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06/10/2009

Le Plésiosaure de Palente

Plesiosaure_logo.jpgLe Plésiosaure de Palente

 

par André Guyard

(Dernière mise à jour : décembre 2014)

 

En décembre 2006, à l’occasion des travaux d’aménagement de l’entrée Est de Besançon, le regard averti de Nicolas Martin, étudiant en master de géologie appliquée de l’Université de Franche-Comté a permis la découverte d’ossements de plésiosaure, grand reptile marin du Jurassique.

Avec la complicité de la Communauté d’Agglomération du Grand Besançon et des entreprises du chantier, une fouille de sauvetage a pu être organisée par le département de Géosciences de l’Université. Cette fouille dirigée par Vincent Bichet, maître de conférences en Géosciences, a permis la mise au jour d’une quarantaine de vertèbres appartenant à un plésiosaure.

 

Palente-Marnières_sat-1.jpg
Vue satellite du site
La zone prospectée se situe au niveau du cercle rouge pâle
 
Le site géographique

Le site se localise au pied du Fort Benoît dans le quartier de Palente au lieu-dit les Tuileries, au niveau du 2e giratoire. Le site doit son nom au fait que ces argiles grises datées du Callovo-Oxfordien ont été exploitées dans des carrières pour la fabrication de tuiles et de briques (voir carte géologique).
 
CarteGeologie_Palente2-1.jpg
Carte géologique simplifiée du quartier de Palente
Au sud de la carte se situent les marnes callovio-oxfordiennes (en bleu)
 
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Carte géologique du site
Le lieu-dit "Les Tuileries" se situe sur les marnes callovio-oxfordiennes (en bleu)
 
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Les paléontologues au travail
Les argiles marneuses du Callovien affleurent au niveau
de la sortie du tunnel de la piste cyclable (Cliché : Vincent Bichet)
 
La stratigraphie

Du point de vue stratigraphique, les calcaires du Callovien qui surplombent les calcaires du Bathonien sont peu épais (15 à 20 m). Ce sont des calcaires coquilliers et oolithiques, similaires à ceux du Bathonien, qui se débitent en dalles de 3 à 10 cm d’épaisseur et qui ont été employées dans le passé pour la couverture des maisons (et appelées laves dans la région). Ces calcaires constituent le substratum des quartiers des Quatre-vents et des Orchamps et de la place des Tilleuls à Palente.
 
Plesiosaure76_3-1.jpg
Dégagement prudent des fossiles
(Cliché : Vincent Bichet)
 
Surmontant ces calcaires du Callovien, on trouve des argiles marneuses, qui affleurent dans la région de l’échangeur de Palente et du quartier des Vernois. Ces 40 m d’argiles ont été déposés il y a entre 163 et 158 millions d’années au Callovien supérieur et à l’Oxfordien. Ce sont des argiles bleu noir, pyriteuses, riches en faune pélagique [1] (ammonites et bélemnites), très pauvres en faune benthique [2] (constituée de brachiopodes, lamellibranches et gastéropodes), et qui renferment des débris de bois flottés. Ces argiles sont d’anciennes boues argileuses et faiblement carbonatées accumulées dans une mer peu profonde (environ 50 m de fond), largement ouverte sur le grand large.

La paléogéographie

C’est donc à ce niveau qu’ont été trouvées une quarantaine de vertèbres appartenant à un plésiosaure. Ainsi les eaux marines calloviennes étaient parcourues par ces reptiles marins carnassiers qui chassaient la faune pélagique comme les ammonites et les bélemnites. Des îles émergeaient, couvertes de végétaux, dont les débris ont donné des bois flottés.
 
Plesiosaure99-1.jpg
La disposition des vertèbres est soigneusement repérée
(Cliché : Vincent Bichet)
 
Pour en revenir à notre plésiosaure, la connexion des vertèbres entre elles et l’absence d’autres restes osseux laissent supposer que ce fragment de colonne vertébrale provient de la carcasse démantelée d’un animal mort, qui aurait dérivé ou aurait été abandonnée là par un autre prédateur.
 
Les plesiosauria ou plésiosaures sont apparus au tout début de la période jurassique et ont prospéré jusqu'à l'extinction du Crétacé. Bien qu'étant de grands reptiles du Mésozoïque, ils n'étaient pas des dinosaures. Comme les ichtyosaures (voir plus loin), ce sont des reptiles devenus marins comme les cétacés actuels, des mammifères qui ont également choisi la vie marine.
 
 
Pour la petite histoire, le monstre du Loch Ness serait un plésiosaure égaré en eau douce depuis le jurassique. Il doit commencer à se faire de vieux os !
 
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Quelques échantillons de vertèbres de plésiosaure
(Cliché : Vincent Bichet)
 
Comme à Loulle, à Coisia, à Courtedoubs ou à Plagne, la région bisontine se situait donc alors en bord de mer. Mais les pistes de sauropodes relevées dans ces sites de l'arc jurassien correspondaient à des pistes d'herbivores terrestres qui cherchaient leur nourriture en milieu lagunaire.
 
[1] Faune pélagique : animaux de pleine eau.

[2] Faune benthique : animaux vivant sur le fond.

Crédits photos : Vincent Bichet, maître de conférence au département Géosciences de l’Université de Franche-Comté.

Remerciements à Patrick Rolin, maître de conférence au département Géosciences de l’Université de Franche-Comté qui nous a fourni des éléments pour construire le texte.
 
Ajout de décembre 2014 (Science & Vie janvier 2015 n° 1168, p. 16)
 
Un autre groupe, aucunement apparenté aux plesiosauria, présente une adaptation à la vie aquatique remarquable : les ichthyosauria ou ichtyosaures.
 
Comme les cétacés actuels, les ichtyosaures ont pris à revers l'évolution : d'animaux terrestres, ils sont redevenus marins. Mais on n'avait jamais retrouvé de fossile d'un stade intermédiaire entre la vie exclusivement marine et celle exclusivement terrestre qui témoignerait du retour, forcément progressif, de ces reptiles à la vie marine.

C'est désormais chose faite avec la découverte, dans l'est de la Chine (province d'Anhui), des restes fossilisés d'un ichthyosaure amphibie vieux de 248 millions d'années. “Cette nouvelle espèce, baptisée Cartorhynchus lenticarpus, a des nageoires anormalement larges et courbées par rapport aux ichtyosaures postérieurs. Elles devaient lui permettre de supporter son poids lorsqu'il se déplaçait sur la terre ferme, comme le font aujourd'hui les phoques” explique Ryosuke Motani. l'un des chercheurs de l'université de Californie à l'origine de cette découverte.

Comme les phoques, Cartorhynchus lenticarpus possédait un museau court. Avec ses 40 cm de long, c'est aussi le plus petit ichtyosaure connu, bien loin de la dizaine de mètres qu'ont atteint d'autres ichtyosaures.

 

dinosaures,jura,jurassique

Cartorhynchus lenticarpus © Science & Vie

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