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23/07/2010

Coraux des Antilles (1)

Sous le vocable de corail, on désigne plusieurs formes animales coloniales qui appartiennent toutes au phylum des Cnidaires et dont le squelette est appelé polypier. Ce premier chapitre présente les principaux représentants des Cnidaires. Il définit et situe les coraux dans ce phylum.


136Récif corallien-logo.jpgCoraux et milieu récifal de la Province Caraïbe (1)

Chapitre I : C'est quoi le Corail ?

 

par André Guyard

(dernière mise au point : décembre 2011)

 

Les récifs coralliens appelés "Cayes" aux Antilles françaises ou "Keys" dans les Antilles anglaises sont l'œuvre de millions d'animalcules coloniaux : les polypes coralliens. Squelette calcaire de la colonie, le récif corallien est une structure dynamique qui s'accroît de quelques centimètres par an, mais qui peut atteindre des dimensions gigantesques telle la Grande Barrière de Corail d'Australie avec ses 2000 km de long. À l'échelle géologique, les roches calcaires du jurassique sont pour la plupart l'œuvre de coraux. La Grande Terre de Guadeloupe est une formation récifale de l'ère tertiaire surélevée d'une centaine de mètres par les mouvements de l'écorce terrestre.

 

Certains organismes : Mollusques avec leur coquille, Polychètes sédentaires avec leur tube, Algues calcaires encroûtantes et Foraminifères alimentent, cimentent et consolident la roche ainsi formée pendant que d'autres : Mollusques, Polychètes, Éponges, Oursins taraudent et minent l'édifice. Il en résulte un véritable labyrinthe de crevasses, de grottes et de tunnels qui sert de refuge à toute une faune fixée ou vagile.

 

Au voisinage du récif corallien, le paysage sous-marin est une véritable féerie de couleurs et de formes. Etrange jardin où resplendissent côte à côte, les bruns, orange, jaunes, rouges, roses, vert fluorescent des massifs et arbuscules des colonies coralliennes, où fusent les palmes rouges, orangées et noires des gorgones, où s'épanouissent les corolles des anémones de mer et les panaches multicolores des annélides, pendant que des comatules de jais s'accrochent aux outres des éponges géantes et que des ophiures dissimulent leurs bras délicats parmi le gazonnement bariolé des éponges et des algues encroûtantes. Une profusion de coquillages, de crustacés et de langoustes habitent ces lieux tandis que des myriades de poissons bigarrés patrouillent entre les frondaisons coralliennes ou hantent des grottes mystérieuses.

 

Pour qui n'est pas plongeur, la vision depuis un bateau à fond de verre du récif corallien est une fugitive approche, mais qui permet d'apprécier l'esthétisme de ce jardin fleuri.

 

Définition du corail

 

Sous le vocable de corail, on désigne plusieurs formes animales coloniales qui appartiennent toutes au phylum des Cnidaires et dont le squelette est appelé polypier. On connaît bien en Europe le corail rouge de Méditerranée Corallium rubrum dont le polypier est utilisé depuis longtemps en joaillerie. Dans le langage courant, on appelle également Coraux de pierre tous les Cnidaires au squelette calcaire constructeurs de récifs (coraux hermatypiques). Ce sont essentiellement des Scléractiniaires (ou Madréporaires) et des Hydrocoralliaires (Coraux de feu) qui constituent l'essentiel de la faune corallienne aux Antilles.

 

corail rouge03_04-1.jpg
Corail rouge de Méditerranée
à gauche, colonie en place, à droite polypier (= polypiérite)

 

Remarque : on a rangé longtemps les coraux parmi les Coelentérés. Ce terme (du grec koïlos = creux et enteron = intestin), outre les Cnidaires, inclut également l'embranchement voisin des Cténophores, ce qui en fait un synonyme vieilli de Radiata. Aujourd'hui, ce terme est devenu obsolète.

 

Beroe-1.jpg
Un Cténophore : Beroe ovata

 

Le tableau ci-dessous trace l'arbre phylogénétique des Cnidaires. En rouge sont indiqués les taxons qui se rapportent aux coraux hermatypiques des Antilles.

 

Phylogenèse Cnidaires2-1.jpg

Tableau I : arbre phylogénétique des Cnidaires

 

Place des coraux parmi l'Embranchement des Cnidaires

 

En souligné sont indiqués les taxons de Cnidaires susceptibles d'être rencontrés dans la Province caraïbe.

 

A. Super-classe des Hydrozoa ou Hydrozoaires :

 

Cavité gastrique non cloisonnée dépourvue de pharynx.

 

I. Classe des Hydraires

 

Cavité gastrique non cloisonnée ; espèces à forme polype et à forme méduse*.

 

1) Ordre des Hydrides (Hydridae)

Animaux vivant en eau douce. Forme polype solitaire. Ex. : Hydre d'eau douce.

 

2) Ordre des Leptolides (Leptomedusae)

 

Alternance de colonies polypiformes fixées et de méduses sexuées.


a) Sous-ordre des Gymnoblastiques

 

Les polypes de la colonie sont nus et non rétractiles.

 

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Un hydraire gymnoblastique du genre Clava

 

Hydraires_025-1.jpg
Polypes d'un hydraire gymnoblastique

 

Hydractinia_01-1.jpg
Hydractinia colonie gazonnante située sur les coquilles habitées par les Bernard-l'Ermite

 

Hydractinia_02-1.jpg
Hydractinia sp. détail des polypes

 

b) Sous-ordre des Calyptoblastiques : Les polypes de la colonie sont entourés par un calice protecteur dans lequel ils se rétractent.

 

Hydraires_012-047-1.jpg
Hydraires calyptoblastiques

 

II. Classe des Hydrocoralliaires

 

Espèces à forme polype coralliforme, vivant dans les récifs de coraux émettant des méduses mâles ou femelles.


1) Ordre des Milléporides = "coraux de feu"


02Millepora_alcicornis1-1.jpg
Colonie de Millepora alcicornis


2) Ordre des Stylastérides = aspect de corail


05Stylaster-roseus2-1.jpg
Stylaster roseus

 

III. Classe des Siphonophores

 

Méduses ayant bourgeonné une colonie flottante.

 

Physalie-1.jpg
Physalie (ou Galère portugaise)

 

IV. Classe des Hydroméduses

 

N'existent que sous la forme méduse.


B. Superclasse des Scyphozoaires : (ou Méduses Acalèphes)

 

Forme méduse. cavité gastrique marquée par des bourrelets saillants.

 

Multiplication assurée par un stade polype fugitif qui se fragmente en méduse libre.

 

Aurelia_02-1.jpg
Aurelia aurita

 

Crambessa tagi-1.jpg
Crambessa tagi

Méduse_Cyanea-1.jpg
Cyanea capillata

C. Super-classe des Anthozoa (Anthozoaires)

 

Cnidaires à forme polype uniquement. Cavité gastrique cloisonnée et munie d'un pharynx.


I. Classe des Octocoralliaires (Octocorallia) ou Alcyonaires (Alcyonaria)

 

Colonies de polypes présentant 8 tentacules, 8 cloisons gastriques.


1) Ordre des Stolonifères (Stolonifera)

 

Stolonifères_042-1.jpg
Stolonifère
Le stolon est ce cordon rouge qui réunit les polypes (en blanc)

tubipora001-1.jpg
Polypier de Tubipora : orgues de mer (Indo-Pacifique)


2) Ordre des Alcyonides (Alcyonacea) : "Coraux mous", colonies charnues.

 

Alcyonium acaule.jpg
Alcyonum acaule

Alcyonium_acaule_Guillaume-1.jpg
Alcyonum acaule
(Cliché Guillaume)

Alcyonnaire-1.jpg
Alcyonides : détail des polypes


3) Ordre des Corallides


Coraux mous fixés sur un axe calcaire, le polypier.

 

corail rouge3-1.jpg
Corail rouge (Méditerranée). "Vrai corail"


4) Ordre des Gorgonides (Gorgonacea)

 

Colonie ramifiée dans un plan et développée autour d'un polypier corné non épineux. Les Gorgones constituent un ordre très bien représenté dans la Province caraïbe.

 

088Gorgone-1.jpg
Gorgone

5) Ordre des Pennatulides (Pennatulacea) : Colonies fichées dans le sédiment, charnues munies d'un axe corné.

 

Alcyon_Pennatule034-1.jpg
Alcyon_Pennatule040-42-1.jpg
Les colonies de Pennatules sont fichées dans le substrat

 

II. Classe des Hexacoralliaires (Hexacorallia)

 

Colonies de polypes présentant en général 6 tentacules ou 6 cloisons (ou un multiple de 6).

 

1) Ordre des Cérianthes (Cerianthacea)

 

Polype solitaire sans squelette, enfermé dans un tube gélatineux.

 

Cérianthes_014-1.jpg
Cérianthes_15-1.jpg

Cérianthes


2) Ordre des Antipathaires (Antipatharia) :"Coraux noirs"

 

Polypes coloniaux fixés sur un polypier corné ramifié et épineux à allure de Gorgone.

 

099Antipathaires-1.jpg
Le Corail noir : Antipathes


3) Ordre des Zoanthaires (Zoanthidea) : "Coraux mous".

 

Polypes coloniaux sans squelette mais incrustés de sable souvent fixés sur d'autres animaux.

 

079Zoanthaires2-1.jpg
Zoanthaire du genre Palythoa


4) Ordre des Actiniaires (Actinaria) : Anémones de mer.

 

Pas de squelette. Nombreuses cloisons radiaires.

 

Anemonia_sulcata_010-1.jpg
Anemonia sulcata


5) Ordre des Scléractiniaires (Scleractinia) ou Madréporaires

 

Polypier calcaire, "coraux de pierre".

 

Colpophyllia_natans02-1.jpg
Un exemple de scléractiniaire des Antilles

 

Les Scléractiniaires (et dans une moindre mesure les Hydrocoralliaires) constituent aux Antilles les coraux hermatypiques, c'est-à-dire constructeurs de récifs. Ce sont eux qui feront l'objet principal de notre étude.

 

Remarque : Il existe quelques espèces de scléractiniaires qui vivent hors des zones tropicales. On les appelle les coraux froids. Ce type de corail s'épanouit en profondeur dans l'obscurité, de 39 m à plus de 1000 m, et dans des eaux de 2 à 14°C seulement. Contrairement aux coraux chauds, les coraux des mers froides ne vivent pas en symbiose avec des algues et construisent leur squelette calcaire beaucoup plus lentement, de l'ordre du millimètre par an. Encore méconnus et faisant l'objet de nombreuses recherches, ils ne regroupent que six espèces. C'est le cas de Goniocorella dumosa (famille des Caryophillidae) qui vit en Antarctique ou de Lophelia pertusa (famille des Caryophillidae) que l'on rencontre principalement en Atlantique Nord.

 

En particulier, du 9 septembre au 11 octobre 2011 une équipe de scientifiques européens a exploré les canyons sous-marins s'enfonçant jusqu'à -2000 mètres au large de la Bretagne sud et de l'Irlande. Les chercheurs ont cartographié des sites nouveaux où sont présents les coraux froids. Les colonies de plusieurs milliers d'années forment des récifs de plusieurs centaines de mètres de longueur et de dizaines de mètres de hauteur et abritent une grande biodiversité de poissons et crustacés. L'expédition a exploré entre autres les canyons du Croisic, du Guilvinec et de Lampaul. Outre une connaissance accrue, cette expédition va permettre de lancer la préservation de ces milieux menacés par le réchauffement climatique et labourés par le chalutage (Sciences et Avenir décembre 2011 n° 778, p. 31.)

 

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Deux espèces de coraux froids

(Science et Vie n° 1124 mai 2011)

 

 

 

Suite au chapitre II : les genres de scléractiniaires.

 

Sources :

 

Guyard A. (1979). - Coraux des Antilles. Le corail et son environnement. 113 p. 30 diapositives. CDDP Guadeloupe Ed.

 

L'auteur remercie chaleureusement les personnes qui ont participé à l'illustration de cet article par leurs clichés sous-marins, notamment Jean-Pierre Pointier et Edmond Civoniak.

 

 

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