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29/03/2016

Le Pygargue vocifère

Toutes griffes déployées...

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

Le groupe que j'accompagne au Kenya lors d'un safari photo au Kenya en ce mois de mars 2016, a rejoint au Nord de Nairobi le Lac Baringo pour un séjour de quelques jours avant de retrouver la réserve du Masaï-Mara non loin de la frontière avec la Tanzanie.

 

Situé dans la vallée du grand rift, cet important lac d'eau douce d'une superficie un peu inférieure à celle du lac de Neuchâtel, est le refuge d'une multitude d'oiseaux aquatiques. Son niveau peut varier au cours du temps de façon très importante, un marnage de plusieurs mètres ayant été constaté ces dernières années.

 

La barque est le moyen idéal pour observer et approcher les oiseaux qui fréquentent les rives du lac. Nous l'emprunterons chaque jour dès le lever de soleil pour progresser à leur découverte.

 

Le spectacle est assuré par un aigle pêcheur : le Pygargue vocifère, dont plusieurs dizaines de couples sont établis sur ce lac.

 

Tous les matins, les rapaces sont habitués à venir capturer, non loin des embarcations, le poisson que les pêcheurs ou les guides naturalistes jettent à l'eau.

 

L'observation et le moment sont intenses dès lors que le rapace quitte son perchoir. Il arrive progressivement de face, le regard perçant, virant soudainement sur l'aile, pattes tendues en avant, toutes serres déployées, se préparant à capturer sa proie à la surface de l'eau. La prise réussie, il regagne alors son poste d'observation pour manger son poisson en se manifestant souvent par un cri puissant que nous prenons pour un signe de satisfaction ou de remerciement !

 

Une scène d'action que les photographes du groupe ne manqueront pas de saisir, mais un exercice de style qu'il convient souvent de reprendre afin de coordonner la technique photo.

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Cliché © Dominique Delfino

28/03/2016

Un détecteur de pollution original : la Truite

truite-fario_logo-200.jpgUn détecteur de pollution original : la Truite

 

par Jean-Louis Huvé[1]

 

La truite pourra-t-elle un jour détrôner les méthodes analytiques classiques appliquées à la détection des micropolluants d'eau douce ? Posé en ces termes, le problème de la surveillance des eaux destinées à la consommation apparaît très surprenant. En effet, pourquoi et comment un vertébré aquatique serait-il capable de rivaliser sérieusement avec des techniques analytiques modernes à haut pouvoir de résolution, parfaitement adaptées au contrôle des eaux potables ?

 

Truite-fario_Ervin-Matevzic-450.jpg

Cliché © Ervin Matevzic

 

L'idée n'appartient cependant pas au domaine de la fiction car, parallèlement aux techniques de laboratoire, certaines compagnies des eaux utilisent des truites pour détecter des vagues de pollution pouvant toucher les prises d'eau (ou zones de pompage). Le test (ichtyotest) consiste à maintenir quelques truites dans une veine d'eau à courant constant. Dans ces conditions, les poissons restent orientés face au courant et maintiennent une position relativement fixe par rapport aux bords du canal étroit dans lequel ils sont placés. Il suffit alors de surveiller électroniquement le recul éventuel du ou des animaux. Ce recul peut être considéré comme le reflet d'une modification physiologique induite par un micropolluant.

 

Cette méthode d'analyse comportementale présente l'avantage de la simplicité sur le plan de la mise en œuvre, mais ne tire pas parti de l'ensemble des possibilités sensorielles offertes par le poisson. En effet, la réaction motrice de fuite n'est pas nécessairement associée à la détection olfactive d'un micropolluant par l'animal. Il paraît donc plus fiable d'utiliser le poisson comme "biocapteur" en prélevant les informations électriques issues des structures olfactives pour caractériser directement le micropolluant présenté au niveau des fossettes olfactives, qu'il induise ou non une réaction de fuite. L'idée est simple, mais son application l'est moins car elle nécessite une technologie avancée. Cependant, les travaux expérimentaux de ces dernières années, effectués par le laboratoire de neurophysiologie ontogénétique de l'université Pierre et Marie Curie, à Paris[2], laissent penser qu'une telle entreprise peut actuellement dépasser le stade expérimental pour devenir un instrument de routine au service des hydrologues.

 

La truite détecte de nombreuses molécules.

 

Il a été largement démontré, depuis les études réalisées au Japon par Hara, Gorbmann[3] et Ueda[4], que l'activité électrique des bulbes olfactifs (électrobulbogramme ou EBG) est profondément modifiée lorsque les fossettes olfactives de l'animal sont stimulées par des molécules naturelles comme les acides aminés. Il existe d'ailleurs une hiérarchie relativement précise dans les niveaux de détection de ces acides aminés en fonction de leur structure chimique. D'après certains auteurs, il semblerait que la stimulation de la muqueuse olfactive de l'animal qui déclenche secondairement une modification de l'EBG puisse se faire à des concentrations extrêmement faibles, de l'ordre de quelques molécules isolées.

 

Il s'agitd'ailleurs de la confirmation d'un fait élémentaire que n'importe quel plongeur peut vérifier en milieu marin lorsqu'il observe la rapidité surprenante avec laquelle de nombreuses espèces de petits poissons sédentaires se précipitent sur un oursin qui vient d'être brisé. Les gradients de concentration en matières protéiques émises à cet instant sont pourtant très faibles. Une autre confirmation indirecte, aussi anecdotique que la précédente et aussi riche d'enseignement est apportée lorsque l'on constate que les poissons migrateurs, et particulièrement les saumons, ne remontent pas une échelle à poissons où l'homme s'est lavé les mains. L'eau de lavage contient en effet un acide aminé élémentaire, la L serine, qui est relargué au moment du lavage de la peau. Il intervient comme un répulsif ("repellent" en terminologie anglosaxonne) chez le poisson.

 

Cette sensibilité se retrouve-t-elle pour des molécules de synthèse ? Certaines d'entre elles, classiquement regroupées dans la catégorie des micropolluants par les hydrologues et les pharmacologistes, peuvent en effet se retrouver dans les eaux continentales.

 

Au congrès franco-suisse de Thonon sur la pollution du lac Léman (1978), notre groupe, chargé des problèmes de pollution par le mercure, avait montré que la sensibilité olfactive de l'animal à des molécules issues de synthèse industrielle, et d'une façon générale à des résidus de synthèse, est identique à la sensibilité olfactive à des molécules naturelles[5]. Pourquoi ne pas tenter alors — l'hypothèse est séduisante — d'utiliser le poisson comme instrument de contrôle de qualité de l'eau potable en tirant parti des modifications électriques des bulbes olfactifs lorsque ce poisson est soumis à certains micropolluants ?

 

Une truite électronique.

 

Pour ne pas perturber l'animal sur le plan comportemental, tout en récupérant l'activité électrique d'une partie de son cerveau (les bulbes olfactifs), un émetteur miniaturisé a été conçu. Il est capable de transmettre des niveaux électriques de 10 à 150 µV dans une bande de fréquence de 1 à 25 Hz. L'utilisation de circuits intégrés CMOS, montés en technologie hybride, a permis de résoudre le problème. Actuellement, les truites sont équipées d'émetteurs pesant 15 grammes et alimentés par une pile au lithium facilement remplaçable, dont la durée de vie est d'un mois environ. Ils travaillent en modulation de fréquence sur une fréquence centrale de 100 KHz.

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Fig. 1 : La truite peut être utilisée comme "biocapteur" des micropolluants d'eau douce en prélevant les informations électriques issues des structures olfactives de l'animal. Techniquement, le procédé est le suivant: on implante un émetteur miniaturisé relié à deux électrodes posées sur les bulbes olfactifs (A). Un décodage permet de restituer l'activité électrique des bulbes (B) ((voir fig. 2). L'électrobulbogramme ainsi recueilli est soumis à une analyse spectrale (C).

En l'absence de toute stimulation, l'énergie spectrale se répartit selon un spectre d'activité spontanée, caractérisé par une prédominance énergétique dans la zone 2 Hz - 10 Hz (courbe n° 1). L'adjonction de différents polluants dans le milieu où vit l'animal conduit à une perturbation profonde du spectre spontané, à la fois dans son amplitude et sa fréquence (courbe n° 2 : un insecticide, l'éthyl parathion ; courbe n° 4 : un insecticide, le lindane ; courbe n° 3 : un désherbant l'atrazine).

 

Techniquement, le processus d'implantation peut se résumer de la façon suivante : la truite, qui pèse entre 200 et 400 g, est anesthésiée puis immobilisée dans un stand d'opération où les conditions d'oxygénation et de température sont rigoureusement contrôlées. Une surveillance cardiaque et respiratoire est assurée pendant toute la durée de l'intervention, soit deux à trois heures. Au cours de cette intervention, une ouverture de quelques millimètres carrés est pratiquée dans le crâne du poisson. Par cette ouverture, sont introduites deux électrodes de platine iridié d'un diamètre nominal de 75 µm. Ces électrodes sont posées sur les bulbes olfactifs, puis raccordées à l'émetteur qui est lui-même rendu solidaire du crâne du poisson. À partir de cet instant, l'animal est placé dans un aquarium équipé pour recueillir l'émission. Un décodage utilise le principe des boucles en phases asservies (P.L.L.) permet de restituer l'activité électrique basse fréquence des bulbes olfactifs de l'animal. L'électrobulbogramme ainsi recueilli est soumis à une analyse spectrale par transformée de Fourrier rapide (FFT) dans une bande de 0 à 25 Htz.

 

Une répartition différente de l'énergie spectrale.

 

L'étude comparative des diffétents spectres d'énergie, traités par F.F.T obtenus pour différentes molécules d'origine naturelle ou artificielle, montre que des variations importantes de la répartition de l'énergie électrique en fonction des séquences d'émission de l'électrobulbogramme. On assiste ainsi à une redistribution de l'énergie globale de l'EBG qui semble caractéristique de la nature du produit et de sa concentration.

 

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Fig. 2. : L'émetteur miniaturisé est relié à deux électrodes posées sur les bulbes olfactifs (A). Un décodage permet de restituer l'activité électrique des bulbes (B).

 

Au stade actuel du développement de la la méthode, un certain nombre d'acides aminés ont été testés. Deux d'entre eux, la L serine et la cystéine, servent d'ailleurs d'éléments étalon permettant de vérififier le bon fonctionnement de l'ensemble de la chaîne de mesure. En ce qui concerne les micropolluants, les résultats que nous avons obtenus portent essentiellement sur un désherbant du groupe des triazines (atrazine) et sur deux insecticides (un organochloré, le lindane, et un organophosphoré, l'éthyl parathion). Le choix de ces produits se justifie par le fait qu'ils sont utilisés en grande quantité en agriculture comme pesticides et deviennent finalement des micropolluants des eaux de ruissellement. Qualitativement, les résultats peuvent se résumer par les constatations suivantes. En l'absence de toute stimulation, l'énergie spectrale fournie par l'EBG se répartit selon un spectre d'activité spontanée. On relève une prédominance énergétique dans la zone 2 Hz — 10 Hz. L'adjontion d'éthyl parathion dans le milieu où vit l'animal conduit à une perturbation profonde du spectre spontané. Un pic énergétique centré sur la zone 6,5-7 apparaît. Son amplitude relative est en moyenne de 150 à 200 % par rapport à l'énergie spectrale spontanée considérée comme valeur 100%. La stimulation de l'animal par l'atrazine induit par contre un pic énergétique dans la zone 4,5-5, dont l'amplitude relative se situe aussi aux environs de 150 à 200 %. Enfin, le lindane se distingue par un pic centré sur la zone 4,5-5,5 Hz, mais dont l'amplitude est toujours plus faible que celle du pic énergétique déclenché par l'éthyl parathion (voir figure 1).

 

Ces résultats, qui en réalité sont semblables à quelques autres procédés d'analyse statistique non rapportés ici pour alléger l'exposé du principe général de la méthode permettent de caractériser un certain nombre de produits. Il est souhaitable bien évidemment de compléter ce type d'étude par d'autres investigations, afin de diversifier le nombre de familles chimiques pouvant être reconnues par le poisson.

 

Trouver un gramme dans 100 000 m3 d'eau en moins d'une demi-seconde.

 

C'est en ces termes que l'on peut caractériser les réactions sensorielles de la truite. En effet, non seulement l'animal peut détecter un produit à un tel niveau de dilution (10 ng/l), mais, en plus, ses réponses électrophysiologiques apparaissent 500 ms après le début de la stimulation.

 

Une telle acuité olfactive n'a rien de surprenant lorsque l'on sait qu'en 1957, Teichmann, un chercheur allemand[6] montra que l'anguille détecte 1 ml d'un dérivé aromatique dilué dans 58 fois le volume du lac de Constance ! Sur le plan quantitatif, les molécules qui ont été testées, selon la méthode exposée plus haut sont détectées de façon reproductible jusqu'à 10 ng/litre.

 

On constate d'ailleurs, au cours des essais de reconnaissance, un apprentissage de l'animal dont les performances s'améliorent très rapidement en quelques heures. Parallèlement, un phénomène de mémorisation à long terme semble apparaître. C'est ainsi qu'une molécule organo-minérale comme le rnéthyl-mercure, devenu célèbre après l'accident de Minamata au Japon[7], est reconnue par l'animal à des concentrations de 10 à 15 ng/litre plusieurs mois après lui avoir été présentée. Ce processus de mémorisation à long terme, qui a fait l'objet d'études importantes, notamment par Gleitman et Rozin[8], présente un intérêt non négligeable dans la mesure où il peut être utilisé pour conditionner olfactivement l'animal à certaines familles chimiques de natures très diverses.

 

La truite système d'alarme.

 

En fonction de ce qui vient d'être exposé, on peut raisonnablement envisager d'utiliser la truite comme biodétecteur à haute résolution. D'une part, la sensibilité en valeur absolue de ce poisson paraît être très proche de celle que l'on obtient par des méthodes analytiques classiques.

II est important, à ce sujet, de noter que les valeurs de concentration avancées dans cet exposé ont été vérifiées systématiquement par chromatographie en phase gazeuse, par l'Institut d'hydrologie et de climatologie (laboratoire de chimie analytique) de l'université Pierre et Marie Curie.

 

D'autre part, la truite fonctionne en temps réel. Comparativement aux méthodes analytiques classiques d'échantillonnage, cet avantage non négligeable conduit à une détection précoce d'un éventuel micropolluant. Enfin, l'ensemble de l'infrastructure électronique, d'une mise en œuvre facile, est transportable sur le terrain.

 

Dans certains cas, ceci représente un aspect intéressant de la méthode qui est alors sans commune mesure avec les contingences imposées par un laboratoire d'analyses.

 

En savoir plus :

 

[1] J.-L. Huvé (1982). — Un détecteur de pollution original - la truite, La Recherche, n° 129, vol. 13, 108-110.

[2] F. Borie, N. Chantrier, J.-L. Huvé, M.A. Thomson (1981). — C.R. Acad. Sc. Paris, 292, 235.

[3] T.J. Hara et A. Gorbmann, (1967). — Comp. Biochem Physiol., 21, 185.

T.J. Hara (1973). — Comp. Biochem. Physiol.. 44A, 407.

T.J. Hara, Y.M.C. Law et B.R. Hobden (1973).Comp. Biochem. Physiol., 45A, 969.

[4] K. Ueda, T.J. Hara et A. Gorbmann (1967). Comp. Biochem. Physiol., 21, 133.

[5] Congrès franco-suisse de Thonon, (1978), G.E.P.P.E. (Groupe d'études pluridisciplinaires sur la pollution des eaux, Université Pierre et Marie Curie).

[6] H. Teichmann (1957). — Naturwissenschaften, 44, 242.

[7] A. Katz. (1972). — CRC, 2 (4), 517.

[8] H. Gleitman et P. Rozin (1971). — Leaming and memory. in Fish physiology, vol. VI, W.S. Hoar and D.J. Randall (eds.). Académie Press.

21/03/2016

La Cigogne noire

cigogne noire,dominique delfino,photographe naturaliste et animalierLa Cigogne noire Ciconia nigra

 

On rencontre de plus en plus fréquemment cet oiseau dans l'Est de la France : la Cigogne noire. En ce printemps 2016, notre ami Dominique Delfino a réussi de fabuleuses photos de cet échassier dans le Pays de Montbéliard (voir texte et illustrations ci-dessous).

 

[Il s'agit d'une observation hors du commun réalisée par Dominique Delfino au cours de la dernière semaine de mars 2016 dans un petit affluent du Doubs. La série d'images qu'il a réalisée est inédite. Le photographe lève le voile de son affût pour nous faire partager et découvrir aujourd'hui cet instant vécu au cœur de la vie de la Cigogne noire.]

 

"À mon retour d'Afrique, je décide de reprendre la température locale en me postant en fin de journée sur le bord d'un ruisseau pour y observer le va-et-vient des oiseaux, en particulier celui du Cincle plongeur.

 

Alors que depuis près d'une heure rien se semble vouloir se manifester, je distingue loin de moi une masse sombre s'animer dans les branchages au bord de l'eau sans avoir pu identifier l'animal qui soudain disparaît.

 

Surprise de taille, lorsque celui-ci réapparaît en présentant son long bec rouge ! C'est bien une Cigogne noire en halte migratoire profitant de ce milieu humide pour se nourrir.

 

L'échassier m'ignore totalement et le caractère très farouche de cette espèce implique la plus grande discrétion de ma part à travers les mouvements de mon téléobjectif. Progressivement la Cigogne remonte le ruisseau, chassant souvent la tête sous l'eau pour y déloger en particulier les grenouilles rousses dont elle est friande.

 

Agile, rapide, précise le spectacle est unique je n'en crois pas mes yeux. La Cigogne finit par chasser à une dizaine de mètres en face de moi dans des conditions de prises de vues exceptionnelles, m'autorisant même la réalisation d'une séquence vidéo.

 

La Cigogne noire est moins connue que sa cousine blanche. Plus discrète et farouche, elle fuit l'Homme et installe son nid au cœur des grands massifs forestiers.

 

Classée rouge sur la liste des oiseaux rares et protégés, cette espèce compte une cinquantaine de couples nicheurs connus en France et fait l'objet d'un suivi scientifique tout particulier. L'observation de ce superbe adulte non bagué complète les données sur l'étude conduite par la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) de cet échassier dans notre région."

 

[Une rencontre que le photographe n'est pas près d'oublier, mais que les images permettent de revivre dans une ambiance aquatique de rêve…]

 

Détermination : 95 cm. Légèrement plus petite que la Cigogne blanche elle s'en distingue par son plumage noir brillant, à l'exception du bas de la poitrine et du ventre blancs. Longues pattes, long cou et bec très allongé. Corps élancé. Sexes semblables. Presque toujours farouche et solitaire.

 

cigogne noire,dominique delfino,photographe naturaliste et animalier

Cliché © Dominique Delfino

 

Voix : Très étendue, du hoquet enroué au bruit d'affûtage de scie ; diverses notes musicales au son guttural. Claquements de bec moins fréquents que chez la Cigogne blanche. À l'arrivée d'un intrus dans le nid, elle émet des sons aigus.

 

Vol : Bat lentement des ailes, le cou et les pattes tendus. Vol puissant et régulier.

 

Habitat : Cigogne vivant près des eaux douces des basses terres ou à moyenne altitude dans les anciens massifs montagneux dans les forêts abritant des cours d'eau, des eaux dormantes, des marécages, dans des prairies humides et des roselières. On la trouve également dans des plaines et des forêts inondées ou dans des bosquets denses de hêtres, chênes ou pins. Elle niche à grande hauteur dans les arbres des forêts.

 

Pour se nourrir, la Cigogne noire sonde les eaux peu profondes. Elle consomme des poissons, des batraciens, des insectes, des coquillages, des crabes, des petits reptiles, des oiseaux et des rongeurs.

 

cigogne noire,dominique delfino,photographe naturaliste et animalier

Cliché © Dominique Delfino

 

Comportements : Fin mars, les cigognes noires effectuent une parade nuptiale différente de celle de leurs consœurs les cigognes blanches. Le couple effectue de grands vols nuptiaux et effectue un cérémonial compliqué, balançant le cou d'un côté à l'autre en le faisant onduler. En même temps, la queue se déploie en éventail et l'on peut voir les plumes blanches de sa base.

 

cigogne noire,dominique delfino,photographe naturaliste et animalier

Cliché © Dominique Delfino

cigogne noire,dominique delfino,photographe naturaliste et animalier

Cliché © Dominique Delfino

 

Nidification : La Cigogne noire occupe le nid des années précédentes. c'est un nid volumineux fait avec des matériaux trouvés sur place, composé de branches et branchettes, tapissé de mousse, d'herbe et de feuilles, amalgamées avec de la terre. Le nid se situe dans les épais bosquets de hêtres, chênes et pins, et plus fréquemment sur les corniches des falaises, toujours près de l'eau, d'une zone découverte, à au moins une douzaine de mètres du sol.

La femelle pond 3 à 5 œufs blancs. L'incubation assurée par le couple dure de 38 à 42 jours. Les jeunes sont nourris par les deux parents qui régurgitent de la nourriture dans le nid. Les cigogneaux quittent le nid au bout de 65 à 70 jours. À la fin de la reproduction, la Cigogne noire abandonne le site.

 

Distribution :(voir la carte IUCN ci-dessous)

cigogne noire,dominique delfino,photographe naturaliste et animalier

Nota : Les cartes de distribution sont à interpréter avec beaucoup de précautions. Elles donnent une idée de la répartition globale des espèces et non pas une géolocalisation précise. Les zones de distribution étant géopolitiques, si une espèce est présente dans une partie du pays, c'est l'ensemble du pays qui est sélectionné. Pour une distribution plus précise, consultez le site de l'IUCN.

 

Sources :

 

— Courriel de Dominique Delfino

— Site  Oiseaux-net

 

19/03/2016

Lionne & lionceau

D'un pas assuré...

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

De retour du Kenya en cette fin mars 2016, je me suis plongé dans la sélection des images réalisées lors de ce safari-photo. Ce cliché fait partie de mes coups de cœur, les images de fauves avec leurs jeunes étant toujours synonymes de grande tendresse.

 

Dès le début du séjour, nous découvrons cette lionne en compagnie de son lionceau qui, selon notre guide, était jusque là bien caché à l'abri des prédateurs. Un seul jeune pour cette mère qui a certainement perdu son ou ses autres petits dans la dure loi du plus fort au sein de la savane africaine.

 

Les scènes de jeu avec sa mère entrecoupées de longues tétées et de grands moments de sommeil rythment la journée du jeune félin. En compagnie des autres lionnes, la mère et son petit se déplacent de temps à autre sur d'autres sites, la lionne entraînant son lionceau dans ses pas à la découverte de cet environnement.

 

D'un pas assuré le jeune animal précède l'adulte qui veille sur lui attentivement. Le lionceau marche avec assurance, jetant de temps à autre un regard en direction de sa mère et laissant penser que lui seul ouvre la marche. Encore trop vulnérable, il restera à l'abri en toute sécurité, caché dans un buisson pendant que sa mère chasse.

 

Une image, qui, à mon goût, traduit toute la puissance et la fragilité de la vie dans ces espaces sauvages.

 

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Cliché © Dominique Delfino

Girafes et zèbre

Le Masaï Mara en 3D

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

Cette image provient tout droit d'Afrique où je séjourne actuellement (19 mars 2016), encadrant un safari photo dans la réserve du Masaï Mara (Kenya).

 

Basé dans un camp de brousse géré par mon ami Tony Crocetta, un lieu idéalement placé au bord de la rivière Mara. Le groupe que j'accompagne s'imprègne dès le lever du jour de l'ambiance et de la richesse de la faune sauvage. La recherche d'espèces emblématiques telles que les grands félins occupe une bonne partie de nos journées. La rencontre avec des animaux moins discrets mais tout aussi intéressants nous procure des émotions particulières propices à des prises de vues remarquables.

 

Telle en témoigne cette image de ces deux girafes Masaï prenant naturellement de la hauteur sur ce zèbre des plaines.

 

Girafes-450.jpg

Usage des pesticides aux Antilles et incidence sur la santé humaine

chlordécone,pesticides de la banane,guadeloupe,martinique,cancer de la prostateUsage des pesticides aux Antilles et incidence sur la santé humaine

 

 par André Guyard

 

En Guadeloupe, au cours des années soixante-dix, une thèse de médecine avait attiré l'attention sur l'incidence de l'emploi de pesticides dans les plantations de bananiers sur la santé humaine.

 

En effet, cette thèse montrait que le lait maternel des femmes de pêcheurs contenait une dose non négligeable de chlordécone, un insecticide de la famille des organo-chlorés interdit dès 1976 aux États-Unis et classé par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) comme potentiellement cancérigène pour l'homme en 1979. Cette constatation signifiait que les eaux de ruissellement et des rivières charriaient ce pesticide jusque dans les eaux marines. La population se contaminait en se nourrissant de fruits de mer et poissons par suite de la concentration du pesticide dans la chaîne alimentaire.

 

Cette observation entraîna une étude dirigée par Alain Kermarrec du laboratoire de Zoologie de la station de l'INRA de Petit-Bourg (Guadeloupe). L'équipe que je dirigeais alors à l'Université Antilles-Guyane était chargée de la récolte d'échantillons dans les cours d'eau et dans les eaux littorales. Cette étude a abouti à la publication d'un rapport en 1980 dénonçant l'utilisation des pesticides dans le traitement des bananiers.

 

Il aura fallu treize ans pour que le gouvernement français interdise définitivement l'utilisation de ce pesticide dans les Antilles françaises en 1993.

 

Dix ans après cete interdiction, une étude de Bouchon C. & Lemoine S. (2003), de l'Université des Antilles-Guyane, faisait un bilan de la rémanence des pesticides dans la chaîne alimentaire guadeloupéenne.

 

Très récemment, dans sa revue "Vivre" (n° 369 mars 2016) , sous la signature de Chloé Dussère, la Ligue contre le Cancer publiait un article soulignant un taux plus élevé de cancer de la prostate probablement lié à l'usage du chlordécone, article intégralement repris ci-dessous.

 

Antilles : Un taux plus élevé de cancer de la prostate

 

En Martinique et en Guadeloupe, les populations ont été exposées, plus longtemps qu'ailleurs, au pesticide chlordécone. Dans ces mêmes régions, la fréquence des cancers de la prostate est plus importante qu'ailleurs. Y a-t-il un lien de cause à effet ?

 

De 1973 à 1993, le chlordécone, un insecticide de la famille des organo-chlorés, est utilisé aux Antilles pour lutter contre un parasite du bananier : le charançon. En 1999, un contrôle de la qualité des eaux de consommation détecte la présence de ce produit, qui aurait contaminé non seulement les sols des bananeraies, mais aussi les légumes-racines fortement consommés dans ces régions (igname, madère...), certains animaux et le littoral, incluant poissons et crustacés, et certaines sources d'eau. Problème : le chlordécone est considéré comme perturbateur endocrinien et classé cancérogène possible pour l'homme par l'OMS. Plusieurs questions se posent alors : les populations sont-elles contaminées ? « En 2003, les premières mesures faites chez les femmes enceintes et leurs nourrissons, puis chez l'homme adulte, démontrent que le chlordécone est présent dans le sang de 90 % de la population », explique Luc Multigner, médecin épidémiologiste à l'Inserm.

 

Explosion du cancer de la prostate

 

Alors que les Antilles se caractérisent par des taux d'incidence de cancers, toutes localisations confondues, inférieurs à ceux de la France métropolitaine, le cancer de la prostate fait figure d'exception. Y aurait-il un lien entre l'exposition au chlordécone, plus importante aux Antilles qu'ailleurs, et la surincidence de ce cancer relevée en Guadeloupe et Martinique ? « En 2003, le programme de recherche Karuprostate qui a donné lieu à une publication dans le Journal of Clinical Oncology - nous a permis de comparer les caractéristiques de 709 personnes nouvellement atteintes du cancer de la prostate à 723 sujets indemnes de la maladie, précise Luc Multigner. Ce travail a permis de montrer que l'exposition au chlordécone augmente le risque de survenue du cancer de la prostate. »

 

D'autres facteurs de risque identifiés

 

Le programme de recherche a également relevé d'autres causes possibles de la forte prévalence du cancer de la prostate aux Antilles. D'abord, les populations d'ascendance africaine ont davantage tendance à développer un cancer de la prostate pour des raisons génétiques. Ensuite, la résidence de ces hommes dans un pays occidental joue également un rôle. « Un tiers des hommes interrogés sont partis travailler en métropole avant de revenir, poursuit Luc Multigner. Là-bas, ils ont vraisemblablement adopté les codes européens, notamment alimentaires, et se sont exposés à différentes pollutions qui pourraient contribuer à la survenue de la maladie. » Les antécédents familiaux apparaissent également comme un autre facteur de risque.

 

Les moyens d'action

 

Après l'interdiction du chlordécone, en 1993, les autorités sanitaires locales ont mené, à partir de 1999, plusieurs actions en vue de protéger les Antillais : pose de filtres à charbon pour limiter la contamination de l'eau, interdiction de certaines cultures sur les sols pollués, limitation de la pêche... De leur côté, des associations telles que la Ligue contre le cancer misent sur la prévention. « Nous rappelons régulièrement aux hommes la nécessité de se faire dépister à partir de 50 ans, et notamment d'accepter la réalisation d'un toucher rectal, raconte Dominique Chingan, président du Comité Guadeloupe de la Ligue contre le cancer. Mais il reste toujours difficile pour les hommes de parler de ce cancer, qui touche à la virilité. On a beau répéter qu'il existe désormais des moyens de pallier les désagréments de l'opération, les Antillais continuent de trouver cette maladie humiliante. »

 

Un pesticide au cœur des polémiques

 

Brevetée aux États-Unis en 1952, la molécule de chlordécone, commercialisée sous le nom de Képone, fait l'objet, en 1972, d'une autorisation provisoire de un an dans les bananeraies antillaises par le ministère français de l'Agriculture. Jusqu'en 1976, le chlordécone reste utilisé jusqu'à épuisement des stocks de Képone, avant d'être réintroduit en 1981 sous le nom commercial de Curlone. Depuis, ce pesticide suscite la polémique et la controverse, essentiellement aux Antilles, mais aussi en métropole. Et pour cause ! Le chlordécone a été autorisé à plusieurs reprises entre 1973 et 1993, et massivement utilisé dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique, alors même qu'il avait été interdit dès 1976 aux États-Unis et que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) l'avait classé comme potentiellement cancérigène pour l'homme en 1979. Malgré ces alertes, les grands planteurs antillais obtiennent l'homologation du chlordécone en 1981. La société Laurent de Laguarigue rachète le brevet et produit l'insecticide, sous le nom de Curlone. En 1990, ce produit est retiré de la vente en France, mais deux dérogations successives des ministres de l'Agriculture Henri Nallet et Jean-Pierre Soisson permettent son utilisation jusqu'en 1993. Quelques années plus tard, en 2006, l'Union régionale des consommateurs et l'Union des producteurs de la Guadeloupe, soutenues par l'avocat Harry Durimel, député des Verts, déposent une plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui et administration de substance dangereuse, Cette plainte est aujourd'hui toujours en attente d'instruction au pôle de santé publique à Paris.

 

En savoir plus :

 

— Kermarrec A. (1980). — Niveau actuel de la contamination des chaînes biologiques en Guadeloupe : pesticides et métaux lourds (1979-1980).

 

— Bouchon C. & Lemoine S. (2003). — Niveau de contamination par les pesticides des chaînes trophiques des milieux marins côtiers de la Guadeloupe et recherche de biomarqueurs de génotoxicité.

 

— Observatoire des pesticides.

16/03/2016

Boire du lait du soir aide à s'endormir

Boire du lait du soir aide à s'endormir

 

En effet, la vache ne produit pas le même lait le matin que le soir. La traite du soir contient dix fois plus de mélatonine et 24 % de tryptophane en plus. C'est la conclusion d'une récente étude par une équipe coréenne (Sahmyok University, Séoul) : des souris consommant du lait du soir sont moins anxieuses et s'endorment plus vite.

Les aliments protéiques tels que le lait et les produits laitiers contiennent du tryptophane, un acide aminé induisant le sommeil. Le tryptophane est un acide aminé qui favorise le sommeil et qui se trouve en petites quantités dans tous les aliments protéiques. Il est un précurseur de la sérotonine (un neurotransmetteur), et de la mélatonine induisant le sommeil (une hormone qui agit également en tant que neurotransmetteur). Ainsi, pour que le tryptophane ait un effet sédatif, il doit pénétrer dans le cerveau en traversant la barrière hémato-encéphalique. En outre, étant donné que le tryptophane utilise le même système de transport que d'autres acides aminés, il doit rivaliser avec eux pour entrer dans le cerveau.

Bien qu'il soit peu probable d'induire efficacement le sommeil en consommant des aliments protéiques uniquement en raison de leur teneur insuffisante en tryptophane, consommer des glucides et des protéines dans le même repas rend le tryptophane plus disponible pour le cerveau. Un grand repas, en particulier un riche en glucides, stimule la libération d'insuline. Cela favorise la clairance d'autres acides aminés de la circulation sanguine et facilite l'entrée du tryptophane dans le cerveau. Mais la quantité de glucides nécessaire pour induire le sommeil n'est pas déterminée.

Disparition des ressources nectarifères et pollinifères dans les zones de prairies laitières

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15/03/2016

Les potentialités infinies des cellules souches

01-Cellules souches.jpgLes potentialités infinies des cellules souches

 

(Dernière mise à jour : 31 juillet 2016)

 

La médecine régénératrice tend à développer des techniques permettant la réparation des tissus à partir de cellules souches. Au début des années 2000, des chercheurs de l'INSERM de Montpellier ont réussi à déprogrammer des cellules adultes différenciées pour les transformer en cellules souches démontrant ainsi que le processus du vieillissement est réversible et annonçant une thérapeutique pour en corriger les pathologies.

 

Le corps humain représente un assemblage de 100 000 milliards de cellules, toutes dérivées d'une cellule unique l'ovule fécondé par le spermatozoïde. D'une façon schématique, chez les animaux pluricellulaires, cette cellule originelle se divise plusieurs fois donnant une masse sphérique de cellules ou blastomères (la morula) qui va se creuser d'une cavité, le blastocèle se transformant une sphère creuse (la blastula). Cette blastula va s'invaginer comme une balle de caoutchouc crevée. C'est la gastrulation qui ébauche le tube digestif. Ce germe à deux feuillets, l'un externe l'ectoderme et l'autre interne l'endoderme va se compliquer l'apparition d'un feuillet intercalé : le mésoderme. Ces trois feuillets cellulaires seront à l'origine des cellules des différents tissus et organes.

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Embryon humain au début de

la segmentation (8 blastomères)

Cliché © Institut Pasteur

 

D'où proviennent les cellules souches iPS ?

 

Que se passe-t-il juste après la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde ? Dans un article publié en septembre 2015 dans la revue "Nature communications", des généticiens de l'Institut Karolinska de Stockholm viennent d'éclairer cette étape fondamentale, et pourtant méconnue, du développement en identifiant les gènes exprimés par l'œuf fécondé lors de ses toutes premières divisions. Ils ont pour cela étudié des ovules humains tout juste fécondés et congelés, mais ne faisant plus l'objet d'un projet parental. Deux jours après la fécondation (l'embryon est alors formé de 4 cellules), seuls 32 gènes s'activent sur les quelque 23 000 de notre génome. Au troisième jour (embryon de 8 cellules), 129 gènes sont exprimés.

 

Parmi ces 32 gènes, certains codent directement pour des protéines, tandis que d'autres sont impliqués dans la régulation de l'expression d'autres gènes. Par exemple, le gène ZSCAN4 est fortement exprimé lorsque l'embryon ne se compose encore que de 4 cellules. On ne sera donc pas surpris lorsqu'on sait que ce gène intervient dans la mise au point des cellules souches pluripotentes induites (iPS), capables de se multiplier à l'infini et de se différencier en tout type de cellule. Cette découverte pourrait permettre d'améliorer les procédés de fabrication des iPS et de remédier aux problèmes de fertilité.

 

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Premiers stades de la division d'un œuf d'amphibien

Schéma © Encyclopedia Universalis

 

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Gastrulation et neurulation chez l'Amphioxus (Procordés)

Schéma © Encyclopedia Universalis

 

—      Le feuillet externe ou ectoderme va engendrer les cellules de l'épiderme et du système nerveux.

—      Le feuillet interne ou endoderme va engendrer les cellules du tube digestif.

—       Le feuillet intermédiaire ou mésoderme va engendrer toutes les autres cellules des autres organes et appareils circulatoire, respiratoire, musculaire, squelettique, cellules sanguines, etc.

 

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Coupes transversales d'une gastrula avec la mise en place

du mésoderme chez un vertébré

Schéma © Encyclopedia Universalis

 

Au total, notre corps est constitué de quelque deux cents types cellulaires différents, et ce dès la naissance. Cependant, au cours de notre vie, nos cellules vont se renouveler. De sorte que, quel que soit notre âge, la plupart de nos cellules sont plus jeunes que nous : nombre d'entre elles ont une durée de vie limitée et sont régulièrement remplacées à l'exception de certains neurones du cortex occipital. Ainsi, certaines cellules intestinales ont une durée de vie de 16 ans alors que les cellules de la paroi ne vivent que quelques heures. Le squelette est totalement renouvelé en 10 ans, un globule rouge vit quatre mois, une cellule du foie 300 à 500 jours, une cellule de l'épiderme deux semaines et une cellule de la cornée sept jours.

 

Qu'est-ce qu'une cellule souche ?

 

Il s'agit d'une cellule non différenciée et qui est apte à engendrer n'importe quelle cellule de n'importe quel tissu. Selon leur potentialité, on distingue trois types de cellules souches :

  1. cellules totipotentes

Cellules de l'embryon humain jusqu'à 4 jours. Les seules capables de produire un individu complet. En ce qui concerne les premiers stades embryonnaires, chaque blastomère peut être considéré comme une cellule souche embryonnaire, puisque isolément, il est capable de redonner un organisme complet.

  1. cellules pluripluripotentes

Présentes dans l'embryon humain entre le 5e et le 7e jour. Capables de se différencier en tous les types de cellules de l'organisme. En médecine régénératrice, elles peuvent être utilisées telles quelles (CSE). Mais on peut les produire à partir de cellules adultes reprogrammées (CSPi), soit in vitro, soit in vivo.

  1. cellules multipotentes

Présentes tout au long de la vie et capables de se différencier en certains types (par exemple, les cellules de moelle osseuse donnent les cellules sanguines). Chaque organe va conserver quelques cellules souches susceptibles de procéder à des renouvellements de cellules, régénérant ainsi les organes différenciés.

 

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Les cellules souches de la glande hermaphrodite

d'escargot évoluent soit en spermatozoïdes soit en ovules

Schéma © André Guyard

 

Nichées dans différents tissus ou organes de notre corps, ces cellules souches présentent deux caractéristiques fondamentales : elles sont capables de s'autorenouveler (ainsi, notre stock de cellules souches reste constant au fil du temps) et de se différencier, c'est-à-dire de se transformer en cellules spécialisées. Et l'exploitation des potentialités de ces cellules souches ouvrent un grand espoir à la médecine dite régénératrice en palliant la disparition ou la déficience de certaines cellules du corps. Ces cellules souches adultes sont dites pluripotentes (PSC = Pluripotent Stem Cells).

 

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Cellule souche humaine

©Sílvia A Ferreira, Cristina Lopo and Eileen Gentleman

King’s College London

Image primée aux "plus belles photos du Wellcome Image Awards 2016"

 

L'image ci-dessus est celle d'une cellule souche humaine issue de l'os de hanche d'un donneur de moelle osseuse. Le diamètre de la cellule est d'environ 15 micromètres (0,015 mm).

 

Si l'on pouvait greffer aux diabétiques des cellules pancréatiques sécrétrices d'insuline, à un homme au cœur abîmé par un infarctus des cellules cardiaques, à un malade de Parkinson des neurones dopaminergiques, à un accidenté de la route des cellules pouvant reconstituer sa moelle épinière et lui éviter la paralysie ? C'est l'espoir d'une médecine régénératrice dopée ces dernières années par le spectaculaire développement des recherches sur les cellules souches. Et les chercheurs de l'Institut Pasteur s'emploient à explorer différentes voies thérapeutiques utilisant les cellules souches.

 

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Sources de cellules souches humaines (hESC, PSC et iPSC)

Infogramme © Institut Pasteur

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Cellule souche de muscle sur une fibre musculaire

Document © Institut Pasteur

 

Voir avec profit présentée par Fabrice Chrétien une vidéo définissant les cellules souches et leurs potentialités filmée à TEDxParis le 6 octobre 2012 à l'Olympia.
Issu d'un parcours à la fois scientifique et médical, Fabrice Chrétien est neuropathologiste à l'Hôpital Raymond Poincaré à Garches, Professeur d'histologie (étude des tissus biologiques) à l'Université Versailles Saint-Quentin et responsable à l'Institut Pasteur de l'unité Histopathologie humaine et modèles animaux. Ses travaux ont permis de mettre en évidence la résistance des cellules souches adultes en démontrant qu'elles pouvaient survivre chez l'homme jusqu'à 17 jours après la mort.

 

Voir également présentée par Laurent Alexandre cette vidéo sur l'espérance de vie filmée à TEDxParis le 6 octobre 2012 à l'Olympia.
Chirurgien et urologue de formation, Laurent Alexandre est également diplômé de Science Po, d'HEC et de l'ENA. Hyperactif et pionnier d'internet, ce coureur de marathon est le co-fondateur, dans les années 90, de Doctissimo.fr. Auteur en 2011 d'un essai intitulé « La mort de la mort », il s'intéresse aujourd'hui aux bouleversements que va connaître l'humanité conjointement aux progrès de la science en biotechnologie.

 

Comment déclencher la différenciation cellulaire d'une cellule souche ?

 

Pour amener une cellule souche à se différencier en tel ou tel type cellulaire, il faut ajouter à la culture certains facteurs comme des molécules de signalisation, c'est-à-dire en mimant les signaux moléculaires reçus par la cellule souche au cours du développement de l'organisme. Mais la nature est complexe : la différenciation d'une cellule souche implique souvent des interactions avec d'autres types cellulaires, qui, en plus, évoluent au cours du temps. Reproduire ces événements en culture est un autre grand défi. Nous ne savons pas encore, par exemple, différencier efficacement une cellule pluripotente, comme une cellule souche embryonnaire, en cellule musculaire. Des protocoles pour obtenir des cellules neuronales ou cardiaques sont en revanche mieux définis. Les défis scientifiques concernent désormais le rein, la peau, les muscles... Les expériences en cours visent à récapituler la succession des molécules de signalisation que les cellules souches pluripotentes rencontrent chez l'embryon, afin de pouvoir mimer ces événements au laboratoire.

 

Au-delà des cellules souches adultes

 

Mais pour beaucoup d'applications, la biologie des cellules souches adultes est peu connue et il reste difficile de les identifier, de les manipuler et d'obtenir leur multiplication sans qu'elles ne perdent leur caractère "souche". Il faut pouvoir les cultiver en grande quantité, chaque thérapie cellulaire nécessitant des millions de cellules. Et, s'ils sont moindres qu'en cas de greffes d'organes, les problèmes de compatibilité existent pour les transplantations de cellules d'une personne à une autre. Plusieurs alternatives sont envisagées.

 

Une première méthode est l'utilisation de cellules souches prélevées sur des embryons surnuméraires de 5 jours issus de la fécondation in vitro (hESC).

 

Leur masse interne est alors constituée d'une centaine de cellules souches "pluripotentes" : elles ont la capacité de se différencier en tous les types cellulaires. On peut ensuite les cultiver indéfiniment et constituer des banques de cellules, dont le développement permettrait de disposer de lignées cellulaires compatibles avec de nombreux individus. Depuis l'obtention des premières cellules souches embryonnaires humaines en 1998, les recherches, très réglementées, ont permis d'apprendre à les spécialiser en cellules de la peau, du cœur, en neurones, en photorécepteurs de la rétine... mais les scientifiques n'ont pas réussi à les différencier en plusieurs autres types cellulaires. C'est l'un des grands défis du futur. Malgré ces obstacles, leur maîtrise est devenue suffisamment fiable dans certains cas pour que trois essais cliniques aient été autorisés aux États-Unis : l'un vise à utiliser chez des accidentés des précurseurs d'oligodendrocytes (cellules intervenant dans la remyélinisation de la moelle épinière) dérivés de cellules souches embryonnaires : le premier patient a déjà commencé à être traité, en octobre dernier. Deux autres essais à venir ont pour objectif la réparation de la rétine, pour une maladie rare et pour la dégénérescence maculaire liée à l'âge (un million de patients en France). Des essais se préparent aussi en France, comme celui porté par le Pr Menasché[1] (hôpital européen Georges Pompidou, Paris), qui prévoit d'utiliser des précurseurs de cellules cardiaques dérivés de cellules souches embryonnaires en vue de réparer le cœur.

 

Une deuxième méthode est l'utilisation de cellules souches humaines adultes (PSC et iPSC).

 

Transformer une cellule de votre peau en cellule cardiaque ou en neurone est désormais possible grâce à la technologie des cellules souches pluripotentes induites (iPSC). Cette technique procède d'une véritable révolution scientifique : en 2005, le Japonais Shinya Yamanaka a réussi à "reprogrammer" une cellule spécialisée de la peau adulte, un fibroblaste, pour la faire revenir à l'état de cellule souche pluripotente, tout comme une cellule souche embryonnaire. On peut dès lors orienter de nouveau son devenir. Autrement dit, une cellule de notre peau pourrait être transformée en cellule de foie, de cœur, etc. Ces cellules souches pluripotentes induites sont un formidable espoir pour la médecine régénératrice, et peut-être pour une médecine "personnalisée". Leur étude est bien trop récente pour une utilisation prochaine en clinique, mais à court terme, elles devraient déjà être très utiles comme modèles de maladies et pour tester des médicaments.

 

Cellules souches adultes (PSC), cellules souches embryonnaires (hESC) et cellules souches pluripotentes induites (iPSC), sont au cœur d'une recherche en pleine effervescence. Au vu des limites des greffes d'organes (manque de greffons, problèmes de compatibilité), de l'impossibilité de transplanter certains organes qui pourraient néanmoins être traités avec des cellules souches et de la possibilité, au-delà de la médecine régénératrice, d'utiliser ces cellules pour le criblage de médicaments, elles semblent les candidates idéales pour la médecine de demain.

 

— Une troisième méthode est la xéno-transplantation, c'est-à-dire la greffe d'organes animaux chez l'Homme. (Sciences et Avenir, n° 806 avril 2014, p. 11).

 

Les cellules souches pluripotentes iPs seront sources de greffes cellulaires ou même d'organes reconstitués in vitro. À l'Institut de transplantation urologie-néphrologie (Itun) de l'INSERM UMR 1064 de Nantes, un protocole clinique avec ces iPs est en cours pour le traitement de maladies héréditaires du foie. L'équipe du Pr Ignacio Anegon travaille également aussi sur la xéno-transplantation, c'est-à-dire la greffe d'organes animaux chez l'Homme.

 

Quels animaux pourraient nous donner leurs organes ?

Les primates sont porteurs de rétrovirus pouvant sauter la barrière des espèces. Par ailleurs, il serait éthiquement peu acceptable de disposer de fermes de primates comme réserves de greffons. Les donneurs les plus probables demeurent donc les cochons. Il y a déjà des élevages et la taille de leurs organes est compatible avec celle des nôtres. Cependant, ils ont aussi des rétrovirus endogènes (PERV), capables d'infecter les cellules humaines in vitro. C'est pourquoi, en janvier 1999, le Conseil de l'Europe avait voté un moratoire sur la xénotransplantation. Celui-ci est aujourd'hui remis en question. Car, lors d'un essai clinique néo-zélandais mené à la fin des années 1990, des centaines de patients ont reçu des cellules pancréatiques sécrétrices d'insuline porcines comme traitement du diabète de type 1 et, à ce jour, aucun signe d'infection par les PERV n'a été détecté.

 

Une greffe d'organes de porc ne nécessiterait-elle pas des traitements antirejet colossaux ?

En effet. notamment pour des organes très vascularisés (rein, cœur ou foie). Car les cellules endothéliales qui en tapissent les vaisseaux expriment des antigènes contre lesquels nous possédons des anticorps très actifs, provoquant un rejet hyperaigu. L'Itun a conçu des porcs transgéniques qui n'expriment pas quatre de ces antigènes. Malgré cela, il y a quand même rejet (car ce ne sont pas les seuls), mais atténué. En attendant que la recherche progresse, on peut envisager de greffer des cellules ou des tissus non vascularisés. Les résultats de l'essai en Nouvelle-Zélande sont très encourageants. La cornée ou les neurones sont aussi de bons candidats, dans cinq à dix ans.

 

Quelle est l'autre greffe d'avenir ?

Les chimères inter-espèces. Chez des animaux, on inactive des gènes indispensables à la génération d'un organe (on dit qu'ils sont knock-out ou KO). Puis, dans les embryons KO, on injecte des cellules souches d'une autre espèce qui vont générer l'organe. L'université de Tokyo a ainsi obtenu en 2010 des souris dotées d'un pancréas de rat et vient de produire des verrats blancs porteurs de pancréas de cochons noirs. L'Itun peut donc envisager demain des porcs générateurs de pancréas humain.

 

Le premier consortium français de recherche sur les cellules souches

 

Nommé Laboratoire d'Excellence, REVIVE, premier consortium français de recherche sur les cellules souches, regroupe quinze laboratoires de l'Institut Pasteur, une dizaine d'autres équipes (Inserm, INRA, Paris 5, Paris 6...), des cliniciens, et cinq partenaires industriels. " Grâce aux synergies qui existent entre toutes les équipes fédérées, nous espérons donner une impulsion importante à la recherche dans ce domaine», souligne Philip Avner, Directeur du département de Biologie du développement de l'Institut Pasteur, d'où a émergé REVIVE. Recherche fondamentale, médecine régénératrice, criblage de molécules d'intérêt thérapeutique, mais aussi enseignement et réflexion éthique sont au cœur du projet.

 

Reprogrammer les cellules différenciées en iPSC

 

Des chercheurs français de l'Institut de génomique fonctionnelle (Inserm/CNRS/université de Montpellier) ont réussi à redonner leur jeunesse à des cellules de donneurs âgés de plus de 100 ans, en les reprogrammant au stade de cellules souches, démontrant ainsi que le processus du vieillissement est réversible.

 

Ces travaux sur la possibilité d'effacer les marques de vieillissement des cellules, publiés dans la revue spécialisée "Genes & Development" du 1er novembre 2011, marquent une nouvelle étape vers la médecine régénérative pour corriger une pathologie, note Jean-Marc Lemaître, responsable de ces recherches.

 

Autre débouché important : mieux comprendre le vieillissement et corriger ses aspects pathologiques, selon le chercheur de l'Inserm.

 

Les cellules âgées ont été reprogrammées in vitro en cellules souches pluripotentes induites (iPSC) et ont ainsi retrouvé leur jeunesse et les caractéristiques des cellules souches embryonnaires (hESC) qui peuvent se différencier à nouveau en cellules de tous types après la cure de jouvence concoctée par les chercheurs.

 

Depuis 2007, on sait reprogrammer des cellules adultes humaines en cellules souches pluripotentes (iPSC) dont les propriétés sont similaires à celles des cellules souches embryonnaires (hESC). Mais jusqu'alors, la reprogrammation de cellules adultes se heurtait à une limite, la sénescence, point ultime du vieillissement cellulaire. L'équipe de Jean-Marc Lemaître vient de franchir cette limite.

 

En culture cellulaire, l'équipe de Montpellier a multiplié des cellules de la peau (fibroblastes) d'un donneur de 74 ans pour atteindre la sénescence caractérisée par l'arrêt de la prolifération des cellules. Les chercheurs ont ensuite procédé à la reprogrammation in vitro de ces cellules en ajoutant à la culture un cocktail de quatre facteurs génétiques (OCT4, SOX2, C MYC et KLF4) enrichi de deux facteurs supplémentaires (NANOG et LIN28).

 

 Montpellier - laboratoire INSERM -02_ Système de traitement

Infogramme Inserm/CNRS/université de Montpellier

 

Grâce à ces six ingrédients, les cellules sénescentes ont retrouvé des caractéristiques de cellules souches pluripotentes de type embryonnaire.

 

"Les marqueurs de l'âge des cellules ont été effacés, et les cellules souches iPSC que nous avons obtenues peuvent produire des cellules fonctionnelles, de tous types avec une capacité de prolifération et une longévité accrues", explique Jean-Marc Lemaître.

 

Par la suite, l'équipe a testé ce cocktail sur des cellules plus âgées de 92, 94, 96 jusqu'à 101 ans.

 

Montpellier - laboratoire INSERM - 01_cellules humaines avant traitement

Cellules sénescentes avant reprogrammation

Cliché © Inserm/CNRS/université de Montpellier

 

Ces travaux ouvrent la voie à terme à l'utilisation des cellules reprogrammées iPSC comme source idéale de cellules adultes tolérées par le système immunitaire, pour réparer des organes ou des tissus chez des patients âgés, ajoute le chercheur.

 

Des risques à contrôler

 

La propriété d'autorenouvellement - caractéristique des cellules souches - peut être dangereuse si elle n'est pas contrôlée. Le risque serait alors l'apparition de cellules souches cancéreuses. Un défi majeur pour les scientifiques aujourd'hui est de s'assurer que des cellules souches transplantées ne dérivent pas vers une prolifération anormale. Ce problème ne se pose pas avec les cellules souches isolées de l'adulte, déjà déterminées, mais avec les cellules souches pluripotentes (soit induites - les iPSC -, soit embryonnaires - les hESC-) : leur différenciation, si elle est incomplète, pourrait déclencher un mécanisme de cancérisation. De nombreux travaux visent donc à mieux maîtriser ce phénomène afin d'écarter les risques.

 

Sources :

 

La lettre de l'Institut Pasteur n° 74 sept 2011.

Lemaître J.-M. et al (2011) Genes & Development 1er nov 2011.

 

Cellules souches : premier essai européen

(Sciences et Avenir, janvier 2012 n° 779 p. 43).

 

Le premier essai clinique européen réalisé à partir de cellules souches embryonnaires humaines (hESC) sera mené en 2012 à Londres au Moorfields Eye Hospital.

 

Le 22 septembre 2011, l'agence du médicament du Royaume-Uni (MHRA) a en effet donné son feu vert à la compagnie américaine de biotechnologie, Advanced Cell Technology (ACT), pour tester un traitement expérimental visant à corriger une pathologie rare de la vue, la dégénérescence maculaire de Stargardt. Liée à une altération progressive de la région centrale de la rétine, cette affection de l'œil est d'origine génétique et atteint les personnes avant l'âge de 20 ans, essentiellement entre 7 et 12 ans, filles comme garçons. On estime qu'elle touche un individu sur 30 000.

 

Outre-Atlantique, deux essais d'ACT sont déjà en cours. L'un pour cette même affection, l'autre pour la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). À ce jour, un seul patient a bénéficié du traitement mis au point par ACT pour la maladie de Stargardt et qui consiste en une greffe de cellules de l'épithélium pigmentaire de la rétine obtenues par dérivation de hESC. La société ACT a annoncé avoir entamé des discussions avec d'autres centres de recherche européens en vue de mener de nouveaux essais cliniques. Mais, pas en France qui interdit toujours, sauf dérogations, la recherche sur l'embryon et  les hESC.

 

Désormais, de nombreux laboratoires travaillent pour mettre au point des thérapeutiques fondées sur les cellules souches dans tous les domaines de la médecine. Ci-dessous, un panorama remis à jour qui explore les premiers résultats obtenus.

 

La greffe de moelle osseuse, pionnière des thérapies cellulaire

 

L'utilisation de cellules souches en médecine existe déjà depuis... une quarantaine d'années. En effet, la greffe de moelle osseuse permet la transplantation de cellules souches sanguines, capables de se spécialiser en une dizaine de types de cellules du sang : globules rouges, plaquettes, différents types de globules blancs.

 

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Potentialités des cellules souches de la moelle osseuse

Infogramme © Institut Pasteur

 

Leucémies, lymphomes, myélomes, anémies, immunodéficience sévère de patients cancéreux après des chimio ou radiothérapies intensives... plus de 26 000 personnes bénéficieraient chaque année en Europe d'une telle greffe. Pionnière des thérapies cellulaires, elle a cependant une limite majeure : le risque de rejet du greffon en cas de mauvaise compatibilité avec le donneur. D'où l'espoir des recherches en cours sur les cellules souches sanguines.

 

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 Les cellules souches sanguines permettent déjà de traiter de nombreuses maladies par greffe de moelle osseuse, et les recherches en cours pourraient rendre plus utiles encore. Ana Cumano, responsable de l'unité de Lymphopoièse à l'Institut Pasteur, a découvert leur lieu originel en 2001 chez la souris : l'artère aorte, où apparaissent au cours du développement des cellules souches sanguines immatures semblant dériver des cellules de la paroi du vaisseau. Pour Philippe Herbomel et Karima Kissa (unité Macrophages et développement de l'immunité) qui ont pu visualiser ce phénomène en 2010 dans l'embryon transparent du poisson zèbre, « il serait peut-être possible de générer des cellules souches sanguines au laboratoire à partir d'une biopsie prélevée sur les propres vaisseaux sanguins des malades ».

 

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Cellules souches de poisson zèbre

Document © Institut Pasteur

 

À ce stade, les chercheurs doivent encore apprendre comment induire à partir de cellules vasculaires de l'adulte la transformation en cellules souches sanguines qui a lieu naturellement chez l'embryon. Puis à orienter leur évolution vers telle ou telle catégorie de cellule spécialisée du sang : globule rouge, globule blanc, plaquette.

 

Ana Cumano et son équipe s'intéressent à la production de certains globules blancs, les lymphocytes. «Déficients chez les personnes âgées - ce qui les rend plus fragiles face aux infections et mauvais répondants vis-à-vis de la vaccination -, ils ne se multiplient pas assez vite après une greffe de moelle chez les leucémiques, d'où une longue période de "lymphopénie", de six mois à un an, qui les rend extrêmement sensibles aux infections. Connaître ce qui détermine la production des lymphocytes permettrait de trouver des traitements palliant ces problèmes de déficit », explique la chercheuse. D'autres équipes tentent quant à elles de produire des globules rouges en grande quantité pour la transfusion sanguine... Les cellules souches sanguines ont incontestablement un immense potentiel médical.

Voir également sur ce même blog le myélome multiple et son traitement par autogreffe de cellules souches de la moelle osseuse.

 

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©Sílvia A Ferreira, Cristina Lopo and Eileen Gentleman

King’s College London

Image primée aux plus belles photos du Wellcome Image Awards 2016

Division d'une cellule souche

dans le cerveau d'un poisson zèbre

Le point de départ est situé à 8h (flèche blanche). Petit à petit la cellule se divise pour créer deux cellules différentes : une cellule nerveuse qui va passer du violet au blanc, et une autre cellule souche qui a la possibilité de se diviser elle-même pour produire de nouvelles cellules spécialisées. La séquence, observée en une seule image ici, dure en réalité 9 heures.

 

Utilisation de cellules souches sanguines en cardiologie

 

 

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  • Greffes de cellules souches hématopoiétiques dans les maladies coronariennes

 

En France, plus de 1,2 million de personnes souffrent d'insuffisance cardiaque, dont 250 000 à un stade avancé. L'intérêt de la greffe de cellules souches hématopoiétiques dans les maladies coronariennes se confirme grâce à une méta-analyse de 50 études regroupant au total plus de 2600 patients. C'est pour une insuffisance coronarienne chronique ou un infarctus du myocarde que ces malades ont reçu des injections intracardiaques ou intracoronariennes de cellules mononuclées de la moelle osseuse ou d'autres types de cellules. (CD 34 ou CD 133). Comparativement aux sujets non greffés, les patients traités ont une fonction ventriculaire gauche améliorée de façon prolongée (24 mois). Le risque de récidive d'infarctus du myocarde est significativement diminué ainsi que la mortalité , que celle-ci soit de cause cardiaque ou pas.

 

  • Réparer le cœur en fabriquant un pansement cellulaire à partir de cellules souches (Science & Vie n° 1153 octobre 2013, p. 37-38)

 

En 2013, des chercheurs de l'université américaine de Pittsburgh ont réussi à faire pousser des cellules cardiaques humaines sur la charpente d'un cœur de souris.

 

Le cœur du rongeur est traité au détergent pour le débarrasser de ses cellules. N'en subsiste qu'un moule translucide composé de protéines de structure comme le collagène. Cette armature est ensuite ensemencée avec des cellules humaines préparées à partir de cellules souches, capables de donner naissance aux principaux types de cellules cardiaques. En quelques semaines, ces cellules souches recouvrent la charpente, reconstruisant le cœur dans ses moindres détails. Et ce n'est pas tout, ce cœur chimérique peut même se contracter... Sous perfusion de liquide nutritif, il bat in vitro, au rythme de 40 à 50 pulsations par minute !

 

Ces battements, désynchronisés, sont encore trop faibles pour pomper le sang dans les vaisseaux. Mais il s'agit d'un premier pas avant de tester cette technique pour fabriquer des pansements ou patchs cardiaques, à partir de matrices de collagène humaines repeuplées par les propres cellules des malades.

 

Se développe ainsi l'espoir qu'un jour, un cœur malade soit réparé par de simples rustines de muscle cardiaque cultivées in vitro, capables d'assurer localement les contractions normales de l'organe défectueux.

 

Cardiologie_450.jpg

Recouvert de cellules humaines, un cœur de souris réduit à

une charpente de collagène s'est remis à battre.

 

  • Cellules souches en thérapie régénératrice du muscle cardiaque

(par Guillaume Bayre - le 29/01/2014 Le Figaro.fr SANTÉ)

 

La mise sur le marché d'un traitement à l'horizon 2016 pour réparer un cœur fragilisé semble se préciser.

 

Des cellules souches intelligentes pour réparer un cœur fragilisé par une attaque cardiaque. Cette piste, poursuivie depuis plus d'une décennie, s'éclaircit de jour en jour avec en ligne de mire la mise sur le marché d'un traitement à l'horizon 2016.

 

L'autorité américaine de santé, la FDA, vient de donner son feu vert à Cardio3 BioSciences, une société biopharmaceutique belge, pour tester sur 240 patients son traitement baptisé C-Cure. Il s'agit d'un remède à l'insuffisance cardiaque d'origine ischémique, autrement dit un affaiblissement du cœur consécutif à un infarctus.

 

Cet essai dit de phase III représente les travaux les plus avancés dans le domaine des thérapies cellulaires pour les maladies cardiaques, qui permettraient d'éviter le recours à une transplantation. En France, le Pr Ménasché de l'Hôpital européen Georges-Pompidou ou encore la société CellProthera mènent des recherches comparables, mais à un stade un peu plus précoce.

 

Cardio3 a déjà débuté des tests dans plusieurs pays européens. Au total, les données concernant 500 patients seront ainsi recueillies dans l'espoir de confirmer les résultats obtenus lors d'un test à plus petite échelle, présentés l'an dernier dans la revue scientifique de l'American College of Cardiology. En phase II, une seule administration de C-Cure a conduit à une amélioration de la fonction cardiaque mesurée par la fraction d'éjection ventriculaire, qui traduit la capacité du muscle cardiaque à se contracter. La condition physique des patients s'est aussi améliorée: ils ont parcouru une distance supérieure de 20 % (+ 77 mètres) au test de marche des six minutes par rapport au groupe témoin.

 

C-Cure s'appuie sur une technologie, dite cardiopoïétique, issue de recherches menées à la Mayo Clinic (Minnesota) par les professeurs André Terzic et Atta Behfar. Premier avantage, il s'agit d'une thérapie dite autologue, qui élimine les risques de rejet immunitaire. Des cellules souches adultes sont prélevées dans la propre moelle osseuse du patient au niveau de la hanche, puis programmées in vitro pour devenir des cellules de lignée cardiaque. Schématiquement, les chercheurs reproduisent les signaux protéiniques qui, dans l'embryon, permettent aux cellules de se différencier en cellules d'un organe particulier. Les cellules cardioréparatrices (600 millions par administration) sont ensuite injectées dans le myocarde au moyen d'un cathéter spécialement développé. Cette opération ne nécessite aucune chirurgie cardiaque. Manipulable par un seul intervenant, le cathéter guidé par échographie est inséré via l'artère fémorale, depuis l'aine, sous légère anesthésie.

 

Les cellules injectées ne forment pas un matériau pour colmater les lésions cardiaques, mais elles sont capables d'induire véritablement une régénération du tissu nécrosé. « On envoie les cellules à l'école, et à la sortie elles ont appris comment remplir la fonction réparatrice cardiaque », résume le Pr Terzic, directeur du Centre de médecine régénérative de la Mayo Clinic.

 

  • Ajout du 23 février 2015 : Des cellules souches pour le cœur

 

(Sciences et Avenir, mars 2015, n° 817, p. 22)

 L'opération s'est déroulée en octobre 2014 mais n'a été révélée qu'en janvier 2015 : Philippe Ménasché, de l'hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, a essayé pour la première fois au monde d'utiliser des cellules souches cardiaques pour réparer les régions lésées du cœur chez une patiente. L'opération s'est accompagnée d'un pontage coronarien.

 

(Sciences & Vie, mars  2015, n° 1170, p. 33)

Pour la première fois, des médecins ont utilisé des cellules souches d'origine embryonnaire pour réparer le cœur d'une patiente souffrant d'une grave insuffisance cardiaque. L'équipe de Philippe Menasché (hôpital européen Georges-Pompidou, Paris) a déposé, au niveau de la cicatrice laissée par un infarctus, un patch couvert de cellules. Depuis l'opération, l'état de santé de la patiente s'est nettement amélioré et la zone du muscle cardiaque traitée a recommencé à battre, comme le prouve l'échographie. Cette opération inouïe a nécessité dix ans de préparation. Le temps nécessaire à Jérôme Larghero et son équipe (hôpital Saint-Louis, Paris) pour réussir à transformer les cellules souches embryonnaires en une lignée de toutes jeunes cellules cardiaques (des cardiomyocytes progéniteurs). La mise au point du patch de fibrine (sorte de colle biologique) a également nécessité de longs essais pour s'assurer de la bonne cohésion des cellules une fois posées et de leur survie. "Pour l'instant, rien ne permet de conclure que ce sont bien les cellules qui réparent le cœur, précise le Pr. Menasché. Il se peut que ce soient les substances qu'elles sécrètent". Ce qui ouvre une piste thérapeutique plus simple : administrer directement dans le cœur ce cocktail de substances.

 

Sepsis : réparer les séquelles musculaires (ajout du 7 mars 2016)

 

Une greffe de cellules souches pourrait permettre de restaurer des capacités musculaires altérées à la suite d'une septicémie.

 

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Tissu musculaire après sepsis.

Les espaces clairs entre les fibres musculaires, en rose, correspondent aux défauts de régénération du muscle.

 

La septicémie ou sepsis est une réponse inflammatoire généralisée de l'organisme en réaction à une infection sévère, qui touche 28 millions de personnes par an dans le monde (dont 8 millions décèdent), et laisse de graves séquelles, notamment neurologiques et musculaires. Des chercheurs de l'Institut Pasteur[1] viennent de montrer comment les cellules souches des muscles squelettiques — dites cellules satellites — sont altérées durablement après un sepsis, ce qui empêche la restauration des fonctions musculaires et conduit à un déficit musculaire persistant. Ils ont réussi à contrer ce phénomène dans des modèles expérimentaux en effectuant une greffe en intramusculaire de cellules souches dites "mésenchymateuses": ces cellules viennent assister les cellules satellites en souffrance (sans s'y substituer), qui récupèrent leur capacité à se diviser. Les chercheurs espèrent maintenant pouvoir poursuivre leurs investigations sur cette nouvelle thérapie cellulaire chez l'Homme.

[1] Unité d'Histopathologie humaine de l'Institut Pasteur, dirigée par le Pr Fabrice Chrétien, en collaboration avec le groupe de Miria Ricchetti dans l'unité Cellules souches et développement à l'Institut Pasteur, avec l'Université Paris-Descartes et le Centre hospitalier Sainte-Anne (Paris).

 

La thyroïde recréée à partir de cellules souches embryonnaires

 (Pierre Kaldy , Sciences et Avenir n° 790, décembre 2012, p. 36.)

 

Une thyroïde fonctionnelle a été produite à partir de cellules souches embryonnaires par une équipe de l'Université libre de Bruxelles. Depuis la découverte de ces cellules en 1981, les chercheurs ont réussi à les faire se différencier en un grand nombre de types cellulaires différents, mais ils n'avaient pas encoure trouvé le moyen de reconstituer un organe entier et fonctionnel. La thyroïde était un candidat de choix. Cette glande, qui produit des hormones indispensables au développement et au métabolisme de l'organisme, a en effet une structure relativement simple, en forme de grappe.

L'équipe dirigée par Sabine Coslagliola ne s'est pas contentée d'induire la différenciation de cellules souches embryonnaires en cellules thyroïdiennes : elle a aussi découvert que l'addition d'une hormone, la TSH, provoquait leur regroupement en structures arrondies comparables à celles de la thyroïde. Lorsque des souris à la thyroïde déficiente ont été greffées, les taux d'hormones thyroïdiennes dans le sang sont revenus à la normale. Preuve que le greffon s'était bien substitué à l'organe défaillant pour produire une hormone fonctionnelle. Ce résultat publié dans la revue Nature ranime un espoir de traitement de l'hypothyroïdie congénitale, maladie dépistée chez près d'un nouveau-sur 3500 et dont le seul traitement est la prise à vie de l'hormone thyroïdienne.

 

Diabète et cellules souches (décembre 2013)

 

Plusieurs laboratoires se sont lancés dans la production de cellules insulinosécrétrices humaines à partir de cellules souches embryonnaires. Cela revient à recréer des îlots de Langerhans pour pallier une fonction pancréatique déficiente dans le cas du diabète de type 1. "Cela simplifierait considérablement la greffe mais le traitement antirejet resterait de mise", souligne François Pattou, chirurgien au CHRU de Lille.

 

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Îlot de Langerhans avec des cellules β sécrétrices d'insuline

 

Reconstruire la peau brûlée

 

Une autre utilisation médicale des cellules souches s'est développée depuis les années 80 : la reconstitution d'épiderme à partir de cellules souches de la peau pour les grands brûlés, bien maîtrisée dans certains laboratoires spécialisés.

 

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Culture de cellules souches destinées

à la régénération d'un épiderme humain

 

« À 80 ans, une cellule souche ne va pas avoir les mêmes propriétés qu'à 20 ans, mais elle peut avoir gardé suffisamment de capacités régénératrices. Les avancées les plus importantes en médecine régénératrice, historiquement parlant, ont concerné les cellules souches du sang, puis d'autres cellules souches ont été identifiées et utilisées comme celles de la peau. Mais une grande partie des tissus et organes n'a pas été analysée de manière assez approfondie. Dans chaque organe ou tissu, la population des cellules souches est hétérogène. Il nous faut creuser davantage, trouver d'autres marqueurs pour isoler et caractériser les cellules souches les plus intéressantes, puis les amplifier en culture sans qu'elles ne perdent leurs caractéristiques, car pour la thérapie chez l'homme, des millions, voire des milliards, de cellules sont souvent nécessaires ».

 

Réparer le cerveau

 

L'espoir de compenser les pertes de neurones liées à des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson...) ou à des accidents vasculaires cérébraux (AVC) motive de nombreuses recherches, d'autant que deux régions du cerveau contenant des cellules souches neuronales ont été identifiées : dans l'hippocampe, en ISSB, par une équipe américaine, puis dans la "zone sous-ventriculaire", en 2003, par celle de Pierre-Marie Lledo (unité Perception et mémoire à l'Institut Pasteur). « Contrairement au dogme central de la neurobiologie, il y a donc production de nouveaux neurones dans le cerveau, et ceci quel que soit l'âge du sujet», souligne ce chercheur. « Par ailleurs, lors d'un AVC ou d'un traumatisme, de nouvelles cellules nerveuses ont été observées dans le cortex - siège de nos capacités cognitives, de notre conscience, de notre mémoire -, sans que leur origine soit établie ; le cerveau a donc des capacités d'autoréparation. » Si quelques essais de greffes de cellules souches ont été réalisés, notamment pour la maladie de Parkinson, « les résultats ont été peu probants jusqu'ici et beaucoup de scientifiques s'orientent vers d'autres pistes », ajoute Pierre-Marie Lledo. Son équipe espère pour sa part pouvoir utiliser les propres cellules souches neuronales du malade, en les déroutant et en les attirant vers les zones lésées du cerveau grâce à une "molécule-aimant". La méthode fonctionne bien dans des modèles expérimentaux, mais les neurones nouvellement implantés ne survivent que quelques semaines. Un protocole consistant à rendre les néo-neurones sensibles à la lumière - les flashs lumineux semblant alors augmenter leur durée de vie - est à l'étude.

 

Les cellules souches aident le cerveau à récupérer d'un AVC

(Sciences et Avenir n° 833, juillet 2016, p. 28).

 

Avec cette technique, sept patients sur 18 ont connu une amélioration significative de la fonction motrice.

 

Améliorer la rééducation de personnes victimes d'un accident vasculaire cérébral (AVC) en greffant des cellules souches dans le cerveau : c'est ce qu'a réussi une équipe de l'université Stanford (États-Unis). Dix-huit malades atteints de troubles de la motricité, sans réel espoir d'amélioration, se sont vu proposer une opération audacieuse : ouvrir le crâne pour injecter à même le cerveau, sur les zones lésées, un cocktail de leurs cellules souches. Sept d'entre eux ont connu une amélioration significative de la fonction motrice. Un patient de 71 ans a même pu se lever de son fauteuil.

 

« Ces résultats sont très encourageants et livrés par une équipe connue pour son sérieux. Le nombre réduit de sujets invite à la prudence, mais la stratégie est bonne », confirme Olivier Detante, neurologue au CHU de Grenoble. Il dirigera à partir de 2017 un essai européen sur 400 malades, pour mieux évaluer l'efficacité des cellules souches dans la régénération des tissus cérébraux.

 

Soigner les séquelles d'AVC avec des cellules souches mésenchymateuses

Source : Science & Vie n° 1187, août 2016, p. 28.

 

Injecter des cellules souches dans le cerveau après un accident vasculaire cérébral (AVC), pour aider le patient à récupérer ? L'idée n'est pas neuve. Depuis les années 2000, différents types de cellules ont été testés, mais sans résultat chez l'Homme. Placées dans un environnement cérébral auquel elles ne sont pas adaptées, ces cellules manquaient en effet de résistance. Une équipe américaine de l'université Stanford a peut-être trouvé la parade en utilisant des cellules souches mésenchymateuses (faciles à obtenir dans la moelle osseuse ou le tissu adipeux), qu'elle a modifiées génétiquement.

 

Testé sur dix-huit volontaires souffrant de troubles moteurs après un AVC, le traitement n'a provoqué aucun effet indésirable grave. Surtout, un an après l'opération, certains patients ont vu leur état s'améliorer : l'un a retrouvé l'usage d'une jambe, un autre une élocution claire. Des bénéfices qui seraient liés à la libération de substances réparatrices par les cellules souches plus qu'à un remplacement des cellules endommagées. Ces améliorations se confirmeront-elles sur d'autres patients et persisteront-elles ? Un nouvel essai sur 156 personnes démarre aux États-Unis, pour tester différentes doses de cellules souches.

 

Cultiver le cerveau humain ?

 

Un véritable exploit réalisé par une équipe autrichienne et qui a fait la une des revues scientifiques en 2013 : à partir de quelques cellules de peau prélevées sur un donneur et génétiquement "reprogrammées" au stade de cellules souches, les chercheurs ont obtenu, deux mois et demi plus tard, la réplique quasi parfaite du cerveau du donneur... tel qu'il devait être aux prémices de son développement embryonnaire, après neuf semaines de gestation. La "fabrication" in vitro de l'organe le plus complexe du corps humain, même à un stade primaire, repousse les frontières du possible. En même temps qu'elle interroge les limites de la culture d'organes (voir l'article de Aude Rambaud paru dans Science & Vie de novembre 2013 et rapporté sur ce blog).

 

Cellules souches et vieillissement

 

Avec le vieillissement de la population, on voit se développer certaines atteintes des tissus, comme la sarcopénie, une dégradation des muscles squelettiques qui a pour conséquence une perte de mobilité. Comment l'empêcher ? On peut imaginer stimuler les cellules souches des muscles du malade pour pouvoir régénérer ou réparer le tissu en dégradation. D'après Shahragim Tajbakhsh, responsable de l'Unité Cellules souches et Développement et co-coordinateur du consortium REVIVE : « À 80 ans, une cellule souche ne va pas avoir les mêmes propriétés qu'à 20 ans, mais elle peut avoir gardé suffisamment de capacités régénératrices ». L'idée est de stimuler ces cellules souches endogènes dans un contexte de maladie grave, chronique, ou lors du vieillissement, ou de reconstruire une partie du tissu en culture et d'effectuer ensuite une transplantation chez le patient. De nombreux programmes ont été lancés dans ce sens. « On sait relativement bien obtenir des cellules neuronales ou cardiaques, par exemple, à partir de cellules pluripotentes. Les défis concernent l'utilisation thérapeutique de ces cellules et l'obtention d'autres types cellulaires. »

 

Toujours à l'Institut Pasteur, le groupe de Delphine Bohl (Unité des Rétrovirus & Transfert Génétique, dirigée par Jean-Michel Heard) a ainsi obtenu des neurones modèles d'une pathologie neurodégénérative de l'enfant, la maladie de Sanfilippo, par mise en culture de cellules de peau de jeunes patients, modification de l'expression de trois de leurs gènes pour induire le retour à l'état de cellules souches - d'IPS -, puis ajout de molécules "d'Induction" à la culture pour provoquer la différenciation des IPS en neurones. « Ces "neurones de Sanfilippo" vont nous servir à mieux comprendre cette maladie et pourront aider au screening de molécules thérapeutiques », précise Delphine Bohl. Son groupe a également obtenu des cellules modèles de sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot), une maladie aujourd'hui incurable, aussi fréquente que la sclérose en plaques. « À partir de cellules de peau de malades, nous avons des cultures de motoneurones, cellules touchées par la SLA, qui vont permettre de classer les différentes formes de maladies, génétiques ou sporadiques, pour bien orienter le criblage de médicaments», explique la chercheuse.

 

Des essais en cours pour des dizaines de maladies

 

Aujourd'hui, les essais d'utilisation de cellules souches adultes chez l'homme, pour régénérer la cornée, l'os, le pancréas (diabète de type 1), le foie, les muscles (certaines myopathies), le cœur... concernent des dizaines de pathologies. Les succès les plus évidents ont été obtenus par une équipe italienne chez des patients atteints de brûlure de la cornée, cause de cécité. L'utilisation de leurs propres cellules souches "limbales", situées à la base de l'œil, a permis une régénération efficace de la cornée chez les trois-quarts d'entre eux, avec un recul de 10 ans.

 

Près de la moitié des essais cliniques avec les cellules souches vise à régénérer le muscle cardiaque partiellement détruit après un infarctus (qui touche chaque année 120 000 personnes en France). L'infarctus provoque une insuffisance cardiaque parfois telle que la survie du patient nécessite la transplantation d'un cœur sain, rarement possible pour cause de pénurie de greffons. La majorité des essais consiste à injecter dans le myocarde des cellules souches de la moelle osseuse dites "mésenchymateuses", souvent prélevées chez le malade lui-même : sans remplacer les cellules cardiaques détruites, elles semblent stimuler la réparation du cœur.

 

Des cellules souches contre la sclérose en plaques

 

Le premier essai thérapeutique à base de cellules souches prélevées sur les patients pourrait ouvrir une voie prometteuse pour soigner cette maladie neurologique très invalidante.

Le 29 mai 2013, à Gênes, lors de la 5e édition de la journée mondiale sera consacrée à la sclérose en plaques (SEP), cette maladie neurologique encore bien énigmatique. C'est en effet d'Italie que va être piloté le premier essai thérapeutique à base de cellules souches adultes. Baptisé Mesems (Mesenchymatal Stem Cells for Multiple Sclerosis), l'essai européen démarre ce printemps dans le service d'Antonio Uccelli, au département de Neurosciences de l'université de Gênes, avant de s'étendre à la France, à l'Allemagne, au Danemark, au Royaume-Uni et à l'Espagne. L'étude concernera 160 patients au total, dont 12 Français répartis dans plusieurs centres (Lille, Marseille. Toulouse, Bordeaux). Un espoir de traitement immense face à une maladie représentant la première cause de handicap non traumatique en France, avec plus de 80 000 personnes touchées, dont deux tiers de femmes, sans que cette particularité soit expliquée.

 

La SEP affecte les neurones, les cellules du système nerveux central, en détruisant la myéline, membrane biologique qui isole et protège les fibres nerveuses. Constituée de graisses et de protéines, cette gaine protectrice est, pour des raisons inconnues, le lieu d'une réaction inflammatoire due à une attaque par les propres cellules immunitaires du malade, les lymphocytes B et T. Cette destruction entraîne une moins bonne conduction de l'influx nerveux.

 

Le principal mystère que les chercheurs aimeraient lever dans cette affection auto-immune est de comprendre pourquoi le système immunitaire des malades s'emballe pour attaquer ses propres cellules nerveuses. En l'occurrence, ce sont les lymphocytes T et B — les cellules censées défendre l'organisme contre les agressions — qui détruisent peu à peu la myéline, une gaine graisseuse qui entoure les fibres nerveuses et assure la bonne propagation de l'influx nerveux. Résultat : une moins bonne transmission des messages en provenance ou à destination du cerveau, d'où une paralysie.

 

Ce qu'il faudrait, c'est réinitialiser le système immunitaire par une greffe de cellules souches, pour lutter contre la sclérose en plaques : des chercheurs américains de l'école de médecine de Chicago ont appliqué ce protocole début 2015, avec des résultats encourageants. Les signes cliniques de la maladie ont diminué ; un avant-goût de ce qui se profile en matière de médecine régénératrice. Demain, il sera en effet possible de réaliser des greffes sur mesure. Totalement compatibles avec l'organisme receveur, les pansements tissulaires seront constitués de cellules souches mises en différenciation en fonction de l'organe malade — un patch de cellules cardiaques, artérielles, hépatiques... — et ce, sans risque de rejet. La méthode n'a qu'un inconvénient : son prix. Car un trouble cardiaque comme l'ischémie détruit plusieurs dizaines de milliards de cellules. Combien coûterait la fabrication d'un « patch cellulaire » personnalisé d'une telle taille ? Personne pour le moment ne se risque à le chiffrer. Tout porte à penser que les greffes de cellules souches seront réservées aux plus fortunés.

 

Les hormones thyroïdiennes régulent les cellules souches neurales (mai 2012)

 

L'équipe de Barbara Demeneix, du laboratoire « Évolution des régulations endocriniennes » (Muséum national d'Histoire naturelle/CNRS), vient de mettre en évidence un nouveau rôle des hormones thyroïdiennes dans la régulation des cellules souches neurales chez la souris adulte.

Ces résultats montrent l'importance de la régulation endocrinienne dans l'homéostasie de la niche neurogénique. Essentielles pour le développement du cerveau, les hormones thyroïdiennes peuvent causer le crétinisme chez l'enfant si elles sont produites en quantités insuffisantes. Les chercheurs ont étudié le lien entre les hormones thyroïdiennes et la neurogenèse chez la souris adulte. Leurs résultats montrent que l'expression de Sox2, gène clé impliqué dans la physiologie des cellules souches neurales, est directement régulée par les hormones thyroïdiennes dans une des niches neurogéniques du cerveau adulte. Ces travaux parus dans la revue Cell Stem Cell., devraient à terme permettre de mieux comprendre certains troubles neurologiques associés à l'hypothyroïdie chez l'adulte ou la personne âgée.

 

Cellules souches post-mortem : un état dormant pour mieux revivre... plus tard (juin 2012)

 

 Des chercheurs de l'Institut Pasteur, de l'université de Versailles Saint-Quentin-en- Yvelines, de l'AP-HP et du CNRS, dirigés par Fabrice Chrétien en collaboration avec Shahragim Tajbakhsh ont démontré pour la première fois, chez l'Homme et chez la Souris, la faculté qu'ont des cellules souches de demeurer dans un état de dormance quand leur environnement devient hostile, y compris plusieurs jours après la mort de l'individu. Cette capacité à considérablement réduire leur activité métabolique leur permet de préserver leur potentiel de division cellulaire pour favoriser la réparation et la croissance d'un organe ou d'un tissu quand les conditions du milieu redeviennent favorables. Cette découverte laisse envisager des perspectives thérapeutiques pour de nombreuses maladies. Cette publication est parue dans la revue Nature communications.

 

Des cellules souches pour réparer l'os

 

En 2012, l'Inserm a mis au point une technique qui est actuellement testée sur des patients souffrant de fractures non consolidées. De la moelle osseuse est prélevée, puis les cellules souches qu'elle contient sont mises en culture. Elles sont ensuite déposées sur une prothèse en céramique, greffée au niveau de la fracture. Résultats de l'essai dans un à deux ans. Une autre technique prometteuse : voir ci-dessous.

 

Le projet Reborne : cellules souches pour réparer les  fractures osseuses (2 septembre 2014)

 

En injectant au niveau de la fracture un mélange de granulés de phosphate de calcium et des cellules souches adultes provenant du patient lui-même, Pierre Layrolle directeur de recherche au Laboratoire de physiopathologie de la résorption osseuse (université de Nante/Inserm), a réussi à consolider l'os réfractaire à une simple greffe de tissu osseux. C'est l'objet du projet Reborne.

 

Les cellules souches choisies sont des cellules souches mésenchymateuses présentes dans la moelle osseuse. Leur concentration étant trop faible à l'état naturel (environ 100 000 cellules souches dans une ponction de 10 à 30 ml de moelle osseuse), elles sont cultivées en laboratoire. Au bout de vingt et un jours, elles sont alors 400 millions, prêtes à être injectées au cœur de la fracture.

 

Les granulés de phosphate de calcium  constitue un biomatériau qui va former une matrice, un échafaudage qui facilite la colonisation cellulaire. Il comble le vide puis, au fur et à mesure que les cellules souches s'installent, il se résorbe pour laisser place à un os tout à fait naturel.

 

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Consolidation d'une fracture par cellules souches

Fracture non consolidée (1) traitée par un mélange de cellules souches (2) et d'un biomatériau à base de granulés de phosphate de calcium (3). Six mois après, l'os est réparé (4) : il s'est régénéré (5) : os coloré en bleu-vert, moelle osseuse colorée en rose.

 

Dans le cadre du projet Reborne, les chercheurs testent également cette association cellules souches-biomatériau en chirurgie maxillo-faciale. "Chaque année en France, entre 200 000 et 400 000 patients reçoivent un implant dentaire. Or, dans 30 % des cas, le capital osseux n'est pas suffisant pour supporter cet implant. Cela nécessite alors une greffe osseuse qui n'est pas toujours possible, notamment chez les patients âgés ", indique Pierre Layrolle.

 

Un autre essai clinique teste l'injection de cellules souches, cette fois sans le biomatériau, dans le traitement de la nécrose de la tête fémorale. Un problème qui touche 50 000 Français par an. Déjà, pour soigner ces patients, la moelle osseuse est appelée en renfort. "Mais il s'agit simplement de la prélever, puis d'en injecter directement les cellules souches dans la tête de fémur du patient ", détaille le biologiste.

 

Évidemment, cette procédure ne permet d'obtenir qu'un nombre limité de cellules. Avec sa technique de mise en culture et de multiplication cellulaire en laboratoire, Pierre Layrolle espère donc offrir aux patients de meilleures chances de guérison.

 

Avant de commencer leurs essais, les chercheurs ont franchi un premier obstacle de taille. "Dès lors que la moelle osseuse sort du bloc opératoire pour rejoindre le laboratoire où elle est amplifiée, les cellules souches deviennent un médicament. Elles sont alors soumises à un ensemble de réglementations très strictes auxquelles le projet Reborne a dû se conformer ", explique Pierre Layrolle.

 

Cette conformité aux règles européennes est aujourd'hui l'une des forces du projet. En effet, d'autres essais associant cellules souches et biomatériaux ont déjà eu lieu dans le monde - le premier dans les années 1990 en ex-URSS. Mais chaque fois, les grands espoirs nés des expériences en laboratoire se sont fracassés sur la réalité du bloc opératoire... et des exigences de sécurité et de reproductibilité. Même si certaines équipes ont publié des résultats positifs, leurs procédures n'ont jamais pu être reproduites. Depuis, elles ont d'ailleurs jeté l'éponge.

 

Reste la question du coût. Guy Dacuisi, spécialiste des biomatériaux et des substituts osseux à l'université de Nantes, le reconnaît, la technique coûte cher. "Environ 20 000 euros par patient", précise-t-il. Un coût qui pourrait toutefois diminuer, selon Pierre Layrolle, si l'on utilisait non plus les cellules du patient, mais celles d'un donneur. "A l'avenir, on pourrait disposer de banques de cellules dans lesquelles on puiserait à l'envi pour soigner les patients", imagine-t-il.

 

Cela complique la procédure, et plus encore les dispositions réglementaires à prendre. Mais demain, appeler sa banque de cellules pour un déficit osseux sera peut-être la règle.

 

Quant aux cellules souches mésenchymateuses du projet Reborne, elles ont déjà servi à traiter, avec succès, une dizaine de patients victimes de graves brûlures cutanées induites par des rayonnements ionisants. Des accidents rares, mais qui conduisent souvent à l'amputation.

 

Source :

Hancok Coralie (2014).- Cellules souches : elles réparent même les fractures., Science & Vie n° 1164, septembre 2014, pp. 102-105.

 

À consulter : le site du projet Reborne (financé par la Commission européenne)

http://www.reborne.org/

 

Des cellules souches créées à partir d'urine  (Sciences et Avenir n° 792, février 2013, p. 38.)

 

Fabriquer des cellules souches à partir d'échantillons d'urine, c'est possible ! Des biologistes chinois de l'Institute of Biomedicine and Health de Canton avaient publié le concept en 2011 ;  aujourd'hui, ils dévoilent le détail de leur méthode dans Nature.  L'équipe a prélevé dans les urines de trois donneurs des cellules epithéliales d'urètre et de rein. Puis, après les avoir mises eu culture deux semaines durant, elle les a infectées avec des rétrovirus chargés de les reprogrammer, s'inspirant des travaux du Japonais Shinya Yamanaka, prix Nobel 2012 de physiologie.

 

Les cellules se sont alors « dédifférenciées » pour devenir des cellules souches pluripotentes induites (Induced Pluripotent Stem cells ou iPS, capables de donner de nouveau tous les types cellulaires. L'équipe chinoise a ensuite  démontré que ces iPSc pouvaient se transformer en cellules du système nerveux, du foie ou du cœur. « L'intérêt de cette méthode est de ne pas êtreinvasive, commente Mathilde Girard, chargée de recherche à l'Institut des cellules souches (Evry). Elle est plus simple à mettre en œuvre  que les méthodes actuelles (prélèvement de peau, sang ou cheveux...).»

 

Reste à vérifier que ces cellules, pour leur utilisation médicale, ne présentent pas d'anomalies. « Celles-ci peuventêtre chromosomiques, épigénétiques ou ou ponctuelles. Il semble que les méthodes de reprogrammation anciennes - par rétrovirus - engendrent davantage d'anomalies que les techniques plus récentes. » Les  chercheurs devront apporter la preuve de l'innocuité de la reprogrammation.

 

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Cellules neuronales en culture dérivées de cellules prélevées dans l'urine humaine

 

Cellules souches et greffe de trachée (ajout du 5 mai 2013)

 

La première personne à avoir reçu une trachée artificielle recouverte de cellules souches, dans un hôpital suédois en juin 2011, se porte bien et d'autres greffes du même type ont été réalisées avec succès.

 

Le receveur, un Erythréen de 36 ans, "se porte très bien depuis quatre mois et a pu reprendre une vie normale", a expliqué le professeur Tomas Gudbjartsson, un des coauteurs de l'étude dans la revue britannique. A l'issue d'une opération de douze heures et après deux mois de séjour à l'hôpital puis dans un centre de réhabilitation, cet homme marié et père de deux enfants a pu reprendre ses études en géophysique à l'université de Reykjavik en Islande.

 

Une autre greffe de même type vient d'être réalisée par le Pr Paolo Macchiarini et son équipe de l'hôpital universitaire Karolinska de Huddinge, près de Stockholm, sur un Américain de 30 ans qui souffrait, comme dans le premier cas, d'un cancer des voies respiratoires. La deuxième greffe utilise une structure composée de nanofibres et par conséquent "représente une avancée supplémentaire" par rapport à la première intervention, a déclaré le Pr Macchiarini, cité par The Lancet. La trachée artificielle est fabriquée sur mesure avec des fibres de plastique recouvertes de cellules souches extraites de la moelle osseuse du patient. La même technique peut être adaptée pour concevoir des bronches artificielles.

 

Une troisième greffe avec la même technique a permis de traiter en avril 2013 un bébé sud-coréen âgé de treize mois seulement. "Nous allons continuer à améliorer la technique en médecine régénérative pour les greffes de trachées et allons l'étendre aux poumons, au cœur et à l'œsophage", commente le Pr Macchiarini.

 

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La petite coréenne Hannah Waren après son opération

© 2013 OSF Saint Francis Medical Center, Peoria, Illinois. Jim Carlson, Photographer.

 

Ce procédé repose sur une structure synthétique faite sur mesure dans laquelle sont "insérées" des cellules souches du patient. Il a l'avantage de ne pas dépendre d'un don d'organe et, grâce aux cellules souches du malade, permet d'éviter le phénomène de rejet. Cette technique est radicalement différente de celle également innovante, dévoilée fin 2010 par une équipe de chirurgiens français, qui utilise des morceaux de peau et fragments de côtes des malades pour reconstruire la trachée.

 

Cellules souches et cartilage

 

Le premier implant destiné à régénérer à la fois le cartilage et l'os, réparant ainsi l'ensemble de l'articulation, est en passé d'être testé en France par l'Inserm juillet 2016). II est composé d'une membrane dotée de nanoréservoirs remplis de facteurs de croissance et d'une couche d'hydrogène renfermant des cellules souches destinées à se différencier en cellules du cartilage.

 

Cellules souches et rein

 

Le rein artificiel n'existe pas encore, mais, en 2015, des chercheurs de l'université Jikey, à Tokyo (Japon), ont réussi à réaliser des reins à partir de cellules souches humaines capables de filtrer le sang et d'excréter de l'urine. Ils ont été testés chez la souris et le cochon. Le passage à l'homme prendra encore des années.

 

Métastases : des cellules souches impliquées (Sciences et Avenir787, septembre 2012)

 

Des cellules souches cancéreuses ont récemment été identifiées dans plusieurs tumeurs solides (cancer du cerveau, du sein, du colon, de l’intestin…) et dans les leucémies. Elles sont à l’origine de la transformation de cellules saines en cellules tumorales et elles semblent aussi être à l’origine des métastases et de la récidive de certains cancers.

 

En effet, des travaux récents ont montré que seul un petit groupe de cellules était responsable de la croissance d'une tumeur (elles représentent moins de 0.1% de la population totale des cellules qui composent une tumeur). Ces cellules souches cancéreuses sont capables comme les cellules souches saines, de s’auto-renouveler, mais elles sont aussi capables de générer des cellules tumorales. Elles pourraient donc jouer un rôle direct dans le développement des cancers.

 

Certaines tumeurs, si ce n’est toutes, seraient donc composées à la fois de cellules tumorales qui se divisent de manière anarchique et de cellules souches cancéreuses. Ces dernières sont présentes en de très faibles proportions dans les tissus ce qui rend difficile leur étude et sont le plus souvent au repos. Elles échappent donc aux traitements anticancéreux qui ciblent les cellules qui se divisent rapidement, ce qui expliquerait la récidive de certains types de cancers à arrêt du traitement.

 

Les thérapies actuelles traitent toutes les cellules cancéreuses de la même façon. Le défi des prochaines années, sera de mettre au point des traitements capables d’éliminer les cellules souches cancéreuses sans toucher aux cellules souches normales de l’organisme.

 

Comprendre comment fonctionnent ces cellules souches cancéreuses est essentiel, et permettra de mettre au point des traitements plus efficaces.

 

Une étape très importante dans la compréhension de la formation des cancers vient d'être franchie : trois études indépendantes, publiées dans les revues Nature et Science, accusent de concert un même responsable dans la genèse de la croissance tumorale : les cellules souches cancéreuses (CSC). Celles-ci seraient non seulement à l'origine de la croissance d'une tumeur, mais permettraient aussi d'expliquer l'apparition de métastases. Autrement dit, la survie passée inaperçue de quelques cellules malignes pourrait à elle seule entraîner la résurgence d'un cancer.

 

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Les trois études, menées chez la souris, ont permis d'identifier des cellules souches cancéreuses dans des tissus tumoraux de l'intestin, du cerveau et de la peau. Trois preuves qui valident l'existence des CSC. Les chercheurs supposent que de telles cellules seront découvertes dans tous les types de tumeurs.

 

Les perspectives sont immenses : si l'on parvenait à bloquer la prolifération de ces cellules, on bloquerait de facto le développement des tumeurs. Surtout l'enjeu ultime sera de prévenir métastases et récidives en s'assurant, quelle que soit la stratégie thérapeutique retenue (chirurgie, rayonnements, chimiothérapie), que l'on débarrasse le patient de ces cellules cancéreuses particulières.

 

Avant cela, les chercheurs doivent mettre au point des techniques pour cibler facilement les CSC. Car en les identifiant, ils se sont aussi aperçus qu'elles présentent un défaut de taille : elles ressemblent beaucoup aux cellules souches saines qui permettent aux tissus humains de se régénérer. Un traitement insuffisamment ciblé risquerait donc d'éliminer simultanément les deux lignées.

 

Le premier foie cultivé fonctionne (Science & Vie, n° 1152, septembre 2013, p. 40.)

 

Des cellules souches obtenues à partir d'un échantillon de peau humaine cultivées en présence de cellules prélevées sur un cordon ombilical sur un milieu de culture approprié ont abouti à la formation au bout de quelques jours d'un mini-foie capable d'assurer quelques quelques-unes des fonctions majeures de cet organe complexe ! Plus qu'une simple recette, c'est un véritable exploit qu'a réalisé le département de médecine régénérative de l'Université de Yokohama (Japon).

 

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Génération de bourgeons de foie humain à partir de

différents types de cellules souches (en vert et en rouge)

 

C'est la première fois qu'un tissu hépatique vascularisé, fonctionnel et organisé en trois dimensions est fabriqué en laboratoire. Cette association de plusieurs types de cellules a recréé l'environnement propice à la genèse des organes chez l'embryon. Transplantés chez la souris, ces bourgeons de foie humain d'environ 5 millimètres se connectent au système vasculaire en moins de quarante-huit heures, puis continuent de croître et de se transformer pendant au moins deux mois. Comme l'organe naturel, ils sont capables de synthétiser des protéines et de pallier une insuffisance hépatique induite. Ces résultats obtenus chez la Souris sont très prometteurs. Mais il faudra encore une dizaine d'années avant de pouvoir passer aux études sur l'Homme. Un espoir lointain, mais réel, pour les patients.

 

Réparer l'oreille interne (Science & Vie, n°1152, septembre 2013 p. 44)

 

Une fois endommagés par un traumatisme sonore ou par certains médicaments, les composants de l'oreille interne ne se régénèrent pas spontanément, provoquant ainsi des troubles irréversibles de l'équilibre ou de l'audition. Jusqu'à présent, les tentatives de recréer ces cellules avaient toutes échoué. Mais les neuroscientifiques s'en approchent grâce aux cellules souches. À l'école de médecine de l'université d'Indiana,  Etats-Unis), une équipe de chercheurs a réussi à recréer en laboratoire une oreille interne de souris ouvrant ainsi la voie à de potentiels futurs traitements sur l'Homme.

Pour cela, ils ont transformé des cellules souches embryonnaires de l'animal en cellules ciliées de l'oreille interne, responsables de la détection des sons et du sens de l'équilibre. "Nous avons observé les mécanismes qui forment les cellules ciliées chez l'animal, et exposé nos cellules souches aux mêmes contraintes chimiques, explique la chercheuse Eri Hashino, qui a dirigé les recherches. Les résultats ont été bien au-delà de nos espérances, puisque les cellules ciliées créées ont d'elles-mêmes évolué pour former différents types de cellules de l'oreille interne." Enfin une piste pour une toute première thérapie.

 



[1] L'équipe du Pr Philippe Menasché fait partie du consortium REVIVE

 

Pour en savoir plus :

 

Un livre :

Nicole le Douarin (2007). - Les cellules souches porteuses d'immortalité, Odile Jacob Sciences Ed.

 

Un article récent :

Jean François Haït (2013). - Cellules souches : le corps réparé ? Sciences et Avenir hors série octobre-novembre 2013 pp 26-29.

 

Une émission de Arte du 8 décembre 2013

09/03/2016

Nouveaux chiffres accablants sur l’utilisation des pesticides en France

Dernière mise à jour : 22/03/2016

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Nouveaux chiffres accablants sur l’utilisation des pesticides en France

 

LE MINISTRE DOIT RÉAGIR FACE AUX RÉSISTANCES DES CONSERVATISMES ET DES ÉGOÏSMES

 

Le Ministère de l’agriculture a rendu publics mardi 8 mars 2016 les nouveaux chiffres sur l’utilisation des pesticides en France. Ils sont accablants. Loin de diminuer, l’usage de pesticides a encore augmenté de 9,4% entre 2013 et 2014. Réaction et propositions de FNE.



Des résultats accablants



Alors que la France s’était fixée comme objectif dans le cadre du Grenelle de l’environnement de diviser par deux sa consommation de pesticides, force est de constater que c’est l’échec. La consommation de pesticides a augmenté, en nombre de doses, de 9,4% entre 2013 et 2014 (16% en tonnage), et de 5,8% en moyenne entre la période 2011-2012-2013 et 2012-2013-2014. Toujours entre 2013 et 2014, les traitements de semences ont bondi de 31,4% et les produits contenant des molécules suspectées cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction ont augmenté de 12,9%. Les pesticides imprègnent tous les milieux naturels avec 92% des cours d’eau pollués et des impacts sur la santé humaine de plus en plus avérés.



Une mise en route difficile du plan Ecophyto



 FNE constate que la mise en œuvre du plan Ecophyto, approuvé lors du Grenelle de l’environnement par l’ensemble des acteurs, butte sur le manque d’engagement d’une majorité d’agriculteurs, de distributeurs de pesticides et d’organisations agricoles. Quant au plan Ecophyto 2 chargé de prendre le relais du premier plan, il tarde à être mis sur les rails pae le ministère. Les certificats d’économie de produits phytosanitaires, principale mesure de ce plan visant à impliquer les distributeurs de pesticides dans une diminution de leurs ventes, sont encore en attente de la parution d’un décret d’ici juillet.



Il faut changer de braquet



Pour atteindre les objectifs du plan Ecophyto, FNE demande tout d’abord d’interdire les pesticides les plus dangereux mais aussi l’instauration d’une fiscalité sur les produits de traitements qui incite réellement les utilisateurs à diminuer leur usage.



Pour Claudine Joly, en charge des pesticides à FNE : « Nous demandons l’interdiction immédiate des néonicotinoïdes, ces insecticides dangereux pour les pollinisateurs actuellement en débat dans la loi sur la biodiversité, du glyphosate, dont la réautorisation est en débat au niveau européen, et des insecticides utilisés dans le traitement post-récolte des cultures, à l'origine de la majorité des contaminations de produits alimentaires. En particulier, les insecticides à base de chlorpyriphos-méthyl, dont le lien avec des leucémies et des problèmes de neuro-développement chez l'enfant est avéré, doivent être interdits. »



FNE renouvelle fortement sa demande d’une réduction de moitié de l’utilisation globale de tous les pesticides.



Jean-Claude Bévillard, chargé des questions agricoles à FNE, précise : « Nous demandons au Ministre de l’agriculture de mettre immédiatement en œuvre le plan Ecophyto 2 en passant outre les résistances d’une partie des responsables agricoles et des distributeurs. Nous demandons également que le nombre de traitements soit affiché sur les produits alimentaires. Par exemple, le consommateur doit savoir que la pomme qu’il achète a été traitée 35 fois. La France doit aussi agir au niveau européen pour que l’Union européenne dans son ensemble s’engage dans cette réduction d’usage. Enfin, il faut à tout prix faire connaître et démultiplier les bonnes pratiques mises en œuvre par de nombreux agriculteurs engagés dans l’agro-écologie. »



De nombreux exemples d’exploitations agricoles témoignent au quotidien du fait que la réduction de la consommation de pesticides est possible. Ils sont mis en avant par la fédération sur son site Internet : http://www.fne.asso.fr/actualites/pesticides-des-agricult...


France Nature Environnement est la fédération française des associations de protection de la nature et de l´environnement. C´est la porte-parole d´un mouvement de 3000 associations, regroupées au sein de 80 organisations adhérentes, présentes sur tout le territoire français, en métropole et outre-mer. France Nature Environnement, partout où la nature a besoin de nous.

 

 

Les coûts cachés exorbitants des pesticides : Le Monde – 22 mars 2016

Une étude de l’INRA remet en cause le bénéfice économique d’une agriculture fondée sur la chimie



 Hasard du calendrier, le lancement de la semaine mondiale des alternatives aux pesticides, organisée du 20 au 30 mars, coïncide cette année avec la publication d’une vaste étude sur les « coûts cachés » de l’utilisation de ces substances. Ce travail de longue haleine, entrepris par deux chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et publié dans la dernière édition de Sustainable Agriculture Reviews, est le premier à colliger l’ensemble des connaissances disponibles sur ce que les économistes appellent les « externalités négatives » liées à l’utilisation des produits phytosanitaires.



 Ce fardeau économique, estiment les chercheurs, peut dans certains cas excéder largement les bénéfices offerts par les herbicides, fongicides et autres insecticides. Selon leurs estimations, le rapport coûts-bénéfices des pesticides de synthèse était ainsi largement défavorable aux Etats-Unis au début des années 1990. Alors qu’ils apportaient environ 27 milliards de dollars (24 milliards d’euros) par an à l’économie américaine, ils pesaient pour au moins 40 milliards de dollars…



 « L’utilisation des pesticides procure des bénéfices économiques bien connus en termes de productivité de l’agriculture par exemple, explique Denis Bourguet, chercheur au Centre de biologie pour la gestion des populations (INRA, Cirad, IRD, SupAgro Montpellier) et coauteur de ces travaux. Mais ils entraînent aussi des coûts économiques très variés qui font l’objet de peu de travaux, voire aucun. Et lorsqu’ils sont évalués, ces coûts sont généralement lourdement sous-estimés. »



 Le peu de données disponibles n’a pas permis aux chercheurs de conduire une estimation pour la période actuelle. «On ne peut rien dire de ce rapport coûts-bénéfices, car un certain nombre de produits utilisés à l’époque ont été interdits, mais de nouveaux sont aussi apparus, dont les effets ne sont pas encore pleinement connus, explique M. Bourguet. Nous ne pouvons tenter qu’une analyse rétrospective lorsqu’il y a suffisamment de données. » Exercice d’autant plus délicat que certaines externalités sont décalées dans le temps : des maladies d’aujourd’hui peuvent être le fait d’expositions passées.



 « Ces travaux, juge François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures, montrent que le discours sur la soi-disant rationalité économique d’une agriculture dépendant de l’utilisation massive des pesticides est largement basé sur des études incomplètes qui ne prennent pas en compte la réalité des coûts sanitaires et environnementaux. »

 


Boîte de Pandore ouverte



L’étude liste quatre catégories de coûts cachés : environnementaux, sanitaires, réglementaires et les frais d’évitement. Les premiers chiffrent les dégâts sur les services écosystémiques offerts par la nature (pollinisation, etc.) ; les coûts sanitaires incluent les frais de santé, la perte de productivité des travailleurs, etc. ; les coûts réglementaires englobent les fonds publics pour réglementer et contrôler ces substances, ou assainir les eaux et les milieux contaminés…



 Quant aux frais d’évitement, ils sont principalement induits par les excédents de dépense des ménages qui optent pour l’alimentation biologique, afin de minimiser le contact avec les pesticides. Parmi les grands postes de dépense, les auteurs mentionnent les pertes de rendements dues aux résistances aux pesticides développées par les mauvaises herbes ou les ravageurs (soit 2,3 milliards de dollars aux États-Unis en 1992), la surveillance des points de captage d’eau (3 milliards de dollars aux États-Unis en 1992), la mortalité des oiseaux (6 milliards de dollars aux États-Unis en 1992), etc.



« Ce qui apparaît comme le poste de dépense le plus important reste le traitement des maladies chroniques liées à l’exposition à ces substances, précise Thomas Guillemaud, chercheur à l’Institut Sophia Agrobiotech (INRA, CNRS, université de Nice-Sophia-Antipolis) et coauteur de l’étude. Mais il existe très peu d’études permettant de chiffrer précisément ces coûts sanitaires. On dispose de beaucoup de travaux sur l’exposition au tabac et à l’alcool et leurs effets, par exemple, mais presque rien sur les pesticides. »



 Des études d’ampleur commencent toutefois à être menées, comme celle publiée en 2015 dans la revue Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism. Elle estimait les dégâts sanitaires de l’exposition de la population européenne aux seuls pesticides organophosphorés et organochlorés à quelque… 120 milliards d’euros par an.



« Lorsqu’on envisage des changements de pratiques agricoles, comme c’est le cas avec le plan Ecophyto [destiné à réduire de moitié l’usage de pesticides à l’horizon 2025], on n’évalue généralement que les impacts sur les systèmes agricoles, explique M. Guillemaud. Notre principale conclusion est qu’il est urgent de produire et de rassembler les connaissances nécessaires pour évaluer correctement les effets économiques de ces changements de manière  beaucoup plus large. »



L’économiste de l’agriculture Marion Desquilbet, chercheuse (INRA) à la Toulouse School of Economics (TSE), qui n’a pas participé à l’étude, salue « un travail énorme, qui ouvre une boîte de Pandore ». « Les auteurs ont conduit leur analyse de manière assez conservatrice sur plusieurs aspects, estime cependant Mme Desquilbet. Ils n’ont ainsi pas pris en compte les effets des pesticides sur les malformations congénitales, de la surproduction agricole sur l’obésité, etc. Il aurait aussi été possible d’inclure les “externalités sociales” liées à l’utilisation des pesticides : ces derniers jouent sur la taille des exploitations, l’emploi, le tissu social… » Des questions si diverses qu’il serait illusoire de chercher à y répondre sans recours à une expertise collective pluridisciplinaire.

 

Lire également l'article du Monde du 220/3/2016 : Tout ce qu'il faut savoir sur les pesticides.

Rencontres avec la nature des Alpes

Rencontres avec la nature des Alpes

 

Un beau site dû à un naturaliste photographe valaisan à visiter sans hésiter :

 

http://www.faune-valais.ch/

 

08/03/2016

Life Tourbières du Jura

Life Tourbières du Jura

 

 Le film "Tourbières, trésors cachés de la montagne jurassienne" est désormais en ligne dans son intégralité : http://www.life-tourbieres-jura.fr/images-film-page.html


Ce film de 24 minutes vous invite à partir à la rencontre du monde extraordinaire des tourbières, patrimoine naturel si précieux du massif jurassien. De magnifiques images commentées vous transportent au cœur de ces espaces naturels discrets et mystérieux.Ce film, réalisé par Jean-Philippe Macchioni dans le cadre du Life tourbières du Jura, est complété de 7 bonus.

 

Découvrez la lettre d'information n°1 du programme Life Tourbières du Jura

Découvrez la lettre d'information n°2 du programme Life Tourbières du Jura

Découvrez la lettre d'information n°3 du programme Life Tourbières du Jura

Découvrez la lettre d'information n°4 du programme Life tourbières du Jura

 

Cette lettre vous présente toute l'actualité de ce programme dont l'objectif est de réhabiliter sur 6 ans le fonctionnement de 60 tourbières du massif du Jura franc-comtois. Vous pourrez notamment découvrir dans ce troisième numéro une interview de Jean-Philippe Macchioni, réalisateur du film "Tourbières, trésors cachés de la montagne jurassienne", les derniers travaux menés, une interview de Franck Villemain, maire de Frambouhans, ainsi que de nombreuses autres informations.

 

Contact :

 

Emilie Calvar
Coordinatrice technique programme LIFE Tourbières du Jura
 
Conservatoire d’espaces naturels de Franche-Comté
Maison de l’environnement de Franche-Comté
Espace Leclerc - 7, rue Voirin - 25000 Besançon
Tél : 03.81.53.97.77 (ligne directe) – Fax : 03.81.61.66.21
 

07/03/2016

De nouvelles armes contre les bactéries résistantes

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Pneumonies, bronchites, otites, méningites, angines, infections urinaires, panaris, septicémies... de très nombreuses infections sont provoquées par des bactéries.

 

Nos médecins nous ont alors prescrit des antibiotiques. Ces "armes" de référence contre les bactéries ont sauvé et sauvent encore des millions de vies. Mais leur utilisation et leur emploi abusif chez l'homme comme chez les animaux a conduit à accélérer l'émergence de bactéries résistantes à ces médicaments. L'efficacité des antibiotiques est aujourd'hui sérieusement menacée. Il y a urgence à en trouver de nouveaux ou à développer des alternatives pour lutter contre les bactéries pathogènes.

 

Des infections transitoirement maîtrisées redeviennent graves

 

« On risque à l'avenir de ne plus disposer d'antibiotiques permettant de soigner les infections bactériennes courantes », s'alarme l'Organisation mondiale de la santé. Déjà, chaque année en Europe, 400 000 personnes sont infectées par des bactéries multirésistantes aux antibiotiques, dont 158 000 en France. Quand de telles bactéries sont en cause, on peut aujourd'hui mourir d'une infection jugée "banale" — car traitée facilement il y a quelques années (12 500 décès annuels surviennent ainsi en France). Les médecins se retrouvent de plus en plus souvent en situation d'impasse thérapeutique face à certains patients, aucun antibiotique n'ayant plus le moindre effet sur leur infection. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : la résistance des pneumocoques à la pénicilline G était quasiment nulle il y a vingt ans ; 27% des souches de cette bactérie en France y sont désormais insensibles ; dans un cas sur cinq, les infections par le staphylocoque doré acquises à l'hôpital (infections nosocomiales) sont résistantes à l'antibiotique de référence. L'antibiorésistance croissante depuis 10 ans d'une autre bactérie, Escherichia coli, est aussi source d'inquiétude : elle provoque par exemple des infections urinaires autrefois qualifiées de bénignes — dont beaucoup de patients n'arrivent plus à se débarrasser.

 

La recherche de nouveaux antibactériens, un défi majeur

 

L'Institut de Veille Sanitaire soulignait en novembre dernier à propos de la consommation antibiotique en ville (hors hôpital) : « La France se situe parmi les pays les plus consommateurs en Europe, juste derrière la Grèce. Elle consomme 30 % de plus que la moyenne européenne, trois fois plus que les pays les plus vertueux. » Or la pression médicamenteuse accélère la sélection de bactéries résistantes. Les autorités de santé tentent donc de diminuer cette consommation pour contenir l'évolution de l'antibiorésistance. Pour freiner la dissémination de ces bactéries à l'hôpital et la contamination des malades, les mesures d'hygiène ont été considérablement intensifiées ces dernières années. Mais ces initiatives, bien qu'essentielles, ne peuvent que limiter le problème. Les bactéries multi-résistantes sont là.

 

Un des défis majeurs de la recherche biomédicale est de trouver de nouvelles solutions thérapeutiques pour les combattre. Dans les laboratoires, plusieurs pistes sont en cours d'investigation : criblage de nouveaux antibiotiques, conception de nanomédicaments (voir ci-dessous : Nouveaux antibiotiques et nanomédicaments), thérapie par des "virus de bactéries" (voir ci-dessous Phagothérapie : utiliser les ennemis naturels des bactéries), élaboration d'antibactériens "intelligents" (voir ci-dessous : Vers des antibiotiques "intelligents")... De plus, les bactéries pathogènes, même si elles sont individuellement sensibles aux antibiotiques, sont capables d'échapper à leur action lorsqu'elles s'organisent en communauté : elles forment des biofilms à la surface de certains tissus de l'organisme (voir ci-dessous : Lutter contre les biofilms), mais aussi sur des matériaux médicaux comme les cathéters ou les prothèses implantables (voir plus loin : Des chambres implantables aux prothèses). L'arsenal antibiotique actuel ne parvient pas à détruire ces biofilms et des solutions spécifiques sont à l'étude.

 

Nouveaux antibiotiques et nanomédicaments

 

Face au problème croissant de l'antibiorésistance, si la recherche de nouveaux antibiotiques est indispensable, des initiatives visent également à les administrer différemment, par exemple en les enrobant dans des nanoparticules, un assemblage de lipides ou de sucres. Cette formulation aurait l'avantage de délivrer les antibiotiques à des doses inférieures, ce qui freinerait l'apparition des résistances et permettrait d'utiliser des molécules aujourd'hui délaissées car mal tolérées. Le projet NAREB[1] lancé en février 2014 et coordonné à l'Institut Pasteur, associe 15 laboratoires dans 8 pays d'Europe autour d'un objectif commun : développer des nanomédicaments contre deux types d'infections très préoccupantes, celles dues au staphylocoque doré résistant à la méthicilline (SARM) et la tuberculose multirésistante. Les SARM sont des causes fréquentes d'infections nosocomiales sévères : les personnes touchées ont un risque de décès supérieur de 64% à celui des personnes atteintes d'une forme non résistante de l'infection. Quant à la tuberculose multirésistante, près de 480 000 personnes l'ont développée en 2014, et presque un dizième de ces cas seraient des infections "ultrarésistantes" signalées dans une centaine de pays et contre lesquelles même les antibiotiques de deuxième intention sont inefficaces.

 

Phagothérapie : utiliser les ennemis naturels des bactéries

 

De plus en plus de chercheurs se penchent, avec des méthodes d'investigation modernes, sur une thérapie lancée au début du XXe siècle, avant la découverte des premiers antibiotiques. Elle consiste à attaquer et détruire les bactéries avec leurs ennemis naturels : des "virus de bactéries" appelés bactériophages, qui sont chacun spécifique d'une bactérie donnée, n'infectant donc que la bactérie hôte sans détruire, par exemple, la flore microbienne.

 

Dès 1917 à l'Institut Pasteur, Félix d'Hérelle décrit pour la première fois le phénomène de destruction des bactéries par les bactériophages et rapporte le premier essai expérimental de "phagothérapie".

 

Deux ans plus tard cette nouvelle thérapie est appliquée à l'Homme alors qu'on ne dispose d'aucune arme contre les bactéries, responsables de nombreuses maladies infectieuses et d'innombrables décès. Des solutions de bactériophages sont commercialisées et la phagothérapie connaît un âge d'or jusqu'à l'arrivée des antibiotiques en médecine du début des années 1940, des molécules chimiques que l'industrie peut facilement standardiser. Seuls certains pays de l'Est ont continué à l'utiliser jusqu'à nos jours. Mais le standard des études cliniques actuel ne correspond plus à celui des années passées et il faut donc réévaluer l'efficacité thérapeutique de ces "virus guérisseurs".

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 Bactériophages, en jaune, sur la bactérie Escherichia coli.

 

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Au-delà du problème de l'antibiorésistance, les antibiotiques ont un défaut majeur: ils s'attaquent sans distinction aux bonnes et aux mauvaises bactéries. On sait notamment qu'ils détruisent en partie les bactéries de notre microbiote, essentielles au bon fonctionnement de notre organisme. De récentes avancées biotechnologiques ont permis la conception d'armes totalement nouvelles qui cibleraient uniquement les bactéries néfastes.

 

Des "robots" biologiques

 

Pour cela, les chercheurs utilisent des bactériophages, ces "virus de bactéries" à l'origine d'une thérapie alternative aux antibiotiques, la phagothérapie (voir ci-dessus Phagothérapie : utiliser les ennemis naturels des bactéries). Mais il ne s'agit pas ici d'administrer ces virus antibactériens tels quels. Grâce à l'ingénierie génétique, les chercheurs sont capables de les transformer en véritables petits robots biologiques tueurs de bactéries bien précises. Comment ? Seule l'enveloppe du bactériophage — la "capside" — est utilisée. L'intérêt est qu'elle peut injecter de l'ADN dans des bactéries, mais pas dans les cellules humaines. Cette capside va donc servir à délivrer un "circuit génétique" aux bactéries néfastes : il comprend des ciseaux moléculaires couplés à un "guide" (voir l'article sur ce même blog) qui va cibler exclusivement un petit morceau d'ADN défini de la bactérie visée, au sein d'un gène de résistance ou de virulence. Le bactériophage a été transformé en cheval de Troie : il injecte le circuit dans la bactérie, le programme génétique se met en marche. Le ciseau "scanne" l'ADN. S'il trouve le fragment de gène, il coupe. La bactérie meurt. S'il ne le trouve pas, il n'y a rien à couper. La bactérie survit.

 

Lutter contre les biofilms

 

Quand les bactéries vivent en communauté, il est encore plus difficile de s'en débarrasser. Or sur nos tissus, sur des cathéters, sur des prothèses, les bactéries peuvent former des "biofilms": elles adhèrent à la surface, sécrètent une — la matrice —, se multiplient et s'agrègent les unes aux autres pour former une masse pouvant contenir des millions de milliards de bactéries. Comme l'union fait la force, ces biofilms bactériens deviennent "tolérants" aux antibiotiques : même si individuellement les bactéries qui les composent sont sensibles aux antibiotiques, ces médicaments n'ont plus d'effet contre elles lorsqu'elles sont organisées en biofilm (le problème est bien sûr amplifié si un biofilm est composé de bactéries résistantes). La médecine est aujourd'hui démunie face à ces communautés bactériennes et la lutte contre les biofilms est devenue un enjeu de taille pour la recherche biomédicale. Surtout quand on sait qu'ils seraient impliqués dans 60% des infections acquises à l'hôpital (infections nosocomiales).

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Biofilm sur un cathéter.

En jaune : les bactéries. En violet : La matrice du biofilm. En rouge : des cellules immunitaires.

 

Des chambres implantables aux prothèses par Jean-Marc Ghigo

Responsable de l'unité Génétique des biofilms à l'Institut Pasteur.

 

L'équipe de Jean-Marc Ghigo à l'Institut Pasteur est spécialisée dans l'étude des biofilms, analysant leur formation et les différents aspects du mode de vie en communauté des bactéries. Le chercheur nous précise le mécanisme qui empêche les antibiotiques d'être efficaces : « si un antibiotique agit sur un biofilm, beaucoup de bactéries vont être tuées, mais certaines bactéries qu'on nomme "persistantes" vont survivre au traitement, et permettre la reformation du biofilm ». Heureusement, des solutions se profilent. L'équipe pasteurienne a mené en collaboration avec des cliniciens[2] une étude sur les chambres implantables, ces petits boîtiers installés sous la peau qui permettent l'administration de médicaments, notamment en cas de chimiothérapie anticancéreuse. « Ces chambres sont infectées par des biofilms dans 4 à 5% des cas », explique Jean-Marc Ghigo. « Quand une infection est suspectée, elles doivent être retirées, ce qui n'est pas un acte anodin, surtout chez des patients fragilisés ».

 

Aujourd'hui, entre deux utilisations de la chambre, un "verrou" antibiotique est appliqué pour limiter le phénomène de formation des biofilms ; il consiste à injecter dans la chambre un faible volume d'antibiotiques. « Nous souhaitons mettre au point un verrou "curatif" capable de supprimer efficacement d'éventuels biofilms dans ces chambres implantables. Pour cela, nous couplons un antibiotique classiquement utilisé à une molécule qui s'attaque à la matrice des biofilms tout en augmentant la pénétration de l'antibiotique dsns les bactéries persistantes. Nous avons prouvé au laboratoire l'efficacité de ce mélange ». Ce nouveau "verrou " antibactérien est actuellement en fabrication par la pharmacie des Hospices Civils de Lyon en vue de futurs essais cliniques. Une autre piste est à l'étude dans l'unité : il s'agit cette fois de prévenir la formation des biofilms.

 

« On "greffe" sur des surfaces une molécule qui les rend "glissantes" et empêche ainsi les bactéries d'adhérer, de s'attacher à ces surfaces », explique le chercheur Christophe Beloin, qui mène toutes ces expérimentations avec Jean-Marc Ghigo. « Pour l'instant, il est difficile d'avoir un effet à long terme avec cette stratégie. Mais elle pourrait être utilisée sur le court terme, lors de la pose d'une prothèse par exemple. 

 

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 Unité de Génétique des biofilms

 

Source : La Lettre de l'Institut Pasteur, n° 92 - février 2016.

 

[1] Nanotherapeutics for antibiotic résistant émergent bacterial pathogens.

[2] L'unité de Génétique des biofilms collabore avec David Lebeaux de l'hopital Necker et de l'hopitai George Pompidou à Paris, et avec des cliniciens de l'hopitai Dupuytren à Limoges.

Congrès franco-belge d'herpétologie

44e congrès  SHF — 2e rencontre franco-belge d'herpétologie

 

La fin de l'hiver arrive et annonce comme chaque année le début de l'organisation du congrès annuel SHF.

Cette 44e édition 2016 sera franco-belge !

Voici les premières informations concernant ces rencontres herpétologiques résumées ci-après :

Quand ? du vendredi 30 septembre au dimanche 2 octobre

Arrivée possible dès le jeudi 29 septembre au soir (logements disponibles sur place)

Où ? centre de la Marlagne, Chemin des Marronniers, 26, 5100 Wépion (Namur)-Belgique

Thème ? L’herpétofaune des milieux anthropiques.

Descriptif : Dans nos régions fortement peuplées, les zones urbanisées, les abords de voies de communications, les carrières et autres sites industriels abritent plusieurs espèces d’amphibiens et de reptiles. Ces espèces ont du s’adapter à ces milieux d’origine anthropiques mais doivent aussi y faire face à diverses menaces.

Vendredi 30/09 : communications relatives au thème et réunions des commissions en seconde moitié d’après-midi.

Samedi 01/10 : communications relatives au thème et/ou libres et assemblée générale de la SHF en seconde moitié d’après-midi.

Dimanche 02/10 : communications libres. Fin prévue en début d’après-midi.

Organisateurs : Natagora et Société Herpétologique de France.


Alors, à vos agendas !

Pour suivre les informations ces prochains mois : http://lashf.fr/actu/actu1clic


Congrès franco-belge Herpétologie-Première annonce-450.jpg

12:02 Publié dans Herpétologie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

03/03/2016

Inventaire du patrimoine géologique de Franche-Comté

Inventaire du patrimoine géologique de Franche-Comté

 

L'inventaire du patrimoine géologique de Franche-Comté est désormais accessible en ligne sur le site de la Zone Atelier Arc Jurassien :

http://zaaj.univ-fcomte.fr/spip.php?article88#IRPG

 

L’inventaire du patrimoine géologique de la région Franche-Comté (IRPG) identifie 153 sites emblématiques de la géologie des 4 départements francs-comtois, dont 110 dans la Zone atelier Arc jurassien. Il a été réalisé dans le cadre de l’inventaire national diligenté par le Ministère de l’Environnement [1] et validé par le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel au printemps 2014.

 

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Carte des 153 sites géologiques emblématiques de la Franche-Comté

(Pour agrandir, cliquer sur la carte)

 

C’est le résultat d’un travail d’enquête et de sélection produit par une communauté régionale de géologues et naturalistes amateurs ou professionnels, sous la tutelle d’un comité de pilotage restreint, du laboratoire Chrono-environnement de l’Université de Franche-Comté et du CNRS, et de la DREAL Franche-Comté.

 

Cet inventaire recense et délimite les sites géologiques à valeur patrimoniale (géotopes) du territoire régional (à l’exception de l’endokarst qui fait l’objet d’un inventaire spécifique). Il permet également d’évaluer l’état de conservation, la vulnérabilité et le besoin éventuel de protection des sites inventoriés, dans une perspective de conservation, de gestion et d’une éventuelle valorisation.

 

La sélection et la hiérarchisation des sites est fondée sur les directives émises par La Commission Nationale du Patrimoine Géologique (CNPG). La méthodologie est détaillée dans le document de synthèse téléchargeable.

Cet inventaire constitue un état du patrimoine géologique franc-comtois à sa date de réalisation. Il est évolutif et pourra être abondé ou révisé dans les années à venir.

02/03/2016

Agriculture biologique : France Nature Environnement

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01/03/2016

Hippocampe de glace

Hippocampe de glace

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

Les écarts de température et les giboulées météorologiques de ce début du mois de mars 2016 s'inscrivent dans cette tradition de saison. C'est en posant le regard sur la vitre de ma véranda recouverte d'eau glacée que je découvre le graphisme de ce monde minéral.

 

Je me plonge alors dans le détail de ces formations éphémères pour y découvrir de véritables tableaux abstraits laissant libre cours à l'imagination.

 

L'objectif macro permet alors de me promener sur cette surface de glace tout en scrutant les moindres détails pour m'arrêter sur les formes particulières qui retiennent mon attention.

 

L'image que je réalise me rappelle celle d'un hippocampe que la transparence de la lumière à travers la glace semble animer avec les gouttes d'eau qui ruissellent en dégelant progressivement.

 

[Un petit coup de fraîcheur que le photographe montbéliardais va vite oublier. En déplacement depuis peu au Kenya où il encadre un safari-photo, l'image de la semaine prochaine devrait présenter un caractère exotique si la liaison internet dans la savane le permet.]

 

dominique delfino,photographe naturaliste et animalier

Cliché © Dominique Delfino