20/03/2013
Le karst en Franche-Comté
Le karst en Franche-Comté
par André Guyard
(dernière mise à jour : 28/02/2014)
Voir l'émission de France 3 Franche-Comté du 2 mars 2014 à 11h25
Définition
Le karst est un paysage façonné dans des roches solubles carbonatées : calcaire (principalement), marbre, dolomie ou encore craie. Les paysages karstiques se caractérisent par des formes de corrosion de surface (lapiaz), mais aussi par le développement de cavités dues aux circulations d'eaux souterraines.
Le paysage karstique résulte de processus particuliers d’érosion qu'on appelle la karstification.
La karstification est commandée par la dissolution des roches carbonatées (calcaires et dolomies) constituant le sous-sol des régions concernées. C’est l’eau de pluie infiltrée dans ces roches qui assure cette dissolution. L’eau acquiert l’acidité nécessaire à la mise en solution de la roche en se chargeant de gaz carbonique (CO2) produit dans les sols par les végétaux et les colonies bactériennes.
Indices géomorphologiques définissant le karst
Le déroulement de la karstification peut être décomposé en six étapes successives définies par des indices géomorphologiques.

Indices géomorphologiques définissant le karst
- Indice 1 : zone alluvionnaire récente ou ancienne théoriquement indemne de tout karst.
- Indice 2 : Cavités sous recouvrement marneux (liasique ou triasique) pouvant être continu, à savoir : les zones de calcaires recouvertes d'argiles à chailles, les terrasses anciennes importantes et les zones à marnes liasiques ou triasiques.
- Indice 3 : Dolines empâtées stables. Sous cet indice sont placées les zones comprenant des dolines empâtées, des vallées sèches et des niveaux calcaires du Jurassique moyen et supérieur non affectés par des phénomènes karstiques apparents.
- Indice 4 : Zone calcaire très facturée. Ces zones sont rares le long du tracé. Elles situent principalement au nord du massif de la Serre.
- Indice 5 : Doline active ou perte à écoulement temporaire. Ces zones sont relativement nombreuses mais localisées essentiellement autour de phénomènes actifs (dolines, perte, gouffres). Une exception à cette règle est constituée par les niveaux du Keuper inférieur (Trias) à marnes à sel gemme et à gypse qui sont particulièrement délicats en raison de la probable présence de cavités dues à des phénomènes de dissolution des roches salines. Ces dernières ont été traitées au même titre que la karstification des calcaires en raison de leurs implications au niveau de l'évaluation des aléas potentiels.
- Indice 6 : Contacts linéaires par faille entre calcaires et marnes induisant des écoulements d'eau. Ces zones sont très localisées et mettent souvent en évidence les contacts entre les marnes de l'Oxfordien et les niveaux calcaires du Jurassique moyen ou supérieur.
Évaluation du temps de formation des conduits karstiques
Le graphique présenté ci-dessous évalue le temps de formation des conduits karstiques.

Conditions de mise en place d’un réseau de drainage karstique
1) La mise en place d’un réseau de drainage karstique est déterminée par des facteurs fixant l’architecture du milieu et précédant les processus de karstification. Ces facteurs ne sont pas les causes de la karstification ; ils déterminent le cadre dans lequel les processus karstiques interviennent pour transformer le milieu, dès que les conditions nécessaires sont réunies. Ce sont :
- la géologie : lithologie, géométrie de la formation aquifère, fracturation (= perméabilité initiale) découlant de la succession des mouvements tectoniques et du comportement mécanique de la roche,
- l’association de bassins versants de surface sur terrains imperméables aux roches calcaires,
- la géomorphologie régionale : position du niveau de base hydraulique, fixant la localisation du point bas de la formation aquifère (= position de la source, qui est le niveau d’eau imposé le plus bas vers lequel convergent tous les écoulements souterrains), importance du relief (= épaisseur de la zone d’infiltration).
L'étude de ces facteurs définit le cadre dans lequel le karst a pu se développer, mais ne fournit aucune information sur l’organisation karstique, ni sur son fonctionnement.
2) Les processus de karstification proprement dits agissent sur les roches calcaires grâce au potentiel de karstification défini par :
- le climat qui fixe les précipitations et le couvert végétal, dont dépendent le débit d’eau traversant l’aquifère et la quantité de CO2 disponible (flux de solvant),
- la géomorphologie, qui impose :
- l’énergie nécessaire à l’écoulement pour le transport des matières dissoutes (= gradient hydraulique),
- en partie, le flux de solvant traversant l’aquifère, quand existe du ruissellement de surface aboutissant à des pertes,
- l’épaisseur de la zone d’infiltration : l’eau souterraine conserve d’autant plus d’aptitude à dissoudre le calcaire en profondeur que la zone d’infiltration est peu épaisse.
3) Les phases de karstification successives, imposées par exemple par des variations climatiques ou morphologiques, sont responsables de la mise en place de formes de surface et souterraines qui constituent des paysages complexes. Cette complexité des paysages s’exprime dans la plupart des massifs karstiques par un fonctionnement hydrogéologique également complexe.
Le paysage karstique
Le paysage de surface, constitué en général de dépressions fermées (appelées dolines, pour les petites, et poljés, pour les plaines d’inondation), est associé à un paysage souterrain, dont les grottes et les gouffres parcourables par l’homme font partie. Le karst est par conséquent un paysage original, créé par les écoulements d’eau souterraine. L’eau circule en son sein, s’y accumule et émerge par des sources aux débits souvent considérables, mais très fluctuants dans le temps (Fontaine de Vaucluse, débit moyen : 20 m3/s ; source de la Loue, débit moyen : 10,8 m3/s). Le karst comporte donc un aquifère : l’aquifère karstique. Ainsi, le karst possède deux fonctions essentielles : stockage de l'eau souterraine et drainage de cette eau vers l'extérieur par des sorties du karst.
Les sorties d’eau du karst sont toujours des sites extraordinaires, ne serait-ce que parce que les massifs et les plateaux qui les dominent sont dépourvus d’eau. À la suite de E.A. Martel, le fondateur de la spéléologie en France, l’appellation “source” est en général soigneusement évitée sous le prétexte que les sources ne peuvent qu’être alimentées par des eaux pures, filtrées naturellement. Martel ne voyait dans la plupart des sources karstiques que la résurgence d’eaux de surface engouffrées dans des pertes. Il les distinguait des exsurgences, sources ne recevant aucune eau en provenance de pertes de rivière. Finalement, les résurgences sont des sources de systèmes karstiques binaires, alors que les exsurgences sont celles de systèmes karstiques unaires (voir plus loin). Quant aux émergences, ce sont celles dont l’origine n’est pas connue.
Vocabulaire du karst
Les paysages karstiques ont été décrits à partir de données recueillies en Dalmatie (Croatie). C'est pourquoi, les termes utilisés ont une consonnance croate.
Aquifère : formation géologique possédant une perméabilité suffisante pour que l’eau souterraine puisse y circuler. Un aquifère est constitué d’une zone non saturée, ou zone d’infiltration, dont les vides, occupés par de l’air, sont parcourus par de l’eau, et d’une zone noyée ou saturée, ou nappe aquifère, dont tous les vides sont remplis d’eau. Si la porosité du milieu, c'est-à-dire le rapport du volume des vides au volume total de la formation, est forte (supérieure à 10 %), l’aquifère peut posséder une capacité de stockage intéressante, dont les réserves peuvent être exploitées. La zone d’infiltration est séparée de la zone saturée par la surface de la nappe, dont on mesure le niveau piézométrique. Ce dernier varie en fonction de l’alimentation par l’infiltration et de la vidange naturelle, par les sources ou au profit d'autres aquifères, et de la vidange artificielle par les prélèvements (pompage et drainage).

Aven ou Emposieu (Jura) : entonnoir reliant la surface d'un plateau à un gouffre. Les dimensions de l'ouverture varient de quelques décimètres à deux cents mètres.
Canyon : vallée aux parois verticales occupée par une rivière.
Cluse : vallée creusée perpendiculairement dans un anticlinal par une rivière, en créant une gorge ou un défilé encadré par des escarpements ou crêts.
Doline : dépression fermée de dimension décamétrique à hectométrique dont le fond est recouvert d'argiles de décalcification (résidu de la dissolution du calcaire).

Une doline fonctionnelle : le Creux sous Roche
sur le plateau de Saône (Doubs)
cliché Michel Cottet
Galerie : conduit souterrain occupé par une rivière ou une nappe.
Gouffre : cavité de grandes dimensions, le plus souvent formé par l'effondrement de la voûte d'une cavité karstique (ou grotte) dû à la dissolution des couches calcaires. Les gouffres de grande profondeur et/ou ayant une ouverture très large reçoivent parfois le nom d'abîmes ou abymes.

Gouffre de Jardel (Doubs)
cliché Michel Cottet

Coupe du Gouffre de Poligny (Jura)
Grotte : cavité souterraine plus ou moins profonde et comportant au moins une partie horizontale accessible, ce qui la distingue d'un aven, d'un gouffre, d'un abîme. Une grotte se forme par dissolution du calcaire. Une cavité naturelle qui n'est pas formée par la dissolution ne peut être appelée une grotte mais une caverne.
Impluvium : par analogie avec le système inventé par les Romains de captage et de stockage des eaux pluviales dans leurs habitations, l'impluvium karstique se compose d'une aire de captage (bassin versant) et d'un système de transport constitué par le réseau souterrain.

Karst : paysage façonné dans des roches solubles carbonatées : calcaire (principalement), marbre, dolomie ou encore craie. Les paysages karstiques se caractérisent par des formes de corrosion de surface (lapiaz), mais aussi par le développement de cavités dues aux circulations d'eaux souterraines.
Lapiaz (ou lapiez) : ciselures de dissolution dans la roche calcaire de taille centimétrique à métrique.

Lapiaz de Buren (Irlande)
Stalactite : colonne de calcite cristallisée à partir d'infiltrations du plafond d'une grotte.

Stalactites
Stalagmite : colonne de calcite cristallisée à partir de gouttes d'eau tombées du plafond sur le plancher d'une grotte.
Ouvala : dépression fermée issue de la jonction entre plusieurs dolines.
Poljé : dépression fermée allongée de dimension hectométrique à kilométrique, dont le fond est recouvert d'argiles de décalcification (résidu de la dissolution du calcaire) et possède un ponoc, entonnoir permettant l'évacuation des eaux. En période humide, par saturation du réseau souterrain, un lac temporaire peut se former dans le fond du poljé. Certains d'entre eux sont parsemés de reliefs résiduels calcaires aux parois verticales : les hums.
Réseau actif : réseau de conduits souterrains occupés par une rivière ou une nappe alimentée par une rivière.
Réseau fossile : réseau de conduits souterrains déserté par la rivière qui l'a engendré.
Résurgence : sortie à l'air libre d'une rivière après écoulement souterrain.

Exemple de résurgence la source du Lison (Doubs)
Cliché Michel Cottet
Ruz : petite vallée creusée sur le flanc d'un anticlinal et perpendiculaire à l'axe de celui-ci.
Siphon ou voûte mouillante : rétrécissement de la galerie toujours remplie d'eau.

Circulation des eaux en système karstique
Dans sa 3e orientation, le SDAGE du bassin Rhône - Méditerranée - Corse fait explicitement référence aux systèmes aquifères à dominante karstique, “marqués par une forte extension territoriale dont les réserves sont sans doute sous exploitées (ils représentent 27 % des prélèvements en eau souterraine) du fait en partie de potentialités d’exploitation encore mal connues et probablement sous estimées, mais dont la vulnérabilité aux pollutions est bien souvent comparable à celle des eaux superficielles”.
Les eaux souterraines du bassin couvrent 70 % des volumes prélevés par les collectivités (AEP essentiellement) et environ 40 % de tous les usages confondus, excepté le refroidissement des centrales thermiques. Plus de 20 % des captages AEP d’eau souterraine de l’ensemble du bassin prélèvent l’eau d’aquifères karstiques. Dans certains départements de Franche-Comté, ce pourcentage atteint 80 %.
Le karst comtois est bien développé et concerne les formations géologiques suivantes : les calcaires du Trias (Haute-Saône), les calcaires et dolomies du Lias, du Jurassique et du Crétacé inférieur (Jura).
Dans le bassin Rhône - Méditerranée - Corse, l’extension des ensembles karstiques est très variable, s’étendant de quelques km2 à environ 1100 km2 pour le système karstique de Vaucluse. Certains ensembles (Vaucluse, Corbières orientales) sont constitués d’un seul système, d’autres (karst nord-montpelliérain) d’un nombre important de petits systèmes. Ce fractionnement est en général bien expliqué par les conditions géologiques (faible extension de l’ensemble carbonaté, forte intensité de la tectonique), mais aussi par les variations de niveau de base, responsables de la création de nombreux réseaux de conduits karstiques plus ou moins superposés (cas des systèmes karstiques de haute montagne).
Principales caractéristiques des karsts de Franche-Comté
Ces systèmes karstiques sont souvent binaires (voir plus bas), c’est-à-dire qu’ils drainent, en plus de l’infiltration directe dans les calcaires, des écoulements de surface par des pertes ; ceux-ci doivent être pris en compte dans la gestion et la protection des eaux souterraines.
Le cas de la liaison entre les pertes du Doubs et la source de la Loue (Franche-Comté) est de ce point de vue exemplaire.
La loi sur l'eau du 3 janvier 1992 (article 5) a institué les Schémas d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE), instruments juridiques permettant de concilier la protection quantitative et qualitative des ressources en eau superficielle et souterraine, des écosystèmes aquatiques et des zones humides avec les différents usages de l'eau et favorisant une gestion locale et partenariale de la ressource en eau. Les SAGE privilégient une approche globale des différents problèmes liés à l'eau.
Dans les secteurs où les aquifères karstiques sont importants, les SAGE doivent donc prendre en compte les spécificités qui en résultent. Ceci doit entraîner des démarches diverses, parmi lesquelles :
- des réflexions spécifiques concernant la délimitation du périmètre de certains SAGE,
- la recherche de sources de pollution parfois lointaines,
- des efforts particuliers pour la mise en valeur des ressources en eau des aquifères karstiques, afin de contribuer à la satisfaction des besoins en eau et, éventuellement, au soutien des étiages (gestion active).
Le principal enjeu du SAGE “Haut-Doubs - Haute-Loue” est la recherche d'une solution à des problèmes aigus de ressource en eau, notamment superficielle : entre Pontarlier et Ville du Pont, le Haut-Doubs perd dans des réseaux karstiques la quasi-totalité de son débit à l'étiage et ces pertes alimentent en partie la source de la Loue (voir l'article sur la source de la Loue). L'objectif à atteindre est évidemment de maintenir dans le Doubs un niveau d'eau suffisant, tout en respectant le débit de la Loue. Pour bien prendre en compte cette problématique particulière, directement liée à l'importance des aquifères et circulations karstiques dans le secteur, les deux bassins, celui du Haut-Doubs et celui de la Haute-Loue, ont été réunis dans le périmètre du SAGE, qui comprend la totalité du bassin d'alimentation de la source karstique de la Loue. Ainsi défini, ce périmètre, d'une superficie d'environ 2 325 km2, a permis de prendre en compte de façon satisfaisante l'essentiel des enjeux liés à l'eau et de conduire les investigations complémentaires nécessaires.
La Commission Locale de l'Eau a ainsi retenu un certain nombre de mesures qui devraient permettre d'améliorer la situation. Parmi celles-ci, on citera la mise en place, à titre expérimental, de dispositifs réversibles de limitation des pertes du Doubs qui devraient permettre de réduire l'effet de “court-circuit” résultant des circulations karstiques.
Les karsts de haute montagne sont en général dépourvus de couverture (sol, sédiments détritiques), ce qui les rend sensibles aux altérations de surface. Tel est le cas de certaines stations d’altitude des Préalpes calcaires. Dans le Jura et les Alpes, ces karsts possèdent des réseaux de drainage bien évolués. Dans certains secteurs des Alpes, la karstification a atteint un tel niveau de développement que le stockage est réduit. En revanche, dans certaines situations, les exutoires karstiques localisés en basse altitude (Jura et Alpes) peuvent être masqués par une couverture récente importante (fluvio-glaciaire, alluvions, moraines) qui peut engendrer la constitution de réserves notables. Cependant, les émergences cachées, directement dans des aquifères alluviaux, ne rendent pas facile l’étude de tels aquifères à fortes ressources potentielles.
Il n’est pas rare que des forages, atteignant en profondeur des calcaires, sous d’autres formations géologiques, recoupent des cavités importantes et fournissent des débits intéressants. Tel est le cas des calcaires du Jurassique moyen dans le cours moyen du Doubs entre Besançon et Laissey. Il s’agit d’aquifères, sans exutoire identifié en surface, dans lesquels la karstification s’est développée en profondeur selon des modalités encore mal élucidées. Présents dans de nombreux bassins, ces aquifères karstiques profonds très mal connus paraissent receler des réserves importantes, mais dont la reconstitution n'est pas évaluée ; la présence d’eaux à long temps de séjour a parfois été révélée. L’exploitation de ces aquifères profonds doit par conséquent être conduite avec une grande prudence, tant que leurs conditions de recharge n’ont pas été démontrées.
Quand la pression anthropique sur les territoires karstiques est faible, la pollution diffuse sur les karsts du bassin est réduite. Cependant, là où la couverture de sol ou de sédiments est assez épaisse et c'est le cas pour la Franche-Comté, des cultures intensives se développent et, avec elles, les teneurs en nitrates des eaux souterraines augmentent. La qualité bactérienne des eaux de sources karstiques est presque toujours médiocre pendant les périodes de hautes et moyennes eaux. Les rejets d’eaux usées dans le karst, concentrés ou dispersés, en sont l’origine. C’est pourquoi les captages de ces sources pour l’eau potable doivent comporter un dispositif de traitement adapté aux spécificités du karst. En revanche, l’apparition de turbidités fortes pendant ces mêmes périodes, habituelle sur nombre de sources, est un problème plus délicat à traiter, surtout pour de petits captages ; la disposition du captage lui-même (captage réalisé à proximité du conduit, et non directement dedans) peut dans certains cas améliorer la situation.
Caractéristiques et conséquences
Caractéristiques
La karstification transforme une formation carbonatée fracturée, l’aquifère carbonaté fissuré, caractérisé par une architecture géologique (géométrie de la formation, caractères pétrographiques et géochimiques, comportement mécanique, distribution des fractures), en un aquifère karstique.
1) L’aquifère karstique est le seul type d’aquifère où c’est la circulation d’eaux dans la formation géologique qui façonne les vides de l’aquifère et induit des caractéristiques aquifères spécifiques.
2) La constitution d’un aquifère karstique peut être rapide à l’échelle des temps géologiques : quelques milliers à quelques dizaines de milliers d’années. De ce fait, l’aquifère karstique enregistre les variations, même de faible amplitude, du niveau de base où est localisée la source, par le développement d’un drainage associé à chaque niveau. Toutes les régions karstiques présentent la marque de plusieurs phases de karstification, dont seules les plus récentes, associées au niveau de base actuel, participent au fonctionnement de l’aquifère. Ainsi, un aquifère carbonaté peut présenter un réseau de conduits visitables, ne fonctionnant plus : c’est une partie non fonctionnelle de l’aquifère karstique.

Paysage karstique
C’est pourquoi il n’est pas suffisant de constater l’existence de phénomènes karstiques ; il faut aussi et surtout considérer la fonctionnalité karstique de l’aquifère. Cela revient à vérifier l’adéquation entre l’existence d’une structure karstique et son fonctionnement.
3) Dans l’aquifère karstique, les écoulements ont créé des vides organisés en une structure hiérarchisée de drainage, le réseau de conduits, de l’amont (la surface) vers l’aval (la source, exutoire en général unique de l’aquifère). Souvent, au cours de la saison de recharge de l’aquifère, des remontées importantes de l’eau dans le réseau de conduits provoquent l’inondation de réseaux supérieurs, habituellement sans écoulement, et la mise en fonctionnement de sources temporaires de trop plein.
Conséquences
L’aquifère karstique, à maturité, possède un réseau de conduits organisé à la façon d’un bassin versant de surface. L’aquifère karstique n’est pas d'un type unique : il existe une grande variété d’aquifères karstiques en fonction de l’état de développement de la karstification, depuis le pôle aquifère fissuré jusqu’au pôle aquifère karstique pur. Le degré d’évolution karstique de l’aquifère se traduit dans son fonctionnement hydrogéologique.
1) L’aquifère karstique présente une organisation des écoulements souterrains, qui détermine celle des vides qu’ils créent. Dans cette organisation, les deux fonctions classiques (stockage et drainage) sont séparées, au moins dans la zone noyée, et sont assurées par des éléments distincts de la structure : le drainage est assuré par un réseau de conduits hiérarchisé. le stockage est fourni soit par les parties microfissurées ou poreuses de la roche non karstifiée, soit par des cavités karstiques, parfois de grandes dimensions, connectées au drainage par des zones à fortes pertes de charge (Systèmes Annexes au Drainage, SAD). Le stockage est réalisé par un ensemble d’éléments hydrauliquement indépendants les uns des autres, mais tous connectés plus ou moins bien au réseau de conduits. Il en résulte un compartimentage hydraulique responsable de très fortes hétérogénéités.
2) L’aquifère karstique se distingue des aquifères poreux et des aquifères fissurés par le fait qu’il possède des vides de grandes dimensions, dans lesquels les eaux souterraines sont susceptibles de circuler très vite. Les dimensions des vides dans le karst couvrent une très large gamme de valeurs, depuis les fissures d’ouverture micrométrique et longues de plusieurs mètres jusqu’à des conduits de quelques dizaines de mètres de section et longs de plusieurs kilomètres. De même, les vitesses d’écoulement souterrain vont de moins de quelques centimètres par heure à plusieurs centaines de mètres par heure.
De ce fait, dans les aquifères karstiques fonctionnels, la très grande majorité des eaux séjourne moins d’un cycle hydrologique, et souvent seulement quelques jours à quelques semaines. Pour cette raison, toutes les caractéristiques physiques, chimiques et hydrauliques, présentent une très grande variabilité spatiale et temporelle.

L'aquifère karstique (d'après Mangin, 1975)
Système unaire L'ensemble de l'impluvium est constitué de terrains karstifiables. Le drainage s'effectue principalement à l'aval.
Système binaire Une partie de l'impluvium est constituée de terrains non karstifiables qui concentrent l'infiltration des eaux en un point. Le drainage est très développé. limite de l'impluvium limite de l'impluvium perte.

3) L’aquifère karstique possède des modalités d’infiltration particulières qui n’existent pas dans les autres aquifères. Il existe en surface, sur quelques mètres d'épaisseur, une zone plus perméable du fait de l'altération : la zone épikarstique ou épikarst. L'épikarst rassemble l'eau d'infiltration dans une nappe perchée locale et discontinue, drainée vers le bas soit par les vides les plus larges en un ruissellement souterrain rapide, soit par les vides de petites dimensions, en une infiltration lente écoulant un mélange d'air et d'eau. Par ailleurs, au contact de formations imperméables et du calcaire, des pertes absorbent les écoulements de surface et constituent une alimentation directe par ruissellement à fort débit de la zone noyée. Par conséquent, lorsque des écoulements de surface contribuent à l’alimentation de la zone noyée à partir de pertes, l’aquifère karstique au sens strict n’est qu’une partie du système karstique, puisque ce dernier est alors constitué de l’aquifère proprement dit et du bassin de surface drainé par des pertes (photo 8). On distingue donc (figure 5) : les systèmes karstiques unaires (système karstique = aquifère karstique), les systèmes karstiques binaires.
4) Le karst est réputé très vulnérable aux pollutions par comparaison avec les autres aquifères, du fait des caractères suivants : faible rôle filtrant de la zone d’infiltration, faible effet de la dispersion et de la dilution lié à l’organisation des écoulements, temps de séjour de l’eau trop court pour qu’un effet auto-épurateur intervienne au sein de l’aquifère, importante variabilité temporelle de la qualité de l'eau.
La vulnérabilité du karst présente en contrepartie certains caractères intéressants qui doivent être pris en compte dans les projets de mise en valeur : élimination généralement rapide des pollutions accidentelles, effets retardateurs (adsorption, dispersion) en général réduits, amélioration rapide (à l’échelle du cycle hydrologique) de la qualité de l’eau à l’exutoire à la suite de changements dans les rejets de pollutions chroniques ou saisonnières (modifications des pratiques, mise en place de stations de traitement), c'est-à-dire que les effets cumulatifs d’un cycle sur le suivant sont faibles ou négligeables, du fait du temps de séjour très inférieur à un an, nette différence de qualité et de comportement entre les périodes d’étiage (fonctionnement capacitif, temps de séjour long) et de crue ou de hautes eaux (fonctionnement transmissif, temps de séjour court).
Source principale :
Guide technique n° 3 du bassin Rhône-Méditerranée-Corse. Connaissance et gestion des ressources en eaux souterraines dans les régions karstiques – juin 1999.
10:35 Publié dans Géologie-hydrogéologie-Climatologie, Pollution | Lien permanent | Commentaires (0) |
Facebook | | |
Comment protéger nos amphibiens
10:04 Publié dans Environnement-Écologie, Herpétologie | Tags : amphibiens, amphibiens de france, aspas | Lien permanent | Commentaires (0) |
Facebook | | |
Ortolans : la France bientôt condamnée
Ortolans : la France bientôt condamnée
par Pierre Athanaze Président ASPAS
Pour la troisième fois, la France se trouve menacée d’une condamnation par la Cour européenne de justice […]. Motif: sa complicité envers le braconnage des bruants ortolans. […] Le 25 janvier dernier, la Commission européenne a fait parvenir une mise en demeure aux autorités françaises au motif qu’elles ne luttent pas contre le braconnage et le trafic très lucratif du bruant ortolan (Emberiza hortulana).
Cet oiseau, qui pèse de 20 à 27 grammes, est un grand migrateur. Piégé dans les Landes, il arrive du nord de l’Europe pour aller hiverner en Afrique tropicale. […]
En 1988, la France avait déjà été condamnée pour la non protection de l’ortolan. […] En 1999, devant la mauvaise foi avérée de la France, une nouvelle condamnation est prononcée, avec cette fois une astreinte de 142 425 euros par jour! […]
Il est de notoriété publique qu’il existe un pacte de tolérance entre la fédération des chasseurs des Landes et les autorités françaises, qui « autorisent » les braconniers à tendre leurs matoles (pièges supposés traditionnels). Quelque 50 000 ortolans seraient ainsi braconnés chaque année dans ce département, soit dix fois plus que la population totale de l’espèce en Allemagne, Hollande et Belgique réunies! […] Face à cette situation inadmissible, l’ASPAS a fourni à la Commission européenne les éléments nécessaires à une saisine de la Cour européenne de justice. […]
08:36 Publié dans Environnement-Écologie, Ornithologie | Tags : aspas, athanaze, ortolan, cour européenne de justice | Lien permanent | Commentaires (0) |
Facebook | | |
Empoisonnements en série de la faune sauvage sur le canton d’Ornans
Empoisonnements en série de la faune sauvage
sur le canton d’Ornans
LPO Franche-Comté
7 rue Voirin - 25000 Besançon
03 81 50 43 10 - franche-comte@lpo.fr
http://franche-comte.lpo.fr
Centre Athenas
UFCS - Franche-Comté - Bourgogne Est - BP 60921
39009 LONS-LE-SAUNIER CEDEX
03 84 24 66 05 - centre@athenas.fr
Contacts presse
- Gilles Moyne 03 84 24 66 05 / 06 76 78 05 83 : gilles.moyne@athenas.fr
- Christophe Morin 03 81 50 54 51 / 06 64 29 52 24 / christophe.morin@lpo.fr
Après Mandeure et Bouclans en 2011, Montenois, Evette-Salbert et Frotey-lès-Vesoul en 2012, c’est au tour de deux communes du premier plateau du Doubs, Mérey-sous-Montrond et Montrond-le-Château de défrayer la chronique en ce début du mois de mars.
Tout commence en semaine 11 avec la découverte d’un cadavre de Héron cendré puis le 10 de ce mois avec celle d’un Milan royal en plumage adulte. Deux jours plus tard, un nouveau cadavre de cette dernière espèce est retrouvé sur le même secteur (photo ci-contre), plus précisément au pied du château ruiné de Montrond. Enfin, le lendemain, pas moins de six Buses variables sont récupérées… mortes elles aussi.
L’empoisonnement volontaire apparaît comme l’hypothèse la plus vraisemblable dans un tel contexte et les premiers résultats des autopsies pratiquées au centre ATHENAS tendraient à le confirmer. L’examen clinique évoque une intoxication à l’aide d’un produit à effet rapide (pesticide inhibiteur de la cholinestérase ?).
Toutes ces espèces sont intégralement protégées sur le territoire national et l’une d’entre-elles est particulièrement suivie, le Milan royal, en raison de son statut de conservation jugé défavorable au niveau français et européen.
Les deux milans royaux, oiseaux adultes, revenaient de leurs quartiers d’hivernage et venaient selon toute vraisemblance de rejoindre leur site de nidification sur le premier plateau du Doubs. Malheureusement, ce voyage aura été leur dernier comme pour beaucoup d’autres milans victimes eux aussi d’empoisonnements volontaires. Rien qu’en Franche-Comté, il s’agit du dixième cas circonstanciés depuis le lancement du Plan national d’actions.
Aujourd’hui, si l’on ajoute les cas espagnols particulièrement abondants dans ce pays – le nombre de milans royaux empoisonnés a été estimé à près de 15 000 sur la période 1990-2005 (source : WWF/ADENA 2006) – ces empoisonnements sont considérés comme l’une des causes majeurs du déclin de l’espèce.
ATHENAS, la LPO et l’ensemble du réseau « Milan royal » déplorent ces actes illégaux particulièrement intolérables qui anéantissent tous leurs efforts pour tenter de sauver cette espèce. Les moyens humains et financiers, déployés dans le cadre du plan national de restauration piloté par le Ministère en charge de l’Ecologie, sont ainsi sérieusement mis à mal. Avec 2 500 couples nicheurs, la France abrite la deuxième population mondiale de milans royaux après l’Allemagne. Notre pays assume donc une lourde responsabilité dans la conservation de ce rapace nécrophage, présent uniquement en Europe.
Dans ce contexte très sombre où la survie de l’espèce est menacée, les associations réclament que la loi sur la protection de la nature soit appliquée et respectée. Faut-il, en effet, rappeler que le milan royal, comme tous les rapaces de France, est protégé depuis 1972 ?
Nous exigeons ainsi que les produits chimiques dangereux pour la faune sauvage soient bannis, que ceux interdits en France ne circulent plus librement sur notre territoire et que des sanctions exemplaires soient prises à l’encontre des auteurs de ces faits délictueux.
Fiche signalétique du Milan royal
Le milan royal (Milvus milvus) est un rapace diurne de grande taille. D’une longueur de 59 à 66 centimètres pour une envergure de 145 à 165 centimètres, il pèse entre 800 et 1 050 grammes pour les mâles et 950 à 1 300 grammes pour les femelles.
Il se reconnaît à sa longue queue rousse triangulaire et profondément échancrée, typique de l’espèce.

Menaces
• La dégradation de son habitat et la disparition de ses proies ;
• Les empoisonnements accidentels et volontaires ;
• La diminution du nombre de décharges (où ce rapace, aux moeurs de charognard, trouve sa nourriture) ;
• Les tirs ;
• Les collisions avec les voitures, les lignes électriques et les éoliennes.
Statuts
Suite à son déclin constaté entre 1990 et 2000, le statut européen du milan royal a évolué depuis 2005 : il figure désormais dans les catégories « en déclin » avec comme critère « déclin modéré et récent ». Inscrite sur la Liste rouge de l’UICN en raison de son endémisme européen, cette espèce est considérée, depuis cette date, comme quasi-menacée. En France, le milan royal figure désormais parmi les espèces vulnérables (liste rouge actualisée en 2008).
Distribution mondiale
La population nicheuse mondiale est exclusivement présente en Europe : l’Allemagne, la France et l’Espagne abritent, à elles trois, environ 70 % de la population mondiale. Si l’on ajoute la Suède, le Royaume-Uni et la Suisse, on obtient pour ces 6 pays environ 93 % de la population mondiale (20 800 à 24 900 couples).
En France, on distingue cinq foyers principaux :
• le Massif central
• l’ensemble du Piémont pyrénéen
• la Chaîne jurassienne
• les plaines du Nord-est
• la Corse
Afin d’appréhender et de hiérarchiser les causes de mortalité du milan royal, tout cadavre de milan découvert est collecté pour autopsie et analyses toxicologiques (assurées par le CNITV de Lyon). Cette action dite de « vigilance poison » repose sur un réseau d’observateurs et un comité de spécialistes constitués de vétérinaires, toxicologues et ornithologues.
En cas de découverte d’un cadavre de milan royal (ou plus généralement de rapace nécrophage), merci de prévenir au plus vite la Mission Rapaces de la LPO (rapaces@lpo.fr) ou l’association locale.
08:35 Publié dans Actualité des Sciences, Pollution | Tags : milan royal, empoisonnement, ornans, faune sauvage | Lien permanent | Commentaires (0) |
Facebook | | |
19/03/2013
Le nouveau Plan Loup : un plan de chasse d’une espèce protégée ?
Le nouveau Plan Loup :
un plan de chasse d’une espèce protégée ?
par Pierre Athanaze,
Président de l’ASPAS
Le nouveau « Plan Loup » 2013-2017 a été présenté dans une version presque finalisée le 22 février 2013, lors de la réunion du Groupe National Loup qui réunit les ministères de l’Écologie, de l’Agriculture et les acteurs concernés par le dossier loup. Ce nouveau plan prévoit le tir de 24 loups pour la période 2012-2013 et enfonce le dossier loup dans une dérive inacceptable.
Une confirmation a minima des obligations de protection du loup
L’État réaffirme heureusement certaines évidences fondamentales :
1/ le loup reste une espèce protégée,
2/ il faut permettre la progression de l’espèce,
3/ il faut lutter contre le braconnage,
4/ l’interdiction de tir des loups est maintenue dans le cœur des parcs nationaux et des réserves naturelles. Heureusement ! Car le contraire serait à la fois extrêmement grave pour la protection de la biodiversité, et ne respecterait pas les obligations légales de la France par rapport à ses engagements européens (Directive Habitat Faune Flore, Convention de Berne).
Le refus d’une vraie cohabitation entre le loup et le pastoralisme ?
Ce nouveau plan va dans le sens d’une déresponsabilisation des éleveurs et ne propose rien de satisfaisant pour améliorer réellement la cohabitation entre le loup et le pastoralisme. Des troupeaux domestiques pourront être déclarés « non protégeables » par leurs éleveurs ! Pourtant ces troupeaux non gardés par des chiens, des clôtures ou des bergers sont très attractifs pour des prédateurs. La prédation par des loups ou par des chiens continuera donc, et la situation ne fera qu’empirer. Quant aux « tirs de prélèvements », ils devraient tout simplement être abolis car ils n’ont rien à voir avec la protection des troupeaux : ces tirs consistent à tuer un loup possiblement très loin du bétail, sans rapport avec la prédation.
Un véritable plan de chasse du loup
Le nombre maximum de loups pouvant être tué chaque année a doublé, et pourra encore être augmenté régulièrement suivant l’augmentation de la population de loups. Tous les moyens sont mis pour atteindre ce plafond annuel : des « tirs de défense renforcés » avec plusieurs tireurs, possiblement plus loin des troupeaux qu’auparavant, et la mobilisation maximale des chasseurs. Cette politique s’apparente à un véritable plan de chasse, comme pour une espèce gibier !
La dérive inquiétante des missions confiées à l’ONCFS
L’Etat demande à l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) de former des chasseurs à la destruction du loup, une espèce protégée ! Cette mesure est scandaleuse. Rappelons que la mission officielle de l’ONCFS est de protéger la biodiversité.
Le loup est encore le bouc-émissaire facile d’une filière ovine confrontée à des difficultés économiques infiniment plus vastes. Ce nouveau « Plan loup » apparaît comme une occasion manquée d’œuvrer à une réelle cohabitation entre le loup et le pastoralisme. C’est un gâchis aberrant, indigne d’une vraie politique de protection de la biodiversité.
Contact presse :
Pierre Athanaze, Président de l’ASPAS : tél. 06 08 18 54 55
Pierre Rigaux SFEPM – LPO PACA : tél. 06 84 49 58 10
Associations signataires : Animal Cross, ASPAS, AVES France, Écologie sans frontière, Fondation Brigitte Bardot, LPO PACA, LPO Rhônes-Alpes, Mille Traces, One Voice, Sauvegarde Faune Sauvage, Sea Shepherd France, SFEPM, SPA, Tendua.
Plus de renseignements sur le Loup en France :
http://loup.org/spip/IMG/pdf/ddploupsfepm_dec2012.pdf
Ajout du 26 août 2014 :
Clientélisme et populisme sont les 2 mamelles...
par Marc Laffont, le 6 juin 2014
Le 29 mai 2014, en réponse à une question du sénateur Roland Povinelli (qui doit se sentir seul dans cet univers anti-nature qu’est le Sénat...) restée sans suite pendant un an, madame la ministre de l’écologie a laborieusement admis que 93 % des indemnisations l’ont été sur la base suivante : "cause de mortalité liée à une prédation, responsabilité du loup non exclue".
Ce qui signifie que seuls 7 % des constats ayant conduit à une indemnisation sont incontestablement le fait du loup. Pour les (très nombreux) autres constats, il y a doute.
Et c’est donc sur cette base de 93 % de doute que l’actuel gouvernement décide de programmer l’abattage de 24 + 12 = 36 loups sur une population estimée entre 220 et 380 individus. Soit entre 9,5 et 16,5 % de la population.
Évidemment, aucune précision n’est fournie pour indiquer ce que seront les critères retenus pour porter de 24 à 36 les loups pudiquement "prélevés"...
On peut imaginer que cela dépendra par exemple du degré d’énervement des anti-loups les plus virulents. Lesquels ne risquent pas de se contenter de 24 loups. Ni de 36. Ni de 48 ou même 64 d’ailleurs, vu que leur objectif est de ramener la population de loups en dessous du seuil de viabilité.
L’ours dans les Pyrénées est là pour montrer qu’une petite population est bien suffisante pour générer quantités de subsides publics supplémentaires pour les éleveurs allergiques à la Nature. L’État étant tenu de respecter ses engagements, l’argent coule à flot, sans pérenniser pour autant la population d’ours.
À l’instar des anti-ours, avec lesquels ils sont d’ailleurs en étroite relation, les anti-loups rêvent eux aussi de pouvoir tenir l’État par les parties intimes... Mais Canis lupus est peu enclin à servir de faire valoir, l’infâme...
Revenons à ces arrêtés.
Puisqu’il est d’ores et déjà prévu d’occire un certain nombre de loups, il convient, a minima, que la France reste dans les clous de la directive Habitats. Les finances du pays n’ont pas besoin d’une énième condamnation pour non respect du droit environnemental européen...
Cela sous-entend un certain nombre d’exclusions de situations d’abattage.
Tout d’abord, il n’est pas pensable d’envisager un tir létal dans une zone où le loup ne fait que timidement son retour. Exit donc l’Ardèche, l’Ariège, l’Aude, les Bouches du Rhône, la Haute-Marne, la Meuse, les Pyrénées Orientales, la Haute-Saône...
Tirer des loups en dehors de la présences des troupeaux est une aberration qui n’a que fort peu de chances de porter sur LE loup qui aurait (peut être) attaqué un troupeau, il y a plusieurs semaines, à X km du lieu du tir...
De même, si un tir doit quand même être décidé pour calmer quelques esprits (mais sans résoudre quoi que ce soit au problème...), il faut impérativement qu’il soit effectué sur un loup EN SITUATION EFFECTIVE D’ATTAQUE, et sur un troupeau où les moyens de protection ont été EFFECTIVEMENT ET CORRECTEMENT mis en place.
Le gibier bénéfice d’une période de quiétude durant laquelle il n’est pas chassé, pour permettre la reproduction et l’élevage des jeunes. Il serait particulièrement incongru qu’une espèce comme le loup, strictement protégée et à ce titre inscrite à l’annexe II de la directive "Habitats", ne bénéficie pas, a minima, de la même faveur, le loup n’étant pas soumis à un plan de chasse mais seulement passible de tirs dérogatoires exceptionnels. Il est donc proprement scandaleux que des tirs létaux puissent être programmés en mai et juin, période d’élevage de la plupart des louveteaux.
Dans le cas contraire, ce serait l’aveu d’une volonté délibérée de régulation d’une espèce strictement protégée. Les associations les plus en pointe en matière de sollicitation des tribunaux pourraient donc d’ores et déjà se frotter les mains...
Le gouvernement gagnerait en crédibilité en limitant la liste des tireurs potentiels à des professionnels patentés, comme l’ONCFS. Et donc en excluant les pratiquants d’un loisir mortifère, dont le principal fait d’armes depuis 40 ans est d’avoir organisé la multiplication du cochonglier au delà des capacités de gestion par ses adeptes...
L’écran de fumée des tirs de loups ne pourra pas indéfiniment reculer la question de la mise en place d’une assurance-prédation, englobant TOUTES les causes, et dont le montant de la cotisation serait d’autant plus bas que les moyens de protection, financés par l’État et le contribuable, seraient le plus efficacement mis en place.
La seule solution durable pour le pastoralisme, c’est cette incontournable mise en œuvre efficace des mesures de protection qui restreindront l’accès au troupeau, que ce soit pour le loup ou tout autre prédateur à 2 ou 4 pattes.
Plus globalement, tous les tirs et toutes les éradications du monde ne changeront rien à ces quelques statistiques implacables :
- La production de viande ovine française a été divisée par 2 entre 1983 et 2013.
- La consommation de viande ovine par habitant a presque été divisée par 2 entre 1994 et 2013.
- L’approvisionnement en viande ovine en France est assuré à plus de la moitié par les importations (GB, NZ, Irlande, Espagne...).
- Le taux de pénétration de la viande ovine en France est tombé à 56 % en 2010. On attend la prochaine évaluation, prévue normalement pour fin 2014...
- Les plus de 65 ans représentent 40 % des volumes achetés, les - de 35 ans, 5 % seulement.
- Le coût de revient moyen de l’agneau français est de l’ordre de 12 € le kg, alors que le prix payé au producteur est d’environ 6 €/kg, ce qui est pourtant le plus élevé des pays producteurs d’Europe.
- Pourquoi un tel écart ? Parce que la productivité numérique par brebis est de 0,7 agneau, ce qui est une trop faible technicité pour espérer rentabiliser un élevage ovin viande.
Pour finir, la conséquence des point précédents : la dépendance aux subventions est devenue apocalyptique.
Vu que ces arrêtés concernent essentiellement les zones pastorales, tenons nous en au montant des subventions versées dans cette zone : un élevage de 460 brebis nécessite (chiffres 2012) 52 400 € de subventions/an, pour induire la production de 33 200 € de viande ovine et générer 18 100 € de revenu pour l’unique unité de main d’œuvre que parvient à "rémunérer" une exploitation de 460 brebis.
Nul doute que l’abattage de 36 loups va fondamentalement modifier cet "équilibre".
13:24 Publié dans Environnement-Écologie, Mammifères | Tags : loup, chasse, plan loup, tirs de loups, tirs de prélèvement, pastoralisme, prédation, prédateurs | Lien permanent | Commentaires (0) |
Facebook | | |










