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31/12/2014

Janvier 2015 : l'Allan en crue

Rivière libre

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

Les intempéries de cet hiver 2014-2015 ont des conséquences directes sur le débit de nos cours d'eau. La basse vallée de l'Allan à Allenjoie en est le magnifique témoin, le belvédère aménagé en surplomb de la rivière offrant un point d'observation de premier intérêt. Ce lieu-dit du Moulin à Allenjoie est l'endroit rêvé pour découvrir une rivière encore libre qui évolue naturellement comme nous le décrivaient les manuels scolaires de ma jeunesse.

Le rôle des crues est déterminant pour dynamiser le milieu, refaçonner les berges de la rivière, rajeunir les gravières et préserver ainsi le biotope favorable aux oiseaux dépendants de ces espaces.

Et puis, quel symbole dégagé par ces vieux saules, ancrés dans le lit de la rivière, tel les gardiens des berges où viennent s'échouer les troncs d'arbres emportés par la crue, préparant le nouveau décor qui ne sera dévoilé que lors des basses eaux.

 

dominique delfino,photographe naturaliste et animalier,allan,pays de montbéliard

Clichés © Dominique Delfino

30/12/2014

La caverne de Goupil

La caverne de Goupil

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

Étonnante et surprenante l'image que mon ami Michel Cottet, écointerprète à Pouligney près de Besançon m'a fait parvenir et qui me laisse le soin de relater son aventure.

“ Par l'odeur caractéristique alerté, c'est dès l'entrée de cette petite cavité, que j'avance très doucement, courbant le dos en observant empreintes et épreintes, qu'un renard a laissées nombreuses, comme une sorte de balisage. Au fur et à mesure de mon cheminement, je m'attends à chaque virage, à voir fuser le pelage roux et blanc du malin goupil.

Ce n'est qu'après une progression d'une quarantaine de mètres que celui-ci daigne montrer son museau : il est tout près, il me fait face tranquillement avec sa truffe humide toute frémissante de surprise étonnée et de curiosité inquiète. Il me dévisage un moment qui me semble long et je le scrute de même.

 Dès lors qu'il m'a identifié comme "bipède" pas forcément bienveillant et "sapiens", pas vraiment rassuré, il cherche à s'éloigner ! Mais le salut ne réside guère pour lui que dans l'escalade de la paroi presque verticale contre laquelle il se plaque sous un massif de coulées de concrétions calcaires d'une belle couleur ocre. L'éclair du flash le surprend et l'inquiète un peu plus encore ; il fait alors un acrobatique demi-tour pour commencer à grimper prestement dans un conduit vertical, en "ramonage" comme un alpiniste. Après un dernier cliché, je m'éloigne à reculons sur la pointe des pieds, lui rendant sa quiétude pour le laisser se remettre de ses émotions.

Belle rencontre ! Nous nous en souviendrons tous les deux. ”

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Cliché © Michel Cottet

29/12/2014

Le Merle noir en hiver

Le houx au goût du Merle noir

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

Pour bon nombre d’oiseaux, l’activité en période hivernale se réduit à deux actions principales : se nourrir pour résister aux basses températures et éviter les prédateurs.

 

Lorsqu’une vague de froid survient, l’activité alimentaire prédomine en raison de besoins énergétiques accrus. Moins vigilants, souvent un peu affaiblis, les oiseaux sont alors des proies plus faciles pour des prédateurs qui, eux aussi, ont besoin de calories supplémentaires.

 

L'épisode de froid que nous avons connu début janvier 2015 n'a pas eu de conséquences particulières sur l'avifaune en raison de sa courte durée. Les multiples baies et fruits qu'offrent encore les haies à cette  époque ont suffi à nourrir de nombreux oiseaux.

 

En témoigne ce houx dans le village de Brognard qui a fait le bonheur de nombreux merles noirs et autres passereaux qui trouvent là une réserve de nourriture abondante pour la saison.

 

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Cliché © Dominique Delfino

 

Voir la vidéo de la minute nature de Julien Perrot, le rédacteur de la Salamandre consacrée au Merle noir.

28/12/2014

Harde en rase campagne

Harde en rase campagne

 

par Dominique Delfino

Photographe animalier

 

Ci-dessous, une image que l'on doit à Laurence Belot demeurant à Saulnot et photographe avertie à ses heures perdues, que je tiens mettre à l'honneur.

 

Ce cliché a été réalisé par Laurence depuis son véhicule au détour d'une petite route de Haute-Saône. Surprise par la présence de ces huit chevreuils, la photographe a tout juste le temps de se saisir de son appareil et de mitrailler les chevreuils avant que la harde ne prenne la poudre d'escampette !

 

Dès la chute des bois des brocards, en novembre/décembre, les chevreuils de plaine se rassemblent en hardes de cinq à dix animaux qui se regroupent pour affronter l'hiver. Il peut arriver que plusieurs groupes se retrouvent pour former une harde d'une trentaine d'individus mais le fait est assez rare.

 

Ils se tiennent souvent dans les labours à la vue dégagée leur permettant ainsi de voir venir le danger de loin.

 

Un joli cliché plein de vie pour notre plus grand plaisir, sur cet horizon de campagne.

 

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cliché © Laurence Belot

27/12/2014

Hêtres tortueux

Hêtres tortueux

 

par Dominique Delfino

photographe naturaliste et animalier

 

Cette image a été réalisée au Cirque du Creux du Van, au cœur du Jura Suisse.

 

La brume enveloppe encore le site laissant à peine deviner le sommet des hautes falaises qu'emprunte le sentier de découverte d'une balade hors du commun.

 

Je profite de cette ambiance baignée de la lumière du soleil qui cherche à percer le brouillard, dévoilant progressivement le paysage.

 

Ce sont ces hêtres ''tortueux'' au graphisme extraordinaire émergeant de la brume, qui captent mon regard et s'incrustent dans le viseur de mon appareil photo.

 

Œuvre liée au mariage du temps et de la rigueur des conditions météo, les arbres semblent jouir d'une complicité au sein de cette atmosphère à l'image de ce contre-jour.

dominique delfino,photographe naturaliste et animalier

Cliché © Dominique Delfino

26/12/2014

La Buse variable

Regard perçant

 

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

Alors que j'étais à l'affût dans la plaine de l'Allan durant quelques heures dès le lever du jour, un rapace s'est invité sur la scène de prises de vues.

 

Ce sont les chevreuils que j'attendais ce matin-là. Au gré de mes balades le long de la rivière, régulièrement je les observe ou les surprends, mais ces cervidés agiles se cantonnent toujours à proximité d'une haie pour s'y réfugier au plus vite en cas de danger.

 

Depuis ma cache installée dans un petit buisson, je surveille l'espace qui s'ouvre devant moi et, à défaut de chevreuils, c'est une très belle Buse variable qui se pose à portée de mon téléobjectif.

 

La Buse variable doit son nom à ce que son plumage est plus ou moins foncé selon les individus allant du brun le plus foncé au plus clair, voir quelquefois presque entièrement blanc.

 

Le rapace scrute le sol à l'affût de la moindre proie qui pourrait pointer son museau et semble également très attentif à ma présence. La vue de son regard perçant qui me fixe à travers mon téléobjectif me fait alors partager cet instant de complicité droit dans les yeux avec le rapace.

 

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Cliché © Dominique Delfino

25/12/2014

Rêve matin

Rêve matin

par Dominique Delfino

Photographe naturaliste et animalier

 

La piste cyclable aménagée le long du canal du Rhône au Rhin me permet de rejoindre quotidiennement  mon lieu de travail à Montbéliard.

 

Quelle que soit la météo, je profite de ce parcours pour vivre au jour le jour les saisons qui s'écoulent, étant bien souvent le premier à ouvrir la piste sur ce parcours.

 

Ce sont souvent, les Martins-pêcheurs qui prennent le devant à l'approche de mon vélo, ce qui me permet de localiser les couples implantés sur les neuf kilomètres de ce trajet.

 

Le paysage revêt un caractère particulier au niveau du bassin de jonction du canal de Haute-Saône et du Rhône au Rhin à Allenjoie.

 

La brume matinale de ces jours derniers plonge la petite halte nautique dans une ambiance hivernale qui ne manquera pas de retenir mon attention ce matin là, où la lumière lève le voile sur la basse vallée de l'Allan.

Rêve-matin-450.jpg

Cliché © Dominique Delfino

 

10/12/2014

Curieux de nature dans la Reculée des Planches

Curieux de nature

dans la Reculée des Planches

 

 

La communauté de communes du Pays d'Arbois vient de publier un ouvrage qui répondra à presque toutes les questions relatives à la Reculée des Planches.

 

Il s'intitule : Curieux de nature dans la Reculée des Planches – Guide Naturaliste et culturel

 

Cet ouvrage de 248 pages richement illustré présente le site de la Reculée des Planches sous ses aspects naturalistes, historiques et culturels.

 

L’ouvrage se termine par 7 itinéraires commentés permettant la découverte du site.

Pour tous renseignements :

 

Pascal Collin

Responsable environnement – Communication

Communauté de Communes Arbois, Vignes et Villages, pays de Louis Pasteur

17, rue de l'hôtel de Ville

39 600 ARBOIS

Ligne directe : 03 84 66 30 03

Standard : 03-84-66-24-17 / Fax : 03-84-66-28-01

p.collin@ccavv.eu

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09/12/2014

La chalarose du Frêne

Grave-docteur200.jpgLa chalarose du Frêne

 

(dernière mise à  jour :  01/09/2016)

 

Un champignon menace nos frênes, rappelant les ravages subis par l'orme avec la graphiose au siècle dernier. Or le frêne représente une essence d'une grande importance écologique et économique qui est ainsi menacée dans son existence.

 

À la fin du siècle dernier, une nouvelle maladie, la chalarose est apparue sur le frêne dans l'est de l'Europe. En fait, elle serait originaire d'Asie via la Pologne ou les pays baltes. Cette maladie provoque des symptômes variés à différents niveaux de l’arbre. Sur les jeunes sujets, les premiers symptômes s’observent facilement. Ils se manifestent par une pousse tardive des feuilles et une chute prématurée (dès mi-août), avec apparition de branches sèches au niveau de la cime. Les jeunes rameaux se flétrissent puis se nécrosent. Des chancres se forment et l'on assiste à une descente de la cime. Chez les jeunes sujets, l'atteinte est le plus souvent mortelle. Au niveau du collet, la maladie peut initier des nécroses, qui peuvent être envahies par l’armillaire, ce champignon opportuniste qui se développe à l'automne sur les souches. Chez les sujets adultes, la dégradation semble lente et le taux de mortalité reste, pour l’instant, faible. Cependant leur aspect est nettement dégradé. Leur fonction d’ombrage ou d’ornement s’en trouve compromise.

 

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Le frêne de droite est frappé par la chalarose

(cliché DR)

 

En 2006 une équipe de scientifiques polonais a pu l'isoler, identifier la pathologie due au champignon Chalara fraxinea d'où le nom donné à la maladie. Selon Leslie Constantin, technicienne de l’association des communes forestières du Jura, Chalara fraxineaprovoque notamment une nécrose de l’écorce, qui constitue une protection de l’arbre contre les parasites, le rendant donc plus vulnérable”. Une nécrose qui peut atteindre le pied de l’arbre, provoquant la pourriture du bois et l’exposition à d’autres parasites pouvant accélérer la mortalité des arbres.

 

Chalarose-jeunes-frênes-450.jpg

Les jeunes frênes atteints subissent d'abord un flétrissement

 

Rapidement les pays voisins ont détecté également la maladie repérée jusqu'en Finlande, en Allemagne, Autriche, Suisse, et depuis 2008, en France, où elle semble bien établie.

 

france_frene_maladie-450.jpg

 

L'agent de la chalarose, Chalara fraxinea est un hyphomycète, champignon ascomycète microscopique imparfait au stade asexué (anamorphe) indétectable à l'œil nu. Depuis peu, on connaît son stade parfait (téléomorphe) autrement dit le champignon au stade sexué : Hymenoscyphus pseudoalbidus (Baral. Queioz et Hosoya, 2014).

 

Au stade sexué, ce champignon peut être repéré assez facilement. Au printemps, il suffit de trouver une frênaie contaminée et de repérer au sol des pétioles des feuilles de l'an passé. Lorsque ces pétioles tombés sont totalement noircis, on peut observer de petits champignons blancs qui ressemblent chacun à un petit bouton monté sur un petit pied (jusqu'à 5 mm de diamètre pour un peu moins en hauteur : une loupe est quand même souhaitable pour mieux observer ce petit hyphomycète).

 

Hymenoscyphus-pseudoalbidus.jpg

Ces petits carpophores vont émettre des spores qui seront disséminées par le vent. Le vent est en effet le vecteur principal de contamination. La densité de spores est encore importante à 500 mètres de la source, d’où des contaminations possibles des peuplements de proche en proche à l’échelle d’une collectivité. Le transport du bois peut être une source de contamination ainsi que la plantation de sujets provenant d’une zone contaminée.

 

Attention toutefois à bien identifier la maladie, car la mortalité des rameaux n'est pas spécifique à la chalarose et des facteurs climatiques extrêmes peuvent aussi affaiblir l'arbre. D'ailleurs il n'est pas impossible que ces facteurs rentrent en jeu dans l'action de la maladie. Pour être plus sûr de l'identification, il conviendra de repérer des nécroses corticales présentes à la base des rameaux morts, fréquemment sur les petits rameaux latéraux.

 

On a longtemps cru ce champignon cantonné dans les départements d'Alsace-Lorraine, Franche-Comté, en progression lente vers l'ouest ou le sud. Ce sont d’abord la Haute-Saône puis le Pas-de-Calais qui ont été touchés, mais la chalarose est également implantée depuis longtemps aussi en Champagne-Ardenne et Bourgogne et aussi présente dans l'ouest et le sud de la France. Disons que sa carte de répartition est provisoire et en cours d'élaboration (voir ci-dessous la répartition en 2016).

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Dans le Jura, où le frêne représente 4 % du volume des forêts, le parasite est apparu, il y a moins de cinq ans : les premiers signes ont été identifiés en 2010. Il est aujourd’hui présent partout dans le département où le frêne pourrait être totalement décimé, comme ce fut le cas pour l’orme confronté à la graphiose dans les années 80.

 

Dans le Doubs, il est identifié dans différentes localités. Par exemple, le bouquet de frênes qui ombrage l'aire de jeux de la commune de Thise, devra être abattu et brûlé, car, de toute évidence, il est frappé par la chalarose.

 

Chalarose-situation-2013-450.jpg

 

En 2002, le ministère de l’Agriculture se voulait encore optimiste : “ Les mortalités arrivent tardivement, elles restent pour l’instant faibles, la dégradation des frênes paraît lente et certains semblent aller mieux ”, indiquait en conclusion un rapport du département de la santé des forêts sur l’avancée de la chalarose du frêne en France. “S’il est indiscutable que la maladie progresse sur  le territoire français comme européen, les facteurs d’occurrence et les conséquences de la maladie sont aujourd’hui encore mal connus. Les premiers constats alarmistes que renvoyaient les symptômes préoccupants dans les houppiers et la rapidité de propagation de la maladie sur le territoire laissaient entrevoir un avenir très incertain pour le frêne. Les résultats des différents suivis installés, en France par le DSF, mais également dans d’autres pays d’Europe, atténuent cette prévision.

Les mortalités arrivent tardivement, elles restent pour l’instant faibles, la dégradation des frênes semble lente, certains arbres ne montrent pas ou peu de symptômes, d’autres se stabilisent ou semblent aller mieux... Cependant, si les arbres adultes peuvent endurer la maladie, cette dernière est souvent létale pour les jeunes frênes et compromet la régénération des peuplements. En France, les dégâts les plus significatifs apparaissent liés aux nécroses au collet. Ces dernières semblent directement liées aux mortalités et aux arbres très dépérissants. Les pays d’Europe contaminés s’accordent sur le fait que si aucun arbre ne semble totalement résistant à la maladie, certains individus reste en relativement bon état sanitaire malgré une forte pression d’inoculum. Cela suggère que ces arbres pourraient être à l’origine d’une population tolérante à la chalarose.”

 

Or, depuis, la situation s’est grandement détériorée et là où le même rapport laissait entrevoir l’existence d’une population "tolérante" à la maladie, les constatations sur le terrain amènent à un tout autre diagnostic : “ N’importe qui peut voir que les frênes dépérissent ” assure Michel Bourgeois, le président de l’association des communes forestières du Jura.

 

En 2014, Serge Outrey, le conseiller général de Nozeroy, a alerté les services du département du Jura de l’avancée de la chalarose dans son canton : “L’an dernier, on a vu les premiers signes sur le Premier plateau. La maladie est chez nous depuis ce printemps”. Dans cette partie du département plus qu’ailleurs, on trouve surtout le frêne dans les haies ou en bord de route. Et c’est à cet endroit que les arbres malades peuvent devenir dangereux : “J’estime à une centaine le nombre de frênes à abattre dans le canton pour éviter les chutes de branches sur la chaussée” indique l’élu.

 

Selon Bruno Guespin, technicien à l’ONF et correspondant du pôle santé des forêts, “la chalarose est présente sur l’ensemble du Jura”. Mais il semble qu’on ait décidé de ne pas trop affoler les collectivités de manière à éviter les coupes massives et une chute des cours.

 

Certes, le frêne n’est pas le bois le plus répandu dans les forêts jurassiennes et sa disparition aurait surtout des conséquences paysagères. À ce stade, on estime que l’impact économique immédiat de la chalarose sera limité : le frêne ne représente que 4 % des volumes de bois commercialisés chaque année par les communes forestières.

 

Mais le phénomène devrait marquer la campagne d’abattage de 2015 : confrontées à l’avancée de la maladie, les communes pourraient être contraintes de se lancer dans un abattage massif. Cela provoquerait une arrivée importante de bois de chauffage sur le marché, ce qui fait craindre une baisse du cours des autres bois de chauffage, le hêtre et le chêne, dont les communes tirent l’essentiel de leurs revenus forestiers. Pour l’heure, on commence seulement à mesurer l’ampleur des dégâts, sans être capable d’en chiffrer les conséquences économiques. “Aucun recensement précis n’a encore été entrepris par les communes” convient le président des communes forestières". Mais Bruno Guespin a déjà une vision très claire de ce qui devrait arriver : “La seule question aujourd’hui est de savoir s’il y aura des survivants. Si les arbres qui sont sains aujourd’hui le seront dans cinq ans.” Car chez les scientifiques, on en est, en effet, à espérer qu’il existe une variété de frênes qui soit capable de résister à la chalarose…

 

Chalarose-frênes-450.jpg

 

Si les arbres adultes peuvent endurer la maladie, celle-ci est souvent fatale pour les jeunes frênes et compromet la régénération des peuplements.

En fait, les arbres desséchés représentent un dangers pour les promeneurs. L’Office national des forêts vient d’annoncer la fermeture au public de cinq forêts domaniales des Hauts-de-France. L'ONF craint les accidents. C’est pour cette raison que quatre massifs du Pas-de-Calais (Boulogne, Desvres, Hardelot et Vimy) et celui de Nieppe dans le Nord vont être fermés au public dès le 15 septembre 2016 et au moins jusqu’à l’été 2017. Les forestiers constatent en effet un affaiblissement des frênes tel que les chutes d’arbres et de branches sont à craindre le long des 350 kilomètres de chemins de randonnées parcourant ces forêts. Il va falloir près d’une année pour que les fonctionnaires de l’ONF inspectent systématiquement les arbres au voisinage des chemins et abattent les plus dangereux.

 

 

Seul point positif, la qualité des grumes ne semble pas altérée par le champignon. À ce jour, aucun moyen de lutte efficace n’est encore connu et les peuplements de frênes dans l’ensemble de l’Europe sont fortement menacés. La situation est donc préoccupante. Les plus anciens se souviennent assurément des ravages provoqués sur l'orme au siècle dernier par une autre maladie : la graphiose, un champignon (Ophiostoma ulmi) transmis par le scolyte de l'orme (Scolytus scolytus). Les dégâts ont été considérables et l'on a cru que les ormes seraient littéralement rayés de la carte. Même si on peut encore observer cette essence dans nos contrées, notons que les arbres ne deviennent pas si gros qu'autrefois. On ne peut pas s'empêcher de faire le parallèle avec le frêne, même si le recul nous manque un peu.

 

Frêne-chalarose-450.jpg

Au bout de quelques mois, le flétrissement est total

Cliché DR

 

 

Où est la solution ?

 

Pour l'instant, on se contente de brûler les sujets malades pour limiter la prolifération.

 

  • La solution chimique ?

 

Un nombre considérable de maladies pathogènes, parmi lesquels les champignons, sont présents sur de multiples essences et font partie du cycle de la vie de celles-ci. L'Homme a souvent eu recours à des méthodes draconiennes comme les pesticides pour éradiquer les pathogènes des végétaux. L'agriculture intensive est un sinistre exemple où l'Homme finit par empoisonner l'ensemble des chaînes alimentaires. La solution, si elle existe, est probablement naturelle.

 

C'est pourtant fondée sur la chimie la voie choisie par des chercheurs britanniques. Les spécialistes de l’environnement Natural Ecology Mitigation travaillent sur l’élaboration d'une solution à base de fongicides avec la cellule de recherche sylvicole de la Forestry Commission, le International Pesticide Application Research Consortium et les chercheurs du Département des Sciences de la vie du Imperial College.

 

Tim Mott, directeur de Natural Ecology Mitigation, explique le déroulement du projet : "Le produit a été formulé et breveté ; les premiers essais au laboratoire ont été concluants. Nous menons la contre-attaque scientifique engagée contre la maladie des arbres et pensons que l’heure est venue d’accélérer la recherche en laboratoire et de multiplier les essais sur le terrain, afin d’être prêt à faire face à la nouvelle menace."

 

Le produit proposé par Natural Ecology Mitigation a été baptisé CuPC33 – solution biocide / fongicide à base de sulfate de cuivre et d’autres minéraux. L’utilisation du cuivre dans le traitement des maladies fongiques qui sévissent dans les foyers et jardins n’est pas récente ; plusieurs produits à base de cuivre ont déjà été commercialisés avec l’approbation des autorités sanitaires du Royaume-Uni.

 

Les essais en laboratoire montrent la grande capacité du produit à maîtriser le champignon à l’origine des maladies des arbres. Des essais en serres réalisés sur Silwood Park Campus ont montré l’innocuité pour les arbres du produit pulvérisé ou injecté.

 

Selon les chercheurs, le CuPC33 pourrait être disséminé dans les forêts touchées par pulvérisation ou sous forme de brume dense médicamenteuse qui se déposerait sur les feuilles et les branches. Grâce à une technologie d’atomisation du liquide en gouttelettes très fines, ils pensent que 10 litres de CupPC33 dilué suffiraient pour traiter un hectare de forêt, à raison de moins de 60 pence par litre (100 pence = une livre sterling). La main-d’œuvre et les machines seraient à l’origine de la majeure partie du coût total du traitement.

 

Simon Leather, professeur invité du Département des Sciences de la vie du Imperial College London, supervise la recherche sur le terrain à travers Imperial Consultants : "Nous espérons pouvoir mettre au point plusieurs moyens d’appliquer le CuPC33, en fonction des différents types de champignons, de maladies bactériennes et d’espèces d’arbres. Par exemple, une formule de CuPC33 à pulvérisation manuelle permettrait aux jardiniers de traiter leurs plantes décoratives et pourrait contribuer aux efforts visant à limiter la propagation de la maladie."

 

Le CuPC33 est capable de détruire plusieurs des champignons pathogènes qui menacent les arbres et les plantes, dont Pseudomonas syringae (plus connue sous le nom de chancre suintant du marronnier d’Inde) et Phytophthora ramorum, à l’origine de la mort subite du chêne qui touche le chêne et le mélèze. L’équipe de Natural Ecology Mitigation pense que le CuPC33 sera tout aussi efficace dans le traitement du dessèchement des pousses du frêne.

 

"Les arbres adultes ne peuvent pas être remplacés pendant plusieurs générations, mais traités à temps, les arbres malades peuvent encore être sauvés pour nos enfants et leurs familles. Les efforts mis en œuvre pour endiguer la propagation de la maladie en favorisant la santé des arbres par le recours à des éléments fertilisants, ont donné peu de résultats positifs et semblent voués à l’échec. Des mesures rapides doivent être prises dès maintenant, pour éliminer toutes les maladies fongiques envahissantes" conclut Tim Mott.

 

Frêne-atteint-de-Chalarose-450.jpg

Cliché DR

 

  • La lutte biologique par virus fongiques : un procédé plus élégant

 

Un projet de coopération entre la Suisse et la Lituanie peut engendrer de nouvelles possibilités de lutte contre cette maladie. Dans ce projet, les populations épidémiques (suisses) et post-épidémiques (lituaniennes) sont étudiées quant à leur virulence, leur diversité génétique et la présence de virus fongiques. Il s'agit aussi de déterminer dans quelle mesure les virus fongiques identifiés peuvent être utilisés pour une lutte biologique contre la maladie.

 

Quels sont les points forts du projet ?

 

  • Comparaison de la diversité génétique et de la virulence entre les populations post-endémiques et endémiques de Chalara fraxinea.
  • Recherche des virus fongiques de Chalara fraxinea par des analyses métagénomiques.
  • Caractérisation des virus fongiques et détermination de leur incidence sur les différentes populations de l'agent pathogène.
  • Étude de l'effet des virus fongiques identifiés sur leur hôte Chalara fraxinea  et évaluation de leur utilité potentielle dans la lutte biologique contre la maladie
  • Publication des résultats de recherche à l'intention de la science et d'un large public.

 

Quels sont les résultats attendus ?

 

  • Données sur l'épidémiologie et la génétique de population de Chalara fraxinea l'agent pathogène de la chalarose du frêne.
  • Clarification de l'hypothèse selon laquelle la virulence d'agents pathogènes invasifs diminue avec le temps.
  • Renseignements sur la présence possible de virus fongiques encore inconnus dans Chalara fraxinea.
  • Connaissances sur l'importance biologique et écologique des virus fongiques trouvés.
  • Évaluation de l'efficacité potentielle de ces virus dans le cadre de la lutte biologique contre la maladie.

 

Ce projet est financé dans le cadre du programme de coopération helvético-lituanien visant à réduire les disparités économiques et sociales au sein de l'Union européenne élargie : projet n° CH-3-ŠMM-OV12.

 

Partenaires du projet : 

 

— Nature Research Centre, Laboratory of Phytopathogenic Microorganisms, Institute of Botany, Vilnius, Lituanie.

— Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage, Birmensdorf, Suisse.

Durée du projet : novembre 2012 à avril 2016.

 

 

Une autre parade possible : la sélection d’individus qui ne sont pas affectés par le champignon.

 

Car, heureusement, les frênes sont plus ou moins résistants à la maladie. Identifier cette résistance génétique, c’est le premier objectif du programme « Chalfrax » mené par le Centre national de la propriété forestière (CNPF). Il s’agit de constituer une population de frênes tolérant la maladie en préservant la biodiversité génétique de l’espèce.

 

Le second objectif est de rechercher de nouveaux modes de gestion sylvicole afin de contenir la maladie. Enfin, les forestiers cherchent des alternatives à l’exploitation du frêne. Il n’est en effet plus possible de s’en tenir à la repousse dynamique de cette espèce pionnière qui reconquiert naturellement — comme le chêne — les terres qui lui sont favorables. Si les arbres adultes — d’un diamètre supérieur à 45 centimètres — peuvent encore résister à la maladie, ce n’est pas le cas des jeunes individus qui sont très fortement affectés. Le CNPF estime ainsi que les jeunes peuplements de frênes ne sont plus rentables. On envisage de remplacer cette espèce par des aulnes, noyers, chênes, érables…

 

Consulter également :

http://www.fredon-centre.com/

http://www.fredon-bourgogne.com/

FREDON FRANCHE-COMTE École-Valentin  03 81 47 79 20

 

Liens :

www.bourgogne-nature.fr

blog du maire de Conliège

http://www.wsl.ch/fe/biodiversitaet/projekte/eschentriebs...

https://www.facebook.com/aval.arbre/posts/253993834743829

Vidéo de France 3 Franche-Comté