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06/10/2009

Halte à l’orpaillage clandestin en Guyane !

La Guyane concentre sur son territoire un grand nombre d'exploitations minières illégales générant une insécurité importante et des atteintes environnementales quasi irrémédiables (déforestation massive et sauvage, propagation de métaux lourds dans les fleuves et le sous-sol). L'orpaillage illégal s'appuie sur des zones logistiques situées pour la plupart à l'extérieur du département, et à partir desquelles les sites d'exploitation sont alimentés en moyens humains et matériels par voie fluviale, puis en empruntant un maillage de pistes et layons tracés par les délinquants.

 

 


Guyane_logo.jpgHalte à l’orpaillage clandestin en Guyane !

 

Les orpailleurs clandestins mettent en péril la survie des Amérindiens

 

 

par André Guyard

(photos de Jean Parret [1] )

 

Dernière mise à jour : 13 janvier 2017

(voie queue de l'article)

 

La Guyane recèle un potentiel aurifère important décelé depuis 1850 et dont la découverte s’est traduite pendant près d’un siècle par une ruée vers l’or et une intense activité d’orpaillage sur une grande partie du territoire. Puis cette fièvre de l’or est retombée jusqu'au début des années 1990 où la Guyane va connaître une recrudescence de l’activité minière aurifère liée notamment à la hausse du cours de l’or, au développement de nouvelles techniques mécanisées importées du Brésil ainsi qu’à la mise à disposition du public, en 1996, des données de l’Inventaire Minier réalisé par le BRGM sur des fonds publics.

 

Si pendant la première moitié des années 1990 le développement de l’orpaillage sur cet espace est resté modéré, il s’est considérablement accéléré au cours des 10 dernières années, notamment du fait de la montée en puissance de l’orpaillage illégal.


Les impacts de l’orpaillage illégal, directs ou indirects, sur l’environnement forestier et aquatique sont nombreux : déforestation, dégradation et érosion des sols, destruction des lits mineurs de cours d’eau, pollutions aux matières en suspension (MES), pollutions aux hydrocarbures et au mercure.  Ils portent atteinte gravement à la qualité des eaux, des milieux aquatiques et des peuplements de faune, terrestre ou aquatique, et par voie de conséquence aux modes de vie des communautés traditionnelles qui tirent leurs moyens de subsistance du fleuve et de la forêt.


La grave déstabilisation écologique qui résulte de l’orpaillage illégal aggrave la déstabilisation des populations dans les 10 bassins de vie du territoire du parc. Et c’est là une particularité des conséquences de l’orpaillage sur le territoire du parc, car elles touchent des populations fragiles, sur un territoire en attente de développement. Cet effet déstabilisant pour les populations est aussi dû aux activités illicites induites par l’orpaillage : exploitation de la misère, violences, vols dans les abattis, braconnage à grande échelle, menaces, trafics de drogues, d’armes, d’or, prostitution, braquages…

 

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Image satellite de l'Amazonie péruvienne,

entre 2000 et 2009.

L'impact aurifère est bien visible. (Swenson et al, 2011)

 

Dans la presse locale (France-Guyane du 22 septembre 2008), les Amérindiens des villages wayana et teko ont adressé un appel au secours au Préfet de la Région Guyane. Dans cet article, l’ensemble des capitaines (chefs coutumiers) des villages de Cayodé, Twenké, Taluwen, Antecum Pata et Elahé demandent que des mesures urgentes et efficaces soient immédiatement prises par les services de l’État pour endiguer, ralentir voire stopper, les activités néfastes d’orpaillage illégal. Les principales rivières et criques (petites rivières) le long desquelles vivent les amérindiens wayana et teko sont polluées, principalement par le mercure qui sert à l’extraction de l’or à partir du minerai. Les activités de pêche traditionnelle deviennent impossibles puisque la faune aquatique devient impropre à la consommation, les animaux-gibiers sont chassés à outrance, et les orpailleurs clandestins sont une menace pour les amérindiens qui cultivent leur abattis ou chassent en pleine forêt.

 

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Village indien sur le Maroni
La vie des Indiens amazoniens est liée aux cours d’eau
 
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Village indien sur le Maroni

Les huttes ou carbets des indiens sont bâtis sur pilotis afin d’éviter la faune indésirable (serpents, rongeurs, araignées et insectes rampants).
 
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Enfants au bord du Maroni
Le terrain de jeu des enfants est le fleuve
 
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Indien pêchant à l’arc

Tout comme le gibier terrestre, les poissons
constituent une ressource alimentaire considérable pour les Indiens.
 
À côté de cet impact direct sur l’environnement, l’activité d’orpaillage clandestin est alimentée par les pirogues qui approvisionnent la région en passant par les fleuves Tampok, Waki, Litani et Marouini. Les communautés amérindiennes demandent au Préfet de faire mettre en place immédiatement des postes de contrôle et surveillance afin d’empêcher de façon durable les orpailleurs clandestins d’être approvisionnés en essence, moteurs, munitions…
 
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Site d’orpaillage
Vu d’avion, le site dévoile l’étendue des dégâts sur la forêt
 
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Placer en activité

L’invention de la lance monitor (jet d’eau puissant)
participe grandement au caractère destructeur de l’orpaillage alluvionnaire.
 
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Lavage des alluvions

Les alluvions diluées par l’eau circulent sur une série de plateaux
inclinés et garnis de moquette. Les pépites d’or sont retenues entre les poils de la moquette. Ils sont ensuite traités par du mercure. L’amagalme mercure-or est chauffé pour récupérer le métal précieux. Une grande quantité de mercure gagne les cours d’eau, empoisonnant la faune aquatique.
 
Franc-Comtois d’origine, pendant une dizaine d’années (1972-1983), j’ai exercé les fonctions de Professeur de Biologie et d’Écologie à l’Université des Antilles-Guyane. C’est dire que je suis particulièrement attaché à la défense de l’environnement de cette magnifique région et en particulier de la forêt primaire guyanaise. Il s’agit d’un écosystème qui abrite non seulement une faune et une flore remarquable mais des peuplades amérindiennes dont la survie dépend de l’environnement.

Il serait bon d’alerter les autorités politiques de notre pays, responsable du patrimoine écologique et éthologique de la France métropolitaine et également des départements et territoires d’Outre-mer pour que l’État prenne en considération cet appel au secours des habitants des fleuves. Il appartient de toute urgence aux services de l’État d’ordonner la mise en œuvre immédiate de mesures efficaces pour lutter contre l’orpaillage clandestin dans la région du Haut-Maroni et de mettre fin à ces pratiques qui déshonorent notre pays.

Crédit photos : Jean Parret.
[1] Jean Parret a exercé ses fonctions de forestier, notamment en Guyane où il a été confronté à ce problème vital de l’orpaillage clandestin.
 
 
Ajout du 20/08/2011
 
Selon le WWF, dans la région des Guyanes, certains impacts environnementaux relatifs à l’exploitation aurifère auraient été multipliés par trois entre 2000 et 2008.
 

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© Roger Leguen / WWF-Canon

 

Depuis le début des années 2000 et à la faveur de différents facteurs (hausse des cours de l’or, popularisation de techniques d’exploitation artisanales…), la région des Guyanes connaît un regain de pression sur ses ressources aurifères. Pour autant, peu d’éléments permettent de mesurer objectivement l’ampleur de cette nouvelle ruée vers l’or, s’accompagnant toujours de forts impacts environnementaux (mobilisation de mercure, déforestation, perturbation de cours d’eau…).

 

Face à ces constats, le WWF, par son réseau transnational, s’est mobilisé afin de permettre la création, et la mise à disposition de données de mesure de l’emprise de l’exploitation aurifère sur l’ensemble des trois Guyanes, et sur une partie du territoire de l’Amapá (Parc National des Tumucumaque), soit une étendue de 525 404 km2.

 

Pour réaliser cette étude, le WWF s’est appuyé sur les expertises développées en Guyane (plateforme SEAS, expertise Sylvétude) avec l’appui du CIRAD, ayant abouti à un algorithme spécifique permettant de détecter par satellite la déforestation liée à l’exploitation aurifère. Par ailleurs, deux années de référence ont été examinées : l’année 2000 et l’année 2008, afin de permettre une mesure de l’évolution des indicateurs (déforestation, cours d’eau potentiellement impactés) dans le temps. À cette échelle, aucune différenciation n’est faite concernant le type d’exploitation aurifère considérée légal/illégal, alluvionnaire/primaire), ni aucune vérification de terrain n’a pu être entreprise.

 

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La déforestation continue

© Roger Leguen / WWF-Canon

 

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Impact de l'activité minière sur le plateau guyanais

 

Les résultats révélés par cette étude permettent une mesure globale de l’emprise de l’exploitation aurifère dans les Guyanes, de 2000 à 2008 :

 

- La déforestation liée à l’exploitation aurifère a été multipliée par 2,93 passant de 22 316 ha à 65 464 ha ;

 

- Le linéaire de cours d’eau impacté a été multiplié par 3,47 passant de 1458,5 km à 5072,3 km.

 

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Évolution du nombre de chantiers actifs sur le territoire du parc national (chiffres semestriels)

(document ONF)

 

 

Enfin, l’identification des impacts par pays révèle que chaque territoire de la région connaît le même regain d’exploitation aurifère suivant une dynamique comparable (augmentation de la déforestation d’un facteur 3,2 en Guyane et au Suriname, et de 2,7 au Guyana).


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Dégâts de l'exploitation aurifère en Guyane française (cliché ONF)

 

Selon le WWF, la publication de ces éléments doit motiver un net regain de coopération transfrontalière autour des enjeux relatifs à l’exploitation de l’or dans les Guyanes. Au vu du cours toujours haussier du minerai, le WWF encourage la mise en place d’un observatoire des pratiques aurifères des Guyanes.

 

Un tel dispositif, associant représentants des gouvernements, des socioprofessionnels et de la société civile, faciliterait la mise en place de pratiques moins impactantes à l’échelle régionale et permettrait une coopération accrue autour de la lutte contre les pratiques illégales ainsi  qu'un suivi annualisé de l’emprise de l’exploitation aurifère à l’échelle de l’ensemble de la région, sur le modèle de cette étude.

 

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Les rivières sont dévastées

 © Michel Gunther / WWF-Canon

 

Ajout du 20/10/2011

 

En 2011, la Guyane se dote d'un schéma départemental d'orientation minière (SDOM) qui arbitre les choix entre exploitation de l'or et richesses naturelles. Dans un article de Sciences et Avenir (octobre 2011), Loïc Chauveau précise  que, désormais, il sera interdit de chercher de l'or sur 45% du territoire guyanais, principalement le cœur du Parc national de Guyane, créé en 2007 en pleine forêt amazonienne, et une enclave sur le littoral, la montagne de Kaw. En 2007, le groupe canadien Iamgold a voulu obtenir la permission d'exploiter une mine à ciel ouvert dans cette zone. Il estimait alors pouvoir en tirer de 25 à 28 tonnes d'or en sept ans. Mais la montagne de Kaw est aussi un territoire d'une richesse faunistique et floristique exceptionnelle, et 2007, l'année du Grenelle de l'environnement. Le projet est refusé et le Grenelle décide de l'élaboration d'un schéma d'exploitation qui débouche aujourd'hui : « À Kaw, on a préservé une biodiversité exceptionnelle, mais aussi créé un poumon vert qui va servir aux futures générations de Guyanais », se réjouit Laurent Kelle, responsable local du WWF. 10 000 clandestins produiraient dix tonnes d'or par an, alors que la cinquantaine d'entreprises artisanales autorisées à exploiter des sites alluvionnaires sortent environ trois tonnes et n'ont plus le droit d'utiliser le mercure depuis 2006. « Entre 2000 et 2008, la surface des zones déforestées par l'orpaillage clandestin a été multipliée par trois sur les Guyanes, passant à 65 400 hectares », assure Laurent Kelle dans une étude WWF parue en août.

 

 Ajout du 16/04/2012

 

Les pouvoirs publics ont intensifié la lutte contre les clandestins. Entre 2008 et 2010, le nombre de chantiers illégaux est passé de 110 à 62. Mais il est difficile d'empêcher une population très pauvre d'exploiter une richesse à portée de main. Outre la gendarmerie, l'armée intervient dans la lutte contre l'orpaillage et les trafics humains avec l'étranger.

 

En effet, l'orpaillage illégal s'appuie sur des zones logistiques situées pour la plupart à l'extérieur du département, et à partir desquelles les sites d'exploitation sont alimentés en moyens humains et matériels par voie fluviale, puis en empruntant un maillage de pistes et layons tracés par les délinquants.

 

Le 9e RIMa, régiment de l'armée de terre, basé à Cayenne, arme 2 bases opérationnelles avancées (BOA) ainsi que 5 postes opérationnels avancés temporaires (POAT). Il participe également à de nombreuses opérations ponctuelles sur des sites illégaux d'extraction d'or.

 

Fort de 5 compagnies, avec en particulier 3 unités de combat, le 9e RIMa a plus d'un tiers de ses effectifs déployés en permanence en forêt équatoriale, ceci pour des périodes allant de 3 jours à plusieurs semaines consécutives. Il peut agir soit en autonome pour des patrouilles de reconnaissance ou de recherche d'informations, soit directement en soutien des forces de gendarmerie engagées au profit de la mission HARPIE.

 

Le régiment dispose également d'une section de Commandos de Recherche et d'Action en Jungle (CRAJ), spécialisée dans la recherche du renseignement. En outre, le 9e RIMa maintient en permanence une capacité de projection sur très court préavis lui permettant d'agir rapidement sur l'ensemble du département ou dans toute la zone caraïbe.

 

Pour en savoir plus : http://www.nonalorillegal.fr/

 

Les scientifiques continuent à inventorier les arbres de la forêt guyanaise (octobre 2011)

 

Dans le cadre d'un suivi de la dynamique et de la phénologie forestière, une nouvelle campagne de référencement floristique a eu lieu en octobre 2011 à la station scientifique du CNRS aux Nouragues, en Guyane française. Coordonnée par Pierre-Michel Forget, écologue et spécialiste de la forêt tropicale, cette mission a réuni pendant deux semaines une quinzaine de scientifiques de plusieurs institutions de recherche et des partenaires opérationnels spécialisés dans l'accès aux canopées forestières. Portée par les unités mixtes de recherche "Mécanismes adaptatifs" et "Écologie des forêts de Guyane", cette campagne fait partie d'un projet pluriannuel de suivi de l'écosystème forestier de Guyane. Objectif : compléter l'inventaire de la diversité des arbres dans cette portion d'Amazonie.

 

Sources :

 

Chauveau L. (2011). -  La Guyane tente de contrôler la ruée vers l'or, Sciences et Avenir n° 776, octobre 2001.

 

ONF (2010). - Bilan des impacts de l’orpaillage illégal sur le territoire du parc amazonien de Guyane au 31 décembre 2010, rapport pour le compte du parc amazonien de Guyane.

 

Dernière mise à jour : 13 janvier 2017 

L’orpaillage illégal en plein essor dans le parc amazonien de Guyane


Sur l’année 2016, les sites clandestins d’extraction d’or ont augmenté de 24 %, menaçant la biodiversité de cette immense aire protégée.

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article39988

Gendarmes. Mission en or en Guyane
http://www.letelegramme.fr/bretagne/gendarmes-mission-en-...  

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