est le parent pauvre des politiques publiques concernant la protection et les gestions des grands prédateurs. Par exemple, les fonds publics consacrés au Lynx sont de l'ordre de 150  000 euros[1] alors que le budget Loup est de l'ordre de 10 millions.

L'absence d'une politique de financement des mesures de protection et d'accompagnement technique des exploitations agricoles constitue l'un des freins les plus importants pour la cohabitation avec le Lynx. Cette absence de mesures de protection a poussé des acteurs de l'environnement[2] à créer l'association «  Pôle Grand Prédateurs Jura  » (PGPJ) en 2007, soutenue financièrement par la DREAL Franche-Comté, afin de placer des chiens de protection, adaptés au système d'élevage en lots, pour contrer les attaques de Lynx, mais aussi pour permettre aux éleveurs d'anticiper le retour du Loup. Ce système de protection a fait ses preuves, puisque la plupart des exploitations équipées d'un chien n'a plus subi d'attaque de Lynx depuis. Le conseil général du Jura est venu en renfort du PGPJ en soutenant le dispositif d'acquisition d'un chien de protection par les éleveurs. Cela doit beaucoup à l'engagement personnel du Président socialiste du conseil général, Christophe PERNY, qui avait pris position pour les grands prédateurs et particulièrement pour le Lynx dont il souhaitait faire un emblème du département. Son opposition et une partie de son camp politique l'ont cependant énormément attaqué sur ses positions environnementales. Homme politique réputé intègre, indépendant et honnête, il doit céder sa place lors des élections départementales de 2015, véritable hécatombe pour les élus locaux socialistes. Des facteurs politiques nationaux ont vraisemblablement desservi cet élu, mais l'avenir du PGPJ qui pallie les déficiences locales en matière de gestion du Lynx se pose alors clairement.

Pour le Lynx, les mesures qui sont avérées les plus efficaces pour la protection des troupeaux sur le massif jurassien sont l'utilisation de clôture électrique et la présence d'un chien de protection avec le troupeau a montré son efficacité contre le Lynx. Cependant, les pouvoirs publics n'ont pas le même investissement en ressources humaines et financières que pour l'ours ou le Loup. Ces mesures ont un coût et ne sont pas forcément «  rentables  » pour l'éleveur si celui-ci ne subit que quelques attaques par an.

III. Freins à la gestion : résistance au changement et pouvoir périphérique

Ces actions en faveur de la cohabitation entre les activités humaines et les grands prédateurs se heurtent à des résistances au changement de la part, de certains acteurs du monde agricole et de la chasse.

Malgré une forte implication des acteurs des services de l'État sur le terrain, le manque de moyens techniques et financiers pour faire face aux attaques se fait sentir dans les territoires du Lynx. Pour les représentants agricoles, l'élevage de petits troupeaux, souvent divisés en lots, rend difficile, voire impossible l'application de ces mesures. Plus que la mise en place de mesures de protection, c'est l'organisation du système agricole qu'il s'agit de repenser pour faire face au retour des grands prédateurs. Mais derrière des arguments en apparence techniques, se cache en réalité une résistance idéologique refusant la prise en compte d'une contrainte naturelle associée à une politique de protection de la nature.

  1. Des solutions locales pour une meilleure acceptation des prédateurs

Pour se faire entendre, les acteurs locaux décident de prendre les choses en main, emploient différentes stratégies et proposent d'eux-mêmes des politiques d'accompagnement. Les services déconcentrés de l'État (DREAL, DRAAF, DDT), préoccupés par la cohabitation proposent des politiques d'accompagnement des éleveurs face aux attaques de Lynx en concertation avec les acteurs de la profession agricole. La création d'un poste de technicien pastoral, le financement de mesures expérimentales pour la protection des troupeaux contre le Loup, et la négociation de financement pour la protection des troupeaux contre le Lynx sont autant d'actions qui démontrent la volonté des services déconcentrés de l'État d'améliorer la cohabitation entre les hommes et les grands prédateurs.

Les associations de protection de l'environnement de leur côté proposent des actions locales de protection du Lynx, comme la mise en place par le Centre Athénas de signalisation routière sur les zones connues de collisions avec des Lynx, et des actions à l'échelle nationale avec la rédaction d'un plan Lynx et également des mesures pour le Loup.

Afin d'améliorer la cohabitation entre les activités d'élevage et les grands prédateurs, le Parc Naturel Régional du Haut-Jura a souhaité encourager plusieurs éleveurs ovins en affichant un soutien financier et humain dans leurs initiatives de protection des troupeaux. Les idées et les expérimentations de mesures venant d'éleveurs locaux sont ainsi moins sujettes aux controverses et aux critiques que des mesures proposées par les services de l'État, et souvent mieux acceptées par les autres éleveurs.

Alors que la présence du Lynx aurait pu permettre de préparer le retour du Loup, l'opposition de certains acteurs et les difficultés des pouvoirs publics à mettre en œuvre une politique lisible rendent difficile toute anticipation. Pourtant, concernant le Lynx, les services de l'État ne sont pas inactifs à l'image de la DREAL ou des DTT, mais ces dernières ne reçoivent ni les moyens, ni la commande politique claire pour asseoir la protection des grands prédateurs dans la région. Pour le Lynx, les pouvoirs publics ont longtemps utilisé la « béquille » du Pôle Grand Prédateur Jura à la mission avérée de service public dans l'installation et la promotion des mesures de protection. Le dossier Lynx est le parent pauvre de la gestion publique des grands prédateurs en France. Les mesures de protection sont identifiées, tout comme les résistances qui ne semblent pas insurmontables si une politique publique forte est décidée et mise en oeuvre à différentes échelles. De celle-ci également pourra résulter une vraie anticipation du retour du Loup qui paie les faiblesses surmontables du dossier Lynx.

 

Bibliographie

BENHAMMOU F. 2007. Crier au loup pour avoir la peau de l'ours : une géopolitique locale de l'environnement à travers la gestion et la conservation des grands prédateurs en France. Thèse de doctorat, Agro Paris Tech.

MERMET L., BILLE R., LEROY M., NARCY J.-B. & Poux X. 2005. L'analyse stratégique de la gestion environnementale : un cadre théorique pour penser l'efficacité en matière d'environnement. Natures sciences sociétés 13(2): 127-137.

MONROLIN M. 2014. Améliorer la cohabitation hommes - grands prédateurs : Le cas du lynx et du loup dans le Massif Jurassien. Mémoire de fin d'études, Master Agro Paris Tech Montpellier.

STAHL P., VANDEL J.-M., RUETTE S. & BALESTRA L. 2001. La prédation du lynx sur les moutons dans le massif du Jura. ONCFS rapport scientifique, CNERA Prédateurs - Animaux déprédateurs.

STAHL P., VANDEL J. M., RUETTE S., COAT L., COAT Y. & BALESTRA L. 2002. Factors affecting lynx predation on sheep in the French Jura. Journal of Applied Ecology 39(2): 204-216.

VANDEL J.-M., STAHL P., DURAND C., BALESTRA L., RAYMOND J. 2001. Des chiens de protection contre le lynx. Faune sauvage 254: 22-27.

 

 

[1] Il s'agit là d'un maximum, on en est à peine à quelques dizaines de milliers d'euros, mais le budget Lynx est difficile à définir.

 

[2] Dans l'analyse stratégique de la gestion de l'environnement, un acteur d'environnement est un acteur agissant concrètement pour le changement en faveur de la protection de l'environnement (associations, certaines administrations ...) (MERMET et al., 2005).

 

 

Dans son ouvrage (voir ci-dessous), Patrice Raydelet, président du Pôle Grands Prédateurs du Jura (PGPJ) évoque l'historique de la disparition et du retour du Lynx et du Loup dans le Jura et dresse l'état actuel des effectifs de ces prédateurs et de leur impact sur les troupeaux.

 

Il suggère les moyens de protection dont les éleveurs disposent, notamment l'usage d'ânes et de chiens de berger  comme le Patou.

 

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Couple de chiens patous

 

Le chien de montagne des Pyrénées ou Patou figure parmi les plus anciennes races françaises canines connues. Ce chien aux allures de seigneur a impressionné tous ceux qui l'ont croisé.

 

Le Patou séduit par sa puissance, sa fourrure, sa prestance. On s'y attache pour sa tendre affection et son dévouement sans borne.

 

Après avoir été le favori de la cour de Versailles, il est aussi la meilleure protection contre les prédateurs des troupeaux au Canada, en Israël et également en France. Sa présence dissuade les prédateurs comme les ours dans les Pyrénées, les loups, les lynx et surtout les chiens errants dans les Alpes

 

 

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Chien patou et troupeau de moutons

(cliché Patrice Raydelet)

 

Le Patou fait partie du troupeau avec lequel il vit. L’approche de tout élément étranger (animal, chien, randonneur, VTT, etc.) déclenche son intervention. À votre approche, le chien vient vous flairer pour vous identifier. Ensuite il regagne son troupeau. S’il estime que vous êtes trop près, il peut tenter de vous intimider. Il vaut mieux alors contourner largement le troupeau.

 

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Une mère et ses deux petits (cliché Patrice Raydelet)

 

En conclusion, en se référant à l’évolution positive de l’aire de présence régulière et l’ordre de grandeur moyen des effectifs, le statut de conservation du Lynx en France, sur la période 2005-2007, est jugé plutôt favorable.

 

Le pôle Grand Prédateurs Jura est optimiste. La situation géographique et le potentiel démographique du noyau de population font du Massif jurassien l’élément majeur d’une implantation durable du Lynx en France. En outre, les zones de contacts entre le sud du Jura et le nord des Alpes (Chaîne de l’Épine, Massif des Bauges, Chartreuse, Vercors) permettent aux subadultes, à la recherche de territoires inoccupés, de participer au processus de colonisation du Massif alpin. D’autre part, des indices de présence localisés dans la zone intermédiaire entre le nord du Massif jurassien et le sud du Massif vosgien laissent à penser qu’une connexion démographique entre ces deux populations soit en voie d’élaboration. Ces échanges permettraient un brassage génétique essentiel pour une population établie à partir d’un nombre relativement réduit d’animaux et pourraient aboutir à terme à la constitution d’une zone de présence compacte et homogène, indispensable à la conservation de l’espèce.

 

Début 2012, afin d'effectuer un comptage des lynx dans le secteur de la frontière avec la Suisse, dans les départements du Doubs, du Jura et de l’Ain, l’office national de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), la fédération régionale des Chasseurs de Franche-Comté, l’office national des Forêts, les fédérations départementales des Chasseurs et la Réserve Naturelle de la Haute Chaîne du Jura ont lancé une large étude de photographies intensives, L'échantillonnage comportait 74 points répartis sur 44 communes, couvrant une surface de près de 2 000 km².

 

En deux mois d’analyse, entre fin janvier et début avril 2012, 21 lynx ont été photographiés. Mais malgré ces flashages, certains animaux sont passés à travers le maillage du dispositif photographique et l'estimation sera corrigée en appliquant un modèle mathématique qui tiendra compte, en fonction du ratio d’individus enregistrés, de la probabilité que certains animaux aient pu échappé au dispositif. « Il y en aura peut-être un, deux, voire trois de plus. Mais nous sommes dans une fourchette normale, comparable à celle enregistrée par nos voisins suisses, d’1,2 individus pour 100 km² », explique Sylvain Gatti, chargé de l’enquête, qui a travaillé en partenariat étroit avec les différentes institutions dont les chasseurs qui ont aidé, par leur connaissance de la forêt et des indices potentiels, à placer les pièges photo aux endroits stratégiques.

 

Fait amusant, sur l'un des clichés recueillis, les auteurs de l'enquête ont eu la surprise de découvrir un loup, identifié formellement par les experts grenoblois. Ce loup a été photographié aux Molunes le 26 mars 2012, dans le sud du Jura à la frontière de l’Ain (voir l'article sur le Loup dans le Jura).

 

Voir également la vidéo sur le Lynx réalisée par le Muséum National d'Histoire Naturelle pendant le Tour de France

 

Sources :

 

Site du Pôle Grands Prédateurs Jura

 

Vidéo : Patrice Raydelet et le Lynx

 

 Ajout du 25 février 2016  : la situation du Lynx dans le Jura par Athénas

 

Schilling B, Singer D. & Diller H. (1986). - Guide des Mammifères d'Europe 284 p. Ed. Delachaux Niestlé.

 

 Ajout du 8 mars 2016 : Un lynx filmé dans le Haut-Doubs

 

Ajout du 15 avril 2016 : Que se passe-t-il lorsqu'un lynx rencontre un loup ?

 

Remerciements à Patrice Raydelet Président Fondateur du PGPJ pour sa correction du manuscrit. Ci-dessous, un fac-similé de son ouvrage sur le Lynx boréal.

 

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Patrice Raydelet (2006). - Le lynx boréal Coll. Les sentiers du naturaliste. 191 p. Delachaux & Niestlé Ed.

 

Le Lynx boréal : vidéo MNHN et Tour de France

Le Lynx dans la neige : vidéo Nat Géo Wild

Le Lynx des Vosges

Lynx-Vosges-logo.jpgLe Lynx des Vosges

 

Le Lynx est un animal appartenant à la faune originelle des forêts vosgiennes et alsaciennes. Chassé, braconné, il a disparu au XXe siècle du massif vosgien.

Le projet de réintroduction du Lynx boréal dans le massif vosgien est né en 1972, date à laquelle, un groupe régional est créé dans le but de préparer les dossiers nécessaires à la réintroduction du félin et d'informer le grand public. Le débat entre "pro" et "anti-lynx" est tendu. Cependant, lors d'un colloque à Strasbourg, en 1978, les spécialistes européens donnent un avis favorable à la réintroduction du lynx en Alsace.

Le programme de réintroduction a débuté le 3 mai 1983, pour se terminer le 2 juin 1993. Cette réintroduction a concerné 21 animaux (12 mâles et 9 femelles), qui ont été relâchés sur 4 sites au cours de 12 opérations différentes :

 

- Massif de Taennschel, dans la forêt domaniale de Ribeauvillé (Haut-Rhin) : 3 individus en mai 1983 (Boric, Xenie, Alex) ; 2 individu en novembre 1983 (Eddy et Diana) ; 2 individus en avril 1984 (Oska, Pavel) ; 2 individus en juillet 1984 ; 2 individus en juin 1987 (Jack et Thibor), 1 individu en avril 1990 (Jacynthe) ; 1 individu en avril 1992 (Borka) et 1 individu en juin 1992 (Besquide). Au total, 13 lynx (8 mâles et 5 femelles) ont été relâchés au cours de 8 opérations différentes.

- Massif du Climont, sur la commune d'Urbeis (Bas-Rhin) : 4 individus (2 femelles et 2 mâles) ont été réintroduits en mars 1987 (Hectorine, Elisa, Sixty et Aloyse), au cours d'une seule opération.

- Massif du Rossberg, dans les forêts communales de Bourbach-le-Haut et de Masevaux (Haut-Rhin) : 1 mâle (Balkan) a été relâché en juin 1992 et 1 femelle (Tatra) a été relâchée en avril 1992, au cours de 2 opérations différentes.

- Massif du Grand Ballon-Markstein, dans la forêt domaniale de Guebwiller (Haut-Rhin) : 1 mâle (Frenz) et 1 femelle (Suzelle) ont été réintroduits en juin 1993 au cours d'une même opération.

 

La quasi-totalité des lynx relâchés sont originaires des Carpates (Slovaquie). Mais avant leur arrivée en France, ils ont tous été détenus en quarantaine, entre 6 mois et 2 ans, dans des zoos slovaques.

Dès leur arrivée en France, les félins ont été anesthésiés, examinés, vaccinés, tatoués et équipés de colliers émetteurs. Ils sont cependant restés quelque temps en cage, au zoo de Chizé (Deux-Sèvres), le temps de se "fortifier" à base de vitamines.

Malheureusement, pas tous les lynx réintroduits n'ont pu se reproduire et participer à la constitution de la population :

  • 6 lynx ont été trouvés morts : une femelle a succombé à la suite d'une gastrique hémorragique, une mâle et 2 femelles ont été victimes d'actes de braconnage et 3 lynx sont morts sans que les causes n'aient pu être identifiées.

 

  • 2 lynx (1 mâle et 1 femelle) ont dû être repris : provenant du zoo du Birmingham en Grande-Bretagne, ils étaient trop imprégnés par l'homme.

 

  • 3 lynx réintroduits en 1992 (2 mâles et 1 femelle) ont vu leur collier cesser de fonctionner brutalement, respectivement après 37, 108 et 129 jours. L'arrêt des émissions après une période si courte est certainement dû à la mort, volontaire ou accidentelle, de ces lynx.

 

En admettant la mort de ces 3 lynx, le nombre d'individus potentiels ayant constituer la population de lynx dans les Vosges est de 10 individus seulement (6 mâles et 4 femelles).

 

 

Élisa, Alex ou Boric ont aujourd’hui disparu, tout comme Alex, Xénie ou Sixty qui ne répondent plus aux appels du collier émetteur.

 

Une population à la dérive

 

Au cours de l'hiver 2011-2012, une seule donnée de présence avérée du prédateur a été recueillie dans le massif du Donon. Il semble donc que la disparition du lynx dans les Vosges est irrémédiable. La descendance du groupe de 21 animaux graduellement réintroduits dans les Vosges entre 1983 et 1993, risque donc de s'éteindre rapidement, faute de relève, tant la chance de rencontre entre un mâle et une femelle est désormais infime. Pourtant, jamais un prédateur n'avait été autant suivi, espionné…

 

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Ce mâle, pris au piège photo le 17 mars 2012 au Donon représente l'unique survivant de l'espèce

 

 

Une unique donnée résume la situation critique du lynx boréal dans les Vosges : lors de l'hiver 2011-2012, les pièges photographiques éparpillés ça et là au cœur de la Ligne bleue n'ont révélé la présence effective que d'un seul animal, Douze clichés d'un mâle, toujours le même, pris dans le secteur du Donon, l'une des aires d'évolution dites régulières du félidé. Ailleurs, c'est le silence complet. Cette déconfiture n'étonne pas outre mesure François Léger, de la direction de la recherche et du développement de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) basée à Gerstheim, dans le Bas-Rhin.

"Depuis les années 2008-2010, le volume de données recueillies sur le terrain est en chute libre. Cela se traduit par une nette rétractation des zones de répartition et forcément une diminution du nombre d'individus. Le dernier cas de reproduction avéré, une femelle observée avec un jeune dans le massif du Taenchel, date de l'hiver 2008-2009" ajoute le spécialiste, co-animateur du Réseau Lynx avec son collègue Alain Laurent.

Bref, après l'espoir d'une implantation pérenne entre 2000 et 2005 où l'ONCFS avait même constaté une expansion territoriale de l'animal vers le nord de la vieille montagne, c'est bien le phénomène inverse qui se produit actuellement. Résultat : alors que la population était estimée au-delà d'une vingtaine de sujets il y a encore 7 ans, il en subsisterait aujourd'hui tout juste une poignée. Autant dire que l'avenir de ce gros chat à la robe parcimonieusement tachetée est plus que compromise.

 

Le réseau Lynx dans le massif vosgien

 

Créé après son retour dans le Jura afin d'évaluer les dommages qu'il pouvait occasionner sur le cheptel domestique, le Réseau Lynx s'est étendu ensuite au massif vosgien. Il compte 345 correspondants, des naturalistes, techniciens de fédération de chasse, agents de l'ONCFS. de l'ONF, de la gendarmerie...

Difficile de passer entre les mailles d'une telle trame d'observateurs avertis renforcée de surcroît par les mouchards photographiques. Car, malgré sa personnalité farouche et solitaire, l'animal se trahit par les indices qu'il sème : traces dans la neige, reliefs de proies, crottes ou bouloches de poils. "L'hiver dernier, 60 membres du réseau ont parcouru 2.500 km dans la neige en condition optimale et ils n'ont rien observé de significatif", souligne François Léger qui voit dans le braconnage un coupable idéal quand d'autres spécialistes de l'animal ciblent plutôt le mitage routier de la montagne pour l'exploitation forestière ou le développement de la fréquentation touristique. Une forte emprise humaine qui épargne encore le vieux karst jurassien où les effectifs de lynx se portent bien et dépassent la centaine de spécimens. Depuis le mois de décembre, l'ONCFS a donc déployé les grands moyens pour y voir plus clair : elle a placé 60 pièges photographiques sur un périmètre de 300 km2, là où l'espèce est censée se manifester. Trois semaines après l'installation du dispositif, aucune présence n'a été détectée. Bilan final en mars 2013.

Source :

Patrice Costa, Est Républicain (06/01/2003).

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Le Lynx boréal : un magnifique félin !

 

Voir également la vidéo sur le Lynx réalisée par le Muséum National d'Histoire Naturelle pendant le Tour de France

12/06/2011

Relâcher de deux jeunes lynx

Relâcher de deux jeunes lynx

 

(Dernière mise à jour : 30/08/2016)

 

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© P. Raydelet

 

En application de la nouvelle réglementation, le relâcher de certaines espèces (dont le Lynx) est soumis à consultation publique. Le centre ATHENAS a pour projet de relâcher 2 jeunes lynx orphelins suite au braconnage de leurs mères.

Le centre ATHENAS est le seul centre de sauvegarde de France recueillir, soigner et relâcher des lynx.

Le "porter à connaissance" des projets de relâcher d'individus sauvages de certaines espèces (lynx, loup, ours, castor, grand tétras), fait partie des nouvelles dispositions réglementaires. L'Etat doit ensuite fonder son avis sur une synthèse des avis recueillis.

C'est un petit peu la mort d'une politique volontaire de conservation, au bénéfice d'une politique favorisant les factions ayant la meilleure capacité à se mobiliser. Compte tenu du contexte conflictuel entourant les grands prédateurs, il est indispensable qu'ait lieu une forte mobilisation des personnes favorables à des actions de conservations pour ces espèces.

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Syame et Lex © Athenas



Note du 15 juin 2011 :

 

SYAME ET LEX, LES DEUX JEUNES LYNX RELÂCHÉS



Repérés en détresse en novembre et décembre 2010 et capturés dans l’urgence, ces jeunes lynx issus de deux fratries différentes étaient orphelins suite au probable braconnage de leurs mères respectives. Ils ont été élevés durant 6 mois conformément au protocole d’élevage élaboré par le Centre et en application duquel Morissette et Fario ont été réinsérés avec succès en 2008 et 2009.


A l’issue d’une consultation organisée par la DREAL Franche-Comté (5500 avis exprimés : 95% favorables au relâcher, 4% d’opposants, 1% sans opinion), et après avis favorable du CNPN (Conseil National de Protection de la Nature), le Ministère de l’Écologie a accordé l’autorisation de relâcher pour ces deux individus.


Ils ont été remis en liberté le 13 juin : Syame sur la commune des Molunes et Lex sur la commune de Choux. Équipés de colliers avec balises Argos/GPS et balise VHF, ils seront suivis durant une année grâce à un partenariat d’ATHENAS avec l’IRD et le CNRS, ainsi que le soutien financier de l’État (achat des balises), de la région de Franche-Comté (aide au suivi) et de l’UFCS (avance de trésorerie).


Entouré de précautions et de confidentialité afin d’éviter les actes violents d’extrémistes, le double lâcher a été effectué en présence de représentants de la DREAL, de la DDT, de l’ONCFS et de la gendarmerie.

 

Note du 19 août 2011 :
LA TRACE DE LEX, LE MÂLE EST PERDUE.

Depuis le 13 juin, les deux lynx ont été relâchés dans le massif du Jura. On a pu les suivre "à la trace" grâce à leur collier GPS-Argos. Actuellement, la femelle Syame est toujours repérée : elle est passée en Suisse. En revanche, le mâle Lex lui n'a plus donné de signe de vie depuis fin juillet.

 

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Syame © Athenas

 

Un jeune lynx errant du Jura capturé (France 3 15/11/2012)

Depuis un mois, le jeune félin menait la vie dure aux chats sauvages du hameau d'Arinthod. Il était également en danger de mort car orphelin. Capturé lundi,  les bénévoles du centre de soins aux animaux sauvages Athénas sont à son chevet.

 

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Le jeune lynx © Athenas

 

Le 16 octobre, des habitants de Chisséria dans le Jura photographient la bête venant de tuer un petit chat. La photo permet de déterminer que le félin est orphelin et amaigri. En cinq jours, le centre Athénas obtient une dérogation de capture pour sauvetage. La traque peut se poursuivre. Âgé de moins de 25 semaines, le jeune lynx survit en tuant des chats errants.

 

Affaibli, il n'aurait pas survécu à l'hiver jurassien

 

Dans la nuit du 9 au 10 novembre, il tue une petite chèvre coincée dans un enclos à Arinthod. On décide de disposer une cage-piège à l'endroit de la carcasse.

 

Et notre orphe(lynx) est ainsi capturé. Les bénévoles du centre Athénas le découvrent parasité et dénutri, ne pesant que 5,250 kg contre 8 kg habituellement  pour un lynx de son âge. Il n'aurait pas survécu à l'hiver. Il sera conservé au centre pendant six mois avant, logiquement, de pouvoir être relâché.

Vous pouvez dès à présent faire plus ample connaissance avec lui en vous rendant sur le site du centre Athénas.

 

Vers un plan de conservation du lynx

 

Réapparu en France dans les années 70, le lynx n’a jamais bénéficié d’un plan de conservation. Issu des réintroductions suisses, il a colonisé le massif du Jura, y trouvant un biotope favorable. Toutefois, si son aire de présence s’est étendue de façon régulière jusqu’au début des années 2000, elle a commencé à stagner, voire à régresser localement (bulletin n°17 du Réseau lynx, bilan 2008/2010).

Les récents événements concernant la situation du lynx dans le Jura, venant s’ajouter à la régulière surenchère des ennemis des prédateurs complaisamment relayée par une presse locale avide de sensationnel et peu regardante sur ses sources a amené ATHENAS à prendre cette décision.

"Nous avons décidé d’initier une pétition pour la mise en place d’un Plan de conservation pour le lynx. Ce grand prédateur est le seul à ne pas en disposer, or la remise en cause de son statut par les milieux cynégétiques, l’absence d’intérêt de l’Etat pour cette espèce (excepté pour la gestion au coup par coup des déprédations), le fait qu’il soit le bouc émissaire des professionnels de l’élevage ovin mis à mal par le marché mondial et la concurrence néo-zélandaise masquent la fragilité de cette population.

Certains pensent que 150 lynx en France, c’est déjà trop. Nous, nous pensons que l’augmentation du trafic routier, les aménagements limitant et cloisonnant les noyaux de population, le braconnage , qui sournoisement chaque automne liquide des adultes et condamne des progénitures, menacent cette espèce encore fragile".

Pour qu’il bénéficie enfin d’un plan de conservation, il est nécessaire de se mobiliser et de témoigner d’un fort soutien du public à cette initiative en signant une pétition cyber@cteurs actuellement en ligne :

PETITION : POUR UN PLAN DE CONSERVATION DU LYNX BOREAL.

Pour en savoir plus :

Lire le communiqué complet sur le site d’ATHENAS.

Le braconnage des lynx continue (janvier 2014). Voir l'article de ATHENAS.

 

Ajout du 30 août 2016 (d'après Sciences et Avenir n° 835, septembre 2016, p. 54-55).

 LE LYNX : UNE ESPÈCE À SAUVER

Population estimée : 90 individus

Répartition : Massif du Jura

Statut : en danger critique d'extinction

Gilles Moyne, directeur de l'association Athenas, a participé au « relâchage » de quatre jeunes lynx au printemps munis d'une balise Argos en collier. La balise est en effet l'un des moyens de suivre la dernière population de lynx vivant en France. Celle-ci est désormais estimée à 90 individus, tous issus d'animaux de souche slovène relâchés côté Suisse dans les années 1970. Grâce à cette balise, les chercheurs ont aussi pu établir que les femelles vivent sur un territoire de 100 kilomètres carrés quand les mâles en parcourent 800. Ces individus solitaires, fidèles à leur territoire, sont dits cantonnés. L'analyse des poils et des crottes retrouvés le long de chemin parcourus régulièrement par les agents de l'ONCFS permet de distinguer chaque individu, les pièges photographiques les identifiant aussi grâce à des taches de pelage différentes.

Mais bien que les forêts du Jura regorgent de chevreuils et de petits rongeurs dont ils se délectent, ces carnivores sont toujours au bord de l'extinction. La faute aux accidents de la route et surtout aux braconniers. « Ces derniers considèrent les lynx comme des concurrents pour la chasse au chevreuil, dont ils tuent pourtant peu d'individus », dénonce Gilles Moyne. L'hiver 2015 a ainsi été particulièrement meurtrier pour ce félin strictement protégé. Outre Noëlle, 18 autres petits lynx ont été retrouvés abandonnés, signe que leur mère a été tuée. « En six mois, un quart des femelles adultes du Doubs et du Jura a disparu. Si ça continue, dans dix ans, il n'y aura plus de lynx en France » s'alarme Gilles Moyne.

 

 

 

26/05/2011

L'hibernation chez les Mammifères

mammifères,marmotte,hibernationL'hibernation chez les Mammifères

 

par André Guyard

 

 

Sur ce même blog, la note sur la Marmotte des Alpes aborde le problème de l'hibernation. Il faut savoir que ce sommeil hivernal n'est pas un somme de tout repos : il est ponctué de réveils périodiques. D'après André Malan, les mécanismes cellulaires, qui diminuent jusqu'à 100 fois les dépenses d'énergie de l'organisme, seraient hérités d'un ancêtre lointain.

 

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Fig. 1 : Marmotte des Alpes © André Guyard

 

L'hibernation est un mécanisme qui permet aux marmottes d'échapper aux mauvaises conditions hivernales. Il s'agit d'une migration dans l'espace temps comme d'autres animaux migrent dans l'espace géographique en quittant nos contrées enneigées où toute production végétale est interdite. Face à cette disette temporaire, la solution choisie par la Marmotte comme d'autres hibernants consiste à faire des réserves, puis à s'abriter et à réduire ses dépenses afin de pouvoir survivre jusqu'au retour de la végétation. L'hibernation est précédée, à la fin de l'été, par une période de préparation où l'animal choisit et aménage son abri, et accumule des réserves. Puis l'animal entre dans son abri, et sa température interne s'abaisse jusqu'au voisinage de celle de la paroi.

 

Ce comportement implique des mécanismes étonnants en termes de physiologie, d'énergie et de modifications cellulaires. Ainsi, pendant l'hibernation, certains neurones ressemblent à ceux des individus atteints de la maladie d'Alzheimer, à ceci près que les modifications sont réversibles chez les premiers alors qu'elles ne le sont pas chez les seconds. Enfin, l'hibernation apparaît non pas comme une série d'adaptations récentes, mais plutôt comme un bagage commun aux anciens mammifères dont certains se sont délestés, faute d'utilisation.

 

Quels que soient les mammifères (échidnés, opossums pygmées, marmottes, loirs, lérots, hérissons...), l'hibernation n'est jamais continue au cours de l'hiver. Les épisodes de torpeur, avec une température basse, durent de quelques jours à quelques semaines selon les espèces, et alternent avec des "réveils" au cours desquels l'animal se réchauffe spontanément pour revenir pendant quelques heures, voire quelques jours à l'euthermie, c'est-à-dire à une température normale (environ 37 °C) en dehors de l'hibernation. Ces réveils répondent à un besoin impératif, car ils sont extrêmement coûteux en énergie: ils représenteraient 83 pour cent de la dépense totale en période d'hibernation chez un spermophile (un écureuil) canadien.

 

Une mort clinique apparente

 

Au cours des épisodes de torpeur, l'animal est dans un état de vie ralentie. Toutefois, les différentes fonctions physiologiques ne sont pas modifiées de la même façon : la respiration et la circulation sont maintenues, tandis que la filtration rénale est très diminuée, voire arrêtée. L'activité cérébrale perdure seulement dans certaines zones du cerveau, notamment les aires du tronc cérébral indispensables au contrôle des fonctions végétatives autonomes, telles que la respiration. Toute activité électrique corticale spontanée disparaît. En d'autres termes, l'animal remplit les critères légaux de mort clinique ! L'hibernation n'est donc pas un sommeil, les critères électroencéphalographiques du sommeil ayant disparu. Toutefois, l'animal reste excitable et réagit à une stimulation auditive (on le détecte par des ondes corticales déclenchées par une telle stimulation), conduisant au réveil quand le bruit est intense ou prolongé.

 

Lorsque l'animal est endormi, la respiration est parfois discontinue. Ainsi, chez le Lérot et le Hérisson, des bouffées de cycles ventilatoires sont interrompues par des apnées de plus d'une heure. La quantité de dioxyde de carbone dans les tissus augmente notablement pendant toute la durée d'un épisode de torpeur, conduisant à une acidification du sang et des liquides intracellulaires : on parle d'acidose respiratoire. Au moment de l'entrée en hibernation, l'animal réduit sa ventilation plus vite que ne décroît la production métabolique de dioxyde de carbone, de sorte que ce dernier s'accumule dans le sang ; à l'inverse, le réveil commence par une phase d'hyperventilation qui élimine rapidement le gaz carbonique.

 

Des réserves pour tout l'hiver

 

Certaines espèces accumulent des graines. Un hamster d'Europe peut ainsi stocker jusqu'à dix kilogrammes de céréales dans son terrier, au sec : à chaque réveil, il se restaure avant un nouvel épisode de torpeur. Pour les espèces herbivores, telle la Marmotte, ou insectivores, comme le Hérisson, le stockage est impossible. L'animal recourt alors à une accumulation de graisse corporelle, représentant couramment 50 pour cent de la masse maigre et parfois jusqu'à 100 pour cent. Le calcul montre que la somme des calories accumulées assure à peine 26 jours de survie, ce qui est insuffisant.

 

C'est là qu'intervient l'abaissement de la température corporelle. Celle-ci est contrôlée principalement au niveau de l'aire préoptique de l'hypothalamus, qui fonctionne à la façon d'un thermostat : lorsque la température locale est abaissée en dessous du point de consigne apparent de 37 °C, la production de chaleur de l'organisme est augmentée proportionnellement à l'écart. Craig Heller, de l'Université Stanford, a montré que ce point de consigne apparent est abaissé lors de l'entrée en hibernation, jusqu'à atteindre 2 °C chez certaines espèces. Cette température est maintenue constante pendant l'épisode d'hibernation, la thermogenèse étant augmentée si la température corporelle s'abaisse au-dessous, évitant ainsi le risque de gel.

 

Quant aux dépenses d'énergie, la diminution du point de consigne apparent permet à l'animal de bénéficier de l'effet Van t'Hoff-Arrhénius, c'est-à-dire l'effet de la température sur les réactions enzymatiques. Ainsi lorsque la température s'abaisse de 37 à 5 °C, la vitesse maximale de toutes les réactions enzymatiques est divisée par un facteur compris entre 12 et 15. En outre, la dépense d'énergie de l'organisme est la somme de toutes les dépenses élémentaires. Par conséquent, la loi s'applique aussi à l'organisme entier, même chez un animal de la taille du crocodile.

 

Avec une température d'hibernation de 5 °C, l'effet de la température réduit la dépense quotidienne du spermophile, au repos, à 9,2 kilojoules. Ces économies d'énergie lui permettraient théoriquement de survivre 620 jours (plus d'un an !). Cependant, les réveils obligatoires multiplient jusqu'à six fois la dépense totale. Reste une centaine de jours de survie, un laps de temps encore insuffisant, d'autant plus qu'une marge de sécurité est indispensable, notamment quand l'animal vit dans un pays arctique ou en altitude, où la période de végétation n'excède pas quatre mois par an. Ce délai est trop court pour que les jeunes de l'année atteignent une taille suffisante et aient le temps d'accumuler assez de graisse pour passer leur premier hiver. Pour augmenter le temps disponible pour la croissance des jeunes, les adultes sortent alors d'hibernation avant la fonte des neiges. Les combats des mâles, la recherche des conjoints et la gestation font que la naissance des petits coïncide avec le retour de la végétation. Mais pour les parents, toutes ces activités ont lieu à jeun, alors qu'ils viennent de vivre la pénurie de l'hibernation. La sélection sexuelle se fait largement sur les réserves de lipides dont ils disposent encore.

 

La dépression métabolique : une biochimie au ralenti

 

Le facteur de réduction des dépenses énergétiques est compris entre 20 et 100. Lorsque l'on suit l'entrée en hibernation ou en torpeur quotidienne, la diminution du métabolisme précède souvent celle de la température au lieu de la suivre comme si elle en était la conséquence. Comment expliquer ces observations ? Par la dépression métabolique, c'est-à-dire une réduction réversible de la dépense énergétique par des mécanismes autres que l'abaissement de température.

 

En euthermie, la synthèse protéique représente environ le cinquième de la dépense d'énergie du cerveau. En hibernation, cette proportion est divisée par un facteur supérieur à 100 : la synthèse protéique est quasi inexistante. Dans la figure 2, La synthèse protéique, dans un cerveau de spermophile, est mesurée par l'incorporation de leucine radioactive, un acide aminé fréquent dans les protéines. Une absence de marquage indique une absence de synthèse protéique (en a, état normal; en b, hibernation).

 

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Fig. 2  : Synthèse protéique

dans un cerveau de Spermophile

© K. Freirichs

 

Dans les cellules, les mécanismes de la dépression métabolique agissent simultanément en de nombreux points, que ce soit dans les processus qui fournissent de l'énergie ou ceux qui en consomment. Un des mécanismes les plus fréquemment observés est la phosphorylation (la fixation d'un groupe phosphoryle,  PO43-) réversible de protéines spécifiques (voir la figure 3), cette liaison diminuant leur activité. C'est le cas par exemple de la pompe à sodium-potassium de la membrane cellulaire qui transporte des ions potassium et sodium contre leur gradient de concentration à travers la membrane cellulaire. Ce transport, essentiel au fonctionnement des cellules excitables, tels les neurones ou les fibres musculaires, représente environ 50 pour cent de la dépense d'énergie du cerveau en euthermie.

 

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Fig. 3 : Séquence éveil-sommeil chez la Marmotte

© Virginie Denis

 

La figure 3 montre qu'au cours de l'hibernation chez la Marmotte,  le métabolisme est notablement ralenti pendant les épisodes de torpeur (en bas),  notamment par la fixation de groupes phosphoryle (en marron) sur les acteurs cellulaires qui participent aux processus coûteux en énergie. Ainsi les pompes à ions sodium ou potassium se ferment [a]. La synthèse protéique est réduite [b]. L'ARN polymérase ne transcrit plus l'ADN en ARN [c]. Les gènes de l'ADN qui s'enroule autour des histones sont inaccessibles et ne peuvent plus être exprimés [d]. Enfin, deux enzymes privilégient les lipides comme source d'énergie plutôt que les glucides [e].

 

De même, la quantité de formes phosphorylées de protéines ribosomales participant à la synthèse protéique est notablement augmentée en hibernation : la traduction des arn messagers en protéines en est diminuée d'autant.

 

Par ailleurs, l'expression des gènes est favorisée dans le noyau par la phosphorylation, mais aussi par l'acétylation (la fixation d'un groupe acétyle) des histones, les protéines autour desquelles s'enroule l'adn. Ces liaisons sont réduites de près de 40 pour cent en hibernation, tandis que l'activité des enzymes de désacétylation est augmentée.

 

Cependant, ces modifications n'ont pas lieu dans tout l'organisme. La dépression métabolique est particulièrement observée dans les organes dont l'activité est réduite en hibernation : le cerveau, les reins ou l'intestin. En revanche, le tissu adipeux brun, qui est une source de chaleur importante pour les réveils spontanés (voir la figure 4), n'est pas concerné.

 

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Fig. 4 : Production de chaleur dans les mitochondries

© Virginie Denis

 

La figure 4 explique la production de chaleur dans les mitochondries. Dans une cellule normale [a], des molécules réduites [en blanc] sont oxydées, c'est-à-dire qu'elles perdent leurs ions H+ qui sont captés et rejetés de l'autre côté de la membrane interne par les constituants de la chaîne respiratoire [en rosé]. Le gradient d'ions H+ qui en résulte (ils sont plus nombreux dans l'espace intermembranaireque dans la matrice) alimente l'ATP synthase [en vert] qui récupère l'énergie dissipée par l'oxydation et la « confine » dans des molécules d'ATP [flèche verte], la source d'énergie des cellules. Un peu d'énergie est perdue lors de ces réactions et est convertie en chaleur [les petites flammes]. Dans le tissu adipeux brun [b], le couplage de la chaîne respiratoire et de l'ATP synthase est supprimé par une protéine découplante [en bleu clair] qui réduit le gradient d'ions H+ [flèche rouge] : toute l'énergie de l'oxydation est alors convertie en chaleur [les grandes flammes].

 

En outre, la réduction du métabolisme s'accompagne du remplacement de la source principale d'énergie cellulaire. Dans une cellule à l'euthermie, les glucides sont les principaux pourvoyeurs d'énergie sous forme d'atp. Cette dernière restitue l'énergie emmagasinée lors des réactions biochimiques. Dans une cellule en hibernation, les glucides sont remplacés par les lipides, dont le rendement est meilleur (pour une même masse, l'énergie produite est supérieure). C'est ainsi que les gènes codant deux enzymes clés de cette réorientation, la pyruvate déshydrogénase kinase 4 et la triacylglycérol lipase, sont activés en hibernation, de même que ceux des protéines qui assurent le transport intracellulaire des lipides.

 

On ignore encore le détail des processus qui assurent le contrôle de l'entrée en hibernation et du réveil. L'hyperventilation observée au début du réveil, en éliminant rapidement une grande partie du dioxyde de carbone accumulé, lève rapidement l'inhibition qu'il exerçait pendant la phase de torpeur.

 

Réduire l'intensité métabolique comporte des risques. Le premier est qu'en supprimant le cycle de dégradation et de renouvellement des protéines, l'organisme s'expose à une accumulation de protéines détériorées. Les réveils périodiques constitueraient la principale adaptation à ce problème : le retour temporaire à un fonctionnement normal serait l'occasion d'un "nettoyage", et serait la raison d'être essentielle de ces réchauffements coûteux en énergie.

 

Hibernation et Alzheimer

 

Une des découvertes récentes les plus surprenantes est celle de l'analogie entre certains processus qui se déroulent dans le cerveau en hibernation et la maladie d'Alzheimer. Un des symptômes de cette maladie est l'apparition d'amas neurofibrillaires de la protéine tau. Normalement associée aux microtubules qui assurent le transport dans le neurone, cette protéine est hyperphosphorylée chez les malades : elle se désolidarise alors des microtubules et s'assemble en filaments hélicoïdaux dans les diverses ramifications du neurone (axone et dendrites) et en perturbe le fonctionnement. Au cours du développement de la maladie, les amas neurofibrillaires apparaissent en priorité dans les zones du cerveau qui participent aux phénomènes de mémorisation, notamment dans les neurones de l'aire ca3 de l'hippocampe.

 

Dans l'hippocampe, les contacts synaptiques entre les fibres moussues (du gyrus denté) et les neurones pyramidaux régressent notablement au cours des épisodes d'hibernation profonde, et se restaurent complètement lors des réveils (voir la figure 5). Partant, Thomas Arendt et ses collègues des Universités de Leipzig, Groningen et Iéna, ont eu l'idée d'étudier la phosphorylation de la protéine tau dans le cerveau de spermophiles en hibernation. Surprise, dans leur hippocampe, les cycles de régression et restauration des synapses des neurones de la zone ca3 sont en phase avec des cycles parallèles d'hyperphosphorylation et de déphosphorylation de la protéine tau. À l'inverse de ce qui se passe dans la maladie d'Alzheimer, cette hyperphosphorylation est totalement réversible : les neurones recouvrent pleinement leur fonction et remplissent de nouveau leur rôle dans la mémorisation.

 

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Fig. 5 : Déconnection des synapses de l'hippocampe au cours de l'hibernation © Virginie Denis

(Agrandissement : cliquer sur l'image)

 

La figure 5 montre que, dans l'hippocampe [a, chez le spermophile], une aire essentielle à la mémorisation, les fibres moussues du gyrus denté sont reliées aux neurones pyramidaux de la zone CA3 par des synapses [b]. Pendant l'hibernation, ces connexions sont interrompues par des amas neurofibrillaires, des filaments hélicoïdaux de protéines, nommées tau, fortement phosphorylées [c]. La protéine tau est normalement associée aux microtubules qui assurent le transport des constituants cellulaires. Ce mécanisme est identique à celui que l'on observe dans les neurones des individus atteints de la maladie d'Alzheimer, où l'on constate des amas délétères de protéines tau. Cependant, chez les animaux hibernants (et contrairement à ce qui se passe dans la maladie d'Alzheimer), le processus est réversible. Au réveil, les synapses se reforment [d], notamment grâce aux protéines PSA-NCAM et à la synaptophysine, tandis que, par un processus indépendant, la protéine tau est déphosphorylée et reprend sa fonction initiale.

 

Les fibres moussues sont le siège d'autres modifications. Elles sont riches en protéine psa-ncam, une molécule qui assure l'adhérence des cellules et dont l'expression est liée à la formation et au remodelage des synapses, des processus associés à l'apprentissage et la mémorisation. La protéine psa-ncam disparaît complètement au cours d'un épisode d'hibernation, et réapparaît progressivement lors du réveil suivant. Il en est de même d'une autre protéine, la synaptophysine, qui participe au fonctionnement de la synapse. Ces cycles sont en opposition de phase avec celui de la phosphorylation de la protéine tau : la protéine psa-ncam et la synaptophysine sont abondantes quand la protéine tau est déphosphorylée. On sait par ailleurs que l'hibernation entraîne la perte de certains apprentissages acquis, mais que cette perte est sélective, ne concernant pas la reconnaissance des congénères. Ainsi, pendant l'hibernation, l'hippocampe se détériore et se régénère pendant les éveils, les synapses étant rétablies.

 

La perte des connexions neuronales est-elle un moyen d'économie d'énergie, ou en est-elle une conséquence ? La phosphorylation de la protéine tau est-elle une protection, indispensable à la restauration fonctionnelle ? Quoi qu'il en soit, le fait que ces phénomènes soient réversibles constitue une piste pour un traitement de la maladie d'Alzheimer.

 

L'hibernation comme la reproduction sont des phénomènes saisonniers, nécessitant une anticipation sur les conditions d'approvisionnement. Nous avons vu comment chez certaines espèces la recrudescence de l'activité sexuelle des adultes au printemps intervient avant le retour d'une nourriture abondante. Inversement, l'accumulation des réserves doit anticiper la pénurie saisonnière. Bien qu'incompatibles entre elles (difficile de se reproduire quand on dort !), hibernation et reproduction partagent des mécanismes de contrôle saisonnier. Chez les mammifères, les cycles saisonniers sont contrôlés par la photopériode, c'est-à-dire le rapport de la durée du jour à celle de la nuit. L'information sur la luminosité est transmise par la rétine et analysée par l'hypothalamus qui la convertit, via la glande pinéale, en un pic de production nocturne de mélatonine. Ce mécanisme est indispensable au contrôle saisonnier de la reproduction, notamment à la production d'hormones. Or l'implantation chez des hamsters de capsules en silicone libérant de la testostérone (une hormone sexuelle) suffit à inhiber l'hibernation. Le contrôle saisonnier de l'hibernation résulterait donc de la levée de l'inhibition exercée par le système reproducteur.

 

Dormir ou se reproduire

 

Comment l'hibernation est-elle contrôlée par les hormones sexuelles ? Beaucoup de questions demeurent, mais on a montré que l'innervation par des fibres à vasopressine (des neurones qui fabriquent cette hormone) fluctue de façon saisonnière selon le taux d'hormones sexuelles. La vasopressine serait le relais entre ces hormones sexuelles et l'hibernation. De fait, lorsque ce taux d'hormones sexuelles s'effondre en automne, et que deux mois plus tard, les fibres à vasopressine disparaissent, l'hibernation commence. Ce délai est prolongé par l'implantation de capsules libérant de la vasopressine ; l'hibernation réapparaît dès la fin de cette libération.

 

L'expression saisonnière de l'hibernation fait l'objet d'un contrôle exercé par des protéines synthétisées dans le foie, et dont le transport vers le cerveau est assuré par le plexus choroïde de façon variable selon les saisons. Le rôle de la mélatonine et des hormones sexuelles dans le contrôle de ce transport restent à élucider.

 

Comment les organes  résistent-ils aux variations de températures ?

 

Soumis à de basses températures, la plupart des organes des mammifères subissent des lésions et ne pourraient résister à une hibernation.

 

mammifères,marmotte,hibernationRécemment, une équipe de l'Université de Groningen, aux Pays-Bas a montré que les tissus des poumons du Hamster doré changent de structure moléculaire dans les phases de torpeur (The Journal of Experimental Biology, mars 2011). Les alvéoles des poumons sont entourées de muscles lisses et de collagène, une protéine qui favorisent l'adhérence de ces alvéoles aux muscles.

 

Quand l'animal sombre dans la torpeur, la quantité d'actine – un composant des filaments musculaires - augmente progressivement, puis diminue pour retrouver son niveau initial deux heures après la sortie de la torpeur. De plus, la quantité de collagène augmente dans les premières 24 heures de l'hibernation avant de diminuer jusqu'au réveil.

 

Ainsi, chez les hamsters, la structure moléculaire des alvéoles pulmonaires peut changer rapidement et de façon réversible. Or les êtres humains souffrant d'asthme ou de troubles obstructifs chroniques présentent le même type de modifications moléculaires dans leurs poumons.

 

Peut-être pourra-t-on éviter ces anomalies chez l'homme quand on saura comment le Hamster retrouve si vite des poumons fonctionnels lors de ses réveils.

 

Adaptation récente ou processus ancestral ?

 

On décrivait classiquement l'hibernation comme une adaptation : à partir d'un type mammalien standard, l'amélioration des capacités de survie apportée par la faculté d'hiberner aurait conduit à la sélection des mutations génétiques correspondantes, aboutissant à une spécialisation d'espèces particulièrement performantes de ce point de vue. Dans cette conception, les similitudes des caractéristiques générales de l'hibernation observées dans des groupes par ailleurs éloignés relevaient d'un phénomène de convergence, tout comme les nageoires des phoques et celles des cétacés.

 

Cependant, cette conception est difficilement compatible avec la diversité des lignées de mammifères dont certaines espèces hibernent (sans compter les oiseaux). On en trouve en effet pratiquement dans tous les ordres existants qui contiennent des espèces de petite taille, depuis les plus primitifs comme les monotrèmes jusqu'aux primates. À l'exception de l'Ours, toutes les espèces hibernantes ont une masse inférieure à quelques kilogrammes, ce qui est probablement lié à la contrainte des réchauffements périodiques.

 

En outre, au sein d'un même groupe, on peut trouver des genres ou même des espèces voisines dont les uns hibernent et les autres pas. Ainsi, le Spermophile européen hiberne, mais pas son cousin, l'Écureuil roux de nos parcs. La séparation des deux espèces est trop récente pour avoir autorisé l'accumulation de mutations nécessaires à une adaptation complexe.

 

L'hypothèse selon laquelle l'hibernation correspond à un type ancestral, dont certaines caractéristiques auraient été souvent perdues faute d'emploi, est plus vraisemblable. Le gène de la protéine hp25, nécessaire au contrôle de l'hibernation, a été décrit chez plusieurs rongeurs hibernants de la famille des écureuils, mais aussi chez une espèce voisine arboricole qui n'hiberne pas. Chez cette dernière, le gène a fait l'objet d'une mutation qui l'a inactivé.

 

À quoi pouvait ressembler le type primitif de régulation thermique ? Un reptile de nos latitudes, le Lézard vert, en est un exemple. De tels lézards ont été placés dans des enceintes où ils étaient exposés à une température variable du plancher, de 5 à 35 °C. Le lézard, animal à "sang froid", peut ainsi contrôler sa température interne en se déplaçant. Au voisinage des équinoxes de printemps ou d'automne, il ajuste sa température à environ 30 °C le jour, tandis qu'il l'abaisse à 20 °C la nuit. En été, il maintient une température constante proche de 30 °C, voisine de celle d'un mammifère primitif, grâce à la chaleur fournie par le sol. En revanche, en hiver, il choisit spontanément une température de 12 °C environ. Le lézard se livre ainsi à une sorte d'hibernation comportementale ! À l'instar des cycles saisonniers des mammifères, cette saisonnalité est contrôlée par la photopériode via la mélatonine. Des comportements similaires ont été observés dans la nature, des batraciens et des reptiles sélectionnant des environnements froids au début de l'hiver. On a même décrit récemment des réveils périodiques chez un reptile en hibernation.

 

Les mammifères et les oiseaux ont ensuite acquis la production endogène de chaleur. L'alternance quotidienne entre température élevée et température basse telle qu'on l'observe chez le lézard au printemps et en automne existe encore dans de nombreuses espèces de mammifères et d'oiseaux, sous la forme d'une torpeur quotidienne, que seule la présence d'un réchauffement par thermogenèse endogène différencie du type lézard. Elle existe même à l'état juvénile chez des espèces comme le rat qui est parfaitement homéotherme à l'état adulte.

 

L'acidose respiratoire de l'hibernation serait aussi une caractéristique ancestrale. En effet, l'acidose respiratoire se retrouve en liaison avec une dépression métabolique saisonnière (hivernale ou estivale) dans tous les grands groupes zoologiques où s'est développée la respiration aérienne (mollusques, insectes, poissons, batraciens, reptiles, oiseaux et mammifères), et que la vie continentale expose à des disettes saisonnières.

 

L'hibernation humaine ?

 

Ce changement dans la conception de l'évolution de l'hibernation bouleverse notre approche de l'application à la médecine des données de l'hibernation. L'homme a-t-il conservé des traits primitifs, qui permettraient par exemple de mettre en jeu des phénomènes de dépression métabolique, fort utiles pour passer des caps difficiles ? Il en serait bien ainsi : on connaît maintenant un certain nombre de cas de survie à des arrêts cardiaques prolongés, en hypothermie, chez des enfants tombés dans des lacs gelés comme chez quelques adultes, qui ne peuvent s'expliquer que par la mise en jeu spontanée de mécanismes puissants de dépression métabolique qui permettent au cerveau de survivre à un arrêt circulatoire. Reste maintenant à en élucider les mécanismes afin de développer des applications cliniques. La recherche sur les mammifères hibernants est là pour nous aider.

 

Pour en savoir plus :

 

Malan A. (2007). - Sommeil d'hiver, Pour la Science, n° 352 février 2007 56:63 http://bit.ly/plsoer352).

 

Salthum-Lassalle B. (2011).- Poumons au repos, Pour la Science n°404 juin 2011. p. 14.

01/11/2010

Nature jurassienne par Michel Juillard

Nature jurassienne

par Michel Juillard

 

Dans le cadre de l'Année internationale de la Biodiversité, Michel Julliard, un "vieux de la vieille" de la protection de  la Nature dans le Massif du Jura, publie un ouvrage de plus de 300 pages présentant la biodiversité du Jura à l'aide de photographies. Cet ouvrage sort de presse le samedi 20 novembre prochain.

 

Je cherche à réaliser des images qui montrent la beauté d’une espèce végétale, une attitude ou le comportement insolite d’un animal, un détail anatomique ou une couleur particulière. La netteté de chaque document reste pour moi la valeur fondamentale.


Michel Juillard, biologiste

 

Nature-jurassienne.jpg

 

Quelques commentaires de spécialistes.


De très belles images figurent à chaque page de ce livre. Elles me rendent presque jaloux. J’aimerais vraiment toutes les voir figurer en point d’orgue dans ma photothèque.


Claude Nardin, photographe

 

L’ouvrage de Michel Juillard est un hymne à l’émotion, un hymne à l’enthousiasme. C’est aussi un hymne à un petit coin de terre, un hymne à la nature. Quand on a contemplé de telles images, on sait ce que le mot beauté signifie, tout simplement.


Eric Grossenbacher, botaniste

 

Commande par internet: m.juillard@sunrise.ch

 

Format: 245 x 285 mm, relié,
couverture laminée en quadrichromie
Contenu: 304 pages
(plus de 300 illustrations en couleur)
Sortie de presse: novembre 2010
Prix de souscription: jusqu’au 23 décembre 2010, CHF 55.– (€40.–)
dès le 24 décembre 2010, CHF 69.– (€50.–)
Frais d’envoi en sus. TVA 2,4% comprise (dès le 01.01.2011, TVA 2,5%). 

26/05/2010

Le Lémur à queue rousse

Lepilemur ruficaudatus-1_logo.jpgLe Lémur à queue rousse

Lepilemur ruficaudatus Grandidier, 1867

(Famille des Lepilemuridae)

 

par André Guyard

 

Le Lémur à queue rousse Lepilemur ruficaudatus ou Boenga est un Lémurien à pelage roux sombre. Comme pratiquement tous les Lémuriens, il constitue une espèce endémique de Madagascar qui fréquente les forêts denses sèches et les fourrés épineux. De mœurs nocturnes, il est fondamentalement folivore et accessoirement frugivore. Son poids est d'environ 800 grammes et le dimorphisme sexuel est peu marqué. En général, il vit en couple sur un territoire d'environ 1 ha et il n'y a pas chevauchement entre les territoires des couples voisins. De sorte que l'amplitude de chaque déplacement nocturne se situe entre 100 m et 1 km.

 

Lepilemur ruficaudatus_70-71-1.jpg

 

Individus observés : Parc National Kirindy Mitea aux environs de Morondava.


 

Voir également sur ce même blog :

Le Lémur à dos gris,

Le Lémur noir ou Lémur macaco,

Le Grand Hapalémur,

Le Lémur couronné.

 

Références :

 

Groves, C. (2005). Wilson, D. E., & Reeder, D. M. Mammal Species of the World (3rd ed.). Baltimore : Johns Hopkins University Press. pp. 119.

Hoffmann, M. (2008). Lepilemur ruficaudatus. In: IUCN 2008. IUCN Red List of Threatened Species.

 

21/05/2010

Le Lémur à dos gris

lepilemur dorsalis1.jpgLe Lémur à dos gris

Lepilemur dorsalis Gray, 1870

 

par André Guyard

 

Le Lémur à dos gris est l'une des plus petites espèces appartenant au genre Lepilemur. Comme son nom l'indique, la face dorsale est gris-brun à brun moyen, avec une bande sombre brun le long du dos. La face ventrale est plus pâle brun grisâtre. La tête est grise avec une face gris-brun foncé avec un petit museau, des oreilles arrondies, qui sont presque cachées dans la fourrure. La queue est à peu près de la même longueur que le corps et devient plus sombre vers son extrémité. Les mains et les pieds sont dotés de grands blocs digitaux utilisés pour s'accrocher aux branches. La masse corporelle moyenne pour cette espèce est d'environ 500 grammes.

 

lepilemur dorsalis1.jpg
Lémur à dos gris mâle dans l'île de Nosy Komba

 

De tous les lépilémurs, cette espèce montre l'une des distributions les plus limitées. Le Lémur à dos gris vit dans les forêts humides de la région de Sambirano dans le Nord-Ouest de Madagascar, y compris la presqu'île d'Ampasindava et les îles de Nosy Be et Nosy Komba. C'est dans cette dernière île qu'ont été pris les clichés de cet article. Il s'agit d'une espèce arboricole et nocturne. Le Lémur à dos gris se déplace à travers la forêt en grimpant et en sautant dans les arbres.

 

Le Lémur à dos gris est une espèce folivore (mangeur de feuilles), bien qu'il puisse également se nourrir de fruits et d'écorce pour compléter son régime alimentaire. Cette espèce est aussi un cæcotrophe, ce qui signifie qu'il réingère ses excréments, ce qui facilite la décomposition de la cellulose contenue  dans les feuilles et la rend plus digeste. Toujours en rapport avec la digestion de la cellulose, il est muni d'un cæcum important qui abrite des bactéries adaptées à la lyse de la cellulose.


 

Le Lémur à dos gris vit en famille, première forme de cohésion sociale. Le groupe de base est composé de la mère et sa progéniture. L'espèce est polygame mais le mâle vit en solitaire et son territoire chevauche ceux d'une ou de plusieurs femelles. Il visite chaque femelle pendant la saison de reproduction. Tous les ans, la femelle donne naissance à un seul petit qui naît entre septembre et novembre. Quand elle fourrage la nuit, elle délaisse son bébé sur une branche, mais reste en contact avec lui en émettant des cris qui ressemblent à des baisers.

 

Cette espèce est très territoriale et le mâle adulte défend vigoureusement son territoire. Il émet un appel sonore utilisé comme un appel territorial. L'appel de contact se compose d'une série de sifflements suivis par une vocalise en deux phases. Cet appel est utilisé quand deux congénères sont à proximité l'un de l'autre .

 

Le Lémur à dos gris est classé comme espèce vulnérable dans la liste rouge de l'UICN.

 

Documents : photos et vidéo par André Guyard.

Voir également dans le même blog :

le Grand Hapalémur,

Le Lémur noir,

Le Lémur couronné,

Le Lémur à queue rousse.

 

Références :

 

Burton, Frances. 1995. The Multimedia Guide to the Non-human Primates. Prentice-Hall Canada Inc.

Fleagle, John G. 1988. Primate Adaptation and Evolution. Academic Press.

Harcourt, C. and Thornback, J. 1990. Lemurs of Madagascar and the Comoros. The IUCN Red Data Book. IUCN, Gland, Switzerland and Cambridge, U.K.

Petter, A. and Petter, J.J. 1971. Part 3.1 Infraorder Lemuriformes. in The Mammals of Africa : An Identification Manual. Smithsonian Institution Press, Washington, D.C.

Petter, J.J. and Charles-Dominique, P. 1979. Vocal communication in prosimians. in The Study of Prosimian Behavior. eds. G.A. Doyle and R.D. Martin. Academic Press, New York.

Tattersall, I. The Primates of Madagascar. Columbia University Press, New York.

20/05/2010

Le Lémur noir ou Lémur Macaco

Eulemur macaco_7logo.jpgLe Lémur noir

Eulemur macaco Linnaeus, 1766

 

par André Guyard

 

Le Lémur noir est un prosimien malgache de la famille des Lémuriens. Comme tous les Lémuriens, il s'agit d'une espèce protégée. Les spécimens que nous avons rencontrés à Madagascar se trouvaient dans la réserve de l'îlet de Nosy Komba au nord-est de la Grande Île, à proximité de l'île de Nosy Be.

 

Madagascar.jpg
Localisation de Nosy Komba à Madagascar
(Document Google Maps)
Nosy Komba-1.jpg
Nosy Komba se trouve à proximité de Nosy Be
(Document Google Maps)
 

Il existe deux sous-espèces de lémurs noirs, qui se distinguent par la couleur des yeux : brune chez E. macaco macaco, la sous-espèce présentée ici et bleue chez E. macaco flavifrons. Malgré les efforts de Roland Albignac, le spécialiste des Lémuriens qui nous guidait, nous n'avons pas pu observer cette dernière sous-espèce.

 

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Un couple de Lémurs : le mâle est noir, la femelle brun roux

 

Le Lémur noir a une taille moyenne de 90 à 100 cm (41 cm en moyenne pour le corps et 55 cm pour la queue), pour une masse corporelle d'environ 2,4 kg. Il présente un dichromatisme sexuel marqué : les mâles étant entièrement noirs et les femelles brun roux, avec le ventre blanc. Les oreilles sont recouvertes de longues touffes de poils, noires chez les mâles et blanches chez les femelles.


À Nosy Komba, les Lémurs noirs vivent

en bonne intelligence avec les humains

 

Le Lémur noir (Eulemur macaco macaco) se trouve uniquement au Nord-Ouest de Madagascar dans la région du Sambirano et dans les îles Nosy Be, Nosy Komba et Nosy Tanikely. C'est généralement la seule espèce du genre Eulemur dans ce domaine, cependant certaines zones de sympatrie avec E. fulvus fulvus ont été signalées. Le Lémur noir occupe la forêt primaire, la forêt secondaire dégradée et des plantations de caféiers, d'anarcadiers ou de cacaoyers. Il se nourrit de fruits, de feuilles, de fleurs, du nectar, occasionnellement d'insectes, et ce de façon variable en fonction de la saison. Pendant la saison humide les fruits prédominent dans le régime alimentaire, tandis que pendant la saison sèche les lémurs consomment certaines fleurs et feuilles qu'ils délaissent pendant d'autres parties de l'année.

 

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Une femelle dans le feuillage

 

Le Lémur noir présente une activité cathémérale, c'est-à-dire qu'il présente des périodes significatives d'activité  ayant lieu à la fois pendant les phases claires et obscures du cycle journalier.

 

Chez le Lémur noir, comme chez les autres lémuriens, la reproduction est saisonnière. La saison des accouplements s'étend de avril à juin à Madagascar. La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge d'un an et demi, mais les jeunes ne se reproduisent généralement qu'à partir de la seconde saison de reproduction suivant leur naissance c'est-à-dire vers deux ans et demi. Le cycle œstral des femelles dure 33 jours, avec un œstrus de 3 jours pendant lequel la période de réceptivité est extrêmement courte : de quelques heures à 2 jours. Les femelles peuvent donner naissance à un ou deux jeunes après un temps de gestation moyen de 128 jours. La gestation a donc lieu pendant la saison sèche et les naissances au début de la saison humide.

 

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Une femelle au sol

 

Le Lémur noir vit en groupes multimâles multifemelles, de taille restreinte de l'ordre d'une dizaine d'individus en moyenne. L'organisation sociale de cette espèce se caractérise par une dominance des femelles : dans un contexte agonistique, toutes les femelles de Lémur noir peuvent supplanter tous les mâles de leur groupe. Cette caractéristique est partagée par un certain nombre de prosimiens malgaches dont le plus connu est le Maki catta.

 

Chez Eulemur macaco macaco les signaux de communication visuelle se résument essentiellement à des postures, des mouvements (de la queue en particulier) et de rares mimiques faciales. En revanche, ces animaux passent une grande partie de leur temps à échanger des signaux chimiques et sonores.

 

Pour en savoir plus : Wikipedia.

Documents : photos et vidéo : André Guyard.

Voir également dans ce même blog :

Le Lémur à dos gris,

Le Grand Hapalémur,

Le Lémur couronné,

Le Lémur à queue rousse.

Le Grand Hapalémur

Hapalemur_simus_logo.jpgLe Grand Hapalémur

(Prolemur simus)

 

par André Guyard

dernière mise à jour : 27/05/2013

 

Nouvelle naissance d'un Grand Hapalémur au jardin zoologique du Muséum de la Citadelle de Besançon !

 

La naissance le 20 avril 2010 d'un Grand Hapalémur au jardin zoologique du Muséum de la Citadelle de Besançon constituait déjà un événement exceptionnel.

 

Exploit renouvelé  où un couple de grands Hapalémurs a donné naissance à un nouveau petit.

 

 

© France 3 Franche-Comté / Denis Colle
© France 3 Franche-Comté / Denis Colle

 


Le petit..."grand hapalémur" est pour l'instant bien accroché au pelage de sa mère. Il y restera jusqu'à l'âge de deux mois. Mais les visiteurs du zoo peuvent déjà l'admirer.

 

En effet, classé en danger critique d'extinction par l'IUCN, le Grand Hapalémur (Prolemur simus) est le lémurien le plus menacé de Madagascar et l'un des cinq primates les plus menacés au monde. L'espèce fut considérée comme définitivement éteinte avant d'être redécouverte en 1986 dans la région de Ranomafana qui deviendra Parc National en 1991. D'autres populations furent découvertes dans les années suivantes, mais une étude publiée en 2008 tire la sonnette d'alarme en dénombrant moins de 60 exemplaires sauvages, dont seulement 4 pour le Parc national de Ranomafana !

 

À ce maigre effectif s'ajoute une trentaine d'animaux en captivité. Tous font l'objet d'un programme de sauvegarde, auquel participe le muséum de la citadelle de Besançon.

 

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Bébé Hapalemur simus

(cliché Anna Feistner)

 

Une population de sauvegarde a été établie en captivité dès 1987 puis 1993 mais elle ne compte qu'une vingtaine d'individus dans le monde, dont la famille de quatre hapalémurs hébergée par le Muséum de Besançon au sein de la Citadelle, une famille heureuse de vous faire parrt de cette nouvelle naissance. Depuis, le bébé hapalémur reste fermement accroché au ventre de sa mère, Sorja, une femelle de 10 ans née en captivité au zoo de Vincennes à Paris et qui s'en occupe très bien.

 

Le Grand Hapalémur a un pelage gris brun (comme Hapalemur griseus). Les mâles mesurent jusqu'à 45 cm pour un poids de 2,400 kg à l'âge adulte. Il se distingue facilement des autres espèces par ses touffes de poils blancs sur les oreilles que les autres espèces n'ont pas. Sa face est  aussi plus allongée, et on le trouve souvent au sol, alors que les autres espèces y vont rarement.

 

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Hapalemur simus dans le parc de Ranomafana

(cliché Anna Feistner)

 

Le Grand Hapalémur vit dans les forêts de Madagascar et il est particulièrement menacé par l'activité humaine, comme le déboisement à des fins agricoles ou la construction de routes. Il se nourrit presque exclusivement de la moelle des tiges d'une espèce de bambou géant (Cathariostachys madagascariensis appelé localement volohosy à Madagascar). Il ouvre la tige, la déchire en petits morceaux et en déguste la moelle. À défaut, il peut consommer d'autres bambous, des fruits et même des champignons.

 

Voir également sur ce blog d'autre sujets sur les lémuriens :

Le Lémur couronné,

Le Lémur au dos gris,

Le Lémur noir ou Lémur macaco,

Le Lémur à queue rousse.


Sources :

 

Conférence de Anna Feistner, responsable du Centre Valbio à Ranomafana, Madagascar. Anna Feistner est une spécialiste de la conservation des primates.

20/12/2009

Ravageurs de pâtures : Campagnol terrestre et Campagnol des champs

Périodiquement, les campagnols pullulent et ravagent les prairies et pâturages des plateaux du Jura. En outre, ces rongeurs transmettent un parasite : l'échinocoque alvéolaire. Cet article exploite une plaquette éditée par la FREDON ainsi qu'une série de publications scientifiques qui présentent une étude de la dynamique des populations de campagnols.

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Lutte contre le campagnol terrestre en Franche-Comté

Périodiquement, les campagnols pullulent et ravagent les prairies et pâturages des plateaux du Jura. En outre, ces rongeurs transmettent un parasite : l'échinocoque alvéolaire. Cet article exploite une plaquette éditée par la FREDON pour présenter les moyens de lutte contre ces pullulations.


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Le campagnol terrestre - Prévention et contrôle des populations

Le campagnol terrestre : une lutte raisonnée

 

Vient de paraître :

 

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L'attaque exclusivement chimique, notamment par la bromadiolone, contre le campagnol terrestre qui pullule cycliquement en engendrant des dégâts dans les prairies, n'est pas la seule alternative.

 

L'ouvrage de Patrick Giraudoux, professeur d'écologie au laboratoire Chrono-environnement de l'université de Franche-Comté, et de Pierre Delattre, ancien directeur de recherche de l'INRA, en fait la preuve. Il relate comment la compréhension des dynamiques des populations en fonction des modifications des environnements et des pratiques agricoles peut faire naître des outils professionnels de lutte contre les pullulations respectueux de la nature et de la santé de l'homme.

 

En ce sens, il dépasse largement le cadre du campagnol et milite pour la mise en place d'un dispositif d'intelligence environnementale prenant en compte le questionnement écologique dans une réflexion globale relative au fonctionnement des systèmes agronomiques.

 

Delattre P., Giraudoux P. : Le campagnol terrestre - Prévention et contrôle des populations.

Editeur : Quae éditions, Collection : Savoir faire ISBN : 978-2-7592-0386- EAN : 9782759203864  263 pages. 38 €.

Contact : Patrick Giraudoux, Laboratoire Chrono-environnement, Université de Franche-Comté.

Tél. (0033/0) 3 81 66 57 45.

 

Voir également :

Les ravageurs de pâture en Franche-Comté

Lutte contre le Campagnol terrestre en Franche-Comté

 

21/11/2009

Le Cerf Mulet

Cerf_mulet_logo.jpgCerf mulet ou Cerf à la queue noire

Odocoileus hemionus

(Rafinesque 1817)

 

par André Guyard

 

 

On rencontre le Cerf Mulet dans le  Nord-Ouest de l'Amérique à une latitude de  23 degrés à 60 degrés N. Il se différencie du Cerf de Virginie par des bois dressés vers le haut. On distingue 11 sous-espèces dont  Odocoileus hemionus californicus le Cerf Mulet de Californie (Caton 1876).

 

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Harde de biches et de jeunes cerfs mulets (Utah)

 

Odocoileus hemionus est un ruminant qui se nourrit de fourrages ligneux et herbacés dans des proportions égales. L'espèce consomme aussi des glands, des graines de légumineuses et des fruits charnus.

 

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La souplesse d'adaptation du Cerf Mulet est remarquable. Au Canada, O. hemionus se rencontre dans cinq types de forêts boréales. Aux États-Unis, l'espèce occupe un grand nombre d'habitats comme le chaparral boisé de Californie (sorte de maquis formé par des buissons et des broussailles), le désert de Mojave, Sonora, les forêts arbustives semi-désertiques, les Grandes Plaines et le Plateau du Colorado.

 

Les hardes de cerfs mulets ont tendance à limiter leurs déplacements quotidiens à l'intérieur de leur domaine vital. On note cependant quelques mouvements ne s'écartant pas de plus de 5 km du domaine vital. Cependant des migrations saisonnières importantes peuvent se produire en fonction de la température (estivation en altitude) et des précipitations.

 

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La longueur du corps varie de 126 à 168 cm chez les mâles, et 125 à 156 cm chez les femelles. Hauteur au garrot : de 84 à 106 cm chez les mâles et de 80 à 100 cm chez les femelles.

 

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Comme tous les Cervidés, les mâles portent des bois. Le cycle annuel de la croissance des bois chez O. hemionus est initié et contrôlé par des changements dans la longueur du jour agissant sur plusieurs types cellulaires gonadotropes de l'hypophyse antérieure. Ces types cellulaires stimulent la sécrétion des hormones qui agissent principalement sur les bois et, incidemment, sur les testicules.

 

O. hemionus est doté d'une vision binoculaire excellente et très sensible aux objets en mouvement. Le sens de l'ouïe est aussi aigu.

 

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La communication entre individus se fait par phéromones sécrétées par les glandes sébacées et sudoripares. La glande métatarsienne produit une phéromone d'alarme, la glande tarsienne permet la reconnaissance mutuelle. L'urine a également une fonction de phéromone à tous les âges et pour les deux sexes.

 

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Odocoileus hemionus est une espèce polygame. C'est le mâle dominant qui effectue la majeure partie des copulations. La position dominante est en grande partie fonction de la taille du corps et de la longueur des bois. La parade nuptiale et l'accouplement se produisent au sein du groupe. Le pic de reproduction chez O. hemionus se produit principalement à partir de fin novembre à la mi-décembre. Environ 27 à 29 jours s'écoulent entre la conception et l'implantation de l'œuf dans l'utérus. La durée moyenne de gestation est de 204 jours. Le pic des naissances se situe en juin. La femelle met bas deux faons. La maturité sexuelle est atteinte au bout de 500 jours.

 

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En dehors de la période de reproduction, la harde est composée de femelles apparentées par filiation maternelle. Les mâles se dispersent en solitaires ou en agrégats d'individus non apparentés. Pendant l'hiver et au printemps, la stabilité des hardes de femelles et les groupes de mâles est maintenue avec une hiérarchie de domination.

 

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Jeune faon de cerf mulet


Les prédateurs se recrutent parmi pumas, coyotes, lynx, aigles royaux, chiens errants et ours noirs. L'espèce représente un gibier estimé.

L'espèce a plusieurs stratégies distinctes pour éviter les prédateurs. O. hemionus est spécialisé dans la détection de danger à un très long parcours au moyen de grandes oreilles et une excellente vision. Les mâles peuvent rapidement détecter et suivre visuellement un autre animal à 600 m. Une fois le danger détecté, O. hemionus se dissimule dans le couvert végétal ou, si le prédateur est suffisamment éloigné de fuir à plusieurs kms.


 

Sources :

 

Misuraca, M. 1999. - Odocoileus hemionus. University of Michigan. Museum of Zoology.

 

http://animaldiversity.ummz.umich.edu/site/accounts/infor....

 

Photos et vidéo : André Guyard (octobre 2009)

 

19/11/2009

Écureuils de l'Ouest américain

 

ecureuil_rochers.1-1.jpgÉcureuils de l'Ouest américain

 

par André Guyard


Au cours d'un périple à travers les parcs nationaux de l'Ouest américain en octobre 2009, nous avons eu l'occasion de rencontrer trois espèces d'écureuils assez communes pour être aperçues par des touristes moyens.

Tout comme les marmottes les écureuils sont des Rongeurs de la famille des Sciuridés. Ils sont nombreux en Amérique du Nord, aussi bien au Canada qu'aux Etats-Unis.

 

Le Uinta Chipmunk (Tamias umbrinus)

 

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Tamia à la recherche de graines dans un arbuste

 

Les Tamias sont communs dans les forêts de conifères, vers 1 800 m. Ils sont arboricoles et se déplacent de branche en branche à la recherche de graines. Ils dorment également dans les arbres. En guise de nids, les femelles utilisent des cavités d'arbres, utilisant parfois des nids d'oiseaux.

 

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Comme tous les écureuils, le Tamia utilise ses pattes avant comme des mains

Les Tamias transportent leur nourriture dans leurs bajoues. Ils dorment en hiver, mais quittent leurs terriers durant les périodes chaudes.

 

Les populations de Tamias sont disséminées dans des biotopes montagneux insularisés par des habitats désertiques infranchissables pour l'espèce. Il est certain qu'au cours des prochains millénaires, ces populations isolées évolueront vers des espèces distinctes.

 

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L'alternance de rayures colorées strie le dos de l'animal

 

La taille varie entre 21 et 24 cm avec une longueur moyenne de 23 cm. Le poids vaies entre 50 et 75 g avec une moyenne de 60 g. Les femelles sont nettement plus grandes que les mâles.

 

Une remarque à propos des Tamias. Les Tamias d'Amérique sont très voisins du Tamia de Corée, Tamias sibiricus, espèce introduite en Angleterre et qui commence à envahir le continent européen. Or cette espèce est vendue dans les animaleries françaises depuis 1970. Des individus relâchés ont fondé des colonies dans les forêts.

 

Des études récentes effectuées en région parisienne ont montré que cette espèce est parasitée par 30 à 60 fois plus de larves de la tique Ixodes ricinus que les espèces hôtes locales, comme le Mulot sylvestre ou le Campagnol roussâtre. De plus, ces tamias sont notablement plus infectés par Borrelia burgdorferi, l'agent de la maladie de Lyme qui touche environ 12 000 Français par an. L'apparition de cette espèce en France constitue  donc un nouveau réservoir de la maladie.


Source :

Allen, J.A., 1890. Bulletin of the American Museum of Natural History, 3:96.


Lien :

Smithsonian National Museum of Natural History. North American Mammals


http://www.mnh.si.edu/mna/image_info.cfm?species_id=392

 



 


L'Écureuil des rochers ou

Rock Squirrel (Spermophilus variegatus)


Très commun dans l'ouest des Etats-Unis, l'Écureuil des rochers, avec sa longue queue touffue, ressemble beaucoup aux écureuils arboricoles, mais il grimpe rarement aux arbres. Il se cantonne le plus dans les habitats rocheux, canyons, falaises et collines. La vidéo ci-dessous le montre admirant le paysage du Grand Canyon (Arizona).



 

En général, il creuse son terrier dans le sol bien qu'on trouve parfois des nids dans les arbres. La localisation du terrier tient compte de la sécurité qu'il offre. D'autres mammifères et même la chevêche des terriers peuvent utiliser leurs tanières si les écureuils les abandonnent. L'échelle de taille se situe entre 47 et 50 cm, le mâle étant plus grand que la femelle et l'échelle de poids entre 450 et 500 g. C'est le plus grand des spermophiles.


L'Écureuil des rochers est omnivore. Il se nourrit de pousses vertes, de haricots mesquites, d'insectes et de charognes.


L'Écureuil des rochers vit jusqu'à 2900 m d'altitude. Il vit souvent en colonies avec un mâle dominant. Les femelles ont une portée par an dans des lieux ou à des altitudes où les rigueurs de l'hiver durent plus longtemps, et deux portées dans les régions chaudes. Par grand froid, il entre en hibernation.

 

 

Spermophilus_variegatus_Grand_Canyon_Steffen Lorenz-1.jpg
Photo Steffen Lorenz

 

 

Source :


Erxleben, J.C.P., 1777. Systema regni animalis per classes, ordines, genera, species, varietas, cum synonymia et historia animalium. Classis I, Mammalia, p. 421. Wegand, Leipzig, 636 pp.


Liens :

Mammal Species of the World


http://www.bucknell.edu/msw3/


Smithsonian National Museum of Natural History. North American Mammals


http://www.mnh.si.edu/mna/image_info.cfm?species_id=340

 

 


L'Écureuil doré :

Golden-mantled Ground Squirrel (Spermophilus lateralis)

 

L'Écureuil doré (Spermophilus lateralis) est un écureuil terrestre qui vit dans les forêts d'Amérique du Nord. Il se nourrit de graines, de noix, de baies, d'insectes et de champignons souterrains. Il est la proie des faucons, des geais, des belettes, des renards, des lynx roux et des coyotes. Il est tiré par les chasseurs pour le sport. La fourchette de taille d'un adulte est 23-30 cm de longueur. L'Écureuil doré peut être identifié par une fourrure ornée de bandes colorées, mais contrairement aux tamias, il n'a pas de rayures faciales. Il est vit dans les mêmes habitats que le Tamia (Chipmunk Uinta).

 

 

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L'Écureuil doré devant son terrier

 

L'Écureuil doré a beaucoup de points communs avec les tamias. Comme eux, il accumule de la graisse en vue de l'hibernation et stocke de la nourriture dans son terrier pour la consommer au réveil du printemps.


Comme le Tamia, l'Écureuil doré
est pourvu de bajoues pour transporter de la nourriture sans être gêné dans ses déplacements.

 

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L'Écureuil doré creusant son terrier

 

L'Écureuil doré creuse des terriers peu profonds mais qui atteignent jusqu'à 30 m de longueur avec les ouvertures dissimulées dans un tronc d'arbre creux, dans des racines ou sous un rocher. La femelle donne naissance à une même portée de 4-6 jeunes chaque été.

 

L'Écureuil doré est abondant dans toute son aire et il est aussi à l'aise dans une grande variété d'habitats forestiers, ainsi que les prairies et les rochers.

 

La vidéo ci-dessous montre un Écureuil doré occupé à creuser son terrier dans le Sequoia Park.

 





À quoi sert l'énorme queue touffue du Spermophile ? Confronté de nuit à un serpent à sonnette, le Spermophile redresse la queue en l'agitant comme un plumeau. En filmant la scène en infrarouge, Aaron Rundus, de l'université de Californie, a constaté que la température de la queue de l'animal augmentait alors, probablement du fait d'un afflux de sang. Sensible aux infrarouges émis, le serpent est ainsi leurré sur la taille de la proie et bat en retraite. Le stratagème pourrait être d'un grand secours à la femelle de Spermophile qui niche à terre et protège farouchement ses petits.

 

Lien :

 

Smithsonian National Museum of Natural History. North American Mammals


http://www.mnh.si.edu/mna/image_info.cfm?species_id=350

06/10/2009

La Marmotte des Alpes

 

Marmota13logo.jpgLa Marmotte des Alpes

Marmota marmota
(Linnæus, 1758)

Famille des Sciuridés

(Dernière mise à jour : 23/02/2016)

 

par André Guyard

 

 

Silhouette trapue, petites oreilles se dissimulant dans une fourrure épaisse, museau large et court, pattes puissantes adaptées au fouissage, la marmotte court ventre à terre dans les alpages pour se réfugier dans son terrier en cas d’alerte.

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La Marmotte appartient à la famille des Sciuridés
 
Elle vit en colonie de type matriarcal. Un guetteur se poste sur un monticule ou sur une éminence et prévient par un cri caractéristique la colonie de tout danger potentiel, qu’il soit d’origine terrestre ou aérienne. Ses prédateurs sont principalement l’Aigle royal, le Grand-duc, le Renard et le Grand Corbeau.
 

 
Écoutez le cri de la Marmotte :
 
Marmota marmota041.jpg
 
La Marmotte a un tempérament joueur. Elle adore batifoler avec ses congénères mais reste prudemment à quelques mètres de son terrier
.
Marmota marmota051.jpg
 
La Marmotte creuse un réseau de galeries et de chambres s’enfonçant jusqu’à trois mètres de profondeur et pouvant atteindre 10 mètres de long dans une zone qui se situe au-dessus de la limite de la forêt sur les pentes ensoleillées, généralement entre 1400 et 3000 mètres.
 
Son aire naturelle couvre dans les Alpes : Haute-Savoie, Savoie, Isère, Hautes-Alpes, Alpes de Haute Provence, Alpes maritimes et Suisse. Elle a été introduite dans les Pyrénées et le Massif central.
 
Les chambres sont tapissées par du foin qui servira de nid aux jeunes et de chambre d’hibernation. Les entrées du réseau sont souvent placées sous un rocher ou sous une souche. Elles seront obturées au moment de l’hibernation qui durera d’octobre à avril. Pendant cette léthargie, la température corporelle est abaissée.


La Marmotte
se nourrit de graminées, légumineuses, graines et baies, racines et fleurs. Mais elle ne dédaigne pas les insectes comme les coléoptères ou les orthoptères.


Pendant le rut qui survient après le réveil, les mâles défendent leur territoire qu’ils marquent avec leurs glandes jugales. La gestation dure 5 semaines. La femelle met au monde une portée de 2 à 4 petits qui sortiront du terrier au bout de 5 semaines. La maturité sexuelle survient après la 3e hibernation.
 
La fidélité des parents n'est pas garantie et les rejetons nés des amours infidèles des femelles sont plus sains, ont de meilleures chances de survie et s'imposent plus facilement au sein de leur groupe que leurs frères et sœurs "légitimes". C'est la conclusion de l'étude d'Aurélie Cohas, du Laboratoire de biométrie et biologie évolutive de l'université de Lyon, paru dans le Journal of Animal Ecology. La chercheuse voulait tester l'hypothèse selon laquelle, chez les espèces monogames, l'infidélité pourrait avoir des bénéfices génétiques, non seulement pour les mâles, mais aussi pour les femelles.
 
On sait que les mâles multiplient les partenaires pour augmenter leurs chances de reproduction. Quant aux femelles, qu'elles soient oiseaux ou mammifères, elles sont surtout connues pour essayer de s'attacher un père nourricier pour leurs petits : qu'ont-elles à gagner - sur un plan évolutif - à multiplier ces infidélités ?
Chez les singes langurs dorés en copulant avec plusieurs pères putatifs, les femelles évitent les infanticides par l'un de ces mâles. Aujourd'hui, l'étude des rongeurs de la réserve de la Grande-Sassière (Savoie) confirme qu'en trompant leur partenaire habituel, les marmottes femelles augmentent probablement le brassage génétique et obtiennent des petits plus performants.
 

À partir de l'âge de 2 ans — celui auquel ils quittent leurs parents —, les jeunes marmottons nés hors couples stables ont une chance de survie accrue de 30 %, note Aurélie Cohas. Enfin, les rejetons adultérins ont un succès reproducteur légèrement meilleur et accèdent plus fréquemment à des statuts de dominants.

 

Son principal prédateur : l'Aigle royal qui s'installe dans les Alpes, mais qui essaie de s'établir dans le Haut-Jura (où il n'y a pas de marmottes !). Voir le reportage de France 3 sur l'Aigle royal.

 

Dormir comme une marmotte : l’expression a fait florès. En effet, ce rongeur de la famille des Sciuridés (tout comme l’écureuil) échappe aux mauvaises conditions hivernales en se plongeant dans un profond sommeil.

 
 
Photos et vidéo : André Guyard

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Le Lémur couronné

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Le Lémur couronné

Eulemur coronatus

 

par André Guyard

 

 

Le Lémur couronné, Eulemur coronatus, se trouve exclusivement dans le nord de Madagascar. Plus précisément, son aire de répartition s’étend du Cap d’Ambre au nord à la rivière Fanambana au sud, jusqu’à la ville d’Ambilobe et la rivière Sambirano à l’ouest et à la côte est. C'est à l'occasion d'une expédition organisée par le professeur Albignac, spécialiste des Lémuriens que nous avons eu l'occasion d'approcher de ce charmant animal.

 

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Le Lémur couronné habite les forêts sèches du Cap d’Ambre et la Sakalava. Dans la forêt de l’Ankarana où nous l’avons observé, Eulemur coronatus se rencontre dans la canopée à la lisière des zones forestières dégradées. Habitué aux touristes, il n’hésite pas à s’approcher pour quémander de la nourriture.

 

 

C’est un animal de la taille d’un chat domestique. Il pèse environ 2 kg et mesure une trentaine de cm de long. La queue atteint 45-50 cm. Il tire son nom de la présence d’une couronne de poils de couleur orange sur le dessus de la tête.

Eulemur coronatus est polygame. Les accouplements se produisent en juin. La gestation dure environ 125 jours et les femelles mettent au monde un ou deux petits à la saison des pluies. La mère porte son bébé sous son ventre durant les trois premières semaines et l’allaite jusqu’à 5 à 6 mois. La maturité sexuelle est atteinte au bout de 20 mois. La longévité est de 27 ans en captivité.

Le Lémur couronné
est diurne. Il est actif du lever au coucher du soleil avec une pause à midi qui peut durer quatre heures. Il a tendance à vivre en groupes de 5 à 6 individus. Les femelles sont dominantes. Comme chez tous les lémuriens, le grooming, c’est-à-dire caresses, toilette et épuçage mutuels, est important pour le développement et l’entretien des liens sociaux.

La communication entre individus implique éléments chimiques, sous forme de phéromones de marquage, éléments visuels : posture, expressions du visage, et échange de messages vocaux.

Le Lémur couronné
est essentiellement frugivore, occasionnellement folivore, nectarivore, voire insectivore.

Ses prédateurs éventuels sont les rapaces et surtout le fossa, une espèce endémique de carnivore plantigrade à allure de félin, qui représente le plus grand prédateur terrestre des lémuriens de Madagascar.

Le Lémur couronné intervient dans son écosystème essentiellement comme un disséminateur de graines. Bien que protégé (liste rouge de l’UICN), il est souvent braconné pour sa viande. Mais la destruction de leur habitat constitue la principale menace pour les lémuriens couronnés. C’est pourquoi Eulemur coronatus a tendance à rester dans les limites de quatre réserves : la Forêt d’Ambre, le Parc national de la Montagne d’Ambre et la réserve de l’Ankarana.

La présence de Lémuriens à Madagascar constitue un important atout pour l’écotourisme malgache.

 

Photos et vidéo : André Guyard

 

Voir également sur ce même blog :

Le Grand Hapalémur,

Le Lémur à dos gris,

Le Lémur noir ou Lémur macaco,

Le Lémur à queue rousse.

 

Références

Inconnu. "Crowned Lemurs". Duke University Primate Center, http://primatecenter.duke.edu/animals/crowned/.

Harcourt, C., J. Thornback. 1990. Lemurs of Madagascar and the Comoros. Gland, Switzerland and Cambridge, UK : IUCN-The World Conservation Union.

Kappeler, P., J. Ganzhorn. 1993. Lemur Social Systems and Their Ecological Basis. New York : Plenum Press.

Mittermeier, R., W. Konstant, M. Nicoll, O. Langrand. 1992. Lemurs of Madagascar : An Action Plan for their Conservation 1993-1999. Gland, Switzerland : IUCN.

Nowak, R. 1999. Walker’s Mammals of the World, Sixth Edition. Baltimore and London : The Johns Hopkins University Press. 2008/05/25 04:07:11.507 GMT-4

Suter, M. 2000. "Eulemur coronatus", Animal Diversity Web. http://animaldiversity.ummz.umich.edu/site/accounts/information/Eulemur_coronatus.html

05/10/2009

Le Chamois des Alpes

Chamois_logo.jpgLe Chamois des Alpes

 

Rupicapra rupicapra

(Famille des Bovidés, sous-famille des Caprinés)

 

par André Guyard

 

Le Chamois appartient à la famille des Bovidés et à la sous-famille des Caprinés (chèvres). Trois sous-espèces de Chamois habitent notre pays : le Chamois des Alpes (Rupicapra rupicapra rupicapra), le Chamois de Chartreuse (Rupicapra rupicapra cartusiana) et le Chamois des Pyrénées ou Isard (Rupicapra pyrenaica pyrenaica).

Le Chamois des Alpes mesure de 0,75 m à 0,80 m au garrot et de 1, 25 m à 1, 35 m de longueur. Le poids d’un mâle adulte varie de 35 à 50 kg, celui d’une femelle de 25 à 38 kg.

 

Chamois_male1.jpg
Le Chamois mâle ou Bouc
Crinière hérissée, le bouc surveille les intrus surgissant sur son territoire
 
 
 
Comme pour le Bouquetin, le Chamois mâle est appelé bouc, et la femelle chèvre. Le jeune avant un an sans distinction de sexe est nommé chevreau, le jeune mâle dans sa deuxième année est appelé éterlou, la jeune femelle éterle. Le dimorphisme sexuel est peu marqué chez le chamois, les deux sexes portent des cornes. L’allure générale du mâle est plus massive que celle de la femelle.
 
Chamois_femelle1.jpg
La Chèvre ou Chamois femelle
Dans le parc du Mercantour, les chamois ne
sont pas farouches. Curieuse,
la femelle s’approche des intrus.
 
 
Les cornes

Chez le Chamois, comme pour tous les bovidés, les cornes sont conservées tout au long de la vie. Elles poussent dès la naissance, mais ne sont visibles que vers 2 mois. À 6-7 mois, elles mesurent de 3 à 5 cm et amorcent une légère courbure vers l’arrière.
 
Les traces de chamois

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Empreintes et voie de chamois dans la neige


L'empreinte du Chamois est très caractéristique 6 cm de long sur 3,5 cm de large). Les marques des deux sabots sont très nettes et et à peu près aussi larges en avant qu'en arrière et il y a toujours un intervalle aussi important entre les deux pinces. Les doigts postérieurs en position élevée sur la jambe ne laissent des traces qu'en neige profonde.
 
Répartition et effectifs

Le Chamois des Alpes
peuple naturellement tous les départements des Alpes et du Jura. Il a été introduit dans les Vosges et dans le Cantal. Le Chamois de Chartreuse se rencontre uniquement dans le massif de la Chartreuse entre Grenoble et Chambéry.

L’estimation des effectifs de chamois donne un minimum de 70 000 dans les Alpes, 3 000 dans le Jura, 2 600 dans les Vosges et 600 dans le Massif central.

La reproduction

Dès le mois d’octobre, en général au-dessus de la forêt, on observe de grands rassemblements d’animaux où se joignent les mâles d’habitude solitaires. Le rut commence dès novembre pour se terminer vers la mi-décembre. Dans la première moitié du rut, ce sont les mâles âgés qui empêchent les plus jeunes de courtiser les femelles et qui assurent les saillies.

C’est à peu près 23 semaines plus tard, entre printemps et été, que la femelle donne naissance à un jeune. Il n’est pas rare qu’une femelle âgée de 15 ans et plus soit encore féconde. Le chevreau mesure 0,50 m de long et 0,35 m de haut et pèse de 2 à 2, 7 kg. Il lui suffit de quelques heures pour se tenir debout et quelques jours pour suivre sa mère. À l’âge de 2 mois, il pèse entre 9 et 10 kg.

L’habitat

Malgré une idée largement répandue, le Chamois n’est pas l’animal de la haute montagne. Il préfère la zone forestière et la partie inférieure de la montagne pastorale. Le critère prépondérant à l’habitat du Chamois, c’est le relief accidenté. Il n’existe pas de population vivant en terrain plat et dépourvu de pentes rocheuses.
Il évolue généralement entre 800 et 2 300 m d’altitude. La limite supérieure est celle des pelouses alpines qui conditionnent la ressource alimentaire. Le Chamois peut s’installer à des altitudes très basses, à condition qu’il ne soit pas dérangé. C’est le cas dans le Jura, les Préalpes de la Drôme et la Haute Provence. Dans nos régions, on le rencontre désormais jusque dans le Revermont, dans la basse vallée du Doubs : falaises de Montfaucon ou de Deluz ainsi que dans le Pays de Montbéliard. Parce qu’il sait utiliser au mieux les particularités du milieu, le Chamois colonise des territoires au climat et à la végétation très différents. La présence de zones d’hivernage qui abritent les espaces dégagés de neige où l’alimentation est accessible lui est nécessaire pour affronter les rigueurs de la mauvaise saison.

L’utilisation du milieu est très variable, la répartition dans l’espace des animaux n’est jamais figée. Elle varie aussi dans le temps. Enfin les regroupements sont liés au sexe et à l’âge des animaux. Le Chamois est particulièrement bien adapté à la vie en montagne. En hiver le sous-pelage est constitué d’un duvet laineux de 2 à 3 cm d’épaisseur qui couvre tout le corps. Les os longs des membres antérieurs et postérieurs forment des angles très fermés qui leur procurent une souplesse et une détente étonnantes. Le bord des sabots permet une adhérence élevée sur les rochers et la palmure interdigitale assure une bonne portance sur la neige. Enfin le cœur des chamois et isard est un muscle très puissant. Abondamment oxygéné par le sang très riche en globules rouges, il permet aux animaux de soutenir des efforts intenses et violents.

L’alimentation

Les végétaux constituent la nourriture exclusive des chamois. Ils consacrent une grande partie de leur temps à cette activité.

Au printemps : chamois et isards gagnent les fonds de vallées attirés par les pousses nouvelles de graminées ou de fleurs. Grisés par cette nourriture, leur observation peut être alors d’une grande facilité ;

En été et en automne : la ressource alimentaire est vaste, légumineuses et graminées sont préférées ;

En hiver : l’accessibilité à la nourriture est liée à la couverture neigeuse. Les animaux parcourent alors les rares secteurs où la neige ne tient pas. Ils s’alimentent aussi en forêt, utilisant les rameaux, écorces et lichens. Toutefois cette situation est très fluctuante dans l’espace et dans le temps et l’on considère que les chamois ne commettent pas de dégâts importants.

Les chamois sont friands de sel, qui est un élément nutritif nécessaire. Ils le trouvent sous forme de salines naturelles et de pierres à sel déposées par les bergers pour les moutons. Les besoins en eau sont assurés par la consommation des végétaux et par la rosée matinale, il est rare d’observer un chamois qui se désaltère.

Les relations avec les autres espèces

L’augmentation des effectifs des différentes espèces d’ongulés sauvages en montagne et particulièrement du Cerf et du Chevreuil fait que la fréquence des contacts est élevée. Ces relations sont dépendantes des différents facteurs du milieu tels que la densité des espèces, la ressource alimentaire, les conditions hivernales. En hiver en montagne, Chamois et Chevreuil cohabitent, si des conditions difficiles persistent cela peut conduire à des concentrations élevées. On suppose que la tolérance entre espèces est mutuelle. Les choix alimentaires des espèces sont le plus souvent complémentaires.

La fréquentation d’un même territoire par les chamois et des troupeaux d’animaux domestiques est rarement simultanée. En été, chamois et moutons ne fréquentent qu’exceptionnellement les mêmes versants et les mêmes altitudes.
De plus la présence des chiens de troupeaux et de protection fait fuir les chamois. Cependant il existe un risque sanitaire lié à la transmission d’agents pathogènes sur certaines zones mixtes recouvrant les territoires des chamois et des moutons. Une contamination des troupeaux domestiques vers les chamois peut se faire, le contraire a été formellement démenti par des années d’enquêtes épidémiologiques.

Sur des territoires où cohabitent le Loup ou le Lynx et le Chamois, ce dernier représente une part non négligeable de l’alimentation de ces grands prédateurs.

Le petit film qui illustre cet article a été réalisé par André Guyard dans le Parc du Mercantour ainsi que les photos qui sont extraites du film.

 
 
Bibliographie

De nombreux sites sont consacrés au Chamois, en particulier :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chamois


http://www.capserveur.com/ancgg/especes_chamois.asp

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Le Bouquetin des Alpes

Bouquetinlogo.jpgLe Bouquetin des Alpes
Capra ibex
(famille des Bovidés, Sous-famille des Caprinés)
 
par André Guyard
 
Bouquetin3.jpg
Bouquetin mâle, chef d'une harde d'une quarantaine d'individus
Bovidé de la sous-famille des chèvres (caprinés), ses membres puissants et ses pieds dont la sole est large et très élastique permettent au Bouquetin des Alpes de se déplacer dans les rochers avec une aisance impressionnante, bien plus importante que celle du Chamois (voir ci-dessous les photos d'escalade de la digue d'un barrage). L’absence de membranes interdigitales, entre les sabots, accentue sa portance sur le rocher. Le Chamois, qui est muni de ces membranes, est beaucoup plus adroit dans la neige.

Barrage-Cingino_bouquetins_01.jpg

Voici le barrage de Cingino en Italie,

mais regardez de plus près…

(photo DR)

Barrage-Cingino_bouquetins_02.jpg

La paroi du barrage est constellée de bouquetins !

(photo DR)

Barrage-Cingino_bouquetins_03.jpg

Les bouquetins aiment broûter les mousses

et lichens et lécher les concrétions salines

qui se forment sur la paroi du barrage

(photo DR)


Le mâle

Bouquetin_male 05.jpg
Bouquetin mâle ou Bouc
Un vieux solitaire en pleine rumination
 
Tout comme le Chamois, le Bouquetin mâle est appelé bouc. Il mesure entre 75 et 90 cm au garrot pour une longueur, du museau à la queue, comprise entre 140 et 160 cm. Selon la saison, le mâle adulte pèse entre 65 et 100 kg. Le bouc, trapu, possède de courtes mais solides pattes, un cou massif, des yeux assez écartés et une barbiche qui se détache de toute la largeur du menton, plus longue en hiver qu’en été.
Dès l’âge de trois mois, la tête du mâle s’orne de cornes persistantes, recourbées vers l’arrière et plus ou moins divergentes selon les individus et les populations. Ces cornes grandissent toute la vie en se parant de nodosités, aussi appelées bourrelets de parure. Lors de la mort de l’animal, elles peuvent atteindre un mètre de longueur et peser près de 5 kg la paire.


La femelle
 
Femelle 04.jpg
Étagne et éperlous
Femelles et jeunes restent en hardes,
accompagnés de jeunes mâles et du mâle dominant
La femelle, également appelée étagne, est plus petite et plus fine que le mâle. Elle mesure entre 70 et 78 cm de hauteur au garrot pour une longueur comprise entre 105 et 145 cm. Son poids varie entre 35 et 50 kg. La tête, ressemblant à celle de la chèvre domestique, est également pourvue de cornes. Cependant, contrairement au mâle, ces cornes sont beaucoup plus minces et courtes et ne s’ornent pas de bourrelets. Elles ne mesurent que 20-25 cm (30 au maximum) et ne pèsent que 100 à 300 g la paire, au maximum.

Reconnaissance des sexes

À partir de l’âge de deux ans, le dimorphisme sexuel est suffisamment marqué pour que la détermination des sexes en nature soit possible. Avant cet âge, la détermination du sexe est plus délicate et repose essentiellement sur un examen attentif des cornes : celles des éterlous (jeunes mâles) sont plus épaisses à la base (du fait de l’apparition des premières nodosités), tandis que celles des éterles (jeunes femelles) sont plus minces et dépourvues de bourrelets.

Reproduction

Le Bouquetin
est une espèce polygame. Les hardes mixtes commencent à se former dès le début du mois novembre, mais le rut à proprement parler ne débute réellement qu’au début du mois de décembre. Au sein de ces troupeaux, il se crée une hiérarchie.
Le dominant, généralement le mâle le plus âgé mais surtout le plus fort, se réserve le droit de saillir les femelles de son choix. Les autres mâles sont donc obligés d’attendre que le dominant soit occupé avec une étagne ou de ruser pour couvrir une autre femelle ! Lorsqu’un mâle de force équivalente conteste cette primauté, c’est le combat. Rarement violent, le choc des cornes peut néanmoins s’entendre à plus d’un kilomètre de distance. Mais ces combats se produisent aussi entre les mâles de tous âges.
Ainsi, cette hiérarchie fait que les plus jeunes ont moins de chance de se reproduire, alors qu’ils se montrent beaucoup plus excités et importuns envers les femelles que leurs aînés. Lorsque la femelle désire se faire couvrir, elle manifeste sa soumission en frétillant la queue. Plusieurs coïts sont effectués en quelques heures.

Des conditions météorologiques difficiles en début d’hiver, empêchant les mâles de rejoindre les femelles, peuvent entraîner des accouplements plus tardifs, jusqu’en février. Bien sûr, ils provoquent des mise bas retardées, courant juillet (au lieu de début juin). À la fin du rut qui se termine généralement début janvier, les animaux se montrent particulièrement fatigués car ils mangent très peu durant cette période.

La mise bas s’effectue tous les ans pour chaque femelle après 165 à 170 jours de gestation. Les naissances interviennent généralement au début du mois de juin, mais peuvent s’échelonner entre la fin du mois de mai et la mi-juillet.

L’étagne
met bas un seul cabri généralement, mais des jumeaux peuvent être observés dans certaines colonies, notamment dans les plus jeunes. L’allaitement dure deux à trois mois, mais peut se prolonger durant l’hiver (jusqu’en janvier parfois). La longévité potentielle extrême est estimée à 25 ans chez le Bouquetin des Alpes. La femelle, par son mode de vie, aurait une espérance de vie légèrement supérieure à celle du mâle.

Habitat

Le Bouquetin des Alpes
est un animal de rocher. Il s’épanouit sur les adrets (versants tournés au sud), dans de grandes parois rocheuses abruptes, riches en surplombs, couloirs, vires... Dans les massifs élevés, il se tient généralement entre 2400 et 3300 mètres, mais, sur ces mêmes massifs, on peut le voir évoluer 1000 mètres plus bas. Le Bouquetin n’aime pas la neige et ne franchit jamais de grands névés ou de glaciers.

Nourriture

En haute montagne, les plantes herbacées constituent la base principale de l’alimentation du Bouquetin des Alpes : poacées, fabacées, astéracées et cypéracées. Mais il ne dédaigne pas pour autant les feuilles et les jeunes pousses d’arbustes de l’année. Les hardes de bouquetins n’hésitent pas à se mêler aux troupeaux de chèvres domestiques comme au Refuge de Trébentaz sur le GR5 au-dessus de Châtel (Haute-Savoie). Le Bouquetin absorbe souvent de l’eau sous forme de neige ou de rosée, mais boit (dans un ruisseau ou une flaque) très rarement.

Bibliographie :

* CRAVE et Parc national des Écrins, 1995. - Faune Sauvage des Alpes du Haut Dauphiné - Atlas des vertébrés - Tome 1. 303 p.

* DRAGESCO Éric, 1995. - La vie sauvage dans les Alpes. - Éditions Delachaux et Niestlé. 239 p.

* KRAMMER Mathieu, 2003. – Le Bouquetin des Alpes, Capra ibex ibex. www.bouquetin-des-alpes.org.

* ONCFS, 1997. - Le Bouquetin des Alpes. - Brochure technique de l’ONCFS n°24. 32 p.

* Publications de l’École moderne française et des parcs nationaux de France, BT Nature, 1991. - Le Bouquetin. 39 p.

* SCHILLING D., SINGER D. & DILLER H. 1986. – Guide des Mammifères d’Europe. Éditions Delachaux et Niestlé. 280 p.

* WEBER Éric, 1994. - Sur les traces des Bouquetins d’Europe. - Éditions Delachaux et Niestlé. 176 p.

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Bouquetin

Vidéo et photos prises dans le Parc National du Mercantour par André Guyard. On trouvera sur internet de nombreux sites, souvent élaborés par des naturalistes passionnés et beaucoup plus complets que ce simple aperçu.

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