Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/07/2010

Coraux des Antilles (3)

Anatomie des coraux hermatypiques des Antilles


136Récif corallien-logo.jpgCoraux des Antilles (3)

Coraux et milieu récifal de la Province Caraïbe

Chapitre III : Organisation anatomique des Scléractiniaires

 

par André Guyard

(suite du chapitre II : systématique des scléractiniaires)

 

Les coraux constructeurs de récifs (ou hermatypiques) forment des colonies de polypes capables de sécréter un squelette calcaire commun ou polypier. Rares sont les polypes solitaires.

 

Balanophyllia_regia-1.jpg
Balanophyllia regia : un polype solitaire

 

1. Anatomie du polype

 

Chaque polype ressemble à une actinie minuscule se rétractant au fond d'une loge ou s'épanouissant avec sa couronne de tentacules (dont le nombre est un multiple de six) bordant la bouche, ouverture unique d'une petite outre : la cavité gastro-vasculaire.

 

01paroi_polype-1.jpg

L'organisation du polype est simple. Comme tous les Cnidaires, les coraux sont formés de deux feuillets cellulaires (animaux diploblastiques) :

 

- un feuillet interne, l'endoderme, abritant des algues unicellulaires symbiotes, les Zooxanthelles et limitant la cavité gastro-vasculaire, à fonction digestive ;

 

- un feuillet externe, l'ectoderme, assurant les fonctions de relation et comportant notamment des cellules munies d'un harpon venimeux et caractéristiques des Cnidaires : les nématoblastes (ou cnidoblastes).

 

Cnidoblaste-1.jpg
Le cnidoblaste. A. aspect cytologique. B. nématocyste.

C. filament urticant dévaginé

 

Ces cellules comportent une capsule (ou nématocyste) remplie d'un liquide venimeux. L'excitation d'un cil provoque l'ouverture du nématocyste, la dévagination immédiate d'un long tube creux parfois armé de crochets qui se fixe dans les tissus de la proie ou de  l'importun et l'injection du venin entraînant une sensation de brûlure très vive et la paralysie de la proie.

 

Dans l'ectoderme se rencontrent également des cellules à mucus, des cellules ciliées dont la fonction est de nettoyer la paroi du polype des particules agglomérées par le mucus, des calicoblastes qui sécrètent le squelette calcaire et des cellules interstitielles à l'origine des cellules reproductrices. Un réseau diffus de cellules nerveuses non polarisées propage l'influx dans toutes les directions.

 

Entre les deux feuillets, s'intercale une substance anhiste gélatineuse, la mésoglée. Mais il n'y a pas de feuillet intermédiaire cellulaire organisé comme chez les animaux à trois feuillets plus évolués (animaux triploblastiques).

 

Les Cnidaires peuvent être libres ou fixés. La forme fixée est la forme polype. La forme libre est la forme méduse. Un même Cnidaire peut présenter une alternance des deux formes. Dans ce cas, la forme polype se caractérise par une reproduction asexuée par bourgeonnement impliquant l'édification d'une colonie fixée d'individus ou polypes tous réunis entre eux et construisant un squelette commun, le polypier. En revanche, à la forme méduse est dévolue la reproduction sexuée et la dissémination de l'espèce sous forme de larves pélagiques. Parmi les Coraux, les Scléractiniaires ne montrent que la forme polype et se reproduisent principalement par bourgeonnement alors que les Hydrocoralliaires présentent l'alternance des deux formes.


Bien que simple dans son principe, l'organisation interne du polype de Madrépore se complique au niveau de la cavité gastro-vasculaire qui est divisée par des cloisons verticales radiaires, les mésentéries, toujours groupées par paires et dont le bord interne se renfle et émet des filaments mésentériaux capables d'être dévaginés hors de la cavité gastrique par le polype.

 

01polype Siderastrea-1.jpg

Comme chez l'Actinie, le nombre de mésentéries est un multiple de 6 (d'où le nom d'Hexacoralliaires). En revanche, la cavité gastro-vasculaire des Hydrocoralliaires n'est pas cloisonnée (comme celle de l'Hydre d'eau douce).

 

Les polypes ne sont pas isolés chacun dans sa logette, mais reliés entre eux par un tissu appelé cœnosarque, formé par les deux feuillets fondamentaux et parcouru par un réseau de canalicules reliant les cavités gastriques des polypes entre elles. Il y a donc une communauté organique avec le partage des mêmes tissus entre tous les membres de la colonie. De sorte que le corail n'est constitué que d'une mince couche de cellules vivantes recouvrant le squelette ou polypier qui reste externe et s'épaissit progressivement.

 

Les brillantes couleurs des coraux vivants sont dues à deux sortes d'éléments : d'une part, des pigments diffus plus ou moins fluorescents et d'autre part, des algues unicellulaires microscopiques, les Zooxanthelles de couleur verte grâce à la présence de la chlorophylle et qui jouent un grand rôle dans la physiologie des coraux constructeurs de récifs (coraux hermatypiques).

 

2. Le squelette ou polypier

052Montastrea cavernosa-1.jpg
Aspect macroscopique du polypier de Montastrea cavernosa

 

L'ectoderme de chaque polype et du cœnosarque sécrète un squelette calcaire entièrement externe et sur lequel reposent les tissus vivants. À la mort des polypes, seule cette partie dure subsiste. La loge calcaire ou calice dans laquelle vit le polype est constituée par une muraille périphérique épaisse ou poreuse d'où partent chez les Scléractiniaires des cloisons calcaires rayonnantes verticales, les septes ou septa qui alternent régulièrement avec les mésentéries du polype.

 

Au centre du calice, s'élève de la base une colonnette calcaire qui peut manquer : c'est la columelle où convergent les septa. Des expansions centrales des septa, les pali sont parfois présentes. Les septa sont consolidés par des lamelles horizontales, les planchers. Parmi ceux-ci, le plus récent supporte le polype qui, périodiquement se soulève et construit un nouvel élément superposé, permettant ainsi au squelette de s'accroître en épaisseur. À l'extérieur du polype, le cœnosarque construit également un squelette qui permet à la colonie de s'étendre en surface selon des formes spécifiques. En revanche, il n'y a pas de septa chez les Hydrocoralliaires.

 

Nous verrons plus loin au chapitre VI qui traite de la biologie du corail et en particulier de la reproduction asexuée par bourgeonnement d'un polype mère de la colonie. Se forme ainsi un clone de polypes et la forme de la colonie va dépendre en partie du mode de bourgeonnement des polypes. Si le  bourgeonnement s'opère à partir de l'extérieur du calice (bourgeonnement extra-calicinal), on obtiendra une colonie branchue. Si le bourgeonnement s'opère à partir de l'intérieur du calice, on obtiendra des calices coalescents, formant des vallées au sein de la colonie.

 

01Polypiers_différents types-1.jpg

Le squelette des Madréporaires est composé principalement de carbonate de calcium cristallisé sous forme de fibres d'aragonite. Le squelette est une production de cellules ectodermiques spéciales, les calicoblastes qui captent par adsorption sur une molécule organique les ions calcium et carbonate présents dans l'eau de mer. La fabrication du CaCO3 est plus facile la nuit que le jour, car les Zooxanthelles jouent un rôle dans la production des carbonates. Il en résulte dans certaines régions privilégiées de certains coraux solitaires, la formation de bourrelets très finement séparés par des stries et dont chacun représente la croissance quotidienne. Certains bourrelets plus forts marquent le cycle lunaire. En outre, des zones plus denses mises en évidence par radiographie aux rayons X marquent l'accroissement annuel de la colonie un peu à la façon des cernes de bois chez les arbres.

 

Ce sont sur les détails anatomiques que se fonde la classification des coraux. Le chapitre prochain présente une clé simplifiée de détermination des coraux des Antilles.

 

Sources :

 

Guyard A. (1979). - Coraux des Antilles. Le corail et son environnement. 113 p. 30 diapositives. CDDP Guadeloupe Ed.

 

L'auteur remercie chaleureusement les personnes qui ont participé à l'illustration de cet article par leurs clichés sous-marins, notamment Jean-Pierre Pointier et Edmond Civoniak.

Écrire un commentaire